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mardi 17 mai 2011

Le séisme japonais risque d'entraîner la perte de deux à trois millions de véhicules

Les Echos, no. 20934 - Industrie, mardi 17 mai 2011, p. 23

Problèmes d'approvisionnement en composants, désorganisation sur leurs chaînes : les constructeurs automobiles n'ont pas pu produire l'équivalent de 1,5 à 1,8 million de voitures depuis le 11 mars, dont près de 80 % chez les japonais. Ce cumul va encore croître d'ici à l'automne.

Les choses reviennent tout doucement à la normale pour les constructeurs automobiles, particulièrement japonais, frappés par le séisme du 11 mars et ses conséquences. Mais la baisse de leurs plans de charge est encore loin d'être enrayée.

Selon les derniers pointages du cabinet de consultants IHS Automotive, le secteur automobile a déjà perdu l'équivalent de plus de 1,5 million de véhicules depuis le tsunami, faute de composants disponibles, dont 1,1 million sur le sol japonais. Ce total s'élève même à 1,8 million d'unités dans le monde, renchérit Philippe Varin, le président de PSA Peugeot Citroën, très peu touché par rapport à ses homologues japonais comme Toyota, Nissan ou Honda, qui représentent à eux seuls 80 % du total.

Il ne s'agit pas de véhicules détruits ou abîmés, mais tout bonnement de voitures non produites, par rapport aux plannings de production normaux des constructeurs. « Avant ces événements, nous avions prévu une croissance de la production automobile mondiale de 5 à 6 %, mais avec le séisme japonais, il va falloir réviser ce taux à la baisse », selon le patron du second constructeur européen. Néanmoins, le marché mondial serait toujours orienté à la hausse en 2011, grâce au dynamisme de certains pays comme la Chine ou la Russie, ajoute-t-il.

Sur l'ensemble de l'année, le nombre de voitures et utilitaires non fabriqués pourrait se situer entre 2 et 3 millions, selon lui. Un volume à rapprocher des 77,6 millions de véhicules assemblés dans le monde l'an dernier.

Mesures de rattrapage

Tout dépendra des mesures de rattrapage que les groupes nippons mettront en oeuvre dans leurs usines à partir de l'automne. En termes de « manque à produire », un pic devrait être atteint au début septembre, avec un volume perdu compris entre 3,4 et 4 millions de véhicules, prévoit IHS. Ensuite, les constructeurs devraient mettre les bouchées doubles, mais les plannings ne sont pas très élastiques, et l'effondrement de la demande automobile au Japon incitera tout le monde à la prudence. « Si bien que sur 2011, nous pensons que les constructeurs pourront rattraper seulement 15 % des volumes perdus. Le reste, soit 85 %, le sera courant 2012 », selon Carlos da Silva, d'IHS Automotive.

Même lent, le rétablissement industriel s'amorce : Toyota estime désormais avoir du mal à trouver une trentaine de composants différents, contre 150 en avril et 500 en mars. Nissan juge de même qu'à peine 20 de ses équipementiers sont encore dans une situation critique, contre 40 en mars.

DENIS FAINSILBER

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mardi 22 mars 2011

Japon : un séisme à 165 milliards d'euros - Arnaud Rodier

Le Figaro, no. 20725 - Le Figaro Économie, mardi, 22 mars 2011, p. 23

Selon un premier chiffrage de la Banque mondiale, le coût du tsunami qui a ravagé l'Archipel et de la catastrophe nucléaire qu'il a déclenchée pourrait représenter jusqu'à 4 % du PIB du pays.

Le rapport de la Banque mondiale publié hier à Singapour est sans appel. Le séisme qui a ravagé le Japon il y a onze jours et la catastrophe nucléaire qui a suivi pourraient coûter jusqu'à 165,6 milliards d'euros au pays. Une charge beaucoup plus lourde que celle du tremblement de terre de Kobe, en 1995, qui avait tout juste dépassé 70 milliards d'euros.

Il s'agit d'une première estimation qui, si elle se révèle exacte, va représenter 4 % du produit intérieur brut (PIB) nippon. La banque, qui se réserve aussi une fourchette basse, autour de 86 milliards d'euros seulement, soit 2,5 % du PIB, souligne surtout que l'Archipel mettra beaucoup plus longtemps à s'en sortir.

En 1995, il avait fallu à peine un an pour que le commerce extérieur du Japon retrouve à 85 % ses niveaux d'avant la crise. Mais cette fois-ci, surtout si les zones contaminées s'étendent trop, les perturbations, voire la paralysie, de pans entiers de l'industrie, notamment dans l'automobile et dans l'électronique, pourraient se révéler catastrophiques.

Les prix des puces électroniques, note la Banque mondiale, dont le Japon assure 36 % de la production du globe, ont d'ores et déjà augmenté de 20 % pour certaines d'entre elles, et le finlandais Nokia prévenait hier qu'il s'attendait à des ruptures de stocks sur ses téléphones mobiles.

Un an ne suffira certainement pas à redresser la barre, ajoute la banque, qui estime que la croissance réelle du PIB sera directement « affectée négativement jusqu'à la mi-2011 ».

Alors qu'hier la Bourse de Tokyo était fermée pour cause de jour férié, le yen poursuivait son repli, semblant bien démontrer que l'intervention concertée des banques centrales du G7, le vendredi 18 mars, avait découragé les spéculateurs qui pariaient sur un rapatriement massif de capitaux japonais placés à l'étranger. Dans l'après-midi, l'euro progressait à 115,05 yens contre 114,27 yens à la veille du week-end et le dollar remontait à 81,19 yens contre 80,59 yens.

Wall Street ouvrait en hausse tandis que les Bourses asiatiques, bien qu'encore prudentes, restaient toutes orientées positivement.

Aliments sous contrôle

L'Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA) s'est, il est vrai, montrée plutôt optimiste hier, son directeur général affirmant qu'il n'avait « aucun doute que la crise sera surmontée efficacement ». Mais sur le terrain, les autorités se montrent encore très réservées. Bien que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) assure que la nourriture japonaise est sûre, Tokyo a interdit la vente de lait et celle de deux sortes de légumes verts, dont les épinards, dans les préfectures de Fukushima, d'Ibaraki, de Tochigi, de Gunma au nord du pays.

Taïwan, la Chine continentale et la Corée du Sud ont également singulièrement renforcé leurs contrôles sur les produits alimentaires japonais. Des produits - notamment le poisson, les fruits et les légumes - que l'Archipel a l'habitude d'exporter en grande quantité dans la région.

Si le patron du fonds d'investissement Berkshire Hathaway, Warren Buffett, estime non sans un certain cynisme qu'il y a aujourd'hui des opportunités d'achat d'actions d'entreprises nippones dont il faut profiter, l'agence de notation Moody's tenait à réaffirmer hier qu'à ses yeux le gouvernement japonais disposait sans problème des moyens financiers lui permettant de faire face à la situation.

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jeudi 17 mars 2011

Le nucléaire mondial a perdu près de 70 milliards de dollars en Bourse

Les Echos, no. 20892 - Après le séisme au japon, jeudi, 17 mars 2011, p. 6

Les marchés financiers pronostiquent un net ralentissement des projets de nouvelles centrales nucléaires dans le monde.

Le nucléaire n'a vraiment plus la cote auprès des marchés financiers. A la suite de la catastrophe de Fukushima, la filière s'est vu violemment sanctionnée par les investisseurs. Depuis vendredi, le secteur a perdu 67 milliards de dollars de capitalisation boursière, pour tomber à environ 873 milliards de dollars, selon l'indice Bloomberg du secteur. Cet indice, qui regroupe 65 groupes liés au nucléaire, a reculé de 14 % au cours des cinq dernières séances.

Tokyo Electric Power (Tepco), l'opérateur de la centrale de Fukushima-Daiichi, affiche évidemment la plus forte baisse, avec un plongeon de 57 % sur la période. A lui seul, le fournisseur d'électricité de la région de Tokyo a fondu de 24 milliards de dollars en Bourse ! « Il n'y a pas de plancher en vue », estime Satoshi Yuzaki, analyste chez Takagi Securities. Tepco possède en effet 17 réacteurs nucléaires, dont 10 sont situés dans les centrales n° 1 et 2 de la ville de Fukushima. Le coût de la protection pour défaut de paiement du groupe japonais a presque doublé pour dépasser les 400 points. Un chiffre qui se rapproche de celui atteint par BP l'an dernier, au pire moment de la marée noire dans le golfe du Mexique (577 points).

Mais Tepco est loin d'être le seul acteur touché par cette Berezina boursière. Toshiba, dont la filiale Toshiba-Westinghouse fournit des réacteurs nucléaires, s'est effondré de plus de 30 % en l'espace de cinq jours. Même constat pour Japan Steel Works (- 38 %), l'un des quatre grands fournisseurs d'enceintes de confinement de réacteurs, ou la filiale ingénierie et construction du coréen Kepco (- 23 %). Voilà un peu plus d'un an, celle-ci avait ravi aux Français le contrat géant d'Abu Dhabi.

Areva en net recul

En Europe, Areva est en recul de plus de 18 % sur la semaine, tandis qu'EDF et RWE perdent respectivement 10,6 % et 8,6 %. En amont, les fournisseurs d'uranium ne sont pas non plus épargnés. Le producteur australien Paladin Energy perd 26 % sur la période, tandis que le canadien Uranium One recule de 41 % et son compatriote Denison Mines de 29 %. La catastrophe de Fukushima va en effet entraîner un coup d'arrêt ou au moins un net ralentissement d'un grand nombre de projets nucléaires dans le monde, à l'exception peut-être de ceux situés en Russie et en Chine. Pour les grands équipementiers comme Areva ou Westinghouse, l'empire du Milieu va devenir un marché encore plus important qu'auparavant.

Il faut également s'attendre à un durcissement des législations, à l'instar de ce qui s'est passé aux Etats-Unis après la marée noire. Mardi, les responsables publics et privés de la filière nucléaire européenne ont d'ores et déjà annoncé la mise en oeuvre de « tests de résistance » sur les 143 centrales de l'Union. Ce durcissement des procédures va fatalement entraîner une hausse des coûts d'exploitation des centrales. « Quelle sera la part de cette augmentation des coûts que les opérateurs pourront répercuter dans les tarifs ? s'interroge Colette Lewiner, directrice de l'activité énergie et « utilities » chez Capgemini. C'est la question qui sera alors essentielle pour eux. »

L'extension de la durée de vie des centrales les plus anciennes va aussi être remise en question. « Les autorités de sûreté nucléaire vont être beaucoup plus exigeantes. Il faut s'attendre à des moratoires ou à des abandons », souligne Jacques Percebois, directeur du Centre de recherche en économie et droit de l'énergie à l'université de Montpellier. Cette réduction des capacités de production va favoriser une hausse des prix du marché de l'électricité en Europe. Le mouvement est déjà enclenché. Outre-Rhin, les prix à terme de l'électricité ont pris jusqu'à 4,3 % dans la journée d'hier.

Au Japon, on peut également s'attendre à une restructuration d'ampleur à l'issue de cette catastrophe. « Il n'est pas impossible que l'Etat japonais renationalise toute la filière », estime le patron de SIA Conseil, Matthieu Courtecuisse.

EMMANUEL GRASLAND

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Pékin gèle le lancement de nouvelles centrales - Gabriel Grésillon


Les Echos, no. 20892 - Après le séisme au japon, jeudi, 17 mars 2011, p. 7

Pékin a ordonné hier une inspection de la sécurité de ses centrales et suspendu provisoirement toute approbation de nouveau projet.

A l'heure où le monde entier s'interroge sur l'avenir du nucléaire, la Chine n'a pas la moindre intention d'abandonner l'atome. Mais, face à l'ampleur de la catastrophe japonaise, Pékin joue la prudence. Hier, le gouvernement a ainsi ordonné une inspection générale de la sécurité de ses centrales, annoncé un « examen exhaustif » des réacteurs en construction et suspendu provisoirement toute approbation de projet nouveau. « La sécurité est la priorité numéro un », a insisté le conseil présidé par le Premier ministre, Wen Jiabao.

Pékin a donné son feu vert à la réalisation de 34 réacteurs, dont 27 sont déjà en construction, soit environ 40 % des centrales en chantier dans le monde. Les dirigeants affirment cependant que le nucléaire continuera à jouer un rôle essentiel pour répondre aux besoins énergétiques du pays, qui souhaite devenir moins dépendant du charbon afin de réduire ses émissions de CO2.

Un nouveau prototype

Et, comme pour enfoncer le clou, le « China Business News » a annoncé que les autorités venaient de donner leur aval à la construction, dans la province orientale du Shandong, d'un réacteur « de quatrième génération » et de technologie chinoise. Mu Zhanying, le directeur général de China Nuclear Engineering Group, s'est toutefois empressé de préciser que cette centrale répondrait à des critères de sûreté plus élevés que ceux de Fukushima. En particulier, en cas d'accident, il est prévu que le coeur du réacteur puisse tenir à des températures supérieures à 1.600 degrés pendant plusieurs centaines d'heures sans fondre.

La construction de ce prototype de réacteur à haute température, utilisant de l'hélium comme fluide caloporteur, est censée débuter dès le mois prochain. Elle doit durer quatre ans et coûter 5 milliards de yuans (550 millions d'euros). L'installation en cause, située dans la ville de Rongcheng, aura une capacité électrique de 200 mégawatts (400 mégawatts thermiques), selon un spécialiste du nucléaire chinois.

La nouvelle, annoncée avec un certain patriotisme, ne devrait pas laisser indifférente l'industrie nucléaire mondiale, au moment où Areva comme Westinghouse tentent chacun d'imposer leurs réacteurs... de troisième génération. Elle mérite toutefois d'être tempérée. D'abord, parce que la technologie utilisée correspond à une « niche » que seule la Chine étudie désormais, depuis que l'Afrique du Sud s'est retirée de la course. Par ailleurs, ce projet constitue certes un bond en avant par rapport au démonstrateur existant dans le nord de la Chine, d'une capacité thermique de 10 mégawatts, mais ne devrait pas encore atteindre la barre des 1.000 degrés Celsius, considérée comme nécessaire pour envisager de réelles applications industrielles de la chaleur.

Gabriel Grésillon

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mercredi 16 mars 2011

La Chine va poursuivre son programme de construction de réacteurs - Brice Pedroletti

Le Monde - Environnement & Sciences, jeudi, 17 mars 2011, p. 7

Avec 40 % des centrales nucléaires en construction dans le monde, la Chine est engagée dans un vaste programme d'équipement, qui doit doter le pays de près de 70 réacteurs d'ici à 2020, soit davantage que le Japon, contre 13 aujourd'hui. Si la catastrophe de la centrale de Fukushima n'a pas conduit à des débats ouverts sur les questions de sécurité du programme chinois - la presse semble avoir des consignes -, elle ne laisse pas non plus indifférent, dans un pays où les séismes sont nombreux, et où la population découvre les risques de l'énergie nucléaire.

Lors de la visite, dimanche 14 mars, dans un centre de recherche sur l'énergie nucléaire, Liu Tienan, chef du Bureau national de l'énergie, a ainsi encouragé à prendre en compte " les leçons de l'incident nucléaire japonais et faire en sorte que l'industrie nucléaire chinoise se développe en toute sûreté dans un esprit responsable ".

La trentaine de réacteurs en construction, pour la plupart similaires aux réacteurs français de seconde génération, sont situés dans des régions côtières. La morphologie du plateau continental chinois et des côtes, protégées par un arc d'îles, les expose moins à des tsunamis que l'archipel nippon. " Il n'y a pas eu de grandes catastrophes sur les côtes chinoises, mais on est toutefois dans une période sismique très active et il faut davantage envisager des désastres extrêmes ", estime le géologue Yang Yong, de Chengdu, qui préconise de prendre un compte plus sérieusement les risques liés à la proximité de l'océan, comme les typhons.

A terme, la plupart des provinces chinoises vont s'équiper en centrales. Le lourd passif chinois en matière d'incidents industriels incite à s'interroger sur les risques encourus. En 2009, la frénésie de construction des centrales nucléaires chinoises avait conduit Liu Ganjie, directeur de l'Administration nationale chinoise de sûreté nucléaire (NNSA), au sein du ministère de l'environnement, à s'alarmer de " l'expansion trop rapide du secteur, qui risque de menacer la qualité de la construction et la sûreté de l'opération des centrales ". La même année, le grand patron du nucléaire chinois, Kang Rixin, tombait pour corruption.

" On n'est pas en URSS "

Formé en France, Liu Ganjie a le rang de vice-ministre de l'environnement. " On n'est pas en URSS, la NNSA est, en Chine, une vraie autorité de sûreté, elle a un mandat très fort, alors qu'il n'y a pas d'autorité de supervision dans les secteurs industriels classiques, comme la pétrochimie. Liu Ganjie a très bien joué son rôle de frein ", signale un expert français du nucléaire à Pékin.

Ainsi, le chantier des réacteurs EPR de Taishan, construits par Areva, a été suspendu pendant trois mois après son inauguration, en 2010, pour des questions de conformité des procédures administratives. Trois ou quatre inspecteurs de la NNSA sont en permanence sur le site.

Brice Pedroletti

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ANALYSE - Miracles et effondrements - Pierre-François Souyri


Le Monde - Spécial, jeudi, 17 mars 2011, p. SPA2

On sait désormais depuis quelques jours que l'histoire du Japon contemporain s'inscrit entre deux événements dramatiques : l'été 1945, fin d'une guerre dont le Japon sort vaincu, anéanti et atomisé, et le désastre du " grand séisme du Tohoku-Kanto ", qui a frappé le pays le 11 mars 2011 et déclenché une crise nucléaire majeure.

Cette période historique peut se décliner chronologiquement en trois séquences assez clairement différentes.

De septembre 1945, début de l'occupation américaine, au 28 avril 1952, date du traité de San Francisco qui marque le retour de l'indépendance formelle du pays, l'Archipel dévasté se rétablit peu à peu dans une atmosphère de libéralisation des moeurs politiques sous le contrôle des autorités d'occupation alliées, puis de répressions politique et syndicale à partir de l'automne 1948, sur fond de montée des tensions liées à la guerre froide et à la guerre en Corée.

De 1952 à 1991, l'économie se redresse et, en une quarantaine d'années, le pays court de miracle en miracle. Tous les indicateurs économiques sont au vert. C'est l'heure de la haute croissance dans les années 1960, puis des frictions commerciales avec les partenaires de l'Archipel dans les années 1980. Dans le secteur électronique notamment, les produits japonais inondent les pays occidentaux. C'est l'heure du Japon " troisième grand " (pour le journaliste du Monde Robert Guillain), puis du Japon " médaille d'or " (selon l'auteur américain Ezra F. Vogel). Avec une classe moyenne nombreuse et conformiste, le pays paraît d'une solidité à toute épreuve. Les experts étrangers se rendent dans l'Archipel admirer les recettes du " modèle " japonais.

Puis, à peine le nouveau modèle " toyotiste " est-il identifié que la conjoncture se retourne à partir de 1991 : la bulle explose, la croissance se ralentit, devient " molle ", comme en Europe. Le pays entre dans l'ère d'une " économie mature ". Démographiquement, il vieillit. Les inégalités se creusent. Les structures socio-économiques qui avaient fait sa force se délitent. Les politiques de relance par le déficit budgétaire sont inefficaces. Les tentatives de purges néoconservatrices du début des années 2000 n'apportent que plus de précarité et sont massivement rejetées par le corps électoral en 2009.

" Soft power "

Reconstruction, expansion, crise. Cette histoire n'est finalement pas très différente de celle des économies d'Europe occidentale, même si les contrastes sont certes plus violents. Le retournement de la conjoncture se produit en Europe au début des années 1970 avec les chocs pétroliers, inaugurant un cycle d'expansion ralentie. Il intervient au Japon vingt années plus tard. La montée de la globalisation imposée par les Anglo-Saxons depuis les dernières années du XXe siècle, déstabilise le Japon comme l'Europe.

Durant ces soixante-six années, le pays a dû faire un certain nombre de choix, certains imposés par le contexte, d'autres plus librement consentis. Sur le plan géostratégique, le Japon a été contraint par les Etats-Unis, puissance victorieuse et occupante, de choisir l'option de la soumission à la politique décidée à Washington. Il n'avait d'ailleurs guère le choix. En 1952, les Etats-Unis imposent au Japon un traité d'" indépendance en trompe-l'oeil " agrémenté d'un traité de sécurité qui arrime le Japon à la politique anticommuniste américaine. Les Etats-Unis disposent de bases militaires en grand nombre sur le territoire japonais. Comme lors des traités inégaux signés au milieu du XIXe siècle, qui impliquaient l'existence de concessions pour les étrangers, ces bases disposent d'un statut d'extraterritorialité et le gouvernement japonais n'a pas le droit d'en exiger la restitution.

Du coup, le Japon deviendra un géant économique et un nain politique. Incapable de se projeter sur le théâtre international autrement que par son industrie ou l'aide au développement, qu'il accorde d'ailleurs assez généreusement, le Japon devient du coup peu audible et continue de passer aux yeux du monde pour un simple vassal des Etats-Unis. Rares sont les initiatives prises par Tokyo qui recueillent le moindre écho.

Le pays profite certes de la guerre de Corée pour relancer sa machine industrielle et sert de base arrière à la VIIe flotte américaine durant la guerre du Vietnam. Mais sa politique étrangère durant la période est soumise au bon vouloir de Washington. Pratiquement sommé par les Etats-Unis de reconnaître officiellement la Corée du Sud en 1965, Tokyo reconnaît Pékin en 1972 après avoir reçu le feu vert américain. Washington exige sa participation financière à la guerre du Golfe, en 1991, puisque sa Constitution lui interdit d'envoyer des troupes sur des théâtres d'opérations extérieurs. En Afghanistan et en Irak, le Japon fournit un appui logistique modeste aux Etats-Unis, et envoie même des " troupesnon combattantes " en Irak dont l'efficacité a sans doute été voisine de zéro.

Rarement une diplomatie moderne aura rencontré autant d'échecs que celle du Japon contemporain. Certes, le pays n'est en guerre avec personne. Mais deux tiers de siècle après la défaite, Tokyo reste l'objet du mépris de son principal allié, les Etats-Unis, au mieux de sa condescendance. Le Japon a longtemps réclamé un siège au Conseil de sécurité des Nations unies - ce qui, vu sa contribution considérable au budget de l'ONU, n'était pas en soi illégitime - et s'est heurté au refus définitif de Washington. A peu près ignoré par les Européens, incapable de s'entendre avec son voisin russe sur une frontière communément admise, suscitant encore beaucoup d'antipathie chez son voisin sud-coréen, menacé de ses fusées par Pyongyang, tenu à distance par une Chine prompte à raviver les cicatrices de la guerre, le tableau peut paraître sombre mais renvoie à une réalité souvent oblitérée par un optimisme de bon aloi.

Incapable de se transformer en pays véritablement indépendant, le Japon s'est du coup mué en soft power, c'est-à-dire en un pays qui peut user d'une certaine influence sans jamais rechercher la confrontation. Devenu la deuxième puissance exportatrice de biens culturels derrière les Etats-Unis, le Japon inonde l'imaginaire des adolescents occidentaux. Le gouvernement cherche depuis les années 2000 à imposer l'image d'un " cool Japan " pour redresser une image pas toujours positive, notamment dans le reste de l'Asie orientale. Mais le pays ne fera pas, à terme, l'économie d'une révision complète de sa politique internationale.

Difficultés économiques, indépendance politique en trompe-l'oeil, vieillissement démographique, les nuages s'accumulent certes sur un pays qui comporte pourtant, malgré les difficultés, encore de nombreux atouts. Le premier, c'est la présence d'un réservoir de population de niveau éducatif supérieur largement sous-employé : les femmes. Elles possèdent globalement un potentiel créatif considérable pour peu que l'Etat et les entreprises leur permettent d'exercer leurs talents de manière plus efficace au service de la collectivité. La " décennie perdue ", celle des années 1990, ne fut sans doute pas perdue pour les femmes qui jouent un rôle social, économique et créatif bien plus considérable en 2005-2010 qu'une vingtaine d'années plus tôt. Les mentalités ont, de ce point de vue, évolué dans la société civile plus vite qu'au sommet de l'Etat.

Solidarité et ténacité

Par ailleurs, le Japon est au coeur d'une zone en pleine expansion. Après les quatre petits " Dragons " dans les années 1980, l'Asie du Sud-Est dans les années 1990, et surtout la Chine dans les années 2000 et bientôt l'Inde, l'Archipel est à proximité de pays qui forment une zone hautement attractive en évolution constante. Certes, le PNB de la Chine dépasse celui du Japon fin 2009, détrônant celui-ci de la 2e place qu'il occupait depuis quarante années.

Mais la croissance de ces pays contribue à tirer l'économie japonaise qui, dans les années 2000, a su mieux jouer de la montée en puissance de ses voisins que les Occidentaux en général. Enfin, le Japon reste l'un des lieux d'innovation les plus dynamiques dans le monde et les entreprises japonaises sont souvent, dans leur secteur, parmi les plus créative.

Mais l'essentiel est peut-être ailleurs : le lien social tient toujours malgré la crise qui handicape l'Archipel depuis une vingtaine d'années. Certes le pays connaît un nombre grandissant de précaires, de sans-abri et la société est plus injuste qu'elle ne l'était à la fin des années 1980. Mais elle ne s'effrite pas. Pas de crise des banlieues, pas de montée significative de la délinquance ou de hausse alarmante du nombre de chômeurs. Sur le plan social, l'Archipel du début du XXIe siècle semble mieux résister à la crise que la plupart des sociétés européennes, ce qui est en soi un gage pour l'avenir. Le pays a su, malgré la dérégulation, maintenir une certaine qualité de vie. Le Japon restait, jusqu'à ces derniers jours, un exemple d'économie à faible croissance qui ne décline pas. Les vieilles valeurs de solidarité, de ténacité, qui ont fait la force de ce pays sont intactes.

C'est cette force qui lui permet de tenir, depuis le 11 mars, devant l'ampleur du désastre auquel il est confronté.

Pierre-François Souyri

Historien, auteur de " Nouvelle histoire du Japon " (Perrin, 2010)

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SÉISME - Appels à l'aide internationale, premières évacuations et inquiétude de l'empereur...


Le Monde - Environnement & Sciences, jeudi, 17 mars 2011, p. 4

Alors que la situation dans la centrale de Fukushima demeure incontrôlée et que les secousses sismiques d'assez forte intensité continuent de faire trembler le pays, le gouvernement japonais commence à admettre du bout des lèvres qu'il n'est peut-être pas en mesure de faire face seul à l'ampleur des désastres qui frappent le pays depuis cinq jours.

Mercredi 16 mars, le porte-parole du gouvernement a annoncé que le premier ministre nippon, Naoto Kan, " se préparait à l'éventualité de demander l'aide de l'armée américaine ". Les Etats-Unis ont déjà mis à disposition de l'archipel neuf navires, des hélicoptères et 150 hommes pour les opérations de premiers secours. L'appel " exceptionnel " à des médecins étrangers pour soigner les survivants du séisme a été décidé.

Bien que les offres d'assistance affluent du monde entier, M. Kan n'a jusqu'à présent répondu favorablement qu'à très peu d'entre elles. " Les Japonais n'ont pas demandé d'assistance internationale, ils ont privilégié une aide extrêmement ciblée car ils sont, jusqu'à présent, totalement maîtres de la réponse qu'ils doivent apporter à la situation ", confirmait encore, mardi, Elisabeth Byrs, porte-parole du bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (Ocha).

Quinze pays sur les 102 prêts à épauler le Japon ont envoyé des équipes de sécurité civile pour la recherche des survivants, et des médecins. Ils ont à ce jour fourni 605 sauveteurs et 50 chiens alors que le nombre de forces armées et de police mobilisées par le Japon s'élevait, mercredi, à 80 000.

La Croix-Rouge japonaise, qui s'appuie sur deux millions de volontaires, a aussi décliné les offres d'envoi de matériels et de renforts humains, mais elle est néanmoins ouverte aux " expressions de solidarité financière " qui pourrait lui parvenir via les autres sociétés soeurs de la Croix-Rouge. Les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Chine et la France notamment ont lancé des appels à dons.

Mesures de rapatriement

Les grandes organisations humanitaires habituées à investir le théâtre des catastrophes majeures n'imaginent pas pour l'instant devoir intervenir. Le Japon n'est pas le Pakistan ou Haïti. " L'Etat japonais est tout à fait préparé pour faire face à la situation ", assure Samuel Hanryon de Médecins sans frontière (MSF) qui ne dispose sur place que d'une équipe d'une dizaine de personnes.

Les Japonais ne sont pas tous de cet avis. Face à un bilan qui s'alourdit -- 450 000 personnes évacuées, 3 676 morts officiellement (mais on parle déjà de plus de 10 000 victimes) plus de 70 000 bâtiments détruits -, des pénuries d'eau, de nourriture, d'électricité et de carburant qui s'aggravent alors que le froid s'est installé sur les régions sinistrées, des voix s'élèvent pour critiquer le gouvernement. Le Japon a un plan pour faire face à un accident nucléaire. Il en a également un pour affronter les tremblements de terre. " Mais est-il préparé à répondre aux deux en même temps alors que s'ajoute à cela la menace d'un nouveau séisme majeur et que personne n'avait anticipé les conséquences du tsunami ? ", s'interroge le quotidien The Japan Times.

Le maire de Koriyama, une petite ville qui a accueilli 9 000 réfugiés de la région de Fukushima, a lancé un appel à l'aide. " J'aimerais lancer un appel au monde : nous avons besoin d'aide ", a déclaré Masao Hara. En s'adressant pour la première fois, mercredi, à la nation, depuis le début des événements, l'empereur Akihito a annoncé qu'il priait " pour la sécurité du plus grand nombre ".

Face à la menace nucléaire, les pays étrangers ont commencé à prendre des mesures de rapatriement. La France a décidé une évacuation volontaire de ses ressortissants qui seront transférés sur Séoul dans deux Airbus affrétés par le ministère de la défense. Des équipes médicales comprenant des spécialistes de la radioprotection seront à bord. Paris pense faire partir rapidement 3 000 personnes.

Laurence Caramel

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Géopolitique, économie, technologie : le voisin chinois est en embuscade

Le Monde - Spécial, jeudi, 17 mars 2011, p. SPA5

Il aura fallu qu'un double désastre frappe le Japon pour que, en Chine, le ton s'adoucisse à l'égard de ce voisin honni et admiré, ancien colonisateur diabolisé par la propagande, mais aussi grand pourvoyeur d'aide et de technologies. La compassion exprimée sur Internet, l'ébauche d'un mouvement de sympathie ces derniers jours et l'intense couverture médiatique, dans une Chine qui se sait, elle aussi, extrêmement vulnérable aux catastrophes naturelles et industrielles - le tremblement de terre du Sichuan, en 2008, a fait plus de 90 000 morts - contraste avec une montée de la défiance entre les deux géants asiatiques.

Régulièrement, des " provocations chinoises " - aux yeux de Tokyo -, notamment des manoeuvres aériennes à proximité des eaux territoriales nippones, déclenchent de vives protestations de la part du gouvernement japonais.

Ces escarmouches sont de moins en moins anecdotiques depuis le différend survenu en 2010 entre les deux pays au sujet des îles Senkaku (Diaoyu en chinois), le plus grave de ces dernières décennies : la capture par les gardes-côtes japonais d'un chalutier chinois en septembre 2010 a été présentée par Pékin comme un renversement de la politique nippone vis-à-vis de la Chine. D'un commun accord, les deux pays s'étaient entendus sur un statu quo : les Senkaku étaient administrées par le Japon, même si la Chine les revendiquait. La question des Senkaku ne devait donc pas perturber leurs relations diplomatiques - ce qu'elle n'a effectivement pas fait depuis 1978. La rupture du statu quo est donc lourde de conséquences.

Grisée par son projet de " régénération nationale ", la Chine entend se doter d'une marine moderne et océanique, et de nouvelles armes (des porte-avions, mais aussi des missiles anti-porte-avions). " L'agenda des Chinois est de pouvoir déployer leur marine en accédant à l'océan, et repousser l'influence américaine bien au-delà des eaux internationales du Pacifique occidental qu'ils considèrent comme leur sphère de domination ", estime Jean-François Huchet, directeur du Centre d'études français sur la Chine contemporaine (CEFC) à Hongkong. La montée en puissance militaire chinoise, associée au manque de transparence du pays sur les questions de sécurité, a été décrite dans le nouveau programme de défense national japonais adopté par le gouvernement en décembre 2010 comme un " motif de préoccupation pour la région et la communauté internationale ".

Il est peu de dire que le défi géopolitique lancé par la Chine au Japon met en difficulté ce dernier : il peine à s'affirmer dans un rôle clairement défini et assumé, que ce soit au sein d'un " arc asiatique de la démocratie " - comme a cherché à le promouvoir en 2009 le premier ministre Taro Aso -, ou dans une dynamique d'intégration asiatique - ainsi qu'a tenté de l'impulser Yukio Hatoyama, premier ministre de septembre 2009 à juin 2010.

" Le Japon est mal à l'aise vis-à-vis de la Chine depuis la fin des années 1990. C'est dû à sa propre faiblesse liée à la crise économique, mais aussi à la rapidité de l'émergence chinoise, qui l'a pris de cours. Pendant longtemps, les Japonais, impressionnés, n'ont pas pu se positionner. J'ai toutefois l'impression que c'est en train de changer, que le Japon adopte un rôle plus déterminé. Sans compter que les Etats-Unis comptent davantage sur lui pour encadrer la montée en puissance chinoise. L'incident des Senkaku n'est pas un hasard, la Chine a voulu tester jusqu'où le Japon voulait aller dans ce durcissement ", poursuit M. Huchet.

Le capital de sympathie accumulé par un Japon pacifique et généreux donateur depuis sa capitulation, en 1945, est érodé par l'inconstance de ses politiciens et l'absence de vision nationale. Paradoxalement, toute la méfiance que suscite la dictature communiste chinoise semble s'envoler quand il s'agit de s'attirer les faveurs de Pékin ou de mettre à contribution sur des dossiers internationaux le seul membre permanent du Conseil de sécurité encore qualifié de pays en développement.

Lancée dans une conquête mondiale de débouchés et de ressources énergétiques, la Chine pratique, il est vrai, une diplomatie active, sait manier la carotte et le bâton, et, enfin, exporte partout dans les pays émergents son modèle de non-ingérence et d'aide économique liée.

La spectaculaire envolée économique de la Chine, devenue fin 2010 la deuxième puissance économique mondiale, passant devant le Japon, a créé une nouvelle dynamique en Asie, qui met les pays de la région en position de dépendance à son égard, aussi bien pour les plus riches (Japon inclus) que pour ceux en développement de l'Asie du Sud-Est, avec lesquels la Chine a signé, début 2010, un accord de libre-échange. " La République populaire de Chine semble la grande gagnante, aux dépens du Japon et de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est - Asean - , de la nouvelle division régionale du travail en Asie et de la mondialisation. Ce système tributaire, que la Chine a remis au goût du jour dans une version néo-mercantiliste, lui permet de prendre une longueur d'avance sur le Japon ", nous explique Claude Meyer, auteur de Chine ou Japon : quel leader pour l'Asie ? (Presses de Sciences Po, 2010).

Déjà, la Chine aborde une autre manche de la bataille pour la suprématie en Asie : elle cherche à monter en gamme et rivalise avec le Japon sur le terrain de la technologie, notamment, selon M. Meyer, avec des progrès spectaculaires dans des domaines à forte visibilité internationale - trains à grande vitesse, avion C919 ou encore supercalculateurs...

Brice Pedroletti

PHOTO - China's President Hu Jintao (L) is welcomed by Japan's Prime Minister Naoto Kan and his wife Nobuko at the start of a cultural event during the APEC Summit in Yokohama, Japan, November 13, 2010.

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mardi 15 juin 2010

Reconstruction après le séisme au Qinghai.

La Croix, no. 38689 - Monde, mardi, 15 juin 2010, p. 6




Reconstruction après le séisme au Qinghai. La Chine estime qu'il faudra 32 milliards de yuans (3,86 milliards d'euros) pour reconstruire en trois ans les régions du Qinghai (nord-ouest) frappées mi-avril par un puissant séisme qui a fait au moins 2 698 morts. Cette somme devrait être apportée par le gouvernement central, des fonds spéciaux des autorités provinciales mais aussi des dons des entreprises et particuliers.

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lundi 26 avril 2010

Habitants de Yushu, « votre souffrance est la nôtre » - Bruno Philip

Le Monde - International, vendredi, 23 avril 2010, p. 5

Le gouvernement chinois a fait observer de manière solennelle, mercredi 21 avril, une journée de deuil national en mémoire des victimes du séisme qui a frappé une préfecture tibétaine de la province du Qinghai, le 14 avril, tuant 2 183 personnes et en blessant plus de 12 000 autres. Dans la ville de Yushu et ses alentours, on compte encore quelque 175 disparus.

Drapeaux en berne, « une » des journaux en noir et blanc, images en direct à la télévision des neuf membres du Comité permanent du bureau politique du Parti communiste, la plus haute instance dirigeante du pays, respectant trois minutes de silence, interruption des télévisions câblées étrangères diffusant films et émissions de variété, fermeture des bars, cinémas et autre lieux de plaisirs nocturnes : la Chine a multiplié les gestes ostentatoires de son deuil.

« Yushu, votre souffrance est la nôtre, votre deuil est le nôtre », a déclaré une présentatrice de télévision où passaient en boucle les images de sauveteurs dégageant des rescapés des ruines, celles d'avions spéciaux ramenant dans les hôpitaux de Xining, la capitale provinciale, de vieilles Tibétaines ou de très jeunes enfants blessés durant la tragédie.

A Yushu, sur les lieux de la catastrophe où la majorité des bâtiments se sont écroulés le 14 avril au matin après une secousse de 6,9 degrés sur l'échelle de Richter, responsables locaux et sauveteurs se sont figés parmi les ruines. A Xining, sous la neige, des milliers de personnes ont incliné la tête sur fond sonore de sirènes et de klaxons de voitures.

La veille, la télévision centrale avait diffusé en direct une émission destinée à montrer à quel point les témoignages de compassion se sont multipliés ces derniers jours. Des entrepreneurs, des célébrités du monde du spectacle et des artistes ont défilé sur scène en brandissant sur des panneaux de couleur rouge les chiffres de leurs dons, interrompus par chants, danses et chorales exaltant la solidarité nationale envers les victimes. Plus de 200 millions d'euros ont été réunis ce soir-là.

Une telle mise en scène du deuil national n'est sans doute pas exempte d'arrière-pensées politiques. Le séisme a eu lieu dans une préfecture à majorité tibétaine d'une province qui jouxte la région autonome du Tibet. Après les émeutes de 2008 qui avaient eu lieu à Lhassa et dans des dizaines de villes et districts des zones de peuplement tibétain, les autorités ont tenu à montrer qu'elles faisaient tout pour soulager les souffrances d'une minorité ethnique turbulente.

A 4 000 m d'altitude

Le spécialiste du Tibet Robert Barnett, interrogé par Le Monde, décrit ainsi le rapport compliqué du régime chinois envers les Tibétains : « L'histoire des relations sino-tibétaines moderne est faite de cycles d'extrême générosité de la part des Chinois - du moins à leurs yeux - suivis par des tensions extrêmes à la moindre critique ou manque de gratitude [de la part des Tibétains]. »

Sur le terrain, les secouristes continuent d'affluer après des jours de retard dans les opérations de sauvetage que les autorités ont mis sur le compte de l'éloignement de cette région reculée et située aux alentours de 4 000 m d'altitude. Wei Guijun, un responsable de la puissante commission de la réforme et du développement, a déclaré aux journalistes que le gouvernement avait déjà envoyé l'équivalent de 55 millions d'euros en matériels et vivres dans les zones affectées. Les sauveteurs doivent travailler parfois sous la neige, dans un froid glacial, certains sont victimes du mal des montagnes.

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jeudi 22 avril 2010

Deuil national et minutes de silence en Chine pour les morts du séisme

l'Humanité - Monde, jeudi, 22 avril 2010

Les journaux ont été publiés en noir et blanc hier en Chine et les drapeaux étaient en berne sur les bâtiments officiels dans le pays, qui observait un deuil national à la mémoire des quelque 2 000 morts du séisme du Qinghai, il y a exactement une semaine. Le gouvernement a décrété une journée de deuil national pour les victimes du séisme de magnitude de 6,9 dans la préfecture de Yushu, sur le plateau tibétain, qui a fait, selon un dernier bilan provisoire, 2 064 morts et 175 disparus. Le séisme a également fait plus de 12 000 blessées, dont un millier grièvement, et laissé quelque 100 000 sans-abri. Le tremblement de terre a détruit à plus de 85 % les habitations de la ville de Jiegu, peuplée essentiellement, comme toute la région, de Tibétains.

PHOTO - Students hold candles as they mourn for the quake victims, at a school in Hefei, central China's Anhui province, as China observed a day of national mourning on April 21, 2010. Top leaders and thousands of other people paid a silent tribute to the victims of the 6.9 magnitude earthquake which struck a remote area of northwestern China on April 14, 2010, leaving at least 2,064 people dead.


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mercredi 21 avril 2010

DERNIER CHIFFRE - Le bilan du séisme en Chine grimpe à 2 046 morts

Le Monde - Environnement & Sciences, mercredi, 21 avril 2010, p. 5 Le dernier bilan du séisme de magnitude 7,1 survenu mercredi 14 avril dans la province du Qinghai fait état de 2 046 morts et 193 disparus, ont annoncé, lundi 19 avril, les autorités chinoises, selon l'agence Xinhua. Celles-ci ont aussi décompté 12 135 blessés, dont 1 434 se trouvaient dans un état critique. Le Conseil des affaires de l'Etat a annoncé que la Chine rendrait hommage mercredi 21 avril aux victimes du séisme, par des cérémonies.

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Pékin refuse la visite du dalaï-lama au Qinghai

La Croix, no. 38644 - Mercredi, 21 avril 2010, p. 8

Pékin refuse la visite du dalaï-lama au Qinghai. La Chine a refusé hier de commenter la demande du dalaï-lama, chef spirituel des Tibétains en exil depuis 1959, de se rendre sur sa terre natale du Qinghai, dans le nord-ouest de la Chine, ravagée par un séisme qui a fait plus de 2 000 morts. Pékin l'accuse d'être un séparatiste, sous couvert de religion.

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lundi 19 avril 2010

Les enjeux politiques de l'après-séisme en Chine - Brice Pedroletti

Le Monde - International, lundi, 19 avril 2010, p. 6 La télévision d'Etat le montre escaladant des piles de gravats, réconfortant une vieille dame tibétaine, une enfant et un moine. Il explique aux sauveteurs que " la vie des gens vient en premier. Tant qu'il y a le moindre espoir, n'abandonnez jamais ! ". Le premier ministre chinois Wen Jiabao s'est rendu, jeudi 15 avril et vendredi 16, dans la préfecture autonome tibétaine de Yushu, au sud du Qinghai, où le bilan du tremblement de terre du 14 avril s'est alourdi à 1 144 morts et plus de 400 disparus. " Nous ferons tous les efforts possibles pour construire un nouveau Yushu ", a déclaré M. Wen selon les médias chinois. " Tibétains ou Hans - l'ethnie majoritaire en Chine - , nous faisons tous partie de la même famille et nous devons prendre soin les uns des autres. "

Mise en scène ? Pas seulement : figure de la compassion dans le régime chinois, M. Wen est l'homme des situations d'urgence. Il avait rejoint le Sichuan en ruine dès le premier jour du séisme de mai 2008. Son empathie, ses petits gestes de réconfort, la façon dont il s'accroupit au milieu des villageois tibétains pour écouter leur malheur sont le meilleur atout d'un gouvernement chinois visiblement conscient des enjeux politiques qui peuvent découler du séisme de Yushu. Séisme intervenu un peu plus d'un an après les manifestations qui ont éclaté dans l'ensemble des régions tibétaines du Qinghai, du Sichuan et du Gansu (frontalières de la région autonome du Tibet proprement dite).

Pour le gouvernement chinois, la bataille s'ouvre potentiellement sur trois fronts. Vis-à-vis des populations tibétaines, aussi bien dans la préfecture de Yushu, qui compte de nombreux monastères et des nomades sédentarisés, que dans les autres parties de l'ancien Tibet historique. Vis-à-vis d'une opinion publique chinoise de plus en plus vigilante sur la manière dont le gouvernement remplit ou non sa mission - notamment sur le dossier brûlant des écoles mal construites. Vis-à-vis des pays occidentaux, enfin, dont les prises de position sur le dossier tibétain sont une source constante de préoccupation pour Pékin.

" Les Tibétains exprimeront comme c'est normal leur gratitude pour l'aide qu'ils reçoivent du gouvernement chinois, quelle qu'ait été l'histoire passée... Aussi bien le gouvernement que les Chinois veulent saisir très consciemment cette opportunité pour réparer les blessures passées ", explique au Monde Robert Barnett, directeur du programme d'études du Tibet moderne à l'Université Columbia, à New York. Pourtant, poursuit-il, " cette relation est très fragile et, à la moindre erreur, cette situation pourrait changer du tout au tout ".





Les médias chinois ont montré des moines s'activant dans les ruines en quête des disparus aux côtés de soldats de l'armée populaire. Plusieurs témoignages rapportés par la presse étrangère ont toutefois fait état de tensions autour du problème des rites funéraires, de la comptabilisation des victimes ou encore lors de la distribution de vivres, qui a donné lieu à des pugilats. " Les autorités chinoises cherchent à tout prix à garder le contrôle et à montrer que l'Etat est le principal pourvoyeur d'aide aux Tibétains. Donc il y a un très fort potentiel de tension et de conflit ", estime l'expert.

Les destructions provoquées par le séisme, notamment en périphérie de la ville de Jiegu (épicentre), incitent aussi à s'interroger sur la politique de sédentarisation des nomades. Toutefois, note M. Barnett, Yushu " peut se prévaloir, de manière inhabituelle, de bonnes relations avec les autorités chinoises ces dernières années et les Tibétains locaux ont pu y créer des ONG, des écoles, une bibliothèque, avec beaucoup moins d'interférences que dans la plupart des villes tibétaines ". Cela explique, selon lui, que Jiegu n'ait pas connu de manifestation majeure en mars 2008.

La reconstruction pourrait créer d'autres problèmes : " L'ampleur du séisme fait qu'il y a un vrai risque que la reconstruction ne donne pas la priorité aux Tibétains, à leurs besoins et à leurs spécificités culturelles ", estime Stephanie Brigden, directrice de l'ONG Free Tibet à Londres, qui a séjourné deux ans à Yushu entre 2000 et 2002. Elle y avait constaté un afflux de migrants, pour la plupart de l'ethnie hui (Chinois de confession musulmane). " Si les Chinois ratent cette occasion, les Tibétains risquent d'être encore plus marginalisés ", prévient-elle.

Signe que la dimension politique du désastre est présente dans tous les esprits, le site Internet Boxun, basé aux Etats-Unis, a publié vendredi une pétition. Adressée à Wen Jiabao et au président chinois Hu Jintao, elle demande au gouvernement chinois de " mettre de côté " sa rancoeur et d'autoriser le dalaï-lama à se rendre sur place. Ni la provenance de la pétition ni ses auteurs n'ont été identifiés.

Brice Pedroletti

PHOTO - China's Premier Wen Jiabao (R) shakes hands with an ethnic Tibetan who is translating his speech during his visit to the earthquake-hit Jiegu Town of Yushu County, Qinghai province April 15, 2010. The death toll from a strong earthquake in China's remote and mountainous Tibetan plateau has climbed to 617, even as convoys of trucks carried in supplies and tents on Thursday for survivors braving the cold.

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mercredi 14 avril 2010

Tremblement de terre dans une province du nord-ouest de la Chine - Bruno Philip

Le Monde - Environnement & Sciences, jeudi, 15 avril 2010, p. 4

Un violent tremblement de terre d'une magnitude de 6,9 a frappé, mercredi 14 avril, une province du nord-ouest de la Chine, provoquant l'effondrement d'une grande partie des bâtiments de la ville de Yushu, chef-lieu d'une préfecture tibétaine. En début d'après midi - heure de Pékin -, le bilan était de 300 morts et de 8 000 blessés.

L'agence de presse Chine nouvelle a décrit des scènes sanglantes dans les rues de la ville où " l'on voit partout des blessés et des gens touchés à la tête ". Selon le directeur adjoint de la télévision locale, Karsum Nyima, " la secousse a été terrible : en un clin d'oeil, les maisons se sont effondrées ", a-t-il dit à l'agence de presse américaine AP.

D'autres témoignages indiquent que les constructions les plus élevées ne se sont pas effondrées mais que la plupart des habitations basses, typiques de l'architecture tibétaine, n'auraient pas résisté au séisme. " Il est difficile d'évaluer le nombre de victimes. Des centaines, peut-être plus ", a déclaré Zho De, un habitant contacté dans la capitale provinciale Xining et qui a pu joindre, par téléphone, des membres de sa famille.

Le Quotidien du peuple affirmait, mercredi, que " 85 % des maisons étaient détruites ". Dans cette région à l'activité sismique fréquente, la plupart des habitations sont faites d'un mélange de bois, de pisé et de briques. Même si leurs murs sont épais et d'apparence solide, elles se révèlent meurtrières lorsqu'elles s'effondrent.

Le tremblement de terre s'est produit vers 7 h 30 du matin, au sud du Qinghai, une province qui faisait partie jadis du " Grand Tibet " originel. L'épicentre du séisme a été localisé à 380 kilomètres de la cité minière de Golmud, qui se situe elle-même sur la route de Lhassa, capitale de la " Région autonome du Tibet " voisine.

Si la ville de Yushu a été très touchée par les secousses et les répliques, la zone de l'épicentre est très peu habitée, principalement peuplée de bergers et de nomades d'ethnies tibétaine et mongole. La population de la préfecture tibétaine compte une centaine de milliers d'habitants. Secouristes et militaires sont arrivés dans la matinée et tentent de dégager les habitants prisonniers des décombres. Ils étaient 700 à être sur place en début d'après-midi et l'on en attend un millier de plus.

Selon un responsable militaire local, les sauveteurs " font face à de grandes difficultés car ils ne disposent pas de pelleteuses. Ce n'est pas évident de sauver des gens quand il faut travailler à mains nues "... Un responsable de la préfecture autonome tibétaine de Yushu s'est plaint du " manque de médicaments, de matériel médical, d'infirmiers et de médecins. "

La ville de Yushu - en tibétain, Jyekundo, ce qui se traduit par " confluent de tous les attributs de la croissance " - est un centre religieux et culturel important. La cité, située à 3 700 mètres d'altitude, est dominée par le monastère de Dondrubling qui héberge des moines de la grande secte bouddhiste tibétaine des sakyas.

En 2008, la dernière grande catastrophe naturelle à avoir frappé la Chine avait été le tremblement de terre du Sichuan, qui avait fait près de 90 000 morts.

Bruno Philip

PHOTO - Rescuers carry a local who was injured during an earthquake at the Tibetan Autonomous Prefecture of Yushu, Qinghai Province April 14, 2010, in this photo released by China's official Xinhua News Agency. About 300 people have died and 8,000 others were injured after a 7.1-magnitude earthquake hit northwest China's Qinghai Province early on Wednesday, a local official said, according to Xinhua News Agency.

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