vendredi 30 septembre 2011

Le crash de Shanghai relance le débat sur la qualité de la croissance

La Tribune (France), no. 4819 -Économie | International, vendredi 30 septembre 2011, p. 10

Pékin - La sécurité devient progressivement le principal moteur du consommateur chinois. Il veut en savoir plus et est prêt à payer le prix pour la qualité.

Le débat fait rage une fois de plus sur Internet et dans la presse. Depuis l'accident de métro survenu à Shanghai mardi, bloggeurs et éditorialistes questionnent à nouveaux les grandes orientations politiques de la Chine qui, selon eux, a sacrifié la sécurité et la qualité pour faire " grand ", le plus vite possible. " Nous avons des gratte-ciels, des fusées, des satellites, mais la corruption, la négligence, une mauvaise gestion humaine ont provoqué l'accident de métro. Nous sommes incapables de respecter les règles de sécurité ", se lamente ainsi un bloggeur.

L'accident de métro est survenu moins de deux mois après celui du TGV sur la ligne de Wenzhou qui avait fait 40 morts et remis sérieusement en cause le modèle chinois de croissance. À plusieurs reprises, la population s'est mobilisée pour demander des comptes et la fermeture d'usines particulièrement polluantes. À Dalian, une ville au nord-est de la Chine, plusieurs milliers de personnes ont manifesté en août. Et ce mois-ci c'est à Haining, près de Shanghai, que la population s'en est prise à une usine de panneaux solaires. Une fonderie dans la même province a aussi été mise en cause dans des cas d'empoisonnement au plomb.

Si le fait de manifester n'est pas nouveau en Chine, ce qui frappe - tout particulièrement dans les événements de Dalian - c'est que les protestations aient, cette fois, étaient pacifiques. Et surtout qu'elles soient menées par la classe moyenne soucieuse de sa qualité de vie. Cette couche de la population dépasse désormais les quelques 200 millions de personnes. Souvent urbaine et cultivée, c'est elle qui mène les débats et exige désormais que l'on se soucie de thèmes comme la sécurité, la santé, l'alimentation et l'éducation.

Phénomène nouveau

" Il est évident que cette classe moyenne dépasse largement le mode de consommation de base. Une conscience se constitue pour tout ce qui est produits de qualité, respect de l'environnement... ", explique Jean-François Huchet, spécialiste de questions sociales en Chine et professeur à l'Inalco. Greenpeace souvent sollicité sur ces questions confirme l'inquiétude d'une partie de la population urbaine. L'association avait mis en ligne l'année dernière un pamphlet contre un produit toxique présent dans les jeux en plastiques. Instantanément, des milliers de tweets avaient repris l'information. " Les gens veulent en savoir plus et sont prêts à payer le prix pour la qualité. C'est un phénomène nouveau ", explique Ma Tianjie, responsable de la campagne contre les produits toxiques. Rappelons que c'est à la demande de la population locale que la ville de Pékin a préservé la circulation alternée mise en place durant les Jeux Olympiques.

Pour l'instant le principal moyen d'expression de ces nouvelles revendications reste Internet qui joue un rôle d'accélérateur d'information et sert souvent de détonateur. Mais les moyens d'action restent limités et souvent se heurte à une résistance politique.

Cependant de plus en plus de sociétés de protection du consommateur se créent. Et les procès se multiplient. Les entreprises, quant à elles, se montrent encore réticentes à modifier leur rapport à l'environnement. Mais, comme les gouvernements locaux, elles sont de plus en plus sous pression. Les trois derniers cas médiatisés de pollution industrielle se sont d'ailleurs traduits...par des fermetures de sites.

Virginie Mangin

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