mercredi 20 avril 2011

Tokyo et Pékin resteront bien présents sur la dette américaine - Yann Rousseau

Les Echos, no. 20916 - International, mercredi, 20 avril 2011, p. 7

Détenant à eux deux plus de 2.000 milliards de dollars de bons du Trésor américain, le Japon et la Chine vont continuer à acheter ces titres.

La décision de Standard & Poor's (S&P) de placer pour la première fois la note de la dette souveraine américaine sous perspective négative n'a pas affolé, hier, les autorités chinoises et japonaises, dont les pays sont pourtant les deux plus gros détenteurs mondiaux d'obligations d'Etat américaines. A eux deux, ils auraient investi plus de 2.000 milliards dans les bons américains, qui sont encore notés AAA par S&P.

A Tokyo, plusieurs membres du gouvernement, qui est actuellement concentré sur la gestion des conséquences des catastrophes du 11 mars, ont pris le temps d'intervenir pour pointer leur grande confiance dans la dette américaine et la capacité de Washington à réduire les déficits, que Standard & Poor's trouvent inquiétants. « Les Etats-Unis font des progrès au plan budgétaire, nous continuons de considérer les bons du Trésor américain comme un produit très attractif », a insisté le ministre nippon des Finances, Yoshihiko Noda. Quelques minutes plus tard, le ministre de l'Economie, Kaoru Yosano, a, à son tour, assuré que « beaucoup d'investisseurs du monde entier continuaient de vouloir acheter des bons du Trésor américain ». Ces messages ont en partie apaisé les marchés de la région, qui guettent avec intérêt la stratégie de Tokyo. Les investisseurs japonais sont, après les chinois, les deuxièmes plus importants détenteurs d'obligations d'Etat américaines avec un total de 886 milliards de dollars en mars. Ils en sont surtout, sur les seuls douze derniers mois, redevenus les premiers acheteurs et ont ainsi assuré 60 % de la demande asiatique sur un an.

Fin mars, beaucoup d'experts avaient estimé que ces achats pourraient se ralentir et qu'une vente de bons américains pourrait même être enclenchée par des investisseurs publics et privés nippons cherchant à récupérer, par l'écoulement de leurs obligations, des fonds pour financer la reconstruction ou les programmes de dédommagements, mais cette analyse ne s'est pas confirmée.

Pas de soutien explicite

Fidèle à ses habitudes de discrétion, Pékin s'est gardé, hier, d'apporter un soutien explicite à la devise américaine. Mais ce silence ne trompe personne : la Chine détient 1.154 milliards de dollars en bons du Trésor américain et deux tiers de son trésor de guerre, évalué à 3.045 milliards de dollars, seraient libellés en billet vert. Une baisse de ce dernier ferait donc fondre la valeur de ses réserves.

Or Pékin ne peut diversifier ces dernières qu'à la marge. D'abord parce que cela implique de vendre des dollars, ce qui est de nature à pousser celui-ci à la baisse compte tenu du poids de la Chine sur le marché mondial des devises. Mais aussi parce que, comme le résume un spécialiste de la banque centrale chinoise, « l'accumulation massive de dollars est une résultante directe de la politique de change de la Chine ». Tant que Pékin continuera d'empêcher le yuan de fluctuer librement, il lui faudra, chaque jour, aller à l'encontre de la tendance naturelle du marché et vendre du yuan en achetant du dollar. « Le système de change actuel débouche sur un engagement quotidien à acheter des dollars », note cet analyste.

Cela n'empêche pas la Chine d'être inquiète. Elle est régulièrement critique sur le laxisme financier des Etats-Unis. Et le gouverneur de la banque centrale, Zhou Xiaochuan, n'a pas caché, hier, que la gestion des réserves de change chinoises tournait au casse-tête. Il a publiquement admis que leur niveau dépassait désormais des niveaux « raisonnables » et a ouvert la voie à la création de nouveaux fonds d'investissement publics qui seraient alimentés par les réserves de la banque centrale.

Yann Rousseau

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.