mardi 22 mars 2011

Google accuse les cybercenseurs chinois de freiner l'accès à Gmail

Le Monde - Economie, mercredi, 23 mars 2011, p. 22

Google accuse les cybercenseurs chinois de freiner l'accès à son service de messagerie Gmail

Google accuse la Chine d'attaquer par de nouveaux moyens son service de messagerie, fortement perturbé depuis quelques semaines dans le pays. Les utilisateurs de Gmail peuvent toujours accéder à leurs comptes sur le sol chinois mais le service est lent, les messages instantanés bloqués et certains courriels apparaissent non lus après avoir été consultés.

" De notre côté, il n'y a aucun problème technique. Nous avons largement vérifié ", a assuré, lundi 21 mars, un communiqué du groupe californien, précisant : " C'est un blocage gouvernemental soigneusement conçu pour laisser penser que le problème vient de Gmail. " Dans un message du 11 mars, l'équipe chargée de la sécurité de Google avait déjà constaté également " des attaques hautement ciblées et apparemment motivées politiquement " contre ses utilisateurs.

Ces problèmes ne concernent que le territoire de la Chine continentale et durent depuis une période concordante au début des " révolutions du jasmin " dans le monde arabe et à un raidissement du régime contre la dissidence. La porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères, Jiang Yu, a jugé, mardi 22 mars, ces accusations " inacceptables ".

Le géant de l'Internet américain avait déjà fait grand bruit au mois de janvier 2010 et s'était attiré les foudres de Pékin en menaçant de cesser ses opérations en Chine après des attaques informatiques, notamment contre des militants des droits de l'homme.

Google gérait alors un tiers des recherches sur le Web chinois, le reste se dirigeant vers le site de son concurrent local, Baidu. Le leader mondial des moteurs de recherche s'était ensuite résolu à transférer ces requêtes vers ses services de Hongkong, afin de ne pas s'aliéner un marché qui a atteint 457 millions d'internautes à la fin de l'année 2010, selon les chiffres officiels.

L'affaire avait pris un tournant diplomatique lorsque la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, avait demandé des comptes à Pékin. Dans son second discours sur la liberté sur Internet, prononcé le 15 février, Mme Clinton a cette fois-ci promis que les Etats Unis consacreraient 25 millions de dollars à la lutte contre " les filtres, les voyoux, les hackers et les censeurs ".

Tandis que les réseaux sociaux Facebook et Twitter et le site de partage YouTube sont bloqués de longue date en Chine, au même titre que les pages Web critiques du régime, la censure s'est abattue en février sur le réseau social professionnel Linkedln. Le site est redevenu accessible depuis, mais l'entreprise, qui prépare son introduction en Bourse, n'écarte plus la possibilité d'être ciblée à l'avenir et précise sur ses prospectus que la valeur de ses actions pourrait en être affectée.

La dernière offensive des cyber- censeurs chinois a par ailleurs mis hors service la plupart des " réseaux privés virtuels " ou VPN. En cryptant les connexions et en les renvoyant vers des serveurs hébergés à l'étranger, ces VPN, comme Witopia ou Freedur, qui coûtent une cinquantaine d'euros à l'année, permettent aux internautes de passer outre la " Grande Muraille du Web ".

L'un des architectes de la structure de blocage de l'Internet chinois a reconnu, dans un rare entretien accordé à la presse locale en février, disposer lui-même de six VPN sur son ordinateur personnel. Il s'agit toutefois de tester la fiabilité du système de censure et non d'accéder à des informations qualifiées de " sales ", " contre le gouvernement ", s'est justifié Fan Binxing.

Maintenir ces réseaux revient à prendre de l'avance sur la chasse à laquelle se livrent les censeurs du Net. Leurs gérants changent régulièrement les adresses IP, identifiants des serveurs vers lesquels les connexions sont redirigées. Cette solution n'est pas pérenne. Pékin les déniche et les bloque ou coupe plus radicalement l'utilisation en Chine des " ports " d'accès à Internet, communément utilisés par ces passe murailles.

Un temps tolérés lorsqu'ils étaient payants, probablement car ils n'étaient utilisés que par une petite minorité de Chinois et d'étrangers expatriés, les VPN font l'objet d'une traque qui s'est considérablement renforcée ces dernières semaines. " Tous sont neutralisés les uns après les autres, des plus importants aux plus petits ", explique l'opérateur d'un de ces réseaux anti-censure.

Harold Thibault

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