vendredi 20 mai 2011

Les industriels japonais profitent d'un yen fort - Yann Rousseau

Les Echos, no. 20937 - Industrie, vendredi 20 mai 2011, p. 21

Les industriels japonais profitent d'un yen fort pour se réinventer hors de leurs frontières

En trois semaines, les groupes japonais ont annoncé pour plus de 18 milliards de dollars d'acquisitions hors de leurs frontières. Aidés par le yen fort, ils accélèrent leurs politiques d'achats pour compenser l'essoufflement de leur marché intérieur.

La catastrophe du 11 mars dernier aura achevé de convaincre les groupes japonais d'accélérer leur expansion hors de l'Archipel, pour réduire au plus vite leur dépendance à un marché japonais de plus en plus étriqué et essoufflé. En trois semaines, les entreprises nippones ont conclu pour plus de 18,2 milliards de dollars d'acquisitions hors de leurs frontières. Avant la spectaculaire acquisition de Nycomed par Takeda et celle de Landis + Gyr par Toshiba, annoncées hier, l'assureur MS&AD s'était déjà offert, pour 825 millions de dollars, 50 % de la filiale assurance-vie du conglomérat indonésien Sinar Mas.

Grosses réserves de liquidités

Confrontées à la déflation, à l'incapacité des élites à enclencher des réformes cruciales et au vieillissement de la population sur un marché intérieur qui avait longtemps concentré toute leur attention, les entreprises du pays tentent de se réinventer en profitant de leurs imposantes réserves de liquidités et de la force exceptionnelle de leur devise. Si le yen a légèrement reculé face aux grandes monnaies ces derniers jours, il évolue toujours à un niveau record. Il avait atteint brièvement les 76,25 yens contre 1 dollar après la série de catastrophes du 11 mars. En mai 2007, il fallait encore 121 yens pour acheter un billet vert. La devise japonaise s'est appréciée de 48 % en quatre ans.

« Les sociétés japonaises ne peuvent pas survivre en restant seulement au Japon », résumait il y a quelques jours dans une interview à Bloomberg Yuichi Akai, le président de Daiwa Capital Markets à Singapour. Dans leur campagne d'acquisitions, les groupes japonais se concentrent sur les sociétés leur offrant des savoir-faire à forte valeur ajoutée, qui complètent leur propre portefeuille de technologies, ou visent des entreprises capables de leur ouvrir des marchés prometteurs où ils ne sont pas toujours présents. Si les géants de l'électronique ou de l'automobile ont enclenché depuis plusieurs décennies leur internationalisation, d'autres secteurs se sont montrés moins aventureux et se pressent aujourd'hui pour refaire leur retard. Beaucoup de firmes financières et de laboratoires sont ainsi partis à l'assaut de groupes bien implantés dans l'Asie émergente et notamment en Chine, qui est depuis l'an dernier le premier marché à l'export de l'Archipel.

Yann Rousseau

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