mardi 27 septembre 2011

Pékin déclarera "illégale" la future réincarnation du dalaï-lama

Le Monde.fr - Mardi 27 septembre 2011

Le futur choix par le chef spirituel des Tibétains de son successeur sera "illégal", a prévenu Pékin, lundi 26 septembre, affirmant que le titre de dalaï-lama était conféré par le gouvernement central chinois.

Deux jours plus tôt, le dalaï-lama, 76 ans, déclarait que lui seul choisirait sa réincarnation, lorsqu'il aurait "autour de 90 ans".

"En dehors de la réincarnation reconnue à travers ces méthodes légitimes, aucun candidat ne peut prétendre à une reconnaissance ou à un agrément, s'il a été choisi pour des finalités politiques par qui que ce soit, y compris par ceux qui se trouvent dans la République populaire de Chine", a assuré le Prix Nobel de la paix dans un document publié à l'issue d'un rassemblement de responsables des quatre écoles spirituelles du bouddhisme tibétain à Dharamsala, dans le nord de l'Inde.

ET LA RÉINCARNATION DE MAO ?

Le 23 septembre, le dalaï-Lama évoquait la question lors de cette conférence religieuse à Dharamsala, siège du gouvernement tibétain en exil : "Si le gouvernement chinois a l'intention de se charger de nommer ma réincarnation, il doit alors accepter la religion et le concept de vie future",relate The Tibet Post, publication de la diaspora tibétaine à Dharamsala.

"Ils doivent aussi, en premier lieu, trouver les réincarnations de Mao Zedong et de Deng Xiaoping. Après, seulement, ils pourront trouver ma réincarnation", a ajouté ironiquement le maître bouddhiste.

UN DALAÏ-LAMA ÉLU ?

Selon la tradition tibétaine, les moines doivent identifier un jeune garçon présentant des signes selon lesquels il est la réincarnation du dernier chef spirituel.

Mais le dalaï-lama a évoqué à plusieurs reprise une possible remise en question de cette tradition, dans un contexte tendu avec la Chine : il pourrait choisir lui-même un successeur avant sa mort, et pourrait se réincarner en exil. Il s'est même montré ouvert à une élection du prochain dalaï-lama.

"Lorsque j'approcherai de mes 90 ans, je consulterai les grands lamas des traditions bouddhiques tibétaines, les Tibétains et les autres adeptes du bouddhisme tibétain et procéderai à une réévaluation de l'institution du dalaï-lama pour savoir si elle doit ou non être pérennisée", a-t-il souligné la semaine dernière à Dharamsala.

DEUX DALAÏ-LAMAS ?

De nombreux observateurs prédisent que la Chine désignera son successeur, ce qui aurait pour conséquence d'aboutir à l'existence de deux dalaï-lamas, l'un reconnu par Pékin, l'autre par les exilés ou choisi avec le consentement de l'actuel chef spirituel.

Ce cas de figure s'est déjà produit en 1995, lorsque la Chine avait rejeté le choix du dalaï-lama concernant la réincarnation du panchen-lama, le deuxième plus haut titre dans le bouddhisme tibétain.

Le panchen-lama choisi par la Chine, Gyaincain Norbu, est aujourd'hui âgé de 21 ans et fait souvent l'éloge de l'administration chinoise au Tibet. Le panchen-lama choisi par le dalaï-ama, Gedhun Choekyi Nyima, a disparu depuis 1995, après avoir été arrêté par la Chine.

DÉMOCRATISATION

Le chef spirituel des Tibétains, en exil depuis 1959, demande une autonomie réelle pour le Toit du monde, et non une totale indépendance, prônant la doctrine non-violente de la "voie du milieu". Il reste considéré par la Chine - qui affirme avoir "libéré pacifiquement" le Tibet en l'occupant en 1951 et contrôle très étroitement cette région autonome - comme un dangereux "séparatiste".

Il a renoncé, au mois de mars, aux pouvoirs politiques, les transférant au premier ministre du gouvernement tibétain en exil, Lobsang Sangay, élu dans la foulée par la diaspora tibétaine. Un pas de plus dans le processus de démocratisation des autorités tibétaines amorcé par le dalaï-lama il y a plusieurs années.

LEMONDE.FR Le Monde.fr avec AFP

PHOTO - A police personnel holds a lit candle during an event to mark World Peace Day in Kathmandu September 21, 2011. Candles were lit as a tribute to the victims of the 6.9 magnitude quake that jolted India, Nepal and the Chinese region of Tibet and was felt about 800 km (500 miles) to the west in New Delhi, according to the organisers.

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