mercredi 4 mai 2011

Saab trouve un sauveur chinois - Denis Fainsilber

Les Echos, no. 20925 - Industrie, mercredi 4 mai 2011, p. 20

Le constructeur chinois Hawtai Motor va apporter 150 millions d'euros et produira des Saab en Chine, en échange de 30 % du capital. Une réplique à l'achat de Volvo par Geely.

Miracle à Trollhättan : le constructeur automobile suédois Saab, dont les chaînes de montage sont à l'arrêt depuis trois semaines pour cause d'impayés auprès des fournisseurs, a signé un « partenariat stratégique » avec le constructeur chinois Hawtai, qui lui apporte un ballon d'oxygène financier à moyen terme. Un accord arraché par Victor Muller, le fondateur du néerlandais Spyker, qui a repris Saab à General Motors et qui a discuté ces dernières semaines avec plusieurs groupes chinois.

Selon l'accord annoncé dans la nuit de lundi à mardi, Hawtai va investir 120 millions d'euros pour prendre 29,9 % des parts de Spyker et va apporter 30 millions supplémentaires à l'entreprise sous la forme d'un prêt convertible. En échange, il acquiert le droit de produire des Saab en Chine (les modèles actuels et futurs) et de les distribuer. Pour l'ex-constructeur haut de gamme, c'était ça ou la faillite : il n'a produit que 32.000 voitures l'an dernier, alors qu'il perdait déjà de l'argent du temps de GM en dépassant le seuil des 100.000 unités. Les citoyens suédois, eux, sont déjà habitués à voir leur industrie automobile passer sous la coupe de la Chine, puisque Geely a acheté Volvo Cars auprès de Ford.

Plagiaire inspiré

Peu connu à l'étranger, Hawtai est de son côté l'un de ces plagiaires inspirés comme seul l'ex-empire du Milieu sait en sécréter. Créé en 2000 sous le nom initial de Huatai, dans la province du Shandong, juste en face de la Corée, il a construit durant huit ans des modèles de petits 4 - 4 Hyundai sous licence (Santa Fe, Terracan). Mais il vole depuis peu de temps de ses propres ailes, avec des modèles aux ressemblances fort peu innocentes : son SUV B35 (voir photo) est une copie non dissimulée de l'ancien Porsche Cayenne, affublé d'une grille de calandre sortie tout droit de chez Bentley, le tout monté sur la plate-forme de l'ancien Hyundai Santa Fe... Quant à sa récente berline « statutaire » B21, son évocation de la Bentley Continental ressemble presque à un hommage.

Désormais, il va pouvoir assembler des Saab avec les « vrais » plans, en respectant toutes les formes juridiques. Hawtai, qui exploite un centre de R & D à Pékin et deux usines, dans la province de Shandong et en Mongolie inférieure, revendique une capacité de production de 200.000 voitures par an et 300.000 moteurs. Moins généraliste que d'autres comme Chery ou BYD, la marque n'occupe que le 29e rang en Chine.

Paradoxalement, il s'agit de la deuxième fois que Saab se vend à des Chinois. Juste avant sa cession par GM, le suédois avait en effet déjà cédé les technologies et les droits pour fabriquer en Chine les anciennes versions des berlines 9-3 et 9-5 à Beijing Automotive (BAIC), pour un peu moins de 200 millions de dollars.

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.