mercredi 3 août 2011

ÉDITORIAL - Demain, un Vuitton chinois... - François Roche


La Tribune (France), no. 4778 - Éditoriaux et opinions, mercredi 3 août 2011, p. 23

Pour les Chinois, copier n'est pas voler, c'est faire aussi acte de création. Argumentation un peu courte pour les avocats des grandes marques de luxe européennes qui constatent, avec un certain effarement, que l'industrie chinoise de la contrefaçon croît au rythme du pouvoir d'achat des classes moyennes, qui voient dans la possession d'un objet " griffé ", même faux, une preuve de leur nouveau statut social.

La contrefaçon évoque pourtant la Chine du passé, celle des débuts du miracle économique inspiré par Deng Xiaoping. Elle se heurte au modèle chinois de l'avenir, qui est plus orienté vers le développement de nouvelles technologies et l'excellence scientifique. En outre, la contrefaçon bête et méchante de produits étrangers fait place progressivement à des formes beaucoup plus subtiles d'imitation ou de copie, comme le montrent les exemples d'Apple, d'Ikea ou de Dyson.

La vérité est que la contrefaçon est le revers de la médaille d'un pays dont les nouvelles classes moyennes ont soif de consommation et de reconnaissance de leur statut. Pour l'instant, seules les marques de luxe occidentales sont en mesure de combler cette double attente. Mais les industriels chinois ont aussi parfaitement assimilé la valeur d'une marque. Et ils sont entrés dans une phase de création, de développement et de positionnement de ces marques, y compris dans des secteurs jusqu'à maintenant chasses gardées des Occidentaux comme les cosmétiques ou l'automobile. Les entreprises chinoises font d'ailleurs largement appel aux grands cabinets européens et américains de création de marques et de design, afin de réussir dans l'ultime domaine qui leur échappe : les produits de luxe. D'ici à quelques années, il y aura des équivalents chinois à Vuitton, Prada ou Gucci. Certes, ils ne bénéficieront pas immédiatement de l'historique, de la densité, du symbolisme des grandes marques de luxe mondiales, mais ils pallieront cette insuffisance en intégrant une dimension culturelle et traditionnelle chinoise au territoire de leurs marques, à laquelle les consommateurs seront probablement de plus en plus sensibles. Pour la Chine, l'avenir est donc probablement davantage du côté de la création que de la contrefaçon...

froche@latribune.fr

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