mercredi 17 août 2011

DOSSIER - Crise : Ce qui va changer pour vous


L'Express, no. 3137 - en couverture crise, mercredi 17 août 2011, p. 32-36

Benjamin Masse-Stamberger

Comment sortir de la tourmente qui menace nos économies, mais aussi nos modèles de société ? L'austérité ne suffit pas. Un aggiornamento s'impose. Avec une priorité : relancer la croissance. L'Express ouvre le débat et donne la parole aux économistes qui osent avancer des idées nouvelles.

Ceci n'est pas une crise financière. Pas plus une crise économique. Pas davantage une crise institutionnelle. Voilà pourquoi, sans doute, les mesures techniques, voire politiques, adoptées depuis trois ans, n'ont pas permis de tourner la page du cauchemar de 2008. Malgré les communications triomphalistes du G 20, le secteur financier n'a pas été vraiment domestiqué. Et, malgré les déclarations d'intention des grandes puissances, le fonctionnement de l'économie mondiale demeure toujours aussi déséquilibré. Enfin, en dépit des multiples sommets européens, tous plus "historiques" les uns que les autres, la gouvernance de la zone euro est plus que jamais dans l'impasse. La preuve que le blocage, en fait, est ailleurs : dans les têtes. "On ne peut pas résoudre un problème avec les modes de pensée qui l'ont engendré", disait Albert Einstein. Changer de stratégie, et surtout de mentalité, est désormais un impératif.

Une foi absolue dans le credo de l'autorégulation

La sentence du génial physicien résume on ne peut mieux le dilemme de nos dirigeants, engoncés dans des certitudes datant du siècle dernier. A droite, les principes reagano-thatchériens, mués en dogmes autoréalisateurs, ont brouillé les esprits les plus affûtés. Au point que certains ont fini par confondre le modèle avec la réalité : si personne n'a vu venir l'effondrement du secteur financier, n'est-ce pas justement parce que la communauté des experts avait une foi absolue dans le credo de l'autorégulation ? Si personne, ou presque, ne s'est inquiété de la désindustrialisation, n'est-ce pas, aussi, par croyance dans la vertu magique de la "destruction créatrice" ? Et si les responsables européens ont été pris de court par l'explosion des bulles immobilières - en Irlande ou en Espagne en particulier -, n'est-ce pas que leurs radars étaient formatés uniquement pour traquer l'endettement public ?

"La génération formée dans les années 1980, marquée par l'échec de l'ultra-étatisme, a fini par adhérer à l'idée que, inversement, le marché était la solution à tous les problèmes", reconnaît le pourtant très libéral David Thesmar, professeur de finance à HEC. Trente ans après son essor, le modèle néolibéral donne cependant des signes d'essoufflement manifestes, pour peu que l'on consente à faire un pas de côté. Les émeutes en Grande-Bretagne pointent ses limites en matière de cohésion sociale. La perte par les Etats-Unis de leur AAA vient acter l'incapacité de la première puissance économique mondiale à relancer la croissance, une fois épuisés les artifices budgétaires et monétaires (voir page 38).

A gauche, le tableau n'est guère plus glorieux. En France, la social-démocratie, mise en difficulté, au début des années 1980, par le reflux du keynésianisme, n'est jamais vraiment parvenue à renouveler son logiciel. Abandonnant le terrain économique à son adversaire, elle s'est concentrée sur la redistribution. Peu importe que le gâteau s'amenuise d'année en année : l'essentiel est que chacun reçoive sa part. Quitte à donner l'impression de se replier sur la défense d'intérêts catégoriels. Quitte, aussi, à abandonner les jeunes, condamnés, par le chômage, à porter le poids des ajustements inévitables. Dans les deux cas, le même oubli de la croissance et de la création de richesse. Dans les deux cas, la même conséquence : des milliards de dettes sur les bras. Et des gouvernements piégés.

Le krach larvé de cet été témoigne d'une prise de conscience : l'effet des plans de relance désormais estompé, la croissance ne va pas repartir comme prévu. Dès lors, malgré les déclarations lénifiantes, chacun a bien compris que les engagements budgétaires ne pourraient pas être tenus, ni en France (voir page 40) ni ailleurs. A moins d'imposer des plans d'austérité drastiques, à l'image de celui exigé par la Banque centrale européenne, en échange de son aide, à l'Italie : pas moins de 45 milliards d'euros d'économies sur deux ans ! Le précédent grec devrait pourtant susciter, a minima, des réserves sur l'efficacité de ces potions amères.

Paris doit pousser Berlin à renouer avec l'esprit européen

La seule austérité ne suffira pas. Retrouver le chemin de la croissance, voilà la clef. L'un des préalables est d'avancer vers une plus grande intégration européenne : dans un univers globalisé, l'échelon régional paraît le seul à même de garantir l'efficacité des politiques économiques. C'est la mission qui revient au couple franco-allemand, encalminé depuis plusieurs années. A charge pour Paris de faire renouer Berlin avec l'esprit européen : un esprit "qui, contrairement à ses prédécesseurs, fait défaut à Angela Merkel", estime Jacques Delors dans nos colonnes (voir l'interview page 39). La rencontre au sommet du 16 août suffira-t-elle à donner une nouvelle impulsion ? La zone euro doit rassurer les marchés sur l'application du plan d'aide à la Grèce et démontrer sa capacité à parler, enfin, d'une même voix.

Autre nécessité : regagner au plus vite des marges de manoeuvre. Cela suppose avant tout de désarmer la spéculation, qui condamne les Etats au court-termisme et aux expédients. L'idée d'une taxe sur les transactions financières progresse : rejetée par le FMI de Dominique Strauss-Kahn, elle a obtenu ses lettres de noblesse auprès de celui de Christine Lagarde. Condamnée à demeurer d'un montant limité, elle pourra être utile pour récolter des fonds, mais guère pour freiner la spéculation. D'autres possibilités sont envisageables au niveau européen, comme celle promue par l'anthropologue Paul Jorion, qui consiste à interdire aux spéculateurs l'accès aux marchés à terme (voir l'encadré p. 34). Encore faut-il que les politiques s'en emparent. Au-delà du secteur financier, le G20 doit être le lieu de nouvelles règles du jeu commerciales et monétaires, moins pénalisantes pour l'Europe, comme le suggère Jean-Luc Gréau (voir l'encadré p. 34).

Un plan d'investissement à 100 milliards d'euros

Ultime voie à explorer : la politique monétaire. "L'Histoire démontre que les pays croulant sous des montagnes de dettes ne sont jamais parvenus à s'en sortir par leurs propres moyens, rappelle Véronique Riches-Flores, économiste à la Société générale. Pourquoi ne pas monétiser une partie de la dette en ayant recours à l'inflation ?" Une piste désormais avancée par plusieurs économistes (voir l'encadré p. 35), y compris au sein du FMI.

Reste enfin à relancer la croissance elle-même. Côté offre, "il faut miser sur les nouvelles industries", estime l'économiste Karine Berger, qui n'hésite pas à proposer un grand plan d'investissement de 100 milliards d'euros dans l'énergie et la santé (voir l'encadré p. 35).

Mais la croissance ne peut véritablement repartir qu'en avançant sur ses deux jambes. Cela suppose de jouer aussi sur la demande. Le gel des rémunérations à des fins de compétitivité, loin de la redynamiser, a eu pour seule conséquence l'explosion du crédit, à titre de compensation. Sortir d'un monde où la compression des salaires est l'alpha et l'oméga de la politique économique relève donc de l'impératif catégorique pour certains économistes, au premier rang desquels Jacques Attali (voir ci-contre), qui insiste également sur le rôle central de l'école primaire dans la formation et donc l'accès à l'emploi.

Aux citoyens de faire entendre leur voix

Tous ces beaux préceptes demeureront cependant dans les limbes sans la mobilisation de chacun. "La pédagogie de la crise n'a pas été faite, ni par la gauche ni par la droite", regrette Philippe Herzog, président du think tank Confrontations Europe. Certes. Mais le sport national qui consiste à vilipender les politiques a lui aussi ses limites. Comme si leur impuissance n'était pas le fruit du désinvestissement de l'ensemble du corps social. Aux élites, donc, de se réinventer, loin des carcans idéologiques. "Comment peut-on sortir de l'impasse, alors que l'on refuse de faire le bilan de ce qui a dysfonctionné en Europe ces vingt dernières années, déplore ainsi Véronique Riches-Flores. Commettre des erreurs n'est pas grave, si l'on est capable de le reconnaître et d'y remédier." Aux citoyens, aussi, de s'approprier ces sujets, ô combien complexes, mais cependant vitaux. Et de faire entendre leur voix. Au moment où de nouveaux géants, comme la Chine, grignotent chaque jour des parts de marché, il en va de la survie économique de notre pays. A l'heure où les marchés ont déclaré la guerre aux Etats européens, il en va, aussi, de la survie de la démocratie.



Budget L'équation impossible
Valérie Lion

Les perspectives de croissance moroses obligent Bercy à revoir sa copie pour tenir l'engagement de réduction du déficit. Au programme, une austérité qui ne dit pas son nom.

Les calculettes de Bercy ont tourné tout le week-end. Mais, pour résoudre l'équation désormais posée au gouvernement, la simple arithmétique risque fort de ne pas suffire. Comment, avec une croissance atone - 0 % au deuxième trimestre -, respecter les engagements de réduction des déficits ? Moins de croissance, c'est moins de recettes fiscales et donc davantage d'économies à trouver. La réalisation du budget 2011 s'annonce délicate, la préparation de celui de 2012 devrait être franchement sportive, compte tenu des risques de récession et des échéances électorales. "Quelle que soit la situation économique, nous tiendrons nos objectifs", ont martelé, ces jours derniers, François Baroin et Valérie Pécresse, les ministres de l'Economie et du Budget. Après avoir écumé les studios télé et radio pour tenter de rassurer en pleine tempête boursière, les deux quadras ont passé une Assomption studieuse, leurs propositions étant attendues dès le 16 août par l'Elysée et Matignon. Leur obsession se résume aujourd'hui à un chiffre : en 2013, la France doit avoir ramené son déficit à 3 % du PIB, comme elle l'a promis à ses partenaires européens... et aux investisseurs.

"Ce que testent auourd'hui les marchés, c'est la solidité financière de la France", explique Valérie Plagnol, directrice de la recherche au Crédit suisse. En clair, la capacité du pays à conserver le triple A pour sa dette, mais aussi à assurer, au côté de l'Allemagne, la garantie du Fonds européen de stabilité financière (FESF), créé l'an dernier pour venir au secours des pays en difficulté dans la zone euro. Or la croissance est l'élément clef de l'équation. Parti sur une hypothèse de 2 % cette année, le gouvernement pourrait bien être contraint de revoir sa prévision à la baisse - comme il l'a déjà fait pour 2012 en ramenant son hypothèse de 2,5 % à 2,25 %. Le chiffre du deuxième trimestre, tombé le 12 août, a douché les plus optimistes : après un fort rebond du PIB au premier trimestre (+ 0,9 %), la stagnation menace. Certes, il y a eu la fin de la prime à la casse, les révolutions arabes et les conséquences de Fukushima. Mais certains signaux font craindre le pire : l'investissement industriel ralentit, le déficit du commerce extérieur se creuse et, surtout, la consommation des ménages, principal moteur de l'économie tricolore, faiblit, tandis que le chômage ne recule pas. Du coup, la plupart des économistes tablent pour l'année en cours sur une croissance de 1,6 à 1,8 % maximum. "On ne récupère pas les points de croissance perdus avec la crise", se désole Henri Sterdyniak, à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

Il faudrait maintenant trouver 10 milliards

Au début de l'été déjà, Gilles Carrez, rapporteur (UMP) de la commission des finances à l'Assemblée nationale, estimait qu'il faudrait trouver 3 milliards d'euros d'économies supplémentaires pour le budget 2012. "Une marge de prudence compte tenu du contexte incertain", expliquait-il. Depuis, l'incertitude s'est muée en évidence. Et les besoins s'envolent : on parle maintenant de 6 à 12 milliards. La réalité pourrait se situer autour de 10 milliards. Pas simple : l'an dernier, le gouvernement avait certes dégagé 11 milliards d'euros grâce à la suppression ou à la réduction d'une vingtaine de niches fiscales, une paille sur les quelque 500 existantes. Mais le plus dur reste à faire : "L'effort structurel est devant nous", estime Jean-Christophe Caffet, économiste à Natixis. "Il n'y aura aucun tabou, si ce n'est l'emploi", assure-t-on à Bercy. Pas question de prendre des mesures qui pourraient pénaliser un marché du travail déjà passablement déprimé. Xavier Bertrand ne s'est-il pas engagé, lui, à tenir l'objectif de passer sous la barre des 9 % de chômeurs à la fin de l'année ?

Pas question non plus d'une hausse généralisée des impôts. Et malheur à celui qui prononce le mot "austérité" : "On ne réduit pas les crédits, on agit sur la fiscalité et on maîtrise les dépenses", insiste Carrez. Question de sémantique. Les impôts ? Ils vont augmenter pour tous les bénéficiaires des niches fiscales, qui vont subir un coup de rabot de 10 %. Dans le collimateur de Bercy : les plus-values mobilières et immobilières, le dispositif Scellier, etc. "Partout où il existe un avantage par rapport au droit commun, il faut passer le rabot", juge Philippe Marini, rapporteur général de la commission des finances du Sénat. Les dispositifs permettant aux grands groupes de se soustraire à l'impôt sur les sociétés (report des déficits, bénéfice mondial consolidé) sont aussi sur la sellette.

Mais les seules mesures fiscales ne suffiront pas. Il faudra donc continuer à limiter les dépenses. "Il est très délicat d'agir sur les dépenses de solidarité (allocations familiales, parent isolé, handicapé) à moins d'un an de la présidentielle, pronostique Jérôme Cahuzac, président (PS) de la commission des finances à l'Assemblée nationale. Par ailleurs, on ne peut pas aller plus loin que la suppression de 1 fonctionnaire sur 2, qui a mis les services de l'Etat à l'os. Donc Nicolas Sarkozy devra se renier. Soit vis-à-vis de ses partenaires extérieurs, soit vis-à-vis des électeurs."

Ils sont plusieurs, dans l'opposition comme dans la majorité, à viser la TVA à 5,5 % sur la restauration - mesure phare du quinquennat - et à militer pour un taux intermédiaire à 8 ou 9 %. Mais l'Elysée ne veut pas en entendre parler. De même, la "niche Copé", dénoncée par le PS, devrait subsister. En revanche, les opérateurs de l'Etat (CNRS, etc.) devront probablement se serrer la ceinture. Tout comme les collectivités locales. Enfin, la Sécurité sociale pourrait apporter sa contribution, par le moindre remboursement de certains médicaments.

Pour éviter la bronca populaire, les députés de la majorité encouragent le gouvernement à emballer le tout d'une mesure symbolique, démontrant que même les plus riches participent à l'effort. L'idée de taxer à 2 % les foyers dont le revenu fiscal de référence dépasse 1 million d'euros fait son chemin. La mesure concernerait 30 000 ménages et rapporterait 300 millions d'euros. Une équité relative... Mais, là aussi, l'Elysée a posé les limites du débat en refusant une tranche supplémentaire d'imposition, même temporaire.

Les décisions qui seront annoncées d'ici à la fin du mois devraient permettre de tenir l'engagement de réduire le déficit à 4,6 % du PIB en 2012 (après 5,7 % en 2011), avant d'atteindre le Graal - 3 % du PIB en 2013. Mais quid de la croissance ? "On est dans l'ajustement budgétaire isolé, déplore Jérôme Cahuzac. Je ne vois rien qui la soutienne." Pis, ces décisions pourraient, selon certains experts, précipiter le pays dans la récession. "Nous avons accumulé un tel stock de chômeurs et de déficit public que, si on ne sort pas par le haut, c'est-à-dire en stimulant la consommation et l'investissement, on va s'enfoncer", prévient Henri Sterdyniak.

Arbitrer les dépenses en fonction de la croissance

Un scénario à la grecque ? C'est probablement ce sur quoi parient les spéculateurs qui ont visé la France, sa dette et ses banques, la semaine dernière. Mais il existe quand même des raisons de ne pas désespérer : la baisse du prix du pétrole et des matières premières pourrait redonner un peu de pouvoir d'achat aux ménages. Les entreprises, qui ont reconstitué leur trésorerie, ont de leur côté les moyens d'investir. A l'Etat d'assumer ses responsabilités. "Le choix n'est plus entre une politique néokeynésienne, au risque de plomber l'endettement, et des coupes sombres, au risque de plonger dans la récession, avance Valérie Plagnol. Il s'agit désormais d'arbitrer vraiment les dépenses, à l'aune d'un impératif : la croissance." Arbitrer ? Un exercice à haut risque, à huit mois d'une élection présidentielle.


Une règle d'or à géométrie variable
V. L.

Inscrire dans la Constitution l'interdiction des déficits publics : les agences de notation en rêvent, mais la France ne le fera pas, quelle que soit l'issue du débat sur la "règle d'or", dernière trouvaille de l'Elysée pour rassurer les marchés... et piéger l'opposition. Le dispositif déjà voté par l'Assemblée nationale et le Sénat, mais qui nécessite une approbation du Congrès pour entrer dans la Constitution, est en fait beaucoup plus complexe et moins rigide que cela. Il s'agit de créer des lois-cadres pluriannuelles de programmation des finances publiques qui indiqueraient comment atteindre l'équilibre budgétaire, en fixant des plafonds de dépenses et des planchers de recettes. Les lois de finances annuelles y seraient subordonnées mais le gouvernement et le Parlement conserveraient le pouvoir de faire évoluer ces lois-cadres. L'application démarrerait en 2013... Au grand dam des socialistes, décidés à ne pas tomber dans ce qu'ils considèrent comme un traquenard politique, quitte à passer pour irresponsables.



Comment protéger votre argent
Marie Pellefigue

Quand les marchés jouent aux montagnes russes,que l'horizon économique s'assombrit, quelle stratégie pour vos placements ?Tour des risques et conseils de spécialistes.

Indices boursiers en chute libre, marché immobilier tendu, endettement abyssal des Etats, rumeurs de faillite de grandes banques... Difficile aujourd'hui de savoir où placer son argent. D'autant que la fiscalité s'est considérablement alourdie ces dernières années. Et que le rendement de l'épargne risque d'être grignoté si l'inflation repart.

Plus que jamais, il faut suivre les trois règles d'or de l'investisseur avisé. D'abord définir son profil de risque et choisir des produits financiers en adéquation. Inutile d'investir en Bourse si vous n'acceptez pas le risque de perdre une partie de vos économies. Ensuite, connaître son horizon de placement : "Un particulier ne doit pas aller sur des produits risqués s'il prévoit de récupérer ses fonds à brève échéance", rappelle Franck Beretta, directeur clientèle chez Cortal Consors. Enfin, diversifier au maximum ses avoirs, et ne pas changer de stratégie au moindre coup de grisou (voir l'interview de Philippe Crevel, page 43).

Liquidités

Les livrets et comptes à terme restent la seule classe d'actifs parfaitement sûre et liquide. En contrepartie, la rémunération est quasi inexistante, si l'on tient compte de l'inflation, qui tourne autour de 2 %. Meilleurs dans cette catégorie, les livrets réglementés - livrets A et Bleu, livret de développement durable (LDD, ex-Codevi) - rapportent 2,25 % net de toute fiscalité depuis le 1er août. Mais les dépôts y sont plafonnés respectivement à 15 300 et à 6 600 €. Pour investir davantage, ou chercher une meilleure rémunération à très court terme, optez pour les superlivrets proposés par certaines banques (Barclays, BforBank, BPE, Cortal Consors, Fortuneo, ING Direct...). Ils affichent régulièrement des taux promotionnels alléchants, de 4 à 6 %. Attention ! cette rémunération est brute de fiscalité, et donc soumise à 12,3 % de prélèvements sociaux et à l'impôt ou au prélèvement forfaitaire libératoire de 31,3 %. En outre, les taux "boostés" ne sont accordés que pour quelques mois et uniquement jusqu'à certains plafonds de versements. Autre piste : ouvrir un compte à terme pour s'assurer un taux de rémunération fixe pendant toute la durée du blocage, de un mois à cinq ans. Actuellement, la meilleure offre est proposée par VTB Bank, avec un taux brut de 2,7 % pour six mois, 3,2 % pour neuf mois et 3,25 % pour un an. Dernière possibilité : les fonds monétaires sont - pour le moment - à éviter, car leur rémunération brute oscille autour de 1 %, dont il faut retirer environ 0,2 % de frais de gestion, les prélèvements sociaux et les impôts.

Assurance-vie

Contrairement aux fonds obligataires, dont la valeur peut baisser, les fonds en euros assurent une parfaite sécurité du capital. Seul souci : ils sont moins liquides que les placements monétaires, car il faut attendre les huit ans du contrat pour bénéficier d'une fiscalité optimale en cas de retrait. Autre souci, "la rémunération moyenne de ces fonds tourne aujourd'hui autour de 3,5 %, contre 5,3 % il y a dix ans", précise Philippe Maupas, directeur associé de Quantalys. Devant l'afflux de souscriptions ces dernières années, les assureurs ont dû investir dans des emprunts d'Etat qui rapportent entre 2,5 et 3,2 %. Ces titres vont donc peser sur les performances des fonds dans les prochaines années. Les fonds en euros restent néanmoins intéressants, dans une optique d'attente, pour mettre son capital à l'abri.

Bourse

A long terme, l'investissement boursier demeure le plus rémunérateur. "L'impact d'une crise majeure sur un portefeuille boursier à vingt ans est quasi nul", analyse Jean-Paul Raymond, directeur de la recherche à Quantalys. Pourtant, il est difficile de se lancer aujourd'hui, alors que les indices boursiers jouent au yoyo et que le risque est très élevé sur certaines obligations. "Il faut conserver un biais prudent, c'est-à-dire ne pas surexposer son portefeuille aux actions, et viser plutôt les titres défensifs et les obligations de meilleure qualité", conseille Romain Boscher, responsable mondial actions à Amundi. A moins d'être un spécialiste, mieux vaudra, pour un investissement en obligations, passer par des fonds communs de placement.

"Les marchés d'actions sont redescendus à des niveaux de valorisation où il devient intéressant d'acheter. Il faut donc conserver des liquidités pour profiter rapidement des opportunités qui se présentent", observe Romain Boscher. Les amateurs de fonds auront intérêt à éviter les gestions indicielles, et à choisir des gérants spécialisés dans la sélection de titres. "Et plutôt ceux qui misent sur les grandes capitalisations, car les actions de petites et moyennes entreprises sont plus risquées", prévient Rachid Medjaoui, directeur adjoint de la gestion à La Banque postale Asset Management. Autre piste : la gestion flexible, dont le but est de décorréler les performances du fonds de celles des marchés. Pour un horizon moyen-long terme, mieux vaut se recentrer sur les valeurs de la zone euro plutôt que d'acheter des valeurs américaines, car le dollar pourrait continuer à se déprécier face à notre devise. A contrario, comme les monnaies des pays émergents en forte croissance devraient, à terme, s'apprécier, les actions de ces zones devraient offrir un surcroît de plus-values aux investisseurs européens.

Dernier conseil : la baisse récente du marché des actions peut avoir fait apparaître des moins-values dans votre compte titres. Fiscalement, il peut donc être intéressant de vendre puis de racheter vos titres afin de matérialiser vos pertes et de diminuer vos impôts.

Immobilier

Les prix de la pierre atteignent des records historiques dans la plupart des villes de province, et le mètre carré a même dépassé les 8 000 euros en moyenne à Paris. En face, le niveau des loyers a augmenté moins rapidement. La rentabilité moyenne d'un investissement locatif a donc nettement baissé. Pour devenir propriétaire bailleur, il faut donc, si l'on ne veut pas risquer la déconvenue, choisir un bien de qualité dans une ville en forte croissance démographique. Autre possibilité : investir dans des parts de SCPI (sociétés civiles de placement immobilier), qui permettent de miser sur l'immobilier d'entreprise. Elles ont rapporté en moyenne, l'an passé 5,63 %, sans souci de gestion et avec un ticket d'entrée relativement faible. "Les SCPI permettent à tous les investisseurs de diversifier leur patrimoine vers la pierre pour le long terme", précise Michèle Séphons, PDG de Fiducial Gerance. En cas d'investissement immobilier, faites-le à crédit, car les taux ne sont pas très élevés - ils oscillent autour de 4,15 % sur quinze ans et de 4,40 % sur vingt ans - et, si l'inflation repart, le poids de cet emprunt s'allégera.

Or

A plus de 1 800 dollars l'once, le cours du métal jaune atteint des sommets. Ce placement demeure une valeur refuge, mais il ne rapporte rien et, même s'il s'est apprécié de plus de 30 % en un mois, son cours est susceptible de baisser très rapidement. Si vous pensez que l'or peut encore évoluer à la hausse, privilégiez l'or papier, via des certificats qui permettent de répliquer les variations de son cours. Ils sont négociables à travers un compte titres et soumis à la fiscalité des plus-values mobilières. L'achat de pièces d'or en direct est, en revanche, une mauvaise idée, car vous devrez acquitter une taxe de 8 % à la revente, que vous ayez réalisé des plus-values ou des moins-values !


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