jeudi 2 juin 2011

MONGOLIE INTÉRIEURE - « J'espère une sorte de Québec chinois »

Le Temps - International, mardi 31 mai 2011

Entretien avec un étudiant mongol alors que les autorités chinoises ont déployé d'importantes forces de sécurité dans la région de Mongolie-Intérieure pour empêcher la poursuite des manifestations

Propos recueillis par Rémi Quesnel

> Entretien avec un étudiant mongol

Genghis*, 20 ans, est étudiant dans une université de Hohhot, capitale de la région autonome de Mongolie-Intérieure. Il appartient à la minorité mongole. Contacté par chat, il nous livre ses impressions.

Le Temps: Quelle est la situation autour de vous?

Genghis: Le campus est très surveillé. Il y a des militaires armés à toutes les entrées. Le responsable de classe nous a dit que nous ne pouvions plus quitter le campus. Depuis quelques jours, les contrôles sont très stricts. Il y a des appels au début de chaque cours et également dans les dortoirs. Vendredi, nous n'avions plus accès à Internet. Et aujourd'hui [lundi], nous ne pouvons pas sortir manifester.

- Regrettez-vous de ne pas pouvoir manifester?

- Bien sûr, la situation nous interpelle, mais c'est beaucoup trop dangereux. Et puis je ne souhaite pas compromettre mes chances d'obtenir un passeport pour voyager à l'étranger.

- Quel est votre sentiment face aux événements survenus à Xilinhot la semaine dernière?

- C'est un avertissement au gouvernement. Les Han doivent arrêter de discriminer les Mongols. Je souhaite que le mongol devienne la langue officielle de Mongolie-Intérieure et que les Han cessent d'émigrer en masse dans notre région. Les Mongols représentent moins de 20% de la population de la région autonome, soit 4,5 millions sur un total de 25 millions.

Je suis particulièrement inquiet pour notre langue, que de nombreux Mongols ne connaissent plus. Sans compter que des Han se font enregistrer comme Mongols pour obtenir des points supplémentaires aux concours d'entrée à l'université, en vertu des mesures de discrimination positive. Le mongol se parle encore à la maison, mais a quasiment disparu des sphères économique et politique.

- Que disent vos camarades des événements?

- Nous sommes six Mongols dans notre chambrée. Nous sommes inquiets et nous posons beaucoup de questions. Mais nous ne communiquons quasiment pas avec les étudiants han.

- Qu'espérez-vous pour la Mongolie-Intérieure?

- J'aimerais que nous puissions devenir une sorte de Québec chinois. Je souhaiterais aussi que la Mongolie indépendante soit un Etat plus influent, qu'elle puisse peser ici comme la Corée du Sud dans la région de Yanbian, habitée par la minorité coréenne.

* Nom d'emprunt.

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