Affichage des articles dont le libellé est Dollar. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Dollar. Afficher tous les articles

mardi 11 octobre 2011

mardi 4 octobre 2011

Questions-réponses : Réserves en Chine

Le Monde - Economie, mardi 4 octobre 2011, p. MDE4

1 - Quel est le rythme de la croissance et de l'inflation en Chine ?

Le Fonds monétaire international anticipe une croissance de 9,5 % en 2011 et de 9 % en 2012, contre + 10,4 % en 2010, en raison de l'effet du ralentissement économique en Occident sur les exportations. Le taux d'inflation annuel a atteint 6,5 % en juillet, 6,2 % en août. L'objectif du gouvernement est d'atteindre 4 % fin 2011. Cette préoccupation a motivé un resserrement du crédit qui, avec la fin des effets du plan de relance de 440 milliards de yuans (52 milliards d'euros) annoncé en 2008, a pesé sur la croissance.

2 - Le gouvernement chinois peut-il mettre en oeuvre un nouveau plan de relance ?

La " rechute " des pays occidentaux pourrait entraîner la croissance de la Chine sous la barre des 8 %, un niveau plancher pour maintenir l'équilibre du marché du travail, estime la banque HSBC. Dans ce cas, " Pékin répondrait probablement afin de stabiliser la croissance à 8 % ou 9 % ", écrit son chef économiste en Chine, Qu Hongbin. Il songe notamment à un assouplissement de la fiscalité. L'inflation semblant avoir passé son pic cet été, Pékin disposerait aussi d'une marge d'assouplissement.

Mais un plan de relance de l'ampleur de celui de 2008, qui avait permis de conserver une croissance de 8,7 % en 2009, serait malvenu. " Les décideurs politiques ne voudront pas répéter l'erreur consistant à trop stimuler l'économie, qui a apporté l'inflation, la surchauffe immobilière et le risque de la dette des gouvernements locaux. "

3 - La Chine peut-elle utiliser ses 3 200 milliards de dollars (2 380 milliards d'euros) de réserves de change pour régler les dettes locales ?

" Ces réserves sont - certes - des actifs, mais il s'agit de contreparties, note Patrick Chovanec, professeur d'économie à l'université Tsinghua, à Pékin. Cette richesse a déjà été injectée dans l'économie chinoise quand ses clients ont changé leurs dollars pour acheter des produits en renminbis. " Cela reviendrait à les utiliser deux fois, ce qui est politiquement possible mais inflationniste et difficile à justifier sur les places financières étrangères, où les banques chinoises sont désormais cotées.

Selon Michael Pettis, professeur à l'université de Pékin, pour contrer le risque " d'une explosion directe de la dette publique interne, entraînant le système bancaire ", Pékin ne pourrait recapitaliser les banques qu'en émettant de la dette publique ou en mettant les ménages à contribution.

© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.

lundi 3 octobre 2011

Nouvelles tensions sino-américaines sur le yuan - Cécile Prudhomme

Le Monde - Economie, lundi 3 octobre 2011, p. 14

Les Américains ont rouvert les hostilités à l'égard des Chinois. Le motif ? L'arrimage du yuan au dollar et la sous-évaluation de la monnaie chinoise, qui rend les produits sortant de Chine très compétitifs sur les -marchés extérieurs. Une vieille querelle.

Le 22 septembre, des sénateurs américains ont déposé un projet de loi visant à faciliter les demandes des entreprises américaines d'appliquer des droits de douane supplémentaires sur les produits chinois.

A l'approche des élections présidentielles, les élus du Congrès considèrent que la Chine risque d'entraver le programme de relance américain en continuant à vendre ses produits à moindre coût.

Ils soutiennent également que la politique menée par la Chine, consistant à contenir volontairement sa devise, a coûté aux Etats-Unis plus de 2,8 millions d'emplois depuis 2001.

Le sénateur démocrate de New York, Chuck Schumer, à l'origine de ce texte, a qualifié la politique de changes des dirigeants chinois de " meurtre économique ".

Son homologue démocrate de l'Ohio, Sherrod Brown, a ajouté que la manipulation de la monnaie chinoise " n'est pas de la concurrence ", mais " de la triche ". Le projet de loi doit être discuté au Sénat la semaine prochaine.

Depuis plusieurs mois, les Américains avaient quelque peu oublié cette guerre des monnaies. Ils avaient d'autres chats à fouetter, préoccupés tout à la fois par le débat sur le relèvement du plafond de leur dette, la perte de leur triple A et, surtout, la façon de relancer l'économie.

Par le passé, les parlementaires avaient déjà tenté de faire passer des réglementations protectionnistes de même nature. Barack Obama serait opposé à de telles mesures. Le président américain ne s'est toutefois pas encore officiellement exprimé sur le sujet.

Jeudi 29 septembre, le porte-parole du ministère des affaires étrangères chinois, Hong Lei a déclaré que la Chine espérait " que les parlementaires américains ne - perturberaient - pas le développement des relations sino-américaines (...) et - reviendraient - sur leur décision de faire voter le projet de loi ".

Propriété intellectuelle

Un groupe de cinquante et un industriels américains a alerté les parlementaires sur la dangerosité des mesures qu'ils envisagent de prendre. Ils ont enjoint au Congrès de plutôt se concentrer sur la politique de propriété intellectuelle, qui favorise les sociétés chinoises.

Vendredi 30 septembre, la secrétaire américaine au Trésor adjointe aux questions internationales, Lael Brainard, était à Pékin, officiellement pour " discuter avec ses homologues de l'évolution de l'économie internationale, de la préparation des prochaines rencontres du G20 et de la façon de renforcer et promouvoir " les intérêts des entreprises américaines en Chine.

Elle a insisté sur le fait que le yuan reste " fortement sous-évalué ", malgré son mouvement d'appréciation entamé en juin 2010, et elle a répété que les Etats-Unis attendent de Pékin une accélération de la réévaluation de sa monnaie. Les marchés spéculent sur une appréciation du yuan et poussent la Banque centrale à fixer régulièrement de nouvelles limites au taux de conversion du yuan avec le dollar.

Vendredi, le dollar se situait à 6,38 yuans, son plus haut depuis qu'a débuté le processus de libéralisation du marché, soit une hausse du yuan de 3,16 % depuis le début de l'année.

Les économistes de Barclays Capital s'attendent à ce que le taux de conversion du yuan en dollars atteigne 6,08 dans les douze mois qui viennent.

Cécile Prudhomme

PHOTO - US Secretary of State Hillary Clinton (L) shakes hands with China's Foreign Minister Yang Jiechi (R) before their meeting September 26, 2011 at a hotel in New York on the sidelines of the United Nations General Assembly.


La comptabilité chinoise dans le viseur de Washington

Le département américain de la justice s'intéresse aux irrégularités comptables de sociétés chinoises cotées aux Etats-Unis, a fait savoir, vendredi 30 septembre, un responsable de la Securities and Exchange Commission (SEC). Le gendarme des marchés, qui mène déjà l'enquête sur ce sujet au côté du FBI, a révélé que des dizaines de sociétés basées en Chine et cotées sur les marchés américains affichent une comptabilité irrégulière ou ont vu leurs auditeurs démissionner. Deloitte Touche Tohmatsu a cessé, en mai, sa mission d'audit pour l'éditeur chinois de logiciels Longtop Financial Technologies, dénonçant des falsifications de documents financiers.

© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.

jeudi 29 septembre 2011

Quand le yuan supplantera le dollar et l'euro - Emmanuel Lechypre

L'Expansion, no. 767 - Prévisions Centre de prévision de L'Expansion (CPE) Monde, octobre 2011, p. 37

Face au dollar et à l'euro englués dans la crise, la suprématie monétaire mondiale de la Chine risque d'être plus rapide que prévu.

Comme dans un grand jeu de bascule transatlantique, les investisseurs internationaux s'étaient habitués, depuis la création de l'Euroland, en 1999, à arbitrer dans leurs portefeuilles tantôt en faveur du dollar, tantôt en faveur de l'euro, au gré des fluctuations de la croissance et des taux d'intérêt de part et d'autre de l'Atlantique. Cette époque est sans doute en train de s'achever, les deux grandes monnaies du monde étant aujourd'hui, et simultanément, les deux qui sont le plus en difficulté.

Le billet vert est fragilisé par l'ampleur des déficits publics américains, que Barack Obama risque de creuser avec son nouveau plan de relance de 445 milliards de dollars. Il va pâtir, dans la foulée, de l'explosion de la dette publique, et du gouffre du commerce extérieur et de la dégradation du bilan de la Réserve fédérale, plombé par le recyclage massif d'actifs douteux.

Si les grands équilibres de la zone euro font bien meilleure figure, la monnaie unique est affaiblie par le risque de défaut de paiements d'un ou de plusieurs pays de l'Union, et par les erreurs de conception de l'architecture monétaire européenne. Surtout, l'action trop timide, trop tardive et trop lente des gouvernements pour résoudre la crise grecque fait craindre que les pays incapables de maîtriser leurs dépenses publiques ne tombent l'un après l'autre, comme des dominos.

Le yuan, bientôt monnaie de référence ?

Finalement, comme le note Goldman Sachs, l'euro et le dollar ne respectent que deux des cinq caractéristiques attribuées à une monnaie de référence : être la devise d'un pays qui prête au reste du monde, qui est politiquement et juridiquement stable, qui a une dette publique faible, tout en faisant l'objet d'un large volume de transactions sur le marché des changes.

Selon cette grille de lecture, seuls le franc suisse (qui remplit les cinq critères) et le yen (qui répond à quatre sur cinq) sont les vraies monnaies refuges des années à venir. Mais ils pourraient être rejoints à moyen terme par... le yuan. Quand Pékin aura ouvert son marché des changes et comblé quelques vides institutionnels. Ce qui pourrait arriver plus tôt qu'on ne le croit.

Car la Chine aura bientôt intérêt à une réévaluation de sa monnaie. Celle-ci incitera les entreprises à devenir plus efficaces et plus productives pour rester compétitives à l'échelle mondiale, et ainsi créer plus de richesses pour financer le vieillissement de la population. En outre, un yuan plus fort réduira la facture des importations, ce qui sera un atout non négligeable pour lutter contre l'inflation, augmenter le pouvoir d'achat et permettre aux entreprises de s'équiper à meilleur compte en machines étrangères. La longue marche de la Chine vers la suprématie monétaire mondiale sera peut-être plus rapide qu'on ne le pense...

© 2011 L'Expansion. Tous droits réservés.

mercredi 21 septembre 2011

Le FMI constate une montée des risques mondiaux - Yves Bourdillon

Les Echos, no. 21021 - International, mercredi 21 septembre 2011, p. 11

Le Fonds monétaire international a raboté ses prévisions de croissance et craint une propagation des effets de la crise de la zone euro au reste du monde.

Le climat économique mondial s'est quelque peu rafraîchi ces trois derniers mois, a reconnu hier le FMI, lors de la présentation de son rapport World Economic Outlook. Le WEO d'automne ramène les prévisions de croissance mondiale à 4 % cette année et en 2012, contre une prévision de 4,3 % et 4,5 % respectivement dans ses dernières prévisions, en juin. La croissance avait atteint 5 % en 2010, année de rebond après la crise.

Cette révision s'explique par l'aggravation des incertitudes financières. Tandis qu'aux Etats-Unis les programmes de stimulation fiscale s'émoussent et que la demande privée peine à prendre le relais des dépenses publiques, la zone euro patauge dans les excès de dettes publiques. Si cette crise venait à ne plus être confinée aux pays périphériques pour s'étendre aux économies du noyau dur de la zone, « cela pourrait entraîner des perturbations significatives dans la stabilité financière internationale», estime le FMI. « Des difficultés dans un pays peuvent rapidement s'étendre à l'Europe. De là, cela pourrait se déplacer aux Etats-Unis - via des détenteurs d'actifs européens -et au reste du monde », s'inquiète le Fonds, qui appelle les Etats européens à « faire tout ce qui est nécessaire pour ramener la confiance envers les politiques nationales et préserver l'euro», notamment en ratifiant rapidement les mesures d'assistance à la Grèce décidées lors du sommet du 21 juillet dernier.

Les Européens ne sont toutefois pas seuls à être mis devant leurs responsabilités par le rapport du FMI. « De profondes divisions politiques font peser des incertitudes» sur l'économie américaine. Le Fonds note que « des coupes fiscales hâtives pourraient affaiblir les perspectives sans fournir pour autant [...] les moyens de réduire la dette publique à moyen terme. » Parallèlement, le rééquilibrage du déficit commercial des Etats-Unis peine à se mettre en place, la Chine ne s'étant pas lancée dans une revalorisation de son marché intérieur.

« Nouvelle phase dangereuse »

S'il constate une aggravation des incertitudes et l'entrée de l'économie mondiale dans une « nouvelle phase dangereuse », le FMI continue toutefois de juger plus probable un scénario non catastrophique, qui verrait les pays occidentaux échapper de peu à la récession. Sauf si la crise de la zone euro devenait incontrôlable ou si les ménages américains réduisaient drastiquement leur consommation au vu d'un marché immobilier toujours décevant, la croissance des pays riches (Amérique du Nord, Japon, Europe) devrait atteindre 1,6 % cette année, contre 3,1 % en 2010. Elle ne rebondira que faiblement en 2012, à 1,9 %. Au début de l'été, le FMI prévoyait encore une croissance de 2,2 % en 2011 et de 2,6 % en 2012 pour cette zone qui concentre la moitié du PIB mondial.

Plus précisément, aux Etats-Unis, la progression du PIB ne dépassera pas 1,5 % cette année et 1,8 % en 2012, soit un point de moins que ce qui était attendu avant l'été. La croissance de la zone euro passera de 1,8 % l'an dernier à 1,6 % en 2011 et à seulement 1,1 % l'année suivante.

« L'incertitude budgétaire ne s'envolera pas du jour au lendemain. La croissance dans les pays avancés restera basse pendant un certain temps », a résumé l'économiste en chef du FMI, Olivier Blanchard, lors de la présentation du rapport à Washington.

Les pays émergents se sont montrés jusqu'ici relativement « immunisés »contre les effets du marasme occidental, certains étant même quasiment en surchauffe, constate le Fonds, puisque leur croissance est attendue à 6,5 % en 2011 et à 6 % en 2012. Mais ces prévisions ont été rabaissées d'un demi-point depuis le rapport d'avril et le FMI avertit qu'une détérioration supplémentaire de la conjoncture en Occident frapperait durement ces pays. Ils auraient à souffrir de la volatilité des flux de capitaux et d'une baisse de leurs exportations de matières premières. C'est pourquoi le FMI a, par exemple, ramené la prévision de croissance chinoise à 9 % en 2012, un demi-point de moins qu'en juin.

YVES BOURDILLON

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.

lundi 22 août 2011

Pourquoi la Chine continue d'acheter des dettes américaines

MoneyWeek.fr - Actualité économique, lundi 22 août 2011

Jeudi 18 août, le rendement des obligations d'Etat américaines à 10 ans, qui sert de référence pour déterminer les prix des actifs dans le monde, est tombé à 1,97%, son plus bas niveau depuis. 1950. Ce qui signifie, tout simplement, que les bons du Trésor ne rapportent plus grand-chose.

La baisse de leur rendement est survenue deux semaines après la dégradation, le 5 août dernier, de la note souveraine des Etats-Unis par Standard & Poor's. Une décision qui avait aussitôt provoqué une réaction d'une violence inouïe de la part de l'empire du Milieu, premier créancier étranger de l'Oncle Sam. « La Chine (.) est dorénavant en droit d'exiger des Etats-Unis qu'ils affrontent le problème de leur dette structurelle et assurent la sécurité des actifs chinois en dollars », écrivait Chine Nouvelle, l'agence de presse officielle chinoise.

Nouvel achat d'obligations américaines en juin Certes, en cas de baisse du dollar face au yuan ou de nouvelles dégradations de la note américaine, la Chine court le risque de voir ses 1 165 milliards de dollars de bons du Trésor perdre entre 20% et 30% de leur valeur, soit environ 230 milliards de dollars. De là à conclure que le pays va mettre fin à son programme d'achat de dettes américaines, il n'y a qu'un pas. que nous ne sommes pas près de franchir. En dépit de la dégradation de l'économie américaine depuis plusieurs mois, la Chine a acheté 5,7 milliards de dollars d'obligations américaines en juin, après en avoir acheté 7,3 milliards en mai et 7,6 milliards en avril.

Réévaluer le yuan permettra d'acheter des obligations américaines à bon compte Récemment, Guo Shuqing, vice-président de la Banque de la Construction, a déclaré : « Détenir des obligations américaines est sans doute risqué. Mais dans un contexte économique agité, où les difficultés restent nombreuses dans la Zone euro, les dettes américaines constituent le moins pire des produits d'investissement - celui qui offre le meilleur ratio rendement/risque« .

En clair, la Chine refuse du moins pour l'instant de croire au déclin définitif du dollar. Et contrairement à ses habitudes, elle a dès début août pris l'initiative de réévaluer le yuan vis-à-vis du dollar, qui vaut actuellement 6,3 yuans au lieu de 6,46 yuans fin juillet. Une réévaluation qui a sans doute pour but de lui permettre d'acheter à bon compte des dettes américaines dans le contexte d'un dollar faible, en attendant d'en revendre une partie en cas de rebond du billet vert.

Un tel changement de stratégie lui apportera en outre d'autres avantages : réduction du coût de ses importations de matières premières, protection contre une inflation importée et hausse du pouvoir d'achat des Chinois. Pour vous, investisseur, le moment est bien choisi pour jouer la consommation chinoise, thème d'investissement que nous avons développé, recommandations à l'appui, dans notre dossier Misez sur la fin du Made in China.

PHOTO - U.S. Vice President Joe Biden and his Chinese counterpart Xi Jinping (L) review honour guards during a welcome ceremony at the Great Hall of the People in Beijing August 18, 2011. Global economic stability rests on the United States and China working together, Biden told China's president-in-waiting Xi Jinping, in talks seeking to shore up confidence in the dollar and bond with Beijing's next leader.

© 2011 MoneyWeek.fr. Tous droits réservés.

mardi 9 août 2011

ANALYSE - La stratégie chinoise du yuan ruine les finances en Occident


Le Monde - Analyses, mardi 9 août 2011, p. 15

Mi-2007 éclatait la crise des pays occidentaux. Mi-2009, ceux-ci sortaient de leur récession mais ne se débarrassaient pas pour autant de la crise qui restait la leur. Mi-2011, leur situation vient même de rebondir sous forme d'une crise conjointe de leurs finances publiques qui menace maintenant de les faire rechuter en récession...

En face, la Chine manifeste une santé insolente : trente-troisième année d'affilée sans récession, une croissance du produit intérieur brut (PIB) à 10 % l'an depuis vingt ans, un chômage qui ne cesse de reculer, des réserves de change, qui, tout compté, dépassaient déjà 4 500 milliards de dollars (3 165 milliards d'euros) à la fin du mois de juin 2011...

Ce contraste s'explique par l'énorme sous-évaluation du yuan infligée par la Chine à ses partenaires et rivaux. Grâce à un contrôle des changes draconien qui n'est accessible qu'aux Etats totalitaires, la Chine maintient le yuan à 0,15 dollar et à 0,11 euro, quand, selon le Fonds monétaire international (FMI) et l'ONU, il devrait valoir 0,25 dollar et 0,21 euro !

Les pays occidentaux sont restés totalement passifs face au cours du yuan que leur dicte la Chine. Depuis que, en 2001, ils ont admis la Chine à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), armée de son contrôle des changes, ils se sont privés, il est vrai, de la seule arme qui pourrait la faire céder : les représailles douanières.

Il en a résulté à la fois une désindustrialisation majeure des pays occidentaux et une industrialisation intense de la Chine.

La main-d'oeuvre en Chine étant la moins chère au monde, les entreprises qui y sont basées s'emparent de parts croissantes du marché mondial tandis que les multinationales occidentales viennent concentrer leurs investissements productifs sur le territoire chinois. Ce qui renforcera encore les parts du marché mondial captées par la Chine...

Dans les pays occidentaux, le processus de croissance s'est enrayé. Leur commerce extérieur est devenu fortement déficitaire et le montant de l'investissement des entreprises sur leurs territoires ralentit fortement. De ce fait, depuis 2001, les économies occidentales sont exposées à subir une récession prolongée (parce que structurelle et due au yuan).

A deux reprises pourtant, en 2002 puis en 2008, les mêmes dirigeants occidentaux qui restaient passifs sur le yuan ont prétendu découvrir une parade qui leur permettrait de maintenir une croissance honorable et durable. Ces parades successives étaient en réalité des artifices qui leur ont explosé à la figure.

Entre 2002 et 2006, l'apprenti sorcier Alan Greenspan, alors président de la Réserve fédérame (Fed), opta pour une politique prolongée de taux bas pour décourager les ménages de l'épargne et les inciter à l'achat de logement à crédit.

Expédient désastreux ! Pendant quatre ans, le PIB et l'emploi dans les pays occidentaux furent certes tirés par un secteur immobilier devenu euphorique. Mais, après ce succès limité et momentané, l'euphorie induisit des excès qui aboutirent, comme on le sait, à un redoutable effet boomerang. A compter de mi-2007 éclatent, aux Etats-Unis et en Europe, une triple crise immobilière, bancaire et boursière, une récession et une explosion du chômage qui s'avérèrent d'une ampleur historique. Au total, des dégâts très supérieurs à l'avantage initial... Un premier fiasco absolu.

Fin 2008, après avoir rétabli la confiance par quelques mesures exceptionnelles dans le secteur bancaire, les dirigeants occidentaux renoncèrent une nouvelle fois à extraire de la Chine la forte réévaluation du yuan, ce qui était pourtant la seule vraie solution pour redresser durablement leur commerce extérieur, leur PIB et leur emploi.

D'autres apprentis sorciers surgirent, proposant une nouvelle parade. Après la première réunion du G20 de novembre 2008, Timothy Geithner, secrétaire américain au Trésor, et Ben Bernanke, le président de la Fed, optèrent pour une politique de relance budgétaire massive (déficit aux Etats-Unis autour de 10 % du PIB en 2009, 2010 et 2011) assortie de taux courts et de taux longs maintenus très bas.

Les autres pays occidentaux se livrèrent eux aussi à une relance massive, en 2009, qu'ils ne modérèrent que très peu en 2010 et en 2011.

Le succès fut de courte durée. Cette relance sortit certes les pays occidentaux de leur récession franche à compter de l'été 2009. Mais, dès l'été 2010, il s'avéra que cette relance n'induisait qu'une reprise trop molle pour que la croissance s'auto-entretienne.

Désormais, il est vrai, la croissance n'était plus seulement pénalisée par le commerce extérieur et l'investissement des entreprises mais aussi par l'investissement immobilier et par une hausse inopportune de l'épargne des ménages due à un chômage durablement élevé.

Mais il y a pire. Cette relance budgétaire longtemps trop forte a fini par enclencher une crise des finances publiques occidentales. L'étincelle qui mit le feu a surgi en Grèce après les élections d'octobre 2009. Mais le Portugal et l'Irlande, l'Espagne et l'Italie, la Belgique, l'Autriche, la France et par ailleurs le Japon, le Royaume-Uni et les Etats-Unis partagent tous en réalité avec la Grèce une même configuration : une dynamique très inquiétante de leurs finances publiques et une croissance très modeste de leur PIB.

Cette configuration a fait déraper leurs ratios dette publique/PIB. Ceux-ci approchent les seuils qui inquiètent les agences de notation quant à la remboursabilité de la dette publique. Les investisseurs se portent vendeurs des obligations d'Etat. Cela fait baisser leurs cours et monter leurs rendements.

Une crise de confiance dans les signatures souveraines occidentales vient de s'enclencher. Une fois encore, l'effet boomerang final s'avère très supérieur à l'avantage initial. Un deuxième fiasco absolu.

Le moment est venu de tirer le bilan. La Chine capitalise la stratégie qu'elle a amorcée en 1989, et elle se réjouit de nous avoir déstabilisés sur tous les plans : commercial, économique, social, financier, monétaire, technologique, militaire, diplomatique... Notre capitulation face à elle aboutit maintenant à notre déstabilisation.

Les politiques compensatoires successives ont échoué lamentablement et ont en réalité accentué gravement notre déstabilisation. Preuve est ainsi faite que le pacifisme monétaire face à la Chine est une impasse totale.

Pour que la crise de 2007 ne devienne pas une nouvelle crise de 1929, il faut maintenant renverser le jeu. Il faut se mobiliser pour faire céder la Chine sur sa politique du yuan. Il suffit pour cela de préparer sérieusement et collectivement des représailles douanières à son encontre.

Faute d'une telle initiative, les pays occidentaux s'enfermeront rapidement dans une spirale de déclin économique et financier qui les amènera à se retrouver chacun durablement asservi à la Chine et au Parti communiste qui la dirige depuis 1949.

Antoine Brunet

Président de AB Marchés, coauteur, avec Jean-Paul Guichard, de " La Visée hégémonique de la Chine " (L'Harmattan)

© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.

La Chine fustige l'" irresponsabilité " des Etats-Unis pour cacher ses faiblesses

Le Monde - International, mardi 9 août 2011, p. 6

Distillées par la presse officielle chinoise dès samedi 6, puis dimanche 7 août, les diatribes contre " l'addiction " des Etats-Unis à l'emprunt et " l'irresponsabilité " des politiques sont davantage un réflexe de défense nationaliste qu'une ligne : aucun dirigeant chinois n'a pour l'instant fait de déclaration. Il faut dire que la crise de la dette américaine est au coeur de la bataille feutrée que se livrent les cercles du pouvoir chinois autour de la politique économique à suivre. Elle oppose, schématiquement, les tenants d'une libéralisation plus profonde du système monétaire et financier aux partisans d'un statu quo plus autarcique en matière de changes.

La dégradation de la note souveraine de la dette américaine n'est pas un cadeau pour Pékin. Certes, elle alimente auprès de l'opinion publique le mythe des avoirs chinois - 1 200 milliards de dollars de bons du Trésor américain détenus par la Chine - " dilapidés " par une Amérique imprévoyante; mais elle intervient aussi dans une période critique pour la santé de la seconde économie mondiale. L'inflation rampante, les restrictions imposées au crédit bancaire et la possible rechute de la demande américaine et européenne menacent de mettre de nouveau à genoux une partie du secteur exportateur privé chinois.

Alors que les effets secondaires du remède de cheval infligé à l'économie chinoise au moment de la crise financière globale - une surdose d'investissement - ont poussé le modèle de développement à ses limites, les créances douteuses virtuelles détenues par les banques (elles ne sont pas encore comptabilisées comme telles) et la cavalerie à laquelle se livrent collectivités locales et groupes industriels annoncent des lendemains difficiles.

L'abyme de la dette américaine a pour pendant la montagne des surplus commerciaux chinois. C'est l'arrangement de " Chimerica " - ce couple Chine-Amérique intenable car chimérique - décrit par l'historien Niall Ferguson dans The Ascent of Money : A Financial History of the World (Penguin Press, 2008). L'explosion des surplus commerciaux chinois à partir de 2003, puis, dès 2007, des réserves de change chinoises - qui atteignent le montant astronomique de 3 200 milliards de dollars (2 200 milliards d'euros) - ont fait changer d'échelle les distorsions exercées sur chacune des économies par ce pas de deux endiablé qui a déjà mené à la débâcle de 2008 en finançant les excès américains.

En interne, le splendide isolement monétaire chinois - le renminbi n'est pas librement convertible - et la masse d'argent mise en circulation en contrepartie des sommes remboursées aux exportateurs ont eu pour conséquence ce que les économistes décrivent comme une " répression " monétaire des épargnants locaux (rendements négatifs), afin de financer à bon compte une fuite en avant dans l'investissement à travers le crédit bancaire. Fuite dont toutes les dérives semblent s'incarner, depuis la catastrophe ferroviaire du 23 juillet, dans un ministère des chemins de fer opaque, dispensé de tout contrôle et... criblé de dettes.

Alors que la crise de 2008 avait eu raison des efforts des réformateurs les plus audacieux - représentés notamment par le " camp " de la banque centrale - pour ouvrir la forteresse monétaire chinoise, la crise de la dette américaine pourrait les remettre en selle. " La crise américaine fournit à la Chine une bonne raison pour changer ", lit-on, lundi 8 août, dans un éditorial du pourtant très nationaliste Global Times, qui invite le pays " à se préparer aux douleurs et aux risques inhérents à la réforme économique ". Le système économique chinois, ajoute le quotidien, a deux avantages pour le faire : " Il excelle à résister aux pressions de l'extérieur et il a la capacité de mettre en oeuvre des changements ", à la différence de ses homologues occidentaux.

La situation actuelle fait ressortir l'urgence du rééquilibrage de l'économie chinoise vers la consommation intérieure - annoncé par le régime mais ralenti par l'inertie du modèle actuel -, estime He Liping, le directeur du département des finances à l'université de Pékin. " Il faut davantage de politique d'aide à la consommation, notamment en ce qui concerne la sécurité alimentaire, les prix des logements et l'achat de voitures ", explique-t-il au Monde.

Pour l'économiste Yu Yongding, ancien membre du comité de politique monétaire de la banque centrale chinoise, celle-ci doit " cesser d'acheter des dollars américains et permettre aussi vite que possible au taux de change du renminbi d'être décidé par les forces du marché ". " La Chine aurait dû s'y résoudre depuis longtemps. Il ne doit plus y avoir d'hésitation ni de temporisation ", écrivait, le 4 août, dans une tribune publiée par le Financial Times, cet économiste influent et l'un des architectes de l'internationalisation de la devise chinoise.

Brice Pedroletti

© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.

lundi 8 août 2011

ENQUÊTE - La charge de Pékin - Julie Desné


Le Figaro, no. 20844 - Le Figaro Économie, lundi 8 août 2011, p. 21

C'est un signe de l'inexorable montée en puissance de l'économie chinoise. Alors que les Occidentaux ou le Japon se sont exprimés avec modération, Pékin ne s'est pas privé de réagir avec force suite à la dégradation de la note de la dette américaine par Standard & Poor's. « Les jours où le criblé de dettes Oncle Sam pouvait gaspiller à tout loisir des emprunts contractés à l'étranger sans limite paraissent compter », tançait samedi un éditorialiste de l'agence de presse gouvernementale Xinhua. La République populaire appelle, par média interposé, les États-Unis à vivre dans la limite de leurs moyens.

Premier créancier étranger des États-Unis, la Chine reste très attentive à la dette américaine dont elle détenait fin avril 1 150 milliards de dollars. Si elle ne publie pas les détails de ses réserves de change, les économistes estiment que celles-ci sont constituées à 70 % d'actifs en dollars. Pékin « est en droit d'exiger des États-Unis de résoudre son problème structurel de dette pour assurer la sécurité de ses actifs en dollars », souligne l'éditorial de Xinhua.

Le ministère des Finances et la banque centrale restent de leurs côtés, diplomatie oblige, plus mesurés. En fin de semaine dernière, les deux institutions appelaient respectivement à « assurer le développement stable de l'économie mondiale » et à « des actions politiques concrètes et responsables ».

Pour Pékin, le vote du Congrès pour relever le plafond de la dette mercredi dernier n'a rien réglé. Le problème est plus profond, il s'agit de « soigner la dépendance vis-à-vis de la dette » des États-Unis. « S'il est appliqué à la lettre », commente Xinhua, le plan signé par Barack Obama ne permettra d'économiser « qu'un peu plus de la moitié de ce qu'il faudrait » pour stabiliser le taux d'endettement par rapport à l'ensemble de l'économie à un niveau raisonnable.

Mercredi dernier, l'agence de notation chinoise Dagong, toujours prompte à sanctionner Washington, avait déjà dégradé la note de la dette américaine, après une première dégradation en novembre dernier. Cette fois, elle estime que la capacité des États-Unis à honorer leur dette décline de façon « irréversible ».

Crise politique

Ironie du sort, les commentateurs chinois ne manquent pas de souligner le caractère politique de la crise outre-Atlantique. « La dégradation est le résultat de luttes entre les partis politiques américains au sujet de la dette, qui reflètent l'incapacité du gouvernement à résoudre totalement ce problème », expliquait Dagong la semaine dernière.

Et même si les achats chinois de dollars devaient se poursuivre, la Chine s'efforce, ces derniers mois, de diversifier son portefeuille en se portant acquéreur de la dette de certains pays européens, à l'instar de la Grèce, du Portugal ou encore de la Hongrie.

© 2011 Le Figaro. Tous droits réservés.

La Chine fustige une politique budgétaire américaine inconsidérée - Richard Hiault


Les Echos, no. 20990 - Crise de la dette, lundi 8 août 2011, p. 5

Premier créancier des Etats-Unis, la Chine fustige une politique budgétaire américaine inconsidérée

Pékin insiste sur la nécessité pour les Etats-Unis de s'attaquer à leur problème de dette. Position partagée par la Russie. Le Japon et les alliés occidentaux des Américains sont plus mesurés.

Avec environ 1.160 milliards de dollars investis en bons du Trésor américains sur un montant total de réserves de change de près de 3.200 milliards de dollars, la Chine, premier créancier des Etats-Unis, a de quoi s'inquiéter. Au lendemain de l'annonce par Standard & Poor's d'une dégradation de la note américaine, l'agence officielle Chine Nouvelle a indiqué que Pékin avait « désormais tous les droits d'exiger des Etats-Unis qu'ils s'attaquent à leur problème structurel de dette ». « Les jours où l'Oncle Sam, perclus de dettes, pouvait facilement dilapider des quantités infinies d'emprunts de l'étranger semblent comptés », ajoutait l'agence. Cette dernière a mis en garde Washington sur le fait que, s'il n'effectue pas des coupes importantes dans ses « dépenses militaires gigantesques » ainsi que dans ses « coûts surgonflés d'aide sociale », la décision de S&P ne sera que le « prélude à d'autres abaissements dévastateurs de la note » américaine.

Les autorités chinoises avaient déjà montré les dents quelques jours plus tôt après l'accord à l'arraché au Congrès sur le relèvement du plafond de la dette et les coupes budgétaires à prévoir. Mercredi dernier, Pékin avait estimé que les Etats-Unis avaient échoué à désamorcer « la bombe de leur dette ». « Même si les Etats-Unis ont fondamentalement évité le défaut de paiement, les problèmes de leur dette souveraine demeurent non résolus », avait jugé la veille l'organe officiel du Parti communiste, « Le Quotidien du peuple ». La télévision d'Etat avait ensuite dénigré l'accord conclu entre le président Obama et le Congrès en le qualifiant de « spectacle politique ».

La revanche de Pékin

Régulièrement sous le feu des critiques américaines au sujet de sa politique de change consistant à sous-évaluer sa monnaie, le yuan, la Chine prend sa revanche. La montée en puissance du géant asiatique se traduit, entre autres, par une augmentation de ses droits de vote au sein du Fonds monétaire international, faisant de Pékin son troisième actionnaire, ainsi que par la nomination du Chinois Zhu Min au poste de directeur général adjoint du Fonds, mi-juillet. Le dialogue entre Washington et Pékin risque d'être plus ardu dans les prochains mois.

La Chine n'a d'ailleurs pas été la seule à fustiger les problèmes budgétaires américains. Lundi dernier, lors de sa rencontre avec un mouvement de jeunes favorable au pouvoir, le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, avait accusé les Etats-Unis de « parasiter » l'économie mondiale avec leur dette. « Le pays vit à crédit, au-delà de ses moyens et fait reposer une partie de la charge [de sa dette] sur l'économie mondiale. Il parasite l'économie mondiale en usant de la situation de monopole du dollar », avait-il lancé avant d'ajouter que le relèvement du plafond de la dette américaine « n'a fait qu'ajourner la prise de décisions pour régler le problème sur le fond ».

La réaction des deux géants asiatiques n'est guère surprenante dans la mesure où, depuis l'éclatement de la crise des « subprimes » et la chute de Lehman Brothers en septembre 2008, ils n'ont cessé d'appeler à réduire le rôle du billet vert en tant que monnaie de réserve mondiale. Le risque de déflagration international due à la sanction de S&P ne pourra que les encourager, avec à leurs côtés les autres grands pays émergents, à moins dépendre du marché américain.

« Confiance »

Traditionnel allié de Washington en Asie, le Japon s'est montré plus conciliant. Sa politique d'achat d'obligations américaines ne va pas changer : « Notre confiance envers les bons du Trésor américains et leur attractivité comme investissement ne changeront pas à cause de cette action », a déclaré un responsable gouvernemental à Dow Jones. « La France a une totale confiance dans la solidité de l'économie américaine et ses fondamentaux », a pour sa part déclaré le ministre français des Finances, François Baroin. Le ministre britannique du Commerce, Vince Cable, a jugé « complètement prévisible » la dégradation de la note, après la bataille au Congrès américain. « Mais ils se sont maintenant entendus sur le sujet, et la situation des Etats-Unis est assez solide », a-t-il estimé.

« Nous avons confiance dans l'économie américaine », a déclaré le ministre néerlandais des Finances, Jan Kees de Jager, cité dans un communiqué. « La politique des Etats-Unis est actuellement centrée, et à juste titre, sur la discipline budgétaire et sur un bon plan de réduction des dépenses, mais il est essentiel que ces réformes budgétaires soient réalisées rapidement et fermement », a-t-il ajouté. Le ministre allemand de l'Economie, Philipp Rösler, s'est borné, lui, à souligner qu'il « est clair que la compétitivité économique des autres Etats est aussi (...) un sujet important ». En Corée du Sud, de hauts responsables du ministère des Finances ont tenu samedi une réunion d'urgence pour analyser les conséquences de l'abaissement de la note. Mais le gouvernement a mis en garde contre toute réaction excessive.

RICHARD HIAULT

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.

samedi 6 août 2011

La note souveraine des Etats-Unis abaissée


Reuters économique - Samedi 6 août 2011 - 02:47:41 GMT

NEW YORK, 6 août (Reuters) - L'agence de notation Standard & Poor's a annoncé vendredi pour la première fois la baisse de la note souveraine des Etats-Unis à AA+, en raison notamment du déficit public croissant et du poids de sa dette.

La perspective est négative, a ajouté S & P, ce qui indique que la note pourrait être à nouveau dégradée entre les 12 et les 18 prochains mois.

"L'abaissement (de la note) traduit notre opinion que le plan de consolidation budgétaire, que le Congrès et l'administration (Obama) ont récemment approuvé, ne répond pas à ce que, de notre point de vue, serait nécessaire pour stabiliser la dynamique à moyen terme de la dette", indique l'agence dans un communiqué.

Cette décision devrait augmenter le coût des emprunts pour l'administration américaine, les sociétés et les particuliers.

La Maison blanche n'a toujours pas réagi à cette annonce.

Une source proche du dossier a estimé que S&P avait prêté trop attention au chaotique processus politique et que l'agence de notation avait fait une erreur dans ses calculs sur les finances américaines.

Cette annonce intervient après un âpre débat entre républicains et démocrates sur le relèvement du plafond de la dette.

En octobre 2010, S&P avait réclamé un accord significatif pour maîtriser sur la durée les déficits américains. En avril, l'agence est passée à "négative" sur la perspective de notation des Etats-Unis, signifiant qu'elle pourrait abaisser la note de la dette souveraine américaine.

Mi-juillet enfin, S&P a indiqué qu'elle était susceptible d'abaisser le triple A des Etats-Unis d'ici trois mois en émettant des doutes sur la capacité des démocrates et des républicains à conclure un compromis majeur sur la baisse de l'endettement américain.

VOLATILITÉ

L'agence avait évalué à 4.000 milliards de dollars sur dix ans le montant nécessaire pour pouvoir confirmer la note triple A des Etats-Unis.

L'accord finalement conclu mardi dernier au Congrès sur le relèvement du plafond de la dette jusqu'en 2013 prévoit moins de 2.500 milliards de dollars d'économies budgétaires.

Dans un deuxième temps, une commission bipartisane devra déterminer 1.500 milliards de dollars d'économies supplémentaires d'ici la fin de l'année.

Mardi dernier, Moody's Investors Service avait confirmé la note Aaa aux Etats-Unis après le compromis adopté sur le relèvement du plafond de la dette, mais avait assorti sa note maximum d'une perspective négative. (voir [ID:nLDE7711AT])

L'agence Fitch a elle aussi maintenu la note des Etats-Unis à AAA, tout en prévenant que la première puissance économique mondiale devait réduire son endettement pour éviter une baisse de note à l'avenir. [ID:nLDE77118I]

Cette annonce de Standard & Poor intervient alors que les marchés d'actions américains ont terminé vendredi leur plus mauvaise semaine en plus de deux ans, au terme d'une séance particulièrement volatile. (voir [ID:nLDE77418D])

"Ce n'est pas une nouvelle complètement inattendue. Nous attendons à voir plus de pression sur le dollar mais nous n'imaginons pas une vente massive", a déclaré Vassili Serebriakov, analyste à Wells Fargo.

La décision de baisser la note pourrait inquiéter les créanciers étrangers, comme la Chine qui détient 1.000 milliards de dollars de dette américaine.

© 2011 Reuters économique. Tous droits réservés.

jeudi 4 août 2011

Pékin tance Washington sur sa gestion de la crise de la dette

Les Echos, no. 20988 - International, jeudi 4 août 2011, p. 6

La Chine dénonce l'irresponsabilité de l'accord américain sur la dette et les menaces que les Etats-Unis font porter sur la croissance mondiale. La banque centrale chinoise réitère sa décision de diversifier les vastes réserves de change, mais les marges de manoeuvre de Pékin sont limitées.

Les donneurs de leçons ont changé de camp. Après la litanie américaine sur un yuan sous-évalué, c'est au tour de la Chine d'adresser ses commentaires les plus virulents à l'égard des Etats-Unis, alors que l'agence de notation financière Moody's vient de placer la note de la dette publique américaine sous perspective négative (lire ci-dessous).

L'adoption, par le Congrès américain, d'un texte destiné à éviter un défaut de paiement des Etats-Unis d'ici à 2013 a échoué à désamorcer « la bombe de la dette », a estimé hier la très officielle Agence Chine Nouvelle. « Même si les Etats-Unis ont fondamentalement évité le défaut de paiement, les problèmes de leur dette souveraine demeurent non résolus », jugeait mardi l'organe officiel du Parti communiste, « Le Quotidien du peuple ». La télévision d'Etat a ensuite dénigré l'accord conclu entre le président Obama et le Congrès en le qualifiant de « spectacle politique ».

Le gouverneur de la banque centrale chinoise, Zhou Xiaochuan, a enjoint hier les Etats-Unis à prendre des mesures « concrètes et responsables » pour résoudre la crise budgétaire américaine et stabiliser le marché des emprunts du Trésor. Toute incertitude en ce domaine risque d'affecter le système monétaire international et de menacer la croissance mondiale, prévient Zhou Xiaochuan. L'agence chinoise de notation Dagong a traduit les critiques en faits en dégradant la note des Etats-Unis de A+ à A avec une perspective négative. Contrairement aux agences Fitch, Moody's et Standard & Poor's, Dagong n'accordait pas la note maximale AAA aux Etats-Unis. Elle vient d'ailleurs d'accuser ses homologues anglo-saxonnes de partialité.

Dialogue à maintenir

Officiellement, Pékin assure vouloir réagir en prenant davantage ses distances à l'égard des Etats-Unis. « Les réserves de change de la Chine vont continuer à suivre les principes de la diversification des investissements et de la gestion des risques », a indiqué Zhou Xiaochuan dans un communiqué. Mais il ne sera pas aisé pour la Chine de diversifier ses énormes réserves de change, alors qu'elle est aujourd'hui la principale créancière des Etats-Unis, devant le Japon. Des rumeurs dans les milieux bancaires répartissent les 3.197 milliards de dollars de réserves de change de la Chine comme suit : 65 % en dollars, 26 % en euros, 9 % entre livres sterling et yens japonais et 1 % dans d'autres devises. Comment, à partir de là, limiter la dépendance au dollar ? « La Chine peut critiquer le comportement des Etats-Unis, mais elle est prisonnière, commente l'économiste de Natixis Xu Bei. Elle n'a pas de moyens de pression très concrets sur les Américains. » Hormis confier davantage de réserves de change à la gestion de son fonds souverain CIC, les analystes jugent souvent bien limitées les marges d'action de la Chine, les marchés aussi liquides que les Etats-Unis étant rares.

Le dialogue sino-américain risque dès lors de connaître d'autres soubresauts. Le tout nouvel ambassadeur américain en Chine, l'ancien secrétaire au Commerce Gary Locke, semble l'avoir compris. « Je travaillerai à faire en sorte que les lignes de communication restent ouvertes », a-t-il déclaré lundi en prêtant serment.

MARIE-CHRISTINE CORBIER

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.

vendredi 17 juin 2011

Les banques chinoises pourraient dépasser les américaines dès 2023


Les Echos, no. 20955 - Finance, vendredi 17 juin 2011, p. 33

Selon une étude mondiale du cabinet PwC, la taille des marchés bancaires de l'E7, qui regroupe la Chine, l'Inde, le Brésil, la Russie, le Mexique, l'Indonésie et la Turquie, devrait supplanter dès 2036 celle des pays du G7.

L'ombre des banques des pays émergents grossit à vue d'oeil. Selon l'étude mondiale du cabinet PwC « Banking in 2050 » publiée hier, la taille des marchés bancaires de l'E7, qui regroupe la Chine, l'Inde, le Brésil, la Russie, le Mexique, l'Indonésie et la Turquie, devrait dépasser dès 2036 celle des pays du G7 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie et Canada). En touchant de plein fouet les banques occidentales, la crise financière a accéléré un processus identifié par PwC en 2007. A l'époque, le cabinet de conseil prévoyait en effet que les banques de l'E7 dépasseraient leurs concurrentes occidentales en 2046, soit dix ans plus tard.

Dans le détail, la Chine devrait dépasser les Etats-Unis pour devenir la première puissance bancaire mondiale par les actifs dès 2023. De son côté, l'Inde dépasserait le Japon en 2035 pour s'imposer à la troisième place tandis que le Brésil devrait coiffer l'Allemagne et le Royaume-Uni d'ici à 2045. Parmi les pays du G7, seuls les Etats-Unis se maintiendraient ainsi dans le trio de tête, entre la Chine et l'Inde. La première puissance mondiale « a une avance importante en termes d'actifs bancaires et certaines banques américaines sont déjà présentes dans des pays de l'E7. Elles profiteront donc de la croissance à venir de ces marchés », souligne Hervé Demoy, associé de PwC.

Les acteurs bancaires occidentaux doivent donc surmonter au plus vite la crise pour conquérir cette nouvelle frontière bancaire. Pour l'heure, ceux-ci ont au contraire réduit leurs ambitions en se concentrant sur la clientèle haut de gamme et les entreprises, qui n'exigent pas un développement de leur réseau. Une seconde étude publiée hier par le cabinet Velhon révèle que les établissements bancaires des pays développés ont ainsi vu leur réseau progresser en moyenne de 2,5 % seulement en 2010 contre 14 % en 2008. Les banques des pays émergents ont dans le même temps creusé l'écart. Quatre banques indiennes figurent parmi les dix acteurs les plus dynamiques en termes d'ouvertures d'agences, aux côtés d'établissements chinois, indonésien, brésiliens, vietnamien et ukrainien. State Bank of India a ouvert plus de 1.000 agences par an depuis 2008. L'offensive des acteurs du G7 se heurte toutefois aux réglementations locales : en Chine comme en Inde, les participations étrangères dans des banques domestiques restent limitées.

Le Nigeria, marché prometteur

Un second défi se profile pour les banques du G7 : la montée en puissance des acteurs émergents va de pair avec le développement de leurs ambitions à l'étranger, en particulier en Afrique, partie du monde la moins bancarisée et chasse gardée des pays du G7. Selon Velhon, le Nigeria, s'il assure un cadre politique et réglementaire favorable, se profile comme le marché de banque de détail le plus prometteur du continent. Anglophone, avec plus de 150 millions d'habitants, une croissance tirée par les exportations de pétrole et une urbanisation importante, le pays a en effet tout pour accueillir les premières passes d'armes entre banques occidentales et acteurs des pays émergents.

NINON RENAUD

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.

lundi 13 juin 2011

La dette américaine objet de toutes les inquiétudes - Cécile Prudhomme

Le Monde - Economie, lundi 13 juin 2011, p. 15

Rien ne va plus. Avec la multiplication des crises économiques et financières, les instruments de bord des analystes que sont notamment les liens entre les cours des différents marchés financiers sont déréglés.

Le dollar australien et le dollar néo-zélandais en sont une illustration récente, selon David Bloom, le responsable de la stratégie sur les devises d'HSBC. Autrefois, ils progressaient au rythme de la santé de l'économie américaine, aujourd'hui ils évoluent en sens inverse. Depuis plusieurs semaines, ces deux monnaies s'apprécient alors que s'amplifient les craintes sur l'économie des Etats-Unis. Le dollar australien (l'aussie) a progressé de quasiment 9 % face au dollar américain, depuis la mi-mars, et le néo-zélandais de presque 15 %. M. Bloom estime qu'en ce moment l'Aussie " ignore les mauvaises nouvelles et célèbre les bonnes ".

Et du côté des Etats-Unis, les sources d'inquiétudes s'accumulent : le débat budgétaire sur la dette américaine n'avance pas et l'économie pourrait rechuter.

Le président de la Réserve fédérale (Fed), Ben Bernanke, a jugé, mardi 7 juin, que le maintien d'" une politique monétaire accommodante est toujours nécessaire " tant que la poussée d'inflation n'apparaît pas menaçante, pour doper une reprise économique " désespérément lente ".

Le rapport publié cette semaine par la Banque centrale - appelé Beige Book de la couleur de sa couverture -, montre que la croissance a même ralenti dans quelques régions, même si, dans son ensemble, elle continue de progresser.

Ajouté aux interrogations sur l'avenir de la croissance, le débat budgétaire américain suscite la crispation hors des frontières. Le Congrès américain ne parvient toujours pas à s'entendre sur un relèvement du plafond de la dette. La dette publique a atteint mi-mai la limite légale au-delà de laquelle l'Etat ne peut plus augmenter son endettement (14 294 milliards de dollars, soit 9 950 milliards d'euros). Les élus républicains commencent à faire passer l'idée qu'il pourrait être utile de mettre les Etats-Unis en défaut technique sur la dette, afin de forcer la main au gouvernement démocrate pour qu'il accepte davantage d'austérité budgétaire.

L'agence de notation Fitch a indiqué, jeudi, qu'elle abaisserait la note de solvabilité des Etats-Unis " dans le cas hautement improbable " d'un défaut de paiement du Trésor américain. Elle pourrait qualifier la dette en " défaut limité " si le Trésor ne remboursait pas certaines de ses obligations le 15 août.

" Déjà en situation de défaut "

La bataille politique américaine est prise très au sérieux en Chine, premier détenteur de bons du Trésor américain, avec 1 145 milliards de dollars investis. Un conseiller de la banque centrale chinoise, Li Daokui, a jugé jeudi que les Etats-Unis " jouaient avec le feu " en envisageant un défaut ponctuel. Un tel événement serait néfaste pour le dollar, a-t-il averti. Le porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères, Hong Lei, a espéré " que les Etats-Unis pourront adopter des mesures efficaces pour améliorer leur situation budgétaire ".

Pour l'agence de notation chinoise Dagong, en tout cas, " les Etats-Unis sont d'ores et déjà en situation de défaut " sur leur dette, a jugé, vendredi, son président Guan Jianzhong. Selon lui, Washington a déjà fait défaut sur sa dette en autorisant le dollar à s'affaiblir par rapport aux autres devises, érodant d'autant le portefeuille des créditeurs des Etats-Unis, dont la Chine.

Les investisseurs n'ont, en tout cas pour le moment, pas déserté la dette américaine, comme le montre la baisse du taux à dix ans. Il a atteint vendredi 2,95 % contre quasiment 3 % une semaine avant.

Cécile Prudhomme

© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.

jeudi 9 juin 2011

La puissance économique a-t-elle remplacé la puissance militaire ? - Joseph S. Nye


Le Temps - Débats, jeudi 9 juin 2011

Le fait que la puissance militaire soit plus limitée que jadis ne veut pas dire qu'elle n'est plus une source primordiale du pouvoir. Par Joseph Nye

A la fin de la Guerre froide, quelques doctes spécialistes ont proclamé que la «géoéconomie» avait remplacé la géopolitique. La puissance économique allait devenir la clé pour accéder au leadership mondial, un changement dont beaucoup pensaient qu'il allait ouvrir une ère dominée par le Japon et l'Allemagne.

Aujourd'hui certains observateurs considèrent que la place acquise par la Chine dans l'économie mondiale traduit une nouvelle phase dans l'équilibre des pouvoirs au niveau planétaire, reléguant à l'arrière-plan la puissance militaire. Ils estiment que cette dernière ne peut que s'aligner rapidement sur la puissance économique, oubliant que les Etats-Unis ont été pendant 70 ans la première économie mondiale avant de devenir une grande puissance militaire.

Les observateurs politiques débattent depuis longtemps pour savoir ce qui est plus important: la puissance économique ou la puissance militaire? Traditionnellement les marxistes considèrent que le pouvoir se bâtit sur l'économie et que les institutions politiques sont une simple superstructure - une idée partagée par le courant économique libéral du XIXe siècle pour lequel l'interdépendance croissante entre commerce et finance rendrait la guerre obsolète. Mais le fait que la Grande-Bretagne et l'Allemagne aient été des partenaires commerciaux majeurs en 1914 n'a pas empêché une conflagration qui a retardé d'un demi-siècle l'intégration économique européenne.

La puissance militaire que certains considèrent comme la forme ultime de la puissance politique nécessite une économie florissante. Mais que la puissance économique l'emporte ou pas sur la puissance militaire dépend du contexte.
La carotte est plus efficace que le bâton pour faire avancer un âne, mais un fusil est plus efficace pour s'emparer de l'âne de son ennemi.

La force militaire est malgré tout impuissante face à bien des problèmes cruciaux: elle ne peut combattre l'instabilité financière ou arrêter le réchauffement climatique.

La Chine et les Etats-Unis sont plus que jamais interdépendants sur le plan économique, mais beaucoup d'analystes se trompent quant aux conséquences de cette situation en termes de leadership politique. Il est vrai que la Chine pourrait facilement mettre les Etats-Unis à genoux en menaçant de vendre ses réserves de dollars. Mais cela réduirait la valeur de ses réserves du fait de la baisse du dollar et porterait un coup à la demande américaine pour les produits chinois. Il en résulterait pertes d'emploi et instabilité sociale dans l'Empire du Milieu. Autrement dit, mettre les Etats-Unis à genoux affaiblirait la Chine

Savoir si l'interdépendance économique renforce le pouvoir politique suppose de considérer les asymétries entre Etats. «L'équilibre de la terreur financière» entre la Chine et les Etats-Unis ressemble à «l'équilibre de la terreur» entre l'URSS et les Etats-Unis pendant la Guerre froide, lorsque chacun avait le potentiel nécessaire pour détruire l'autre sous le feu nucléaire. En février 2000, des officiers supérieurs chinois irrités par les ventes d'armes américaines à Taïwan ont demandé à leur gouvernement de se débarrasser des bons du Trésor américains à titre de représailles, mais ils n'ont pas été suivis.

La puissance économique peut déboucher tout aussi bien sur le «soft power» que sur la puissance militaire. Une économie florissante permet non seulement de financer une armée conséquente mais peut entraîner d'autres pays sur la même voie. Le «soft power» de l'Europe à la fin de la Guerre froide, comme celui de la Chine aujourd'hui, tient en grande partie au succès de leurs modèles économiques respectifs.

La puissance économique joue un rôle de plus en plus important, mais ce serait une erreur que de négliger la puissance militaire. Ainsi que le président Obama l'a déclaré en recevant le Prix Nobel de la paix en 2009. «Nous devons commencer par reconnaître cette vérité difficile à admettre que nous ne parviendrons pas à éradiquer les conflits violents durant notre vie. Il y aura des occasions au cours desquelles des nations - agissant isolément ou de concert - estimeront que le recours à la force n'est pas seulement nécessaire, mais moralement justifié.»

Même si la probabilité du recours à la force entre Etats, ou la menace d'y recourir, est moindre que par le passé, les terribles conséquences de la guerre conduisent les dirigeants des différents pays à se protéger derrière un bouclier militaire à prix d'or. Si la puissance militaire chinoise effraie ses voisins, ils vont probablement chercher un bouclier et ce sont probablement les Etats-Unis pour l'essentiel qui vont le leur fournir

Cela conduit à une remarque plus générale sur le rôle de la puissance militaire. Le fait qu'elle ne permette pas de résoudre autant de problèmes que jadis ne signifie pas pour autant qu'elle a perdu toute utilité, elle reste une source primordiale de pouvoir - même si selon certains analystes son rôle est devenu tellement restreint qu'elle n'est plus la mesure ultime de la puissance d'une nation.

Le fonctionnement des marchés et l'économie reposent sur un cadre politique qui ne dépend pas seulement de la réglementation, des institutions et des relations qu'elles entretiennent, mais aussi de la gestion du pouvoir de coercition. Un Etat moderne bien structuré détient le monopole de l'utilisation légitime de la force et permet aux marchés intérieurs de fonctionner. Sur le plan international où l'ordre est plus fragile, la crainte du recours à la force, même si sa probabilité est faible, peut avoir des conséquences importantes - y compris un effet stabilisateur.

La puissance militaire est à la sécurité ce que l'oxygène est à la respiration: on n'y prête guère attention, sauf lorsqu'on vient à en manquer. A ce moment-là cela devient la priorité absolue. Au XXIe siècle, la puissance militaire n'a plus le même rôle qu'au XIXe et au XXe siècle, mais elle restera un élément crucial du leadership politique sur la scène internationale

© 2011 Le Temps SA. Tous droits réservés.

mercredi 18 mai 2011

La Banque mondiale prédit la fin de l'hégémonie du dollar en 2025

Le Monde - Economie, jeudi 19 mai 2011, p. 19

L'hégémonie du dollar sur le système monétaire international devrait s'effacer d'ici à 2025 pour laisser place à un système tripolaire autour du billet vert, de l'euro et du yuan chinois, a affirmé, mardi 17 mai, la Banque mondiale dans un rapport sur " La Nouvelle Economie mondiale ". " Actuellement, l'euro est une source croissante de concurrence internationale pour le dollar ", écrit l'institution de Washington, qui constate aussi que le yuan (ou renminbi) est appelé à jouer un rôle plus important compte tenu du poids croissant des pays émergents dans l'économie mondiale. Selon les projections de l'institution, d'ici à 2025, la -moitié de la croissance de l'économie mondiale sera assurée par six pays émergents : Brésil, Chine, Corée du Sud, Inde, Indonésie et Russie.

© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.

lundi 16 mai 2011

Pékin prêt à augmenter le trésor de guerre du fonds souverain CIC

Les Echos, no. 20933 - Marchés, lundi 16 mai 2011, p. 33

L'un des dirigeants du CIC a annoncé que Pékin, qui accumule les réserves de change, travaillait au versement de financements continus à son fonds souverain. Une injection de 100 à 200 milliards de dollars est évoquée.

Le fonds souverain chinois va-t-il bientôt se voir confier la gestion de nouvelles liquidités ? C'est en tout cas l'hypothèse à laquelle veut croire publiquement l'un de ses dirigeants, Jin Liqun, qui dirige le comité de supervision de China Investment Corporation (CIC). Celui-ci a annoncé, lors d'un forum international des fonds souverains tenu à Pékin que son organisation travaillait à la mise en place d'un « mécanisme grâce auquel nous recevrons un financement continu ». Le « Financial Times » croit savoir que le montant de l'augmentation de capital envisagée devrait s'élever entre 100 et 200 milliards de dollars.

Fondé en 2007 dans le but de développer une gestion plus dynamique d'une partie des réserves de change de la Chine, le CIC n'a pas eu des débuts glorieux. Il a d'abord investi essentiellement dans des valeurs financières américaines, telles Blackstone et Morgan Stanley... dont la valeur boursière a sombré dans les mois qui ont suivi, en raison de la crise financière. Cela lui a valu une grande impopularité dans les médias chinois. Et cela a stoppé net les injections annuelles d'argent frais qui lui avaient été promises lors de son lancement. Aujourd'hui, les 200 milliards de dollars dont il a été doté initialement - dont 110 ont été, comme prévu, investis à l'étranger -ne semblent plus à la hauteur de l'enjeu. Alors que le montant des réserves de change était inférieur à 1.500 milliards de dollars en 2007, elles excèdent aujourd'hui les 3.000 milliards. Un niveau déraisonnable, de l'aveu même du gouverneur de la banque centrale, Zhou Xiaochuan. Si l'on suit les règles de calcul du FMI, le niveau de réserves qui serait considéré comme « nécessaire » pour la Chine se situerait entre 150 et 300 milliards de dollars.

Bras de fer

D'où la volonté des autorités chinoises de repartir à l'offensive. Mais, manifestement, la forme que prendra le dispositif n'est pas encore claire : l'hypothèse de la création de nouveaux fonds a également été évoquée. Un flou qui tient beaucoup, explique un spécialiste des finances chinoises, « au bras de fer entre la banque centrale et le ministère des Finances, la première cherchant à diviser pour mieux régner ». Si le CIC dépend du ministère des Finances et donc, in fine, du pouvoir politique central, cela déplaît profondément à l'institut d'émission monétaire, analyse-t-il. La banque centrale était d'ailleurs parvenue à imposer, lors du lancement du CIC, en 2007, que ce dernier obtienne ses liquidités en les lui empruntant, ce qui assure à celle-ci un revenu confortable d'un peu plus de 4 % par an. Et elle milite aujourd'hui pour la création de fonds dont elle seule aurait la gestion.

GABRIEL GRESILLON

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.

mercredi 27 avril 2011

DÉBAT - Un retour à l'étalon-or est-il envisageable?

Le Temps - Economie, mardi, 26 avril 2011

Charles Wyplosz et Pierre Leconte débattent de l'avenir des monnaies
Deux experts réagissent à l'avertissement de Standard & Poor's sur la dette américaine.
Un retour à l'étalon-or est-il envisageable?

Propos recueillis par Mathilde Farine et Frédéric Lelièvre

Le Temps: S & P a lancé un avertissement sur la dette américaine en début de semaine dernière. Est-ce le début de la fin du dollar ou un non-événement?

Charles Wyplosz: C'est un événement majeur dans la mesure où on commence à voir la réalisation qu'il y a un problème sur la dette américaine, mais que l'on connaissait déjà. Le vrai problème est en réalité moins celui de la dette que la difficulté à prendre des décisions politiques aux Etats-Unis où la Maison-Blanche est tenue par des démocrates et la Chambre des représentants par des républicains. L'annonce de S & P reflète une inquiétude sur la dette. De là, faire un lien avec le rôle international du dollar est très hasardeux, car il n'y a pas d'alternative.

Pierre Leconte: Le dollar est la monnaie mondiale qu'on le veuille ou non. Aucune tentative des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) d'essayer d'y échapper n'a abouti. Toutes les monnaies de papier vont revenir à leur valeur intrinsèque, c'est-à-dire zéro. Le dollar et l'euro - car il y a là aussi d'importants problèmes - sont engagés dans le concours de la plus mauvaise monnaie. Dans le cas du billet vert, le problème n'est pas tant celui de la dette publique, mais de la politique monétaire de la Réserve fédérale (Fed) et de la façon dont on a essayé de résoudre la crise financière. On a laissé les déficits s'échapper et la création monétaire se développer sans contrôle. C'est cela qui sape la valeur de la monnaie. Si le prix des matières premières monte, c'est le signal de la fragilité du dollar.

- C.W.: On ne peut pas dire que la monnaie papier ne vaut rien! C'est une grande invention. Il est vrai que sa valeur dépend entièrement de la qualité de la gestion des autorités monétaires. Or, en un siècle, nous avons progressé dans notre compréhension de ce que doivent faire les banques centrales.

- En a-t-on trop fait pour surmonter la crise financière?

- C.W.: Quand la crise est arrivée un consensus s'est formé autour de l'idée que la crise de 1929 avait été longue et profonde parce que les gouvernements avaient fait des restrictions budgétaires, tandis que les autorités monétaires refusaient de faire redémarrer le système bancaire. La dernière crise a été quasi identique et les réactions inverses: les banques centrales ont réalisé des inventions impensables jusque-là. Résultat, la crise a été relativement brève et peu profonde, les Etats-Unis et l'Europe repartent. Mais rien n'est gratuit et il faudra sortir de cette période de liquidité extrêmement abondante. On pense comprendre comment cela peut se passer, mais on n'a aucune garantie puisqu'on ne l'a jamais fait. Quant aux dettes publiques qui ont augmenté, il aurait fallu simultanément penser à la manière de les résorber.

- P.L.: Le traitement a été judicieux au début pour enrayer l'aspect déflationniste de la crise. Mais c'est allé beaucoup trop loin: les Etats et les banques centrales sont coincés. Si l'on retire l'alimentation monétaire, les économies et les marchés vont replonger. La question est de savoir s'il valait mieux une cure d'austérité momentanée quitte à laisser une déflation pendant un certain temps pour corriger les excès du système passé ou s'il fallait à nouveau créer une bulle qui finira par éclater.

- L'économie est-elle repartie?

- P.L.: Non. La croissance est financée artificiellement par le crédit et n'est pas auto entretenue. Les marchés actions sont repartis, mais ce n'est pas le cas des emplois et du marché immobilier qui sont importants pour la confiance des consommateurs.

- C.W.: Si, l'économie américaine est repartie fin 2009. La reprise n'est pas très vigoureuse, mais elle est bien développée. Le taux de chômage et le marché immobilier sont des variables retardées, qui suivent le cycle. La reprise est auto-entretenue dans la mesure où la consommation et le crédit repartent. Dans ce contexte, les autorités doivent faire preuve de patience: on se promène sur une ligne de crête avec d'un côté une normalisation trop précoce qui ferait retomber en récession et une normalisation retardée qui pourrait amener des tensions inflationnistes. On a vu la Banque centrale européenne (BCE) remonter ses taux, beaucoup ont dit que c'était prématuré. La Fed [ndlr: qui se réunit mercredi] fait preuve de plus de patience alors que la reprise est plus ferme et on l'accuse d'être trop lente...

- P.L.: Lorsqu'une banque centrale achète 70% des émissions du trésor - comme c'est le cas aujourd'hui -, c'est extrêmement pervers. Cela signifie que le marché n'achète plus la dette publique et cela va faire monter les taux à long terme. Si la Chine et d'autres pays émergents cessent d'acheter des instruments du Trésor américain ou européen, on va vers un krach obligataire. Actuellement, il y a un risque de divorce entre les politiques monétaires qui ne sont plus comprises et rejetées par les marchés et ces derniers qui demandent des ajustements que les banques centrales ne sont pas capables de faire sauf à retomber dans une nouvelle crise. La crise n'est pas finie, elle le sera lorsque les politiques monétaires seront normalisées. Les banques centrales ne sont plus stabilisatrices, au contraire.

- C.W.: Non, les banques centrales ont pour objectif de stabiliser les prix et, aux Etats-Unis, le chômage. Elles baissent les taux quand elles anticipent une faiblesse de l'économie et les montent quand elles anticipent une montée de l'inflation. Si on rejette la monnaie fiduciaire et le rôle stabilisateur des banques centrales, on revient à la période précédente avec des économies instables.

- Le retour à l'étalon-or serait-il la solution?

- P.L.: C'est impossible notamment parce que les Etats ne vont jamais accepter un mécanisme automatique qui les limite dans la création de liquidité. Ce sont les marchés qui vont imposer le choix de la monnaie mondiale du futur. Si l'or et les métaux précieux augmentent à des niveaux stratosphériques, les banques centrales des pays émergents en achèteront de plus en plus et vendront les monnaies papier. Même les banques centrales des pays développés devront liquider une partie de leur portefeuille de papier, d'obligations souveraines etc. et acheter du métal. C'est à travers la hausse des prix de ces deux métaux qu'on verra une transformation du système.

- C.W.: Retourner à l'or... Se promener à cheval est agréable et moins dangereux que la voiture, qui en plus pollue. Pourtant, c'est la voiture, plus pratique, qui est utilisée. On peut faire le même raisonnement avec la monnaie fiduciaire (papier), qui est un progrès. Mais il est aussi plus difficile de la faire tourner que l'étalon-or.

- Pourtant, beaucoup disent que c'est depuis que les Etats-Unis ont renoncé à cet étalon-or que le monde financier est incontrôlable...

- C.W.: Depuis 1945, on a assisté à une croissance importante et à un élèvement du niveau de vie mondial jamais observé dans l'histoire. C'est le progrès technologique qui l'a permis mais la finance l'a accompagné. Or cette dernière est par essence risquée et faite de crise.

- P.L.: Les Trente Glorieuses ont tout de même coïncidé avec le dollar convertible en or. L'explication vient de la confiance dans la monnaie dont les variations n'étaient pas massives et indéterminées.

- C.W.: Il y a les Trente Glorieuses, qui ont été la période de rattrapage de l'Europe, suivi par les Trente Glorieuses japonaises et les Trente Glorieuses chinoises. Tout cela avec des régimes monétaires internationaux différents.

- P.L.: La stabilité monétaire est quand même favorable à la croissance économique!

- C.W.: Depuis 1973, où l'on a quitté l'étalon-or, la moitié de l'humanité est sortie de la pauvreté. Les régimes monétaires n'ont eu aucun rôle.

- P.L.: On a un système de plus en plus déséquilibré, basé sur la dette et sujet à des chocs violents. On peut faire le parallèle entre le cheval et la voiture. La comparaison serait plutôt à faire avec les accidents nucléaires qui seraient la monnaie papier...

- C.W.: C'est une très bonne comparaison. On peut se chauffer avec le bois ou avec l'énergie nucléaire. Le second est dangereux mais extraordinairement efficace, tandis que dans le cas du premier il faut aller ramasser son fagot chaque matin.

© 2011 Le Temps SA. Tous droits réservés.

mercredi 20 avril 2011

Chine : La stratégie de l'araignée - Antoine Brunet et Jean-Paul Guichard

L'Express, no. 3119 - à mots ouverts, mercredi, 13 avril 2011, p. 94

Les économistes Antoine Brunet et Jean-Paul Guichard mettent en garde contre les intentions chinoises : le recours à l'arme économique à des fins de domination politique. Et dénoncent la complaisance de l'Occident à l'égard de l'hyperpuissance émergente. Voici leur thèse, alarmiste mais éclairante.

Depuis 2008, la Chine surprend : individualiste, elle maintient le yuan fortement sous-évalué malgré la crise prolongée que traversent les pays occidentaux ; menaçante, elle revendique brusquement, en 2010, la souveraineté sur la mer de Chine du Sud ; agressive, elle finalise, à la fin de cette même année, la construction d'un chasseur-bombardier furtif, le J-20, et multiplie les intrusions informatiques à l'étranger.

Cette arrogance chinoise surgit - et ce n'est pas un hasard - au moment où la puissance du pays s'accroît pour s'approcher de celle des Etats-Unis. L'empire du Milieu estime que le moment est venu de tirer les fruits de la stratégie de conquête qu'il a amorcée il y a plus de vingt ans.

1989, Tiananmen : le Parti communiste massacre les démocrates, et verrouille son régime totalitaire. Percevant que les Etats-Unis demeureront une menace, le PCC s'assigne alors discrètement la mission de leur ravir l'hégémonie mondiale.

Ecartant l'option militaire, il privilégie "une guerre économique jusqu'au-boutiste", reposant sur une stratégie mercantiliste. Grâce à un coût du travail horaire maintenu très bas, à une sous-évaluation extrême du yuan et à l'interdiction par l'OMC de toute protection douanière contre le made in China (depuis son adhésion, en 2001), le pays se construit un excédent commercial massif, et inflige à ses rivaux occidentaux d'énormes déficits de balance des paiements.

Le mécanisme de déstabilisation est le suivant : l'excédent de la Chine dope sa croissance, son emploi et ses recettes fiscales, tandis que le déficit des pays occidentaux mine leur croissance, fait grimper le chômage, et les contraint, pour éviter de plonger dans la récession, à la fuite en avant dans les bulles immobilières et les plans de relance budgétaire à répétition.

Pour la Chine, prospérité, stabilité sociale et réserves de change abondantes. Pour ses rivaux occidentaux : délocalisations, stagnation économique, déstabilisation sociale et finances publiques à la dérive.

Face à une dette publique devenue explosive, les Etats occidentaux sont contraints de se refinancer encore davantage à l'étranger. La Chine constitue alors le principal recours : le pays est le premier créancier du monde, avec des réserves de change qui, à la fin de 2010, pesaient au total 4 210 milliards de dollars. L'empire du Milieu fait la loi : rien ne l'oblige à prêter à des Etats occidentaux qui, eux, se bousculent pour obtenir des fonds. Il peut dès lors exiger des contreparties "hors marché" : la Grèce vient déjà de lui céder le port du Pirée ; la France, de lui concéder la base aérienne de Châteauroux. Demain, d'autres Etats se résigneront à lui aliéner leurs matières premières et leurs terres arables, à autoriser des OPA chinoises sur leurs entreprises ou à abandonner l'embargo sur les exportations de matériels militaires... Si les pays occidentaux ne réagissent pas très rapidement, ils s'exposeront à une vassalisation politique par la Chine totalitaire.

Par Antoine Brunet, président de la société AB Marchés, et Jean-Paul Guichard, professeur d'économie à l'université de Nice Sophia-Antipolis.

© 2011 L'Express. Tous droits réservés.

Myret Zaki : "Le règne du dollar touche à sa fin"


L'Express, no. 3120 - ÉCONOMIE INTERVIEW, mercredi, 20 avril 2011, p. 81

Myret Zaki, journaliste au magazine suisse Bilan, dévoile, dans un livre provocateur, La fin du dollar : Comment le billet vert est devenu la plus grande bulle spéculative de l'histoire, les failles de la première économie mondiale et de sa monnaie.

Pourquoi êtes-vous aussi inquiète de la situation du dollar ?

Le billet vert est devenu, en une décennie, la plus grande bulle spéculative de l'Histoire. Bernard Madoff lui-même - un expert - a dit que l'Etat américain était une gigantesque pyramide de Ponzi. Le système repose sur un recours extensif à la planche à billets : la banque centrale, la Fed, déverse sans limites des milliards de dollars pour doper l'économie américaine. Résultat : les chiffres de croissance et d'inflation ne correspondent plus du tout à la réalité sous-jacente. Il faudra bien que cela cesse à un moment, et alors, cela risque de faire très mal. Par ailleurs, la Fed a récupéré à son bilan beaucoup d'actifs toxiques en provenance des banques en difficulté. C'est une autre bombe à retardement, au sujet de laquelle le Fonds monétaire international a tiré la sonnette d'alarme : il a dit que le bilan de la Fed ressemblait désormais à celui d'un hedge fund. Enfin, il y a le problème du surendettement massif des Etats et des municipalités américaines. C'est le cas par exemple de la Californie, qui est au bord de la faillite. Or il s'agit de l'équivalent de la septième économie de la planète. En comparaison, la Grèce, avec ses 2 % du PIB européen, représente bien peu de chose !

Vous faites aussi le lien entre les problèmes du dollar et la crise dans la zone euro...

Oui. Cela a été une aubaine incroyable pour les Etats-Unis. En 2008, l'euro montait en puissance par rapport au dollar, et beaucoup de pays détenteurs de billets verts avaient commencé à diversifier leurs actifs. Jusqu'à la crise européenne, qui a, de nouveau, fait apparaître le dollar comme une valeur refuge. N'oublions pas - sans tomber dans la théorie du complot - que cette crise a également été alimentée par des hedge funds américains. Mais, à présent que le pire de la crise en Europe semble derrière nous, l'Amérique est à nouveau au centre des inquiétudes.

Que peut-il se passer ?

Le règne du dollar touche inéluctablement à sa fin. A terme, il y a deux possibilités : la première, c'est une sortie intelligente et ordonnée du système monétaire fondé sur cette devise. Compte tenu de l'ampleur des dénégations en la matière, ce n'est pas le scénario le plus probable. L'autre issue, c'est que l'on attende une crise déclenchée par la défiance vis-à-vis du dollar : dans ce cas-là, on entre à nouveau dans l'inconnu.

Que deviendrait un système monétaire international dont le dollar ne serait plus le pivot ?

Cela a longtemps été le cas, jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il est possible que l'on revienne à un système multipolaire, dominé cette fois par le yuan. Les Chinois ont d'ailleurs dit explicitement qu'ils l'avaient programmé pour en faire la nouvelle monnaie de réserve. Et ils sont aujourd'hui clairement en position de force, avec plus de 3 000 milliards de dollars de réserves de change détenus par la Banque centrale. On dit parfois qu'il y a une interdépendance entre Chinois et Américains. Mais c'est une supercherie que de mettre sur le même plan les difficultés d'un débiteur et celles de son créancier. Ce dernier est à l'évidence dans une situation beaucoup plus favorable.

Propos recueillis par Benjamin Masse-Stamberger

La fin du dollar : Comment le billet vert est devenu la plus grande bulle spéculative de l'histoire

© 2011 L'Express. Tous droits réservés.