mardi 4 octobre 2011

Malgré leurs bénéfices records, les banques suscitent des doutes

Le Figaro, no. 20892 - Le Figaro Économie, mardi 4 octobre 2011, p. 24

Les banques chinoises n'en sont plus à un paradoxe près. Alors qu'elles annoncent des bénéfices records, leurs titres ne cessent de plonger sur les marchés boursiers. Plus de 100 milliards de dollars de profits ont été engrangés sur les douze derniers mois par les quatre plus grandes banques de l'indice MSCI financier chinois. Le même indice reculait pourtant de 24 % le mois dernier...

En question, la capacité des banques à faire face au lourd fardeau des dettes des collectivités locales chinoises. En juin dernier, le Bureau national d'audit rendait un rapport inédit, évaluant les dettes des gouvernements locaux à 1 200 milliards d'euros. Des dettes contractées à 80 % auprès des établissements bancaires chinois. Près de 25 % de ces emprunts arrivent à terme à la fin de l'année, selon l'organe officiel. De quoi rendre les investisseurs nerveux en ce début d'automne.

Pour l'homme d'affaires Jim Chanos, qui s'est fait un nom dans la planète financière en prédisant la chute d'Enron, le problème des banques chinoises est si gros qu'il pourrait annuler totalement la croissance de l'empire du Milieu. « Si on suppose que la Chine va émettre des emprunts représentant entre 30 % et 40 % de son produit intérieur brut (PIB) et que la moitié de cette dette sera douteuse, ça représente 15 % à 20 %. Disons que la moitié de celles-ci sont recouvertes. La Chine pourrait avoir à passer en pertes une partie de ces montants et réduire sa croissance de 9 % à zéro », calculait l'investisseur dans une interview accordée à Bloomberg TV la semaine dernière.

Des taux d'intérêt atteignant 70 %

Un sentiment qui reflète en tout cas les inquiétudes de nombreux investisseurs, comme en témoignent les piètres performances des banques locales sur les marchés. Mais les analystes installés en Chine ne partagent pas ce pessimisme. « Je ne pense pas qu'il y ait une bulle. Il s'agit plus d'interrogations à propos de l'avenir. Les investisseurs sont inquiets de la qualité des actifs des banques chinoises », tempère Yi Zhang, spécialiste du secteur pour Moody's à Pékin. « Le gouvernement est responsable des banques et fera tout pour empêcher un problème majeur », estime de son côté un analyste basé à Shanghaï, qui travaille pour le compte d'une grande compagnie de courtage chinoise. Dans l'immédiat, le vrai problème des banques chinoises réside dans l'explosion des prêts informels. En clair, les restrictions imposées par Pékin sur le crédit ont considérablement bénéficié au marché noir. « Nous n'avons aucune idée de l'ampleur réelle du phénomène, aucune donnée crédible n'étant disponible. Mais les banques restent exposées au dernier emprunteur », souligne Yi Zhang. Car une partie de ces fonds prêtés à des taux usuraires vient directement des banques.

Le mois dernier, le Journal des valeurs mobilières de Chine, proche du pouvoir, rapportait que l'équivalent de près de 50 milliards d'euros avaient été retirés sur les deux premières semaines de septembre dans les dépôts des quatre grandes banques d'État : la Bank of China, ICBC (Industrial and Commercial Bank of China), la China Construction Bank, et l'Agricultural Bank of China. La plupart de ces deniers ont été réinjectés, selon le journal, dans le marché noir du crédit, où les taux d'intérêt peuvent atteindre jusqu'à 70 %, alors que les alternatives de placements financiers sont maigres pour les particuliers et les entreprises. Les places boursières sont en recul et les banques rémunèrent l'épargne à des taux inférieurs à celui de l'inflation.

Pour l'instant, la réponse des banques pour sécuriser leur avenir penche pour l'augmentation de capital. ICBC a annoncé son intention de lever 11 milliards de dollars sur les marchés au cours des neuf prochains mois. Reste à savoir si les investisseurs seront prêts à suivre.

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