mercredi 16 mars 2011

SÉISME - Appels à l'aide internationale, premières évacuations et inquiétude de l'empereur...


Le Monde - Environnement & Sciences, jeudi, 17 mars 2011, p. 4

Alors que la situation dans la centrale de Fukushima demeure incontrôlée et que les secousses sismiques d'assez forte intensité continuent de faire trembler le pays, le gouvernement japonais commence à admettre du bout des lèvres qu'il n'est peut-être pas en mesure de faire face seul à l'ampleur des désastres qui frappent le pays depuis cinq jours.

Mercredi 16 mars, le porte-parole du gouvernement a annoncé que le premier ministre nippon, Naoto Kan, " se préparait à l'éventualité de demander l'aide de l'armée américaine ". Les Etats-Unis ont déjà mis à disposition de l'archipel neuf navires, des hélicoptères et 150 hommes pour les opérations de premiers secours. L'appel " exceptionnel " à des médecins étrangers pour soigner les survivants du séisme a été décidé.

Bien que les offres d'assistance affluent du monde entier, M. Kan n'a jusqu'à présent répondu favorablement qu'à très peu d'entre elles. " Les Japonais n'ont pas demandé d'assistance internationale, ils ont privilégié une aide extrêmement ciblée car ils sont, jusqu'à présent, totalement maîtres de la réponse qu'ils doivent apporter à la situation ", confirmait encore, mardi, Elisabeth Byrs, porte-parole du bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (Ocha).

Quinze pays sur les 102 prêts à épauler le Japon ont envoyé des équipes de sécurité civile pour la recherche des survivants, et des médecins. Ils ont à ce jour fourni 605 sauveteurs et 50 chiens alors que le nombre de forces armées et de police mobilisées par le Japon s'élevait, mercredi, à 80 000.

La Croix-Rouge japonaise, qui s'appuie sur deux millions de volontaires, a aussi décliné les offres d'envoi de matériels et de renforts humains, mais elle est néanmoins ouverte aux " expressions de solidarité financière " qui pourrait lui parvenir via les autres sociétés soeurs de la Croix-Rouge. Les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Chine et la France notamment ont lancé des appels à dons.

Mesures de rapatriement

Les grandes organisations humanitaires habituées à investir le théâtre des catastrophes majeures n'imaginent pas pour l'instant devoir intervenir. Le Japon n'est pas le Pakistan ou Haïti. " L'Etat japonais est tout à fait préparé pour faire face à la situation ", assure Samuel Hanryon de Médecins sans frontière (MSF) qui ne dispose sur place que d'une équipe d'une dizaine de personnes.

Les Japonais ne sont pas tous de cet avis. Face à un bilan qui s'alourdit -- 450 000 personnes évacuées, 3 676 morts officiellement (mais on parle déjà de plus de 10 000 victimes) plus de 70 000 bâtiments détruits -, des pénuries d'eau, de nourriture, d'électricité et de carburant qui s'aggravent alors que le froid s'est installé sur les régions sinistrées, des voix s'élèvent pour critiquer le gouvernement. Le Japon a un plan pour faire face à un accident nucléaire. Il en a également un pour affronter les tremblements de terre. " Mais est-il préparé à répondre aux deux en même temps alors que s'ajoute à cela la menace d'un nouveau séisme majeur et que personne n'avait anticipé les conséquences du tsunami ? ", s'interroge le quotidien The Japan Times.

Le maire de Koriyama, une petite ville qui a accueilli 9 000 réfugiés de la région de Fukushima, a lancé un appel à l'aide. " J'aimerais lancer un appel au monde : nous avons besoin d'aide ", a déclaré Masao Hara. En s'adressant pour la première fois, mercredi, à la nation, depuis le début des événements, l'empereur Akihito a annoncé qu'il priait " pour la sécurité du plus grand nombre ".

Face à la menace nucléaire, les pays étrangers ont commencé à prendre des mesures de rapatriement. La France a décidé une évacuation volontaire de ses ressortissants qui seront transférés sur Séoul dans deux Airbus affrétés par le ministère de la défense. Des équipes médicales comprenant des spécialistes de la radioprotection seront à bord. Paris pense faire partir rapidement 3 000 personnes.

Laurence Caramel

© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.