lundi 8 août 2011

La Chine fustige une politique budgétaire américaine inconsidérée - Richard Hiault


Les Echos, no. 20990 - Crise de la dette, lundi 8 août 2011, p. 5

Premier créancier des Etats-Unis, la Chine fustige une politique budgétaire américaine inconsidérée

Pékin insiste sur la nécessité pour les Etats-Unis de s'attaquer à leur problème de dette. Position partagée par la Russie. Le Japon et les alliés occidentaux des Américains sont plus mesurés.

Avec environ 1.160 milliards de dollars investis en bons du Trésor américains sur un montant total de réserves de change de près de 3.200 milliards de dollars, la Chine, premier créancier des Etats-Unis, a de quoi s'inquiéter. Au lendemain de l'annonce par Standard & Poor's d'une dégradation de la note américaine, l'agence officielle Chine Nouvelle a indiqué que Pékin avait « désormais tous les droits d'exiger des Etats-Unis qu'ils s'attaquent à leur problème structurel de dette ». « Les jours où l'Oncle Sam, perclus de dettes, pouvait facilement dilapider des quantités infinies d'emprunts de l'étranger semblent comptés », ajoutait l'agence. Cette dernière a mis en garde Washington sur le fait que, s'il n'effectue pas des coupes importantes dans ses « dépenses militaires gigantesques » ainsi que dans ses « coûts surgonflés d'aide sociale », la décision de S&P ne sera que le « prélude à d'autres abaissements dévastateurs de la note » américaine.

Les autorités chinoises avaient déjà montré les dents quelques jours plus tôt après l'accord à l'arraché au Congrès sur le relèvement du plafond de la dette et les coupes budgétaires à prévoir. Mercredi dernier, Pékin avait estimé que les Etats-Unis avaient échoué à désamorcer « la bombe de leur dette ». « Même si les Etats-Unis ont fondamentalement évité le défaut de paiement, les problèmes de leur dette souveraine demeurent non résolus », avait jugé la veille l'organe officiel du Parti communiste, « Le Quotidien du peuple ». La télévision d'Etat avait ensuite dénigré l'accord conclu entre le président Obama et le Congrès en le qualifiant de « spectacle politique ».

La revanche de Pékin

Régulièrement sous le feu des critiques américaines au sujet de sa politique de change consistant à sous-évaluer sa monnaie, le yuan, la Chine prend sa revanche. La montée en puissance du géant asiatique se traduit, entre autres, par une augmentation de ses droits de vote au sein du Fonds monétaire international, faisant de Pékin son troisième actionnaire, ainsi que par la nomination du Chinois Zhu Min au poste de directeur général adjoint du Fonds, mi-juillet. Le dialogue entre Washington et Pékin risque d'être plus ardu dans les prochains mois.

La Chine n'a d'ailleurs pas été la seule à fustiger les problèmes budgétaires américains. Lundi dernier, lors de sa rencontre avec un mouvement de jeunes favorable au pouvoir, le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, avait accusé les Etats-Unis de « parasiter » l'économie mondiale avec leur dette. « Le pays vit à crédit, au-delà de ses moyens et fait reposer une partie de la charge [de sa dette] sur l'économie mondiale. Il parasite l'économie mondiale en usant de la situation de monopole du dollar », avait-il lancé avant d'ajouter que le relèvement du plafond de la dette américaine « n'a fait qu'ajourner la prise de décisions pour régler le problème sur le fond ».

La réaction des deux géants asiatiques n'est guère surprenante dans la mesure où, depuis l'éclatement de la crise des « subprimes » et la chute de Lehman Brothers en septembre 2008, ils n'ont cessé d'appeler à réduire le rôle du billet vert en tant que monnaie de réserve mondiale. Le risque de déflagration international due à la sanction de S&P ne pourra que les encourager, avec à leurs côtés les autres grands pays émergents, à moins dépendre du marché américain.

« Confiance »

Traditionnel allié de Washington en Asie, le Japon s'est montré plus conciliant. Sa politique d'achat d'obligations américaines ne va pas changer : « Notre confiance envers les bons du Trésor américains et leur attractivité comme investissement ne changeront pas à cause de cette action », a déclaré un responsable gouvernemental à Dow Jones. « La France a une totale confiance dans la solidité de l'économie américaine et ses fondamentaux », a pour sa part déclaré le ministre français des Finances, François Baroin. Le ministre britannique du Commerce, Vince Cable, a jugé « complètement prévisible » la dégradation de la note, après la bataille au Congrès américain. « Mais ils se sont maintenant entendus sur le sujet, et la situation des Etats-Unis est assez solide », a-t-il estimé.

« Nous avons confiance dans l'économie américaine », a déclaré le ministre néerlandais des Finances, Jan Kees de Jager, cité dans un communiqué. « La politique des Etats-Unis est actuellement centrée, et à juste titre, sur la discipline budgétaire et sur un bon plan de réduction des dépenses, mais il est essentiel que ces réformes budgétaires soient réalisées rapidement et fermement », a-t-il ajouté. Le ministre allemand de l'Economie, Philipp Rösler, s'est borné, lui, à souligner qu'il « est clair que la compétitivité économique des autres Etats est aussi (...) un sujet important ». En Corée du Sud, de hauts responsables du ministère des Finances ont tenu samedi une réunion d'urgence pour analyser les conséquences de l'abaissement de la note. Mais le gouvernement a mis en garde contre toute réaction excessive.

RICHARD HIAULT

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