Affichage des articles dont le libellé est Mongolie intérieure. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mongolie intérieure. Afficher tous les articles

mardi 7 juin 2011

Un premier succès pour les Mongols de Chine - Anaïs Llobet

La Croix, no. 38989 - Monde, lundi 6 juin 2011

La Chine a annoncé qu'elle accédera aux demandes de la jeunesse mongole. Cette minorité proteste contre la surexploitation des ressources par les Han, l'ethnie majoritaire.

Suite aux manifestations qui ont secoué la semaine dernière la Mongolie intérieure, Pékin vient de lancer une réforme de l'industrie minière dans la région autonome chinoise. Selon l'agence Chine nouvelle, quatre compagnies minières sont déjà fermées définitivement tandis que 34 autres le sont temporairement. Une victoire provisoire pour la minorité ethnique mongole qui, à l'instar des minorités ouïgoures et tibétaines, réclame le respect de leurs droits et de leur culture par les Han, l'ethnie majoritaire en Chine.

D'une ampleur sans précédent, les manifestations ont commencé lundi 23 mai, quand plusieurs centaines de Mongols sont descendus dans les rues pour protester contre la mort d'un berger. La victime avait été écrasée par un véhicule conduit par un Han, alors qu'il tentait avec d'autres Mongols d'empêcher des camions de transporter du charbon.

Depuis quelques années, la Mongolie intérieure connaît de fortes tensions entre les Han et les Mongols. Avec son sol riche en charbon, la région représente aussi 95 % des ressources chinoises en terres rares - un groupe de métaux très recherchés. Sous l'impulsion de Pékin, les Han ont développé sur les sols de la Mongolie intérieure une importante activité minière, dont l'une des conséquences est de détruire les pâturages des bergers mongols.

« Non seulement l'exploitation de ces ressources naturelles ne profite pas aux Mongols mais en plus elle menace leur mode de vie traditionnel », souligne Didier Chaudet, spécialiste de l'Asie centrale. Pour cet enseignant à Sciences-Po Paris, les manifestations en Mongolie intérieure doivent être analysées à travers la grille de lecture qu'offrent les précédents tibétains et ouïgours, deux minorités ethniques qui ont mené un soulèvement populaire durement réprimé par la Chine en 2008 et 2009.

« Comme les Tibétains et les Ouïgours, les Mongols ont très peur de voir leur culture disparaître devant la marée humaine des Han. Car, malgré une illusion de multi ethnicité, ce sont les Han qui possèdent les manettes du pouvoir. Aux yeux des minorités, les Han se comportent avec eux comme des colonisateurs avec des colonisés », explique Didier Chaudet.

Pour ce spécialiste, les risques d'un embrasement de la Mongolie intérieure restent cependant minimes. Les Mongols ne sont que cinq millions contre ving-cinq millions de Han en Mongolie intérieure et presque un milliard à l'échelle de la Chine. « Vu le rapport de force, continuer les manifestations va être difficile, analyse-t-il. Mais on risque de voir se créer des groupuscules terroristes mongols, comme cela a été le cas avec les Ouïgours ». Ultranationaliste, le mouvement Dayar Mongol (Tout Mongol) basé en Mongolie indépendante, professe déjà un racisme antichinois.

© 2011 la Croix. Tous droits réservés.

jeudi 2 juin 2011

MONGOLIE INTÉRIEURE - « J'espère une sorte de Québec chinois »

Le Temps - International, mardi 31 mai 2011

Entretien avec un étudiant mongol alors que les autorités chinoises ont déployé d'importantes forces de sécurité dans la région de Mongolie-Intérieure pour empêcher la poursuite des manifestations

Propos recueillis par Rémi Quesnel

> Entretien avec un étudiant mongol

Genghis*, 20 ans, est étudiant dans une université de Hohhot, capitale de la région autonome de Mongolie-Intérieure. Il appartient à la minorité mongole. Contacté par chat, il nous livre ses impressions.

Le Temps: Quelle est la situation autour de vous?

Genghis: Le campus est très surveillé. Il y a des militaires armés à toutes les entrées. Le responsable de classe nous a dit que nous ne pouvions plus quitter le campus. Depuis quelques jours, les contrôles sont très stricts. Il y a des appels au début de chaque cours et également dans les dortoirs. Vendredi, nous n'avions plus accès à Internet. Et aujourd'hui [lundi], nous ne pouvons pas sortir manifester.

- Regrettez-vous de ne pas pouvoir manifester?

- Bien sûr, la situation nous interpelle, mais c'est beaucoup trop dangereux. Et puis je ne souhaite pas compromettre mes chances d'obtenir un passeport pour voyager à l'étranger.

- Quel est votre sentiment face aux événements survenus à Xilinhot la semaine dernière?

- C'est un avertissement au gouvernement. Les Han doivent arrêter de discriminer les Mongols. Je souhaite que le mongol devienne la langue officielle de Mongolie-Intérieure et que les Han cessent d'émigrer en masse dans notre région. Les Mongols représentent moins de 20% de la population de la région autonome, soit 4,5 millions sur un total de 25 millions.

Je suis particulièrement inquiet pour notre langue, que de nombreux Mongols ne connaissent plus. Sans compter que des Han se font enregistrer comme Mongols pour obtenir des points supplémentaires aux concours d'entrée à l'université, en vertu des mesures de discrimination positive. Le mongol se parle encore à la maison, mais a quasiment disparu des sphères économique et politique.

- Que disent vos camarades des événements?

- Nous sommes six Mongols dans notre chambrée. Nous sommes inquiets et nous posons beaucoup de questions. Mais nous ne communiquons quasiment pas avec les étudiants han.

- Qu'espérez-vous pour la Mongolie-Intérieure?

- J'aimerais que nous puissions devenir une sorte de Québec chinois. Je souhaiterais aussi que la Mongolie indépendante soit un Etat plus influent, qu'elle puisse peser ici comme la Corée du Sud dans la région de Yanbian, habitée par la minorité coréenne.

* Nom d'emprunt.

© 2011 Le Temps SA. Tous droits réservés.

mardi 31 mai 2011

Chine : la Mongolie intérieure en ébullition - Gabriel Grésillon

Les Echos, no. 20944 - International, mardi 31 mai 2011, p. 7

La mort d'un berger mongol, écrasé par un camion d'une société minière, a mis le feu aux poudres. Pékin réprime les manifestations mais fait également montre de compréhension à l'égard des populations locales.

En raison du règlement local, le résultat de votre requête ne peut s'afficher. » C'est par ce message que Sina Weibo, le principal « twitter » chinois, répondait, hier, à toute sollicitation sur la Région autonome chinoise de Mongolie intérieure. Très peu d'informations sont donc actuellement disponibles, en Chine, au sujet des mouvements de protestation qui secouent actuellement la province du nord du pays à la suite de la mort d'un berger mongol, le 10 mai dernier.

Seule certitude : c'est bien l'ethnie mongole (20 % de la population locale) qui s'insurge contre le comportement des sociétés minières qui prospèrent actuellement dans la région, et n'ont guère de scrupules à évincer les habitants des territoires qu'elles prospectent. Depuis la mort de ce berger, les manifestations se sont multipliées, poussant Pékin à renforcer son dispositif répressif. La loi martiale aurait été instaurée dans plusieurs villes de la province, tandis que les campus universitaires sont extrêmement surveillés : toute sortie doit faire l'objet d'une autorisation préalable.

Des messages apaisants

A l'évidence, les autorités locales veulent à tout prix éviter que le mouvement ne se propage. D'autant que la capitale de la Mongolie intérieure, Hohhot, est à moins de 400 kilomètres de Pékin. Le gouverneur de la province, Hu Chunhua, a multiplié, ces derniers jours, les messages apaisants. Il a notamment promis que les coupables du crime seraient sévèrement sanctionnés. Et la province a annoncé que des mesures seraient prises pour améliorer le comportement de l'industrie minière, qu'il s'agisse de son impact sur l'environnement ou de son comportement à l'égard des populations locales. L'industrie minière de la Mongolie intérieure est plus confiante que jamais : elle a connu, ces dernières années, une très forte croissance, dopée notamment par les mines de charbon - combustible qui fournit 80 % de l'électricité en Chine. En 2009, la région a dépassé le Shanxi pour devenir première productrice de charbon en Chine. En 2010, 24 % de la production nationale étaient issus de Mongolie intérieure. La région dispose également de près de 90 % des réserves nationales de terres rares, éléments indispensables à toute l'industrie high-tech mondiale et dont la Chine assure 95 % de la production mondiale.

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.

La Chine annonce la création d'une Bourse des terres rares

Les Echos, no. 20943 - Marchés, lundi 30 mai 2011, p. 33

Afin de mettre un peu d'ordre dans le secteur des terres rares et de mieux contrôler les prix, Pékin va créer en Mongolie intérieure la première place de marché consacrée à ces substances indispensables à la high-tech mondiale.

Pékin met de l'ordre dans le secteur des terres rares. Les autorités de la Mongolie intérieure, province dans laquelle sont situées près de 90 % des réserves du pays en la matière, ont en effet donné leur aval pour la création d'une Bourse des terres rares, qui sera située dans la ville de Baotou. D'un capital d'une centaine de millions de yuans (15,4 millions de dollars), celle-ci devrait être opérationnelle d'ici à six mois. Elle sera notamment fondée par Inner Mongolia Baotou Steel Rare-Earth Hi-Tech, le principal producteur chinois, et donc mondial.

Pékin a en effet acquis une position de quasi-monopole dans la production de ces 17 matériaux à la fois rares et indispensables à la confection de l'essentiel des produits technologiques - du lecteur MP3 au disque dur en passant par les éoliennes ou les systèmes de guidage de missiles. L'extraction de ces substances étant à la fois coûteuse et polluante, l'essentiel des acteurs de ce marché se sont retirés de la course, laissant à l'empire du Milieu 95 % de la production mondiale. Une situation dont Pékin a décidé de profiter, comme l'ont prouvé, l'année dernière, les quotas de plus en plus restrictifs mis à l'exportation de terres rares. Ceux-ci ont baissé de 72 % entre les seconds semestres 2009 et 2010, puis encore de 35 % sur un an au premier semestre 2011. Autant de mesures qui ont entraîné des difficultés d'approvisionnement pour les industriels et une envolée des prix.

Opacité

Mais Pékin a aussi subi les contrecoups de cette envolée du marché : une multitude de mines « sauvages » se sont développées sur le territoire, accentuant l'opacité qui entoure ce secteur. Pékin a fait savoir, le 19 mai dernier, qu'il visait désormais à un mouvement de consolidation dans le secteur. La création d'une Bourse d'échange - qui exclura toutefois les contrats à terme -participe de cette logique. Elle devrait notamment « aider à la création d'un mécanisme unifié de fixation des prix », a plaidé dans les colonnes du « Global Times », le vice-secrétaire général de l'Association chinoise des industriels des terres rares, Zhang Anwen. Dans le rapport de force entre vendeurs et acheteurs, la création de cette Bourse devrait donc profiter à la Chine, d'autant qu'une association va être créée sur le modèle de celle des producteurs de fer et d'acier, afin de diriger la Bourse et d'aider les entreprises chinoises dans leurs négociations avec les acheteurs étrangers.

Gabriel Grésillon

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.