samedi 13 juin 2015

EXTRAITS - Le Sursaut ou le Chaos - Thibault de Montbrial

Dans un livre décapant, l'avocat insiste : on nous fait la guerre. Nous ne la gagnerons pas si nous ne nous mettons pas en position de riposter : Le sursaut ou le chaos
 




















EXTRAITS

« Comme tous les pacifistes, vous pensez que c'est vous qui désignez l'ennemi. [...] Or, c'est l'ennemi qui vous désigne. » Cette citation du philosophe Julien Freund figure en conclusion du livre de Thibault de Montbrial. Ancien parachutiste d'infanterie de marine, l'auteur connaît la guerre. Désormais avocat, il a vu la France se communautariser. « Et de fait, la manifestation du 11 janvier 2015 m'est apparue tout à la fois comme l'expression d'une pulsion de vie de notre pays et une illustration de son extrême fragilité tant y était frappante la quasi-absence de Français issus de l'immigration. » Dans un livre percutant et argumenté, il retrace les progrès effrayants du terrorisme islamiste, apporte des réponses à la menace et nous prévient : la guerre est affaire de technique, mais aussi de psychologie. Nos renoncements font la force de nos adversaires.

Nos faiblesses les galvanisent

"Nous sommes attaqués. Par des gens qui combattent au nom de l'islam et ont décidé de faire régner un califat sur la plus grande partie possible de la planète. La terre européenne n'est pas épargnée et ils y exportent déjà leur combat. Sans merci, sans pitié, sans une once de faiblesse, ils asservissent les femmes, décapitent, égorgent, brûlent, crucifient. Ils assassinent les juifs, les chrétiens, les journalistes, pour ce qu'ils sont... pour ce que nous sommes. En quelques mois, ils ont étendu leur influence au-delà du Proche-Orient, se sont considérablement renforcés en Afrique, menacent la circulation en Méditerranée par leur implantation en Libye. Au large de nos côtes.

Leur mort est leur gloire, ce qu'ils perçoivent comme nos faiblesses les galvanisent. Ils utilisent comme avant-garde une partie de la jeunesse de France, au nom d'une religion qui est devenue la deuxième pratiquée sur notre territoire [...]. Il est temps de se réveiller, de sortir du déni et des schémas culpabilisateurs dans lesquels des décennies de paix et de communautarisme galopant ont déprogrammé notre capacité profonde à combattre pour nos valeurs, à secouer la gangue de mollesse qui nous étreint, à quitter l'angélisme qui nous rend bienveillants envers des revendications contraires à ce que nous sommes, à faire taire cette petite voix qui nous dit que tout va s'arranger, car depuis tout petits nous savons bien que les méchants perdent toujours à la fin. Il est temps de se réveiller, d'ouvrir les yeux, de voir ce qui est, et d'agir en conséquence."

Ce ne sont pas des fous

"À Joué-lès-Tours comme à Dijon ou à Nice, des attaques ont été menées contre des civils ou des symboles de l'État, au nom d'une cause symbolisée par le cri de 'Allahou akbar' et avec des éléments explicites de références à l'islam radical. Plus encore, le mode opératoire correspond exactement aux nombreux messages diffusés par les vidéos de l'État islamique. Or, le message intitulé 'Faites exploser la France, acte I', fut précisément diffusé le 19 décembre 2014, c'est-à-dire la veille de l'attaque du commissariat de Joué-lès-Tours, vidéo dans laquelle nos ennemis demandaient à tous ceux qui ne peuvent rejoindre le front syro-irakien de frapper les pays de la coalition formée par les "croisés", dont la France, sur leur propre territoire.

Le 20 décembre 2014, quelques jours après avoir affiché un drapeau de l'État islamique sur sa page Facebook, Bertrand Nzohabonayo (récemment converti à l'islam sous le prénom de Bilal) se rend au commissariat de Joué-lès-Tours. À l'entrée, il sort un couteau et agresse des policiers en s'écriant « Allahou akbar », avant d'être abattu. Sur les 7 fonctionnaires présents au moment des faits, 3 furent blessés dont 2 grièvement [...].

Ce serait une erreur fondamentale de cantonner l'analyse au prétendu déséquilibre d'auteurs de tels actes - qui se rapprochent des attaques similaires commises ces dix-huit derniers mois notamment au Royaume-Uni, en Israël, au Canada ou en Australie. En effet, c'est précisément l'objectif poursuivi par l'État islamique ou Al-Qaïda que de déclencher des passages à l'acte chez des personnalités de cette nature. La méthode est redoutable, puisque nos ennemis se retrouvent ainsi avec un vivier potentiel d'innombrables individus capables de frapper au hasard et sans aucun signe préparatoire permettant de les identifier et donc de les en empêcher."

L'autocensure sévit au sommet

"Pendant quelques semaines après les attentats de janvier, on a pu croire que les lignes bougeaient enfin [...]. Mais en cette fin mars 2015, on sent bien que la chape se repositionne et qu'il est décidément bien délicat de pouvoir débattre sereinement de ces questions [...]. Sorte de point Godwin de toute réflexion relative à l'évolution de notre modèle de société, l'injonction selon laquelle "il ne faut pas stigmatiser" jaillit en général au bout de quelques minutes de débat. Navrante autocensure, qui a paralysé et paralyse encore tant d'observateurs médiatiques mais aussi d'acteurs (politiques, fonctionnaires) aux premiers rangs desquels notre propre président de la République ou son ministre des Affaires étrangères refusant chacun d'employer le terme d'"islamistes" pour qualifier les terroristes en janvier 2015..."

Réaffirmons notre identité

"La reconquête ne peut commencer que par l'école et par la restauration de l'enseignement de ce qui constitue l'identité française. Nous avons abandonné le champ des valeurs, en sabotant consciencieusement tout ce qui rattachait les enseignements de nos humanités à l'histoire séculaire de notre pays. De ce fait, au lieu d'offrir à des jeunes étrangers ou enfants d'étrangers un modèle à la fois attractif, stable et suffisamment confiant en sa propre force pour les accueillir, nous avons offert le spectacle de la faiblesse et de la résignation. [...]

Mais le plus important concerne le contenu de l'enseignement, ainsi que sa tonalité. Notre pays est le fruit d'une histoire et d'une culture millénaires. Il est essentiel de reconstruire les fondations à partir du rappel de son identité. Cette identité doit générer une fierté, sans arrogance ni mépris, mais assumée avec tout à la fois force et sérénité.

Voici nos racines, notre histoire, ce que nous avons construit. Ces valeurs, ce mode de vie, les droits et devoirs qui y sont attachés vous conviennent ? Vous êtes les bienvenus. Ce n'est pas le cas ? Il existe de nombreux endroits dans le monde où vous pourrez vivre selon les règles et les valeurs que vous lui préférez. Mais ne venez pas tenter de nous les imposer.

On observera d'ailleurs à ce titre que, dans la plupart des pays arabes, les étrangers bénéficient de droits qui sont considérablement inférieurs à ceux qui sont d'ores et déjà accordés aux minorités en Europe.

Hélas, les raisons de verser dans un optimisme béat ne sont là encore pas nombreuses, tant les propositions entendues depuis deux mois sont frileuses et convenues. Quant au communiqué surréaliste du Parti socialiste en date du 26 février 2015, qui appelle au « développement de l'enseignement privé confessionnel musulman », il relève d'une logique aux antipodes de ce qu'il convient de mettre en place et constitue une illustration de l'ambiguïté de ce parti, manifestement écartelé sur ces questions essentielles et tenté par une récupération électoraliste du communautarisme qui ne pourrait conduire qu'au pire."




Thibault de Montbrial : «Le danger terroriste doit provoquer un électrochoc en France»
Le Figaro.fr - Jeudi 11 juin 2015 - 09:38 UTC +02:00
Marie-Amélie Lombard-Latune

INTERVIEW - L'avocat redoute que de nouveaux attentats sur le sol français suscitent un cycle d'affrontements et de représailles entre communautés.

Depuis plusieurs années, Thibault de Montbrial tire la sonnette d'alarme sur le terrorisme. Après les attentats contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher de Vincennes en janvier, l'avocat s'est attelé à un livre. Son titre est explicite: Le Sursaut ou le Chaos (Plon, mai 2015). Pour celui qui a créé le Centre de réflexion sur la sécurité intérieure, la France ne peut plus fermer les yeux face à l'islamisme et au communautarisme.

LE FIGARO. - Cinq mois après les attentats de janvier, la France n'a, regrettez-vous, pas pris la mesure du danger terroriste. Qu'attendiez-vous?

Thibault de MONTBRIAL. - Un électrochoc. Qu'on allait enfin pouvoir réfléchir à la destruction massive de notre lien social et à la façon de le reconstruire. Au lieu de ce sursaut, que s'est-il passé? Quelques déclarations de principe et coups de menton. Toutes proportions gardées, on a l'impression de vivre une période comme la «drôle de guerre» ou d'être sur un faux rythme, pour employer un vocabulaire sportif. On se refuse à trancher et on en reste aux effets d'annonce.

À quoi servirait-il de sonner le tocsin et de répéter tous les jours que de nouveaux attentats sont probables?

Il faut réaliser que le pire reste à venir. En janvier, un quotidien a titré «Le 11 Septembre français». La France avait connu deux attaques, hyperlocalisées, et déplorait dix-sept morts. Sans minimiser la gravité de ces événements, il faut mesurer que la capacité destructrice de l'islam radical est bien supérieure.

Comment expliquer qu'heureusement d'autres attentats ne se sont, jusqu'à présent, pas produits? Quelle est la stratégie des groupes terroristes?

Les services de renseignement et d'enquête jouent leur rôle, mais ne peuvent évidemment pas assurer une protection absolue. Un groupe comme l'État islamique (EI) a le temps. Il engrange des gains territoriaux au Moyen-Orient ou en Libye et augmente son influence en Occident. La guerre durera des années. Le danger est multiple: il vient d'individus affiliés ou non à l'EI ou al-Qaida, passés ou non par le djihad. Enfin, un nombre incalculable d'armes et de munitions circulent en France dont, selon les soupçons des services spécialisés, des missiles sol-air, capables de détruire un avion… Nous ne sommes ni à l'abri d'actions spectaculaires, ni d'attentats coordonnés en différents endroits du territoire, aux dégâts humains très lourds. En janvier, la France a été ébranlée mais pas déstabilisée. Il est inéluctable que des événements bien plus graves se produisent compte tenu de la puissance du terrorisme sunnite, de sa logique de conquête et du nombre de djihadistes sur lequel il peut s'appuyer en France.

Quelque 1 750 Français ou résidents en France sont «impliqués» dans le djihad, selon le ministère de l'Intérieur. Un chiffre sous-estimé?

Ces statistiques, à l'unité près, n'évoquent que les gens formellement identifiés. Le «chiffre noir» est significativement plus élevé. Sans compter un deuxième cercle susceptible de se rallier à la «cause». Il s'agit d'une frange radicalisée de musulmans qui ne sont pas, à l'heure actuelle, dans l'action terroriste mais pourraient y basculer si la France entrait dans un cycle d'attentats et de répression.

Est-ce un scénario catastrophe étudié?

Des scénarios extrêmes sont en effet envisagés comme celui d'une série d'attentats qui entraîneraient un cycle de violences et de représailles entre communautés. L'armée de terre ne fait pas mystère de se préparer à cette éventualité: ses effectifs seraient employés à des opérations sur le territoire national. Son chef d'état-major, le général Jean-Pierre Bosser, l'a dit: «Nous avons un ennemi sur notre sol. Nous n'avions pas connu cela depuis très longtemps.»

Christian Estrosi n'exagère donc pas en dénonçant des «cinquièmes colonnes» islamistes?

Le terme est connoté, mais les Français doivent se rendre compte qu'ils ont à faire face à un ennemi de l'intérieur. Depuis trois générations, ils sont endormis dans la paix alors qu'ils sont confrontés à une guerre - de basse intensité certes, il ne s'agit pas de 1914-1918 - mais qui oblige à réapprendre à vivre avec la violence et l'idée de la mort.

Au nombre des dangers, vous rangez aussi un communautarisme qui gagne du terrain. Vous citez l'exemple du football parmi ces dérives quotidiennes.

Le foot est révélateur car c'est un sport populaire, qui a souvent permis à des vagues d'immigration successives de s'intégrer. Mais, aujourd'hui, dans nombre de clubs, ce n'est plus le cas. Il faut écouter Fabien Barthez comparer le vestiaire de l'équipe de France à une mosquée. Est-il normal que, sous prétexte de «pudeur» ou de je ne sais quel précepte, des joueurs exigent que les autres gardent un short sous la douche? Dans un autre domaine, peut-on accepter que des jeunes ne désapprouvent les attentats que parce qu'ils sont «condamnés par l'islam» et non pas, simplement, parce qu'ils sont contraires à la loi. Ce qui est grave, c'est que plus personne ne raisonne en terme de loi.

Loi et laïcité sont-elles en passe de devenir des principes périmés?

Oui, si nous cédons à une forme de culpabilité et à la peur d'être taxés d'islamophobie. Les mêmes craintes avaient conduit à organiser des créneaux de piscine pour les femmes… Des chefs d'entreprise ont peur d'être stigmatisés s'ils ne tiennent pas compte de la prière et du ramadan. Des animateurs, responsables d'enfants, peuvent-ils observer, en plein été, le jeûne au risque d'avoir un accident - cela s'est déjà produit - ou d'être victime d'une crise d'hypoglycémie? Le principe de précaution est partout, sauf là! Ces exemples peuvent paraître anodins mais, plus on cédera, plus on s'exposera à des coups de boutoir communautaristes. Les islamistes ne cessent de tester notre capacité à assumer notre identité.

Face à ces coups de boutoir, vos propositions - création d'une Garde nationale, salut au drapeau dans les écoles - peuvent sembler dérisoires?

C'est en sachant qui nous sommes que nous serons capables d'intégrer ceux qui viennent de l'extérieur. On peut toujours discuter des symboles, mais ils ont leur importance. Mais, au-delà, il est primordial que les élites musulmanes françaises appellent désormais haut et fort à la distinction entre le temporel, organisé par les lois de la République, et le spirituel, qui appartient à la sphère privée.

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La France en guerre ?
Le Point, no. 2231 - Société, jeudi 11 juin 2015, p. 78
Propos recueillis par Olivia Recasens

Thibault de Montbrial, avocat pénaliste au barreau de Paris et président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure, publie « Le sursaut ou le chaos » (1).

Le Point : Dans la manifestation du 11 janvier vous avez vu « l'illustration de l'extrême fragilité de notre pays »...

Thibault de Montbrial : De nombreux concitoyens d'origine étrangère n'ont pas participé aux manifestations après les attentats de janvier, ce qui pour moi illustre la fragilité de notre tissu social, mité par quarante années de renoncement et de lâcheté. Notre société rongée par le communautarisme est un terreau sur lequel l'islam radical a semé et récolté des jeunes, qui sont partis combattre au djihad et en reviendront, ou qui se sont radicalisés ici, ce qui est tout aussi préoccupant.

« La France est en guerre », ainsi commence votre livre. Vous y allez un peu fort, non ?

La guerre nous est imposée par l'Etat islamique, qui le répète sur les réseaux sociaux. La progression spectaculaire de l'EI en Libye augure d'une prochaine capacité d'action en Méditerranée. Il est d'ailleurs symptomatique que l'armée de terre assume le fait de se préparer à des opérations militaires sur le territoire national.

Vous plaidez pour élargir le droit au port d'armes et un changement du régime juridique de la légitime défense. Des positions proches du FN ?

Mes propositions sont le fruit de discussions avec de nombreux professionnels de la sécurité. Après cinq mois de l'« Opération sentinelle », les forces de sécurité françaises sont exsangues. Il faut autoriser des agents privés à assurer des missions de protection de sites ou de personnalités, et les policiers et gendarmes à conserver leurs armes avec eux 7 jours sur 7.

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Hauts fonctionnaires, politiques "Un terrifiant renoncement"
Valeurs Actuelles, no. 4097 - Extrait, jeudi 4 juin 2015, p. 36

Thibault de Montbrial rapporte plusieurs anecdotes. Celle que nous publions prouve que beaucoup ont préféré ne pas voir la réalité, jusqu'au sommet de l'administration. "Il a été le conseiller d'un ministre régalien. Venu de la société civile (où il s'est dépêché de retourner), il n'était pas habitué à la novlangue et aux périphrases. Alors qu'il accompagne son ministre à l'occasion de la visite d'une maison d'arrêt, il constate que toutes les cellules de l'étage qu'il vient de traverser portent des noms d'origine arabe sur leur porte. Il en fait la remarque à son voisin au sein du groupe de visiteurs, qui se trouve être l'un des adjoints du directeur de cette prison. Avec un mélange d'inquiétude et de malice dans le regard, son interlocuteur lui répond alors : « Monsieur le conseiller, je vous laisse la responsabilité de vos observations. » Cette phrase surréaliste fait éclater de rire le conseiller du ministre, et il rétorque qu'il s'agissait là non pas d'un commentaire ou d'une analyse, mais d'un simple constat objectif, lequel n'appelait pas de développements particuliers. Demi-sourire aux lèvres, le haut fonctionnaire de l'administration pénitentiaire se fend alors d'une repartie qui, à elle seule, illustre suffisamment le terrifiant renoncement de notre administration et de nos dirigeants devant des réalités devenues indicibles jusqu'à ce qu'elles se rappellent dramatiquement à notre bon souvenir : « Monsieur le conseiller, je vous laisse la responsabilité de vos constatations. »"

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