mardi 11 octobre 2011

Les Airbus chinois vont profiter des crédits export européens

Les Echos, no. 21035 - Industrie, mardi 11 octobre 2011, p. 24

L'avionneur européen a obtenu des gouvernements français, allemand et britannique qu'ils accordent leurs garanties, via leurs agences de crédit export, aux clients chinois des A320 assemblés à l'usine chinoise de Tianjin.

Airbus est aux petits soins pour ses clients chinois. Alors que la crise actuelle suscite des inquiétudes quant au financement des ventes d'avions, l'avionneur européen est parvenu à convaincre les gouvernements français, allemand et britannique de faire bénéficier les A320 assemblés en Chine des mêmes conditions de crédits à l'exportation que les appareils fabriqués en Europe.

Les Airbus A320 produits à l'usine de Tianjin, tous destinés aux compagnies chinoises, pourront ainsi bénéficier de prêts garantis par les trois Etats européens, via leurs agences de crédit-export : la Coface en France, Euler Hermes en Allemagne, ECGD en Grande-Bretagne. Un dispositif théoriquement destiné à soutenir les exportations européennes. Il permet aux compagnies aériennes d'obtenir des banques des prêts à des conditions plus avantageuses que celles du marché, en contrepartie de la possibilité pour les banques créancières de se faire payer par les Etats en cas de défaut de paiement de la compagnie.

Airbus peut ainsi jouer à armes égales avec Boeing, dont les exportations sont également garanties par l'agence de crédit export américaine. Mais, dans le cas présent, le dispositif revient à faire supporter par les contribuables européens les éventuelles défaillances de compagnies chinoises, pour leur permettre d'acheter moins cher des avions produits en Chine. Une présentation que réfute Nigel Taylor, en charge du financement clients d'Airbus. « Les A320 de Tianjin sont européens, à l'exception de l'assemblage, qui ne représente que 4 % à 5 % de la valeur de l'avion, et quelques éléments des ailes, explique-t-il. Tous les éléments de l'avion sont importés par bateau depuis l'Europe, jusqu'à la zone franche de Tianjin, où ils sont assemblés, avant de passer la frontière chinoise. Il s'agit donc bien d'une exportation. »

Surtout, Airbus insiste sur le poids du marché chinois, qui absorbe désormais 20 % de sa production. « Les banques chinoises, qui regorgent de liquidités en dollars, n'ont pas besoin de ça, rétorque un spécialiste du secteur. Airbus non plus, qui bénéficie déjà d'un soutien particulier des agences de crédit export. »

En France, Airbus est en effet le principal consommateur de crédits-export garantis par la Coface, qui a garanti 150 de ses 510 livraisons en 2010, pour 5,35 milliards de dollars. De plus, si la plupart des grands exportateurs doivent se contenter de simples assurances, qui ne jouent que dans des cas précis, Airbus bénéficie d'une garantie automatique en cas de non-paiement. Autant d'avantages irritant les compagnies des pays d'origine d'Airbus comme Air France, qui ne sont pas éligibles au crédit export et s'estiment défavorisées par rapport à leurs rivales.

En 2010, les compagnies européennes et américaines avaient obtenu un durcissement des conditions du crédit export, censé resserrer l'écart de coût avec les taux du marché. Mais la crise de l'euro a déjà considérablement renchéri le coût des crédits commerciaux. Résultat, les meilleurs clients éligibles aux crédit export de la Coface et des autres se détournent des banques européennes et notamment françaises, au profit des banques américaines, qui peuvent offrir des prêts en dollars au meilleur taux.

D'où l'inquiétude de certains banquiers vis-à-vis de toute initiative visant à élargir le spectre des garanties étatiques. Car avec l'extension du champ d'action de la Coface, d'Euler Hermes et de ECGD, c'est la part de marché des banques européennes dans le financement d'avion qui se réduit. Naguère leaders sur le secteur, leur part de marché serait déjà tombée de 30 % à 17 %. Les gouvernements européens se retrouvent donc pris entre les sollicitations des exportateurs européens, favorables à tout ce qui soutient la compétitivité de leurs produits, et les avertissements des banques européennes, inquiètes de voir leurs concurrents s'engouffrer dans la brèche.

BRUNO TRÉVIDIC

PHOTO - Laurent Wauquiez (L) France's minister for European affairs walks beside an Airbus A320 at their assembly plant in Tianjin in north eastern China on May 6, 2011. Wauquiez is in China on an official visit from 5-7 May.

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