vendredi 18 février 2011

L'or ne perd pas de son éclat, soutenu par la demande asiatique

Le Monde - Economie, samedi, 19 février 2011, p. 16

L'or n'a sans doute pas fini de flamber. Certes, la hausse des taux d'intérêt et la reprise de la croissance au niveau mondial diminuent son attrait comme moyen de protection contre la stagflation, mais le métal jaune pourrait être soutenu par les acheteurs asiatiques. Inflation et ralentissement de la croissance, telles sont en effet en Asie les perspectives peu réjouissantes auxquelles sont confrontés les investisseurs.

Le Conseil mondial de l'or rapporte ainsi que la demande du métal jaune sur le continent asiatique a bondi de 49 % en 2010, pour atteindre 1 731 tonnes. La Chine s'est imposée comme un acheteur majeur à l'heure où, pour combattre l'inflation, les autorités préconisent d'acheter de l'or plutôt que de placer son argent à la banque ou dans l'immobilier.

A la différence d'autres matières premières en forte demande, l'or ne sert pas à grand-chose : il ne se mange pas, il ne se brûle pas, et il ne rapporte pas d'intérêts. On n'est même plus sûr qu'il constitue un rempart efficace contre l'inflation et les troubles politiques. Lorsque la croissance mondiale était faible et que les gouvernements faisaient tourner la planche à billets, l'achat d'or était une solution logique pour compenser la dépréciation des monnaies. Le cours de l'or a progressé de 23 % en 2010. A présent que la croissance semble repartir et que la hausse des taux américains offre de meilleurs rendements, qui a encore besoin du métal jaune ?

L'Asie, semble-t-il. En Inde, les importations d'or ont progressé de 30 % au quatrième trimestre 2010. Et le Vietnam s'est vu obligé d'assouplir les restrictions sur les importations du métal jaune pour éviter qu'une pénurie n'aggrave la dépréciation de sa devise, le dong.

En dépit d'une croissance robuste, l'inflation s'accélère et, dans de nombreux pays, les taux d'intérêt réels sont négatifs. En Chine, par exemple, le taux d'intérêt sur les dépôts à un an est de 3 %, alors que le taux d'inflation atteint officiellement 4,9 % et que les prix des denrées alimentaires augmentent au rythme de 10,3 %. Tout compte fait, l'absence de rendement de l'or n'est pas un si grand mal.

Juguler l'inflation

Les dirigeants chinois encouragent la demande. Premier producteur d'or au monde, la Chine a, en outre, assoupli les règles relatives aux importations d'or afin d'éponger les excès de liquidité et de juguler l'inflation : ainsi, l'argent utilisé pour acheter de l'or ne sera pas investi dans l'immobilier. La Chine a d'abord importé 454 tonnes d'or entre 2003 et 2009 puis 209 tonnes supplémentaires sur les dix premiers mois de 2010, alors que la demande des investisseurs affichait une hausse de 70 %. La Banque centrale a, elle aussi, acheté de l'or afin de diversifier ses réserves de dollars. Selon toute vraisemblance, le métal jaune n'a donc pas fini de flamber.

Wayne Arnold

(Traduction de Béatrice Laroche)

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