mercredi 9 mars 2011

L'explosion du crédit menace la stabilité financière de la Chine - Gabriel Grésillon

Les Echos, no. 20886 - International, mercredi, 9 mars 2011, p. 7

Le risque d'une crise du système financier chinois est estimé à 60 % au cours des trois prochaines années par l'agence Fitch. Celle-ci s'était déjà singularisée par des propos alarmistes à la mi-2010.

Le système bancaire chinois est-il solide ? Manifestement, l'agence de notation Fitch en doute. Richard Fox, l'un de ses analystes, a évalué, hier, à 60 % le risque d'une crise bancaire dans la deuxième économie mondiale d'ici à trois ans. En cause : l'explosion du volume des crédits dans le pays, conséquence du plan de relance voulu par Pékin lors de la crise financière internationale. Au cours des années 2009 et 2010, les banques chinoises ont en effet prêté, en cumulé, l'équivalent de 2,7 milliards de dollars.

Pour l'agence, il y a risque systémique lorsque la croissance des crédits est supérieure à 15 % par an pendant plus de deux ans, et lorsque les prix de l'immobilier, sur la même période, augmentent d'au moins 5 % par an. Dans l'empire du Milieu, la croissance du crédit a été en moyenne de 18,6 % par an en 2008 et 2009. Et les hausses de l'immobilier, difficiles à chiffrer tant elles varient d'une ville à l'autre, sont devenues l'une des préoccupations principales du Premier ministre Wen Jiabao, qui vient de réitérer ses promesses de tout faire pour résoudre le problème des prix « exorbitants » de la pierre. Les risques de voir une bulle bancaire et immobilière s'effondrer sont donc réels, juge l'agence. D'après la société Asianomics, les créances douteuses pourraient s'élever à 400 milliards de dollars dans le système chinois.

A la mi-2010, Fitch avait déjà inquiété, en estimant que la hausse du crédit était plus forte qu'il n'y paraissait -de 28 % -, les banques contournant les interdictions de prêter aux collectivités locales au moyen d'instruments financiers complexes. Fitch n'excluait pas que cette titrisation informelle puisse représenter un risque systémique.

Risque de surchauffe

Pour l'heure, les banques chinoises affichent une grande santé. ICBC, la première d'entre elles, est ainsi la plus profitable au monde. Comme l'explique un économiste, cela tient au fait que le régulateur chinois maintient un différentiel de taux entre prêts et dépôts « de 300 points de base, soit entre trois et six fois ce qui se pratique en Europe ». En rémunérant très mal les dépôts, les banques chinoises disposent d'une marge garantie. Jusqu'à présent, les investisseurs ont donc semblé leur faire confiance. Elles n'ont eu aucun mal à se recapitaliser sur les Bourses de Hong Kong et Shanghai l'année dernière. Mais pour certains, comme l'Américain Carl Walter, auteur d'un récent livre critique sur le système financier chinois (*), cette situation ne durera pas éternellement. Dans une interview au « Wall Street Journal », il estimait qu'il arrivera un jour « où les investisseurs étrangers finiront par estimer que voir leurs actions se faire diluer tous les trois ou quatre ans ne constitue pas un bon investissement ». Ce serait alors à l'Etat de jouer les pompiers.

Le point de vue de l'agence Fitch semble faire écho à celui de plusieurs analystes qui mettent aujourd'hui en garde contre un risque de surchauffe dans le monde émergent, et particulièrement en Chine. Le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, a ainsi insisté lundi sur la menace de l'inflation et d'une croissance trop rapide pour être durable dans ces pays. Quant au directeur général adjoint du FMI, John Lipsky, il a déclaré que « nous observons certains premiers signes de surchauffe » dans les économies émergentes.

(*) Red capitalism -The fragile foundation of China's extraordinary rise (John Wiley & Sons)
CORRESPONDANT À PÉKIN

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