mardi 3 mars 2015

La Chine devient un acteur clé de l'hôtellerie mondiale

Le rachat du français Louvre Hotels Group par le chinois Jin Jiang illustre l'appétit des investisseurs pour le secteur hôtelier. Pour la première fois, les Chinois ont effectué plus de 100 millions de voyages hors de leurs frontières.



Les Chinois viennent d'ajouter plus de 1 000 hôtels occidentaux (dont 820 en France) dans leur escarcelle qui ne cesse de s'agrandir. Dimanche, le groupe Jin Jiang a officialisé le rachat de Louvre Hotels Group au fonds d'investissement Starwood Capital pour 1,3 milliard d'euros. Autrement dit, les hôtels Kyriad, Campanile, Première classe ou encore Golden et Royal Tulip sont passés sous pavillon chinois. Jin Jiang (1 700 établissements avant l'opération) met ainsi la main sur le deuxième opérateur européen dans l'hôtellerie économique.

Ce rachat est loin d'être la première opération chinoise dans le secteur du tourisme et en particulier dans l'hôtellerie. La France est d'ailleurs une cible de choix, comme l'illustrent les investissements dans le Club Méditerranée, l'hôtel Mariott sur les Champs-Élysées ou encore dans quelques palaces parisiens comme Le Mandarin ou le Peninsula... En parallèle, le français Accor a noué des partenariats commerciaux et capitalistiques avec le groupe Huazhu.

La Chine est devenue incontournable dans le secteur hôtelier. Les dernières prévisions du cabinet spécialisé JLL Hotels & hospitality Group indiquent que les investissements hôteliers mondiaux devraient représenter 60 milliards d'euros en 2015, dont 4,5 milliards d'euros pour les seuls groupes chinois. Soit presque six fois plus que l'année dernière. « C'est une logique d'implantation sur les marchés et le résultat de la mondialisation, estime Stéphane Durand, consultant associé au cabinet Horwath HTL, spécialisé dans l'hôtellerie et le tourisme. Le groupe Accor va en Chine et les groupes chinois viennent en Occident. Lorsqu'on a l'ambition d'être un groupe de niveau mondial, il faut être dans les pays majeurs des affaires et du tourisme. Et la France est, en la matière, incontournable. »

En outre, les Chinois savent que le tourisme est appelé à prospérer dans le monde et que leur population sera un acteur clé de ce développement. En 2014, les touristes de l'empire du Milieu ont effectué plus de 100 millions de voyages à l'étranger. Un record. Certes, l'Europe ne représente que 3,5 % et le continent américain moins de 3 % de ces voyages. D'ici à une quinzaine d'années, les Chinois pourraient être cependant 500 millions à voyager selon la vice-premier ministre chinoise, Liu Yandong, citée par le ministre français des affaires étrangères, Laurent Fabius.

La France les attire et veut développer cette attraction. Et cela d'autant plus que la Chine avait grimpé en 2012 au premier rang mondial en termes de dépenses des touristes à l'étranger, avec un total de 90 milliards d'euros, selon l'Organisation mondiale du tourisme (OMT). Près de deux millions de touristes chinois sont venus en France en 2013, ce qui en fait la 9e nationalité en termes de visiteurs.

Ces derniers sont friands de shopping et dépensent en moyenne 1 500 euros par séjour contre 200 à 300 euros pour les voyageurs étrangers. « Ces chiffres expliquent aussi pourquoi la Chine investit autant dans les hôtels, note Georges Panayotis, président de MKG Group, spécialisé dans le tourisme. La clientèle chinoise est moins facile à satisfaire à l'étranger car elle cherche ses propres repères. » Certains établissements des groupes rachetés, les plus fréquentés par les touristes asiatiques, pourraient leur offrir de quoi satisfaire leurs habitudes.

Mais les groupes de l'empire du Milieu viennent chercher aussi ici une expertise. « Les groupes français ont acquis une grande expérience en ce qui concerne l'hôtellerie moyenne et économique », rappelle Stéphane Durand. Une expérience que ne maîtrisent pas forcément les hôteliers chinois à domicile selon Georges Panayotis. « Or la classe moyenne chinoise ne cesse de se développer », dit-il.

Ces hôtels pourraient aussi accueillir le flux impressionnant de l'Occident vers la Chine. Le pays est monté de la 18e à la 4e place des nations les plus visitées par les étrangers avec 56 millions de visiteurs. Il y a quelques années, l'OMT estimait même que la Chine pourrait devenir la première destination touristique mondiale à l'horizon 2020, prenant la place de la France (85 millions de visiteurs).

La fringale chinoise pour l'hôtellerie ne devrait donc pas se calmer. En 2009, seul Jin Jiang faisait partie des 15 premiers groupes mondiaux selon le classement de MKG. Ils étaient cinq l'année dernière dont deux pourraient rentrer dans le top 10 cette année.

WAINTROP Michel
La Croix, no. 40127 - Economie, mardi 3 mars 2015, p. 17




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