jeudi 17 mars 2011

Pékin gèle le lancement de nouvelles centrales - Gabriel Grésillon


Les Echos, no. 20892 - Après le séisme au japon, jeudi, 17 mars 2011, p. 7

Pékin a ordonné hier une inspection de la sécurité de ses centrales et suspendu provisoirement toute approbation de nouveau projet.

A l'heure où le monde entier s'interroge sur l'avenir du nucléaire, la Chine n'a pas la moindre intention d'abandonner l'atome. Mais, face à l'ampleur de la catastrophe japonaise, Pékin joue la prudence. Hier, le gouvernement a ainsi ordonné une inspection générale de la sécurité de ses centrales, annoncé un « examen exhaustif » des réacteurs en construction et suspendu provisoirement toute approbation de projet nouveau. « La sécurité est la priorité numéro un », a insisté le conseil présidé par le Premier ministre, Wen Jiabao.

Pékin a donné son feu vert à la réalisation de 34 réacteurs, dont 27 sont déjà en construction, soit environ 40 % des centrales en chantier dans le monde. Les dirigeants affirment cependant que le nucléaire continuera à jouer un rôle essentiel pour répondre aux besoins énergétiques du pays, qui souhaite devenir moins dépendant du charbon afin de réduire ses émissions de CO2.

Un nouveau prototype

Et, comme pour enfoncer le clou, le « China Business News » a annoncé que les autorités venaient de donner leur aval à la construction, dans la province orientale du Shandong, d'un réacteur « de quatrième génération » et de technologie chinoise. Mu Zhanying, le directeur général de China Nuclear Engineering Group, s'est toutefois empressé de préciser que cette centrale répondrait à des critères de sûreté plus élevés que ceux de Fukushima. En particulier, en cas d'accident, il est prévu que le coeur du réacteur puisse tenir à des températures supérieures à 1.600 degrés pendant plusieurs centaines d'heures sans fondre.

La construction de ce prototype de réacteur à haute température, utilisant de l'hélium comme fluide caloporteur, est censée débuter dès le mois prochain. Elle doit durer quatre ans et coûter 5 milliards de yuans (550 millions d'euros). L'installation en cause, située dans la ville de Rongcheng, aura une capacité électrique de 200 mégawatts (400 mégawatts thermiques), selon un spécialiste du nucléaire chinois.

La nouvelle, annoncée avec un certain patriotisme, ne devrait pas laisser indifférente l'industrie nucléaire mondiale, au moment où Areva comme Westinghouse tentent chacun d'imposer leurs réacteurs... de troisième génération. Elle mérite toutefois d'être tempérée. D'abord, parce que la technologie utilisée correspond à une « niche » que seule la Chine étudie désormais, depuis que l'Afrique du Sud s'est retirée de la course. Par ailleurs, ce projet constitue certes un bond en avant par rapport au démonstrateur existant dans le nord de la Chine, d'une capacité thermique de 10 mégawatts, mais ne devrait pas encore atteindre la barre des 1.000 degrés Celsius, considérée comme nécessaire pour envisager de réelles applications industrielles de la chaleur.

Gabriel Grésillon

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.