jeudi 3 novembre 2011

La Chine est tiraillée entre besoin d'Europe et peur d'investir à perte

Les Echos, no. 21051 - La crise grecque et le g20, jeudi 3 novembre 2011, p. 5

LA CHINE EST TIRAILLEE ENTRE BESOIN D'EUROPE ET PEUR D'INVESTIR À PERTE, EN CAS D'EFFONDREMENT

Pékin veut monnayer son soutien contre plus d'influence dans les institutions internationales

Pékin s'est bien gardé de manifester tout émoi depuis l'annonce du référendum grec. Fidèle à ses habitudes, la Chine a opté pour une déclaration aussi mesurée que creuse. « Nous espérons que l'Union européenne prendra des mesures actives [...] afin de surmonter la difficulté actuelle et de stabiliser les marchés financiers pour rétablir l'économie mondiale » : la phrase prononcée par le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Hong Lei, ressemble à de précédents communiqués de la Chine.

Sur le fond, pourtant, la deuxième économie mondiale est face à un dilemme. Tout en s'inquiétant des risques que pourrait représenter pour ses propres finances une exposition trop forte aux dettes européennes, elle redoute également les conséquences que pourrait avoir un effondrement économique du Vieux Continent sur sa propre croissance. Déjà le secteur exportateur est en train de souffrir et la croissance de la production industrielle se tasse.

En position de force

D'où la voie médiane qui se dessine. D'un côté, Pékin soutient réellement l'Europe. D'après un bon connaisseur de la Banque centrale chinoise, la remontée de l'euro ces dernières semaines serait en bonne part due aux achats répétés de devises européennes par la Chine. De même, elle a apporté un soutien clair au FESF, à la différence des autres émergents qui réclament plus explicitement un rôle accru du FMI. Mais de l'autre côté, la Chine reste d'une grande prudence en matière d'investissements. Comme le résume Vincent Xu, chef économiste chez Guodu Securities, « l'inquiétude vis-à-vis des dettes souveraines européennes reste forte, et beaucoup ici considèrent qu'il vaudrait mieux investir dans des actifs tangibles en Europe, notamment en prenant part à des programmes de privatisation ».

Une chose est sûre : un tel contexte place la Chine en situation de force. Si certains stratèges, à Pékin, estiment qu'il faut monnayer le soutien à l'Europe contre, au choix, un poids plus fort dans les institutions internationales ou une levée des obstacles à l'investissement dans l'Union européenne, tous savent que les récriminations habituelles des occidentaux vis-à-vis de l'empire du Milieu risquent, cette fois, d'être reléguées au second plan. Taux de change du yuan compris.

GABRIEL GRESILLON

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