lundi 21 mars 2011

Les Tibétains ne veulent pas laisser partir le dalaï-lama - Brice Pedroletti

Le Monde - International, mardi, 22 mars 2011, p. 9

Le dalaï-lama veut prendre sa retraite, mais le Parlement tibétain en exil refuse de le laisser partir. Tout en s'excusant auprès du chef politique et spirituel du gouvernement tibétain en exil, les députés ont fait passer, vendredi 18 mars, une résolution lui demandant de reconsidérer sa décision. " Océan de sagesse " a répondu qu'il maintenait sa position, ce qui devrait conduire le Parlement à se prononcer de nouveau sur la question.

La détermination de Tenzin Gyatso à faire franchir à son peuple la dernière étape d'un processus de démocratisation entamé il y a plusieurs dizaines d'années - un premier ministre est élu depuis 2001 - détonne dans un monde où les révoltes se multiplient contre les régimes autoritaires.

" Le règne des dirigeants spirituels ou bien des rois est un concept anachronique ", a-t-il expliqué, samedi, lors d'un enseignement au Tsuglagkhang, le temple principal de Dharamsala, la ville aux contreforts de l'Himalaya, en Inde, où est réfugiée depuis 1959 la communauté tibétaine en exil. " En tant que quatorzième dalaï-lama du Tibet, c'est avec fierté que je prends la liberté de renoncer volontairement au pouvoir politique conféré par le Gaden Phodrang, l'institution du dalaï-lama ", a-t-il poursuivi, mettant fin au rôle politique du Gaden Phodrang, quatre siècles après sa création en 1642.

Il s'agit d'une séparation du civil et du religieux - le dalaï-lama restera le chef spirituel des Tibétains - dans un Etat qui n'en est pas un - aucun pays ne reconnaît le gouvernement tibétain en exil -, mais dont le rôle est central dans le règlement de la question tibétaine. La majorité des 6 millions de Tibétains vivants en Chine vénèrent le dalaï-lama.

L'objectif de ce dernier, qui s'est exprimé les 10 et 14 mars, est de doter le gouvernement tibétain d'un modèle de gouvernance capable de durer en dépit des aléas de la réincarnation religieuse du dalaï-lama. Cette dernière ouvre une période de régence, et Pékin compte s'en mêler.

Trois candidats

La réincarnation politique doit passer par le vote des quelque 80 000 Tibétains en exil inscrits sur les registres électoraux de Dharamsala et qui se sont prononcés, dimanche, pour élire un nouveau premier ministre.

Trois candidats étaient en lice lors de ce dernier tour : Lobsang Sangay, un docteur en droit d'Harvard âgé de 42 ans, et deux anciens hauts fonctionnaires du gouvernement en exil, Tenzin Namgyal Tethong, 62 ans, et Kasur Tashi Wangdi, 64 ans. Aucun des trois n'est lama. Les résultats seront connus le 27 avril.

Brice Pedroletti (Pékin, correspondant)

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