lundi 9 mai 2011

Pékin et Washington s'opposent sur les barrières à l'investissement



Les Echos, no. 20928 - International, lundi 9 mai 2011, p. 7

Face aux critiques de Washington sur le yuan et sur les barrières à l'investissement, Pékin réclame désormais une plus grande ouverture du marché américain pour les entreprises chinoises.

La question de la réciprocité sera au centre du troisième round du « dialogue stratégique USA-Chine » qui s'ouvre aujourd'hui à Washington. Le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, et la secrétaire d'Etat, Hillary Clinton, rencontreront aujourd'hui leurs homologues chinois pour tenter d'aplanir leurs différends sur la monnaie, l'inflation et les échanges. Tandis que les Etats-Unis continuent à réclamer une réévaluation plus rapide du yuan et plaident pour un assouplissement du système financier chinois, Pékin milite pour une plus grande ouverture du marché américain aux entreprises chinoises, y compris sous contrôle d'Etat. Même si la dernière visite du président chinois, Hu Jintao, à Washington, en janvier, a contribué à apaiser les tensions, les sujets de friction ne manquent pas. D'autant que la récente décision de Pékin de sanctionner Unilever pour avoir planifié une hausse des prix à l'avance en Chine suscite des interrogations.

« Les investissements chinois sont bienvenus aux Etats-Unis. Malheureusement, ce n'est pas le cas pour les entreprises américaines qui opèrent en Chine, où elles sont souvent tenues à l'écart de secteurs industriels entiers, ou forcées de renoncer à des informations propriétaires pour pouvoir opérer en Chine », a récemment déploré le secrétaire américain au Commerce, Gary Locke. « Ce déséquilibre d'opportunités est une barrière majeure à l'amélioration continue de la relation commerciale entre les Etats-Unis et la Chine », estime aussi le futur ambassadeur à Pékin. De son côté, le secrétaire américain au Trésor a annoncé son intention de plaider pour une accélération de la réévaluation du yuan ainsi que de la réforme du système financier chinois en vue de faciliter l'accès des entreprises étrangères. Tout en reconnaissant que le yuan s'est apprécié de 5 % environ contre le dollar depuis juin, il estime que certains dirigeants chinois commencent à reconnaître qu'un yuan plus fort peut aider le pays à lutter contre ses propres pressions inflationnistes.

Troisième marché à l'export

Côté chinois, le vice-ministre des Finances, Zhu Guangyao, a mis en garde Washington contre toute tentation de « discrimination à l'égard des entreprises chinoises détenues par l'Etat ». Cette mise en garde intervient au lendemain de la publication d'un rapport de l'Asia Society et du Woodrow Wilson Center prévoyant un boom considérable des investissements directs chinois aux Etats-Unis (11,7 milliards de dollars sur la période 2003-2010) pour la prochaine décennie. Paradoxalement, les critiques du secrétaire américain au Commerce ne sont pas toujours relayées par les multinationales américaines. « Pour notre part, la concurrence ne nous fait pas peur. Nous n'avons rencontré aucune difficulté majeure pour investir en Chine : les provinces sont en compétition et les Chinois veulent nous aider à investir encore plus », assure Bob McDonald, PDG de Procter&Gamble et vice-président de l'US-China Business Council.

Selon les derniers chiffres de cet organisme, les dépenses d'investissement cumulées des entreprises industrielles américaines en Chine (18 milliards de dollars) ont bondi de 208 % sur la période 2000-2008, même si elles ne représentent encore que 4 % du total des dépenses d'investissement hors Etats-Unis. En revanche, la Chine est devenue le 3e marché à l'export pour les Etats-Unis (après le Canada et le Mexique), avec 118 milliards de dollars d'exportations en 2010, y compris Hong Kong, soit une hausse de 470 % depuis 2000. De quoi relativiser l'impact du yuan fort...

PIERRE DE GASQUET

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