lundi 2 mai 2011

Le ralentissement démographique fragilise le miracle économique chinois

Le Monde - Environnement & Sciences, samedi 30 avril 2011, p. 4

La Chine compte 1,37 milliard d'habitants, selon les chiffres du recensement publiés le 28 avril, qui révèlent de graves déséquilibres

Les Chinois sont 1,37 milliard, selon le grand recensement national effectué fin 2010, et dont les résultats ont été dévoilés jeudi 28 avril par le Bureau national des statistiques. Mais ils ne sont « que » 73,9 millions de plus que lors du recensement de l'année 2000. Soit une croissance de la population de 0,57 %, moitié moindre de celle enregistrée lors de la décennie précédente.

Ces chiffres traduisent un succès de la planification familiale. En apparence seulement, car lorsqu'on les regarde de plus près, ils annoncent d'importants problèmes démographiques. Le vieillissement, le déséquilibre entre les sexes ou l'expansion de la population migrante (221 millions de personnes, soit + 80 % en dix ans) sont en train « d'atteindre un niveau alarmant, menaçant le développement de la seconde économie mondiale », pouvait-on lire, vendredi matin, dans le quotidien Global Times, sous le titre : « La crise approche à mesure que la croissance démographique ralentit ».

Ces évolutions représentent trois « défis majeurs » pour la Chine, a reconnu le directeur du Bureau des statistiques.

Ainsi, les plus de 60 ans constituent désormais 13,3 % de la population, trois points de plus qu'il y a dix ans. Tandis que la proportion des moins de 14 ans a chuté de 6,3 points, à 16,6 %. D'un point de vue démographique, la Chine présente les signes avant-coureurs d'un pays développé - sans toutefois avoir les moyens de soutenir, à travers un système de sécurité sociale adapté, une population inactive qui croît à vive allure. C'est le syndrome du « pays vieux avant d'être riche ».

Insuffisance de « bras »

Pour répondre aux besoins d'un appareil de production en plein développement, elle doit de plus en plus avoir recours à une main-d'oeuvre jeune (16-19 ans). Néanmoins, l'insuffisance de ces « bras » jeunes et bon marché va provoquer ce que les économistes appellent le « tournant de Lewis », déclencheur de hausses de salaires en série. « Les cas récents de pénurie de main-d'oeuvre dans les régions côtières résultent directement de ce problème », a expliqué Ma Jiantang.

Une partie des déséquilibres de la pyramide des âges découle directement de la politique de l'enfant unique, mise en place en 1980 : celle-ci, clame la propagande, aurait permis « d'éviter » 400 millions de naissance. En réalité, souligne des experts, comme Wang Feng, du Centre d'études des politiques publiques de l'université de Tsinghua, 45 % de ces naissances n'auraient pas eu lieu en raison des évolutions socio-économiques.

Planning familial ou pas, les Chinois semblent désormais avoir moins envie de faire des enfants : la cherté de la vie et le coût prohibitif des études et de la santé, les en décourageraient.

L'indice de fécondité aurait ainsi été systématiquement surévalué pour justifier la politique de l'enfant unique. Officiellement de 1,8 enfant par femme, soit en dessous du seuil de remplacement (2,1), il approcherait aujourd'hui 1,5 en moyenne, et 0,7 à Pékin et Shanghaï, selon le démographe Cai Yong, de l'université de Caroline du Nord, cité par le New York Times. En principe, un assouplissement de la politique de l'enfant unique (environ les deux tiers des couples y sont astreints au sens strict) ne devrait pas conduire à un boom des naissances, mais il est difficile d'évaluer l'impact psychologique qu'aurait une telle décision.

Le sujet reste quoi qu'il en soit délicat à aborder pour les dirigeants : en mars, le premier ministre Wen Jiabao a laissé entendre que la politique de planification familiale serait « progressivement améliorée ». Juste avant la publication du recensement, le président Hu Jintao a, lui, déclaré que la Chine « continuerait d'adhérer au planning familial et de l'améliorer ».

Une circonvolution qui, signalent les observateurs, indique que la question fait l'objet de débats. Les résistances sont vives : la Commission nationale de planification familiale, qui emploie des dizaines de milliers de fonctionnaires, est très puissante. En outre, les abus et les violences commises au nom de la politique de l'enfant unique sont légion. Toute remise en question demandera du doigté.

Brice Pedroletti

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