vendredi 20 mars 2015

Marc Levy et Victor Hugo numéros un dans le coeur des lecteurs français

L'enquête OpinionWay/Le Figaro révèle la popularité des écrivains français d'hier et d'aujourd'hui.


AUX OBSÈQUES de Victor Hugo se pressait une foule immense qui pleurait le poète. Cette popularité n'a jamais faibli : il reste pour nos contemporains l'Écrivain par excellence. Le spectacle d'un pays en deuil d'un auteur dit assez bien l'estime et l'affection dans laquelle les Français le tiennent. Voltaire, Zola, mais aussi François Coppée (le lecteur n'a pas toujours bon goût et lit Coppée plutôt que Verlaine...), Alexandre Dumas, Sartre et même Prévert occupèrent une place particulière dans la société de leur temps.

La France est un pays où le « Grand Écrivain » fait partie de l'horizon familier, comme les cathédrales ou les châteaux de la Loire : Barrès, Gracq. La consécration d'un des siens par le prix Nobel de littérature est un événement considérable. Au pays de Rimbaud et Pagnol, on cherche querelle à un président de la République pour un mot malheureux sur un chef-d'oeuvre des lettres, et à un ministre pour sa désinvolture à l'égard d'un romancier contemporain. Leurs fautes de goût sont considérées comme d'authentiques fautes politiques.

C'est ce contexte qui nous a conduits à nous demander lequel de nos écrivains (vivants et morts) était le plus « populaire » .

Popularité d'un écrivain, écrivain populaire, merveille de la langue française qui réunit dans les mêmes termes à la fois l'écrivain qu'apprécient les lecteurs et celui qui écrit pour le plus grand nombre.

Populaire, ces écrivains qui occupent une place à part dans le coeur des Français : Jean d'Ormesson est devenu quelque chose comme notre ministre de la Littérature, à laquelle il semble relié par un lien héréditaire et indéfectible. Il se classe deuxième. Populaire, Max Gallo, que les Français ont consacré depuis longtemps comme un porte-parole exemplaire de leur « roman national » . Il atteint la quatrième place.

Cependant, les voici dépassés dans notre enquête par Marc Levy (arrivé premier) et Guillaume Musso (troisième). Ce sont des auteurs de romans populaires, c'est-à-dire résolument écrits en direction du plus large public. Leur immense succès de librairie leur vaut aujourd'hui de rejoindre leurs aînés parmi les écrivains préférés des Français.

Faut-il être aimable pour être aimé ?

Un sondage comme un dictionnaire suscite forcément le commentaire, la contestation : ah ! Pourquoi Michel Tournier, constamment lu à l'école, n'est-il pas bien placé ? Il est vrai qu'il est discret depuis longtemps et même tourne le dos à ses contemporains. Faut-il donc être aimable pour être aimé des Français ? Tournier n'est pas Amélie Nothomb et ses charmants chapeaux (elle est classée cinquième). Mais alors Houellebecq, qui se classe sixième ? Il est bien peu gracieux, celui-là. Outre son talent incontestable, l'actualité l'a à l'évidence servi.

Et Modiano, classé vingtième, on aurait juré que son récent prix Nobel, accompagné d'un regain d'intérêt pour ses romans, l'aurait catapulté dans les sommets du classement. Il n'en est rien. Son alter ego Le Clézio ne s'en sort guère mieux. Visiblement, la popularité obéit à une alchimie plus complexe.

Comme disent les commentateurs d'enquêtes politiques, un sondage est un instantané. Demain, d'autres paramètres bouleverseront ce classement. Mais l'image reste, une photo de famille où le best-seller côtoie l'académicien, la romancière souriante le misanthrope, sans préjuger de la valeur des uns et des autres. En somme, comme dans une bibliothèque...

Le Figaro, no. 21962 - Le Figaro Littéraire, jeudi 19 mars 2015, p. LIT7

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