dimanche 21 décembre 2008

Le président chinois promet que les réformes vont continuer - Yann Rousseau

Les Echos, no. 20325 - International, vendredi, 19 décembre 2008, p. 7

Célébrant hier l'anniversaire du début de l'ouverture économique du pays, Hu Jintao a indiqué que la Chine continuerait de se concentrer sur son développement. S'il a loué la réforme économique, Hu Jintao s'est montré hier beaucoup plus en retrait sur la réforme politique.

Pour Hu Jintao, cela se nomme la « réforme stable ». Dans un long discours tenu hier à Pékin, devant plus de 6.000 cadres politiques ou militaires et retransmis en direct sur les grandes chaînes d'Etat, le président chinois a indiqué qu'il entendait poursuivre la politique d'ouverture économique lancée, il y a trente ans, par Deng Xiaoping (« Les Echos » du 18 décembre), mais que ce développement devrait se faire « dans la stabilité » et sans remise en cause du pouvoir absolu du Parti communiste. « Il nous est impossible de faire marche arrière. Le développement futur de la Chine doit dépendre de la réforme et de l'ouverture », a-t-il martelé. « Placer le développement économique au coeur des préoccupations est la clef du rajeunissement national. C'est un impératif fondamental. »

Après avoir vu le PIB par habitant bondir dans le pays de 380 yuans en 1978 à 19.000 yuans l'an dernier (près de 2.800 dollars), les autorités de Pékin espèrent que la transition graduelle vers un « capitalisme aux caractéristiques chinoises » permettra à 1,3 milliard de Chinois d'atteindre un certain niveau de « richesse » lorsque la République populaire fêtera ses 100 ans en 2049. La société devrait alors être plus « harmonieuse », a assuré le chef de l'Etat. Toutefois, a-t-il reconnu, « il nous reste un long chemin à parcourir avant de réaliser notre grand but », puis il a pointé la persistance de la pauvreté dans le pays et les écarts de richesses entre villes et campagnes.

S'il loue la réforme économique, Hu Jintao se montre beaucoup plus en retrait sur la réforme politique. « Notre parti restera (...) la colonne vertébrale de tous les groupes ethniques nationaux pour gérer les différents risques et épreuves, étrangers ou intérieurs », a-t-il insisté, avant d'exclure toute évolution démocratique « à l'occidentale ». « En aucun cas nous ne copierons ce modèle de système », a ajouté le président, au grand dam de nombreux intellectuels chinois, parfois proches du Parti, qui commencent à évoquer publiquement les limites de l'actuel mode de fonctionnement du pouvoir chinois.

Apaiser les conflits sociaux

Sans réclamer de révolution immédiate, 300 intellectuels viennent de largement diffuser sur Internet une pétition baptisée « Charte 08 » dans laquelle ils plaident pour l'instauration rapide d'un Etat de droit, d'un système judiciaire indépendant ou encore de la liberté d'association. Ces mesures, arguent certains économistes du pays, permettraient notamment d'apaiser les dangereux conflits sociaux qui se multiplient actuellement avec le ralentissement de la croissance domestique.

YANN ROUSSEAU

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