mercredi 21 septembre 2011

Le FMI constate une montée des risques mondiaux - Yves Bourdillon

Les Echos, no. 21021 - International, mercredi 21 septembre 2011, p. 11

Le Fonds monétaire international a raboté ses prévisions de croissance et craint une propagation des effets de la crise de la zone euro au reste du monde.

Le climat économique mondial s'est quelque peu rafraîchi ces trois derniers mois, a reconnu hier le FMI, lors de la présentation de son rapport World Economic Outlook. Le WEO d'automne ramène les prévisions de croissance mondiale à 4 % cette année et en 2012, contre une prévision de 4,3 % et 4,5 % respectivement dans ses dernières prévisions, en juin. La croissance avait atteint 5 % en 2010, année de rebond après la crise.

Cette révision s'explique par l'aggravation des incertitudes financières. Tandis qu'aux Etats-Unis les programmes de stimulation fiscale s'émoussent et que la demande privée peine à prendre le relais des dépenses publiques, la zone euro patauge dans les excès de dettes publiques. Si cette crise venait à ne plus être confinée aux pays périphériques pour s'étendre aux économies du noyau dur de la zone, « cela pourrait entraîner des perturbations significatives dans la stabilité financière internationale», estime le FMI. « Des difficultés dans un pays peuvent rapidement s'étendre à l'Europe. De là, cela pourrait se déplacer aux Etats-Unis - via des détenteurs d'actifs européens -et au reste du monde », s'inquiète le Fonds, qui appelle les Etats européens à « faire tout ce qui est nécessaire pour ramener la confiance envers les politiques nationales et préserver l'euro», notamment en ratifiant rapidement les mesures d'assistance à la Grèce décidées lors du sommet du 21 juillet dernier.

Les Européens ne sont toutefois pas seuls à être mis devant leurs responsabilités par le rapport du FMI. « De profondes divisions politiques font peser des incertitudes» sur l'économie américaine. Le Fonds note que « des coupes fiscales hâtives pourraient affaiblir les perspectives sans fournir pour autant [...] les moyens de réduire la dette publique à moyen terme. » Parallèlement, le rééquilibrage du déficit commercial des Etats-Unis peine à se mettre en place, la Chine ne s'étant pas lancée dans une revalorisation de son marché intérieur.

« Nouvelle phase dangereuse »

S'il constate une aggravation des incertitudes et l'entrée de l'économie mondiale dans une « nouvelle phase dangereuse », le FMI continue toutefois de juger plus probable un scénario non catastrophique, qui verrait les pays occidentaux échapper de peu à la récession. Sauf si la crise de la zone euro devenait incontrôlable ou si les ménages américains réduisaient drastiquement leur consommation au vu d'un marché immobilier toujours décevant, la croissance des pays riches (Amérique du Nord, Japon, Europe) devrait atteindre 1,6 % cette année, contre 3,1 % en 2010. Elle ne rebondira que faiblement en 2012, à 1,9 %. Au début de l'été, le FMI prévoyait encore une croissance de 2,2 % en 2011 et de 2,6 % en 2012 pour cette zone qui concentre la moitié du PIB mondial.

Plus précisément, aux Etats-Unis, la progression du PIB ne dépassera pas 1,5 % cette année et 1,8 % en 2012, soit un point de moins que ce qui était attendu avant l'été. La croissance de la zone euro passera de 1,8 % l'an dernier à 1,6 % en 2011 et à seulement 1,1 % l'année suivante.

« L'incertitude budgétaire ne s'envolera pas du jour au lendemain. La croissance dans les pays avancés restera basse pendant un certain temps », a résumé l'économiste en chef du FMI, Olivier Blanchard, lors de la présentation du rapport à Washington.

Les pays émergents se sont montrés jusqu'ici relativement « immunisés »contre les effets du marasme occidental, certains étant même quasiment en surchauffe, constate le Fonds, puisque leur croissance est attendue à 6,5 % en 2011 et à 6 % en 2012. Mais ces prévisions ont été rabaissées d'un demi-point depuis le rapport d'avril et le FMI avertit qu'une détérioration supplémentaire de la conjoncture en Occident frapperait durement ces pays. Ils auraient à souffrir de la volatilité des flux de capitaux et d'une baisse de leurs exportations de matières premières. C'est pourquoi le FMI a, par exemple, ramené la prévision de croissance chinoise à 9 % en 2012, un demi-point de moins qu'en juin.

YVES BOURDILLON

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