jeudi 4 août 2011

Pékin tance Washington sur sa gestion de la crise de la dette

Les Echos, no. 20988 - International, jeudi 4 août 2011, p. 6

La Chine dénonce l'irresponsabilité de l'accord américain sur la dette et les menaces que les Etats-Unis font porter sur la croissance mondiale. La banque centrale chinoise réitère sa décision de diversifier les vastes réserves de change, mais les marges de manoeuvre de Pékin sont limitées.

Les donneurs de leçons ont changé de camp. Après la litanie américaine sur un yuan sous-évalué, c'est au tour de la Chine d'adresser ses commentaires les plus virulents à l'égard des Etats-Unis, alors que l'agence de notation financière Moody's vient de placer la note de la dette publique américaine sous perspective négative (lire ci-dessous).

L'adoption, par le Congrès américain, d'un texte destiné à éviter un défaut de paiement des Etats-Unis d'ici à 2013 a échoué à désamorcer « la bombe de la dette », a estimé hier la très officielle Agence Chine Nouvelle. « Même si les Etats-Unis ont fondamentalement évité le défaut de paiement, les problèmes de leur dette souveraine demeurent non résolus », jugeait mardi l'organe officiel du Parti communiste, « Le Quotidien du peuple ». La télévision d'Etat a ensuite dénigré l'accord conclu entre le président Obama et le Congrès en le qualifiant de « spectacle politique ».

Le gouverneur de la banque centrale chinoise, Zhou Xiaochuan, a enjoint hier les Etats-Unis à prendre des mesures « concrètes et responsables » pour résoudre la crise budgétaire américaine et stabiliser le marché des emprunts du Trésor. Toute incertitude en ce domaine risque d'affecter le système monétaire international et de menacer la croissance mondiale, prévient Zhou Xiaochuan. L'agence chinoise de notation Dagong a traduit les critiques en faits en dégradant la note des Etats-Unis de A+ à A avec une perspective négative. Contrairement aux agences Fitch, Moody's et Standard & Poor's, Dagong n'accordait pas la note maximale AAA aux Etats-Unis. Elle vient d'ailleurs d'accuser ses homologues anglo-saxonnes de partialité.

Dialogue à maintenir

Officiellement, Pékin assure vouloir réagir en prenant davantage ses distances à l'égard des Etats-Unis. « Les réserves de change de la Chine vont continuer à suivre les principes de la diversification des investissements et de la gestion des risques », a indiqué Zhou Xiaochuan dans un communiqué. Mais il ne sera pas aisé pour la Chine de diversifier ses énormes réserves de change, alors qu'elle est aujourd'hui la principale créancière des Etats-Unis, devant le Japon. Des rumeurs dans les milieux bancaires répartissent les 3.197 milliards de dollars de réserves de change de la Chine comme suit : 65 % en dollars, 26 % en euros, 9 % entre livres sterling et yens japonais et 1 % dans d'autres devises. Comment, à partir de là, limiter la dépendance au dollar ? « La Chine peut critiquer le comportement des Etats-Unis, mais elle est prisonnière, commente l'économiste de Natixis Xu Bei. Elle n'a pas de moyens de pression très concrets sur les Américains. » Hormis confier davantage de réserves de change à la gestion de son fonds souverain CIC, les analystes jugent souvent bien limitées les marges d'action de la Chine, les marchés aussi liquides que les Etats-Unis étant rares.

Le dialogue sino-américain risque dès lors de connaître d'autres soubresauts. Le tout nouvel ambassadeur américain en Chine, l'ancien secrétaire au Commerce Gary Locke, semble l'avoir compris. « Je travaillerai à faire en sorte que les lignes de communication restent ouvertes », a-t-il déclaré lundi en prêtant serment.

MARIE-CHRISTINE CORBIER

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