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jeudi 3 novembre 2011

La Chine, un « chevalier blanc » prudent et sourcilleux - Arnaud de la Grange


Le Figaro, no. 20918 - Le Figaro, jeudi 3 novembre 2011, p. 4

G20 APRÈS G20, le président Hu Jintao semble arriver de plus en plus fort, de mieux en mieux armé face aux grands raouts internationaux. Hier en nouveau partenaire incontournable des grands de ce monde, aujourd'hui en chevalier blanc de l'Europe, et, partant, de l'économie mondiale.

Si la Chine se présente de plus en plus confiante, elle ne se départit pas de sa prudence. Lors de son étape viennoise, sur le chemin de Cannes, le président chinois s'est ainsi déclaré « convaincu » que l'Europe pouvait « surmonter la crise de la dette ». Mais sans prendre pour autant le moindre engagement quant à l'implication de la Chine dans le plan de sauvetage. La Chine « attend les détails techniques pour y voir clair ». Si les conditions fixées par Pékin sont remplies, des experts chinois estiment que son engagement pourrait aller jusqu'à 100 milliards de dollars (lire en page 15).

Le poids de l'opinion publique

Mais au-delà de garanties techniques, la Chine compte bien obtenir des gains politiques de son rôle de Saint-Bernard financier. Avec l'UE - qui est son premier partenaire commercial - Pékin a ainsi deux contentieux. L'embargo sur les armes, que certains Européens souhaiteraient lever et que d'autres veulent maintenir. Mais surtout, l'octroi du statut d'économie de marché, pour lequel les Européens estiment que les Chinois ne remplissent pas encore les conditions. Il y a aussi, bien sûr, les pressions pour une appréciation plus rapide du yuan, que Pékin rejette avec constance. Sur tous ces points, il est clair que la Chine souhaiterait un « minimum de reconnaissance et de gestes », comme on peut le lire dans la presse chinoise. Le mois dernier, lors du « Davos chinois », le premier ministre Wen Jiabao a incité les Européens à « démontrer leur sincérité ».

En coulisses, les dirigeants chinois expliquent qu'ils doivent tenir compte de leur opinion publique. Et l'argument n'est pas une simple dérobade. Contrairement à certaines idées reçues, cette opinion publique s'exprime bel et bien en Chine, et de plus en plus fort. Et aujourd'hui, nombre d'internautes chinois s'insurgent contre cet argent déversé « d'un pays comptant encore des millions de pauvres vers des pays riches et gâtés ». Dans un article du 1er novembre, le Beijing Commerce Daily se penche sur ce paradoxe. Et rappelle que la Chine, qui détient 3 200 milliards de dollars de réserves, a « besoin de son argent pour améliorer la vie des Chinois, le logement, l'éducation, la santé et la sécurité sociale ».

À l'heure où la Chine est engagée dans une sensible période de transition politique, avec le changement l'an prochain de l'équipe au pouvoir depuis une décennie, les rapports avec les Occidentaux doivent être gérés avec la plus extrême prudence. Le moindre faux pas donnerait des armes aux clans adverses, qui jouent un subtil jeu de recherche de compromis et d'affrontements indirects. Pour les protégés du président Hu Jintao ou les « libéraux » proches du discours de Wen Jiabao, un échec des Européens, après que la Chine aura fait son chèque, serait une catastrophe.

Devenir le trésorier de l'Europe, en étant déjà celui des États-Unis, étoffe à l'évidence la carrure chinoise. Encore faut-il ne pas apparaître comme le « prêteur idiot », comme l'écrit sur Weibo - le Twitter chinois -, un blogueur de Canton, « celui à qui l'on prend l'argent du bout des doigts sans lui serrer la main ».

Devenir le trésorier de l'Europe, en étant déjà celui des États-Unis, étoffe à l'évidence la carrure chinoise

© 2011 Le Figaro. Tous droits réservés.

Les Chinois sont réticents à l'idée de " prêter à ceux qui jouissent du luxe et du bien-être "

Le Monde - Economie, jeudi 3 novembre 2011, p. 18

L'opinion publique chinoise peine à comprendre pour quelles raisons Pékin devrait aider l'Europe. En visite en Autriche, avant de se rendre au sommet du G20 de Cannes (Alpes-Martimes), le président Hu Jintao s'est dit " convaincu ", lundi 31 octobre, de la capacité de l'Europe à s'extirper du marasme et le gouvernement chinois a précisé qu'il pourrait s'engager dans le fonds de stabilité européen (FESF), même s'il attend davantage de détails.

Mais le peuple chinois, lui, est franchement sceptique. Sur Sina Weibo, l'équivalent local de Twitter, le commentateur Hong Songbing lance : " Faire un don pour les handicapés est bon mais prêter à ceux qui jouissent du luxe et du bien-être est stupide ! "

Auteur d'ouvrages à succès sur la guerre des monnaies, Hong Songbing, dont les commentaires épicés sont suivis par un peu plus d'un million d'internautes et re-twittés, considère que la Chine risquerait de passer pour l'ingénu du village global si elle n'obtenait pas de contreparties tangibles : " Quid du statut d'économie de marché ? De l'embargo sur les exportations d'armes ? Cela doit se traduire par du concret ! ", relève-t-il.

Premier exportateur mondial, la Chine dispose de 3 200 milliards de dollars (2 330 milliards d'euros) de réserves de change. La majorité de cette somme est placée en bons du Trésor américain, mais le pays veut diversifier ses placements. Pékin a ainsi établi, dès 2007, un fonds d'investissement, doté, fin 2010, de 410 milliards de dollars et chargé d'obtenir de meilleurs rendements. Des placements malheureux se sont toutefois traduits par de lourdes pertes et ont valu aux hauts fonctionnaires gestionnaires les foudres du parti.

Ces " aventures " internationales se sont traduites par une vive aversion au risque. Leur souvenir rend difficile la question du soutien à l'Europe, selon Andy Xie, ex-chef économiste de Morgan Stanley en Asie.

Ingratitude européenne

Sur le plan économique, la Chine sait pourtant qu'elle a intérêt à soutenir l'Union européenne, son premier partenaire commercial. Mais elle considère que " l'Europe la traite mal ". Par exemple en ne lui reconnaissant pas le statut d'économie de marché à l'Organisation mondiale du commerce, ce qui lui coûte en taxes douanières.

Les Chinois sentent que " l'argent ne fera pas changer d'avis l'Europe " sur ce sujet, constate M. Xie, selon qui Pékin juge dangereux de se mêler aux querelles politiques du Vieux Continent. Par ailleurs, la scène politique intérieure n'est pas convaincue, ajoute-t-il : " Le peuple chinois n'apportera pas son soutien. Il pense qu'il travaille trois fois plus que les Grecs pour ne gagner qu'un dixième. "

D'autant que la Chine subit ses propres maux : la croissance ralentit légèrement, une partie des prêts souscrits par les divers gouvernements locaux pour lancer des projets d'infrastructures face à la crise ne pourra pas être honorée à temps. Quant aux médias du pays, ils se font l'écho des fuites de patrons endettés dans la ville côtière de Wenzhou. Autant de sujets intérieurs incitant à la frilosité internationale.

L'opinion branchée sur Internet s'est saisie d'un débat longtemps réservé aux technocrates de la capitale. En juillet déjà, les Chinois avaient observé avec inquiétude les discussions sur la levée du plafond d'endettement public aux Etats-Unis. Ils avaient réalisé que la valeur des avoirs de leur pays était suspendue à des questions de politique intérieure américaine.

" La prise de conscience populaire est récente mais elle grimpe ", note Ding Chun, directeur du centre d'études européennes de l'université de Fudan à Shanghaï. Selon lui, les Chinois ne comprennent pas pourquoi ils devraient soutenir des pays européens où le revenu par habitant est supérieur au leur : " Pour eux, c'est le pauvre qui est supplié de sauver le riche ! "

Harold Thibault

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Li Daokui : « Si la Chine soutient l'Europe, elle attendra plus de compréhension de ses intérêts »

Le Figaro, no. 20918 - Le Figaro, jeudi 3 novembre 2011, p. 15

INTERVIEW Directeur du Center for China in the World Economy (CCWE) de l'université Tsinghua, Li Daokui est aussi membre du Comité pour la politique monétaire de la Banque

centrale chinoise. Propos recueillis parArnaud de la Grange

LE FIGARO. - Depuis le début du plongeon grec et de la crise européenne, la Chine ne cesse de répéter qu'elle soutiendra l'Europe et l'euro. Mais ces derniers jours, il semble qu'il y ait quelques atermoiements. La Chine est-elle vraiment résolue à participer à un plan de sauvetage de l'Europe ?

LI DAOKUI. - La Chine est prête à aider l'Europe, à l'évidence, mais il y a au moins deux préconditions. La première, c'est être sûr que le Fonds européen de stabilité financière (FESF) sera efficace, utile pour aider à stabiliser la situation européenne. Pékin veut donc s'assurer de la validité des mécanismes. Rien ne serait pire pour la Chine que de contribuer à quelque chose qui irait à l'échec au bout de quelques mois. La deuxième condition touche aux garanties offertes. Tous les investisseurs ont besoin de savoir quel degré d'engagement et de contrôle leur est permis, car on ne peut exclure que l'affaire ne fonctionne pas. Est-ce que ces garanties seront offertes par des dettes sélectionnées, comme la française et surtout l'allemande ?

À combien l'intervention chinoise pourrait-elle se chiffrer ?

Si les conditions sont remplies, on peut penser qu'un montant autour de 100 milliards de dollars n'est pas inconcevable.

Dans les discussions en cours, la Chine demande-t-elle des contreparties, par exemple, des avancées sur la reconnaissance du statut d'économie de marché par l'UE ou une moindre pression pour la réévaluation du yuan ?

Je ne peux dire de ce qui se discute ou se négocie concrètement. Mais si la Chine investit et soutient l'Europe, il n'est pas irraisonnable qu'elle demande au minimum un peu plus de compréhension de ses intérêts. Après, jusqu'où les choses peuvent aller, c'est une autre histoire...

Dans la presse chinoise et sur Internet, on voit beaucoup de voix s'insurgeant contre ce possible soutien chinois à l'Europe. Est-ce un facteur pris en compte ici ?

Oui, bien sûr. L'opinion publique chinoise compte beaucoup plus qu'on ne l'imagine souvent en Europe. Disons qu'aujourd'hui, de nombreux Chinois qui sont mal ou peu informés de la situation ne sont pas d'accord avec ce soutien potentiel à l'Europe. En revanche, tous ceux qui sont éduqués et bien au fait de ces questions comprennent bien les enjeux et cette position.

Le fait d'investir dans les dettes européennes fait que, mécaniquement, la Chine investira moins dans la dette américaine. Est-ce que cela peut avoir un impact sur les relations sino-américaines ?

Je ne pense pas. Les États-Unis connaissent parfaitement le tableau général, et ils peuvent très bien comprendre les préoccupations chinoises et européennes. Ils savent bien que cela n'est pas dirigé contre eux. De plus, le marché de la dette américaine est suffisamment attractif aujourd'hui pour que cela ne leur cause pas de préjudice.

Cette période cruciale, où la Chine pourrait participer activement au sauvetage de la zone euro, vous semble-t-elle un tournant dans les relations internationales ?

Oui. C'est un moment très important. Cette période achève de montrer aux dirigeants chinois, ainsi qu'à la frange avertie de la population, combien la Chine est devenue un élément clé dans les affaires du monde. Combien les destinées politiques et économiques de la Chine et de l'Europe sont liées, aussi. En ce sens, c'est certainement le commencement d'une nouvelle ère.

Propos recueillis par Arnaud de la Grange

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La Chine est tiraillée entre besoin d'Europe et peur d'investir à perte

Les Echos, no. 21051 - La crise grecque et le g20, jeudi 3 novembre 2011, p. 5

LA CHINE EST TIRAILLEE ENTRE BESOIN D'EUROPE ET PEUR D'INVESTIR À PERTE, EN CAS D'EFFONDREMENT

Pékin veut monnayer son soutien contre plus d'influence dans les institutions internationales

Pékin s'est bien gardé de manifester tout émoi depuis l'annonce du référendum grec. Fidèle à ses habitudes, la Chine a opté pour une déclaration aussi mesurée que creuse. « Nous espérons que l'Union européenne prendra des mesures actives [...] afin de surmonter la difficulté actuelle et de stabiliser les marchés financiers pour rétablir l'économie mondiale » : la phrase prononcée par le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Hong Lei, ressemble à de précédents communiqués de la Chine.

Sur le fond, pourtant, la deuxième économie mondiale est face à un dilemme. Tout en s'inquiétant des risques que pourrait représenter pour ses propres finances une exposition trop forte aux dettes européennes, elle redoute également les conséquences que pourrait avoir un effondrement économique du Vieux Continent sur sa propre croissance. Déjà le secteur exportateur est en train de souffrir et la croissance de la production industrielle se tasse.

En position de force

D'où la voie médiane qui se dessine. D'un côté, Pékin soutient réellement l'Europe. D'après un bon connaisseur de la Banque centrale chinoise, la remontée de l'euro ces dernières semaines serait en bonne part due aux achats répétés de devises européennes par la Chine. De même, elle a apporté un soutien clair au FESF, à la différence des autres émergents qui réclament plus explicitement un rôle accru du FMI. Mais de l'autre côté, la Chine reste d'une grande prudence en matière d'investissements. Comme le résume Vincent Xu, chef économiste chez Guodu Securities, « l'inquiétude vis-à-vis des dettes souveraines européennes reste forte, et beaucoup ici considèrent qu'il vaudrait mieux investir dans des actifs tangibles en Europe, notamment en prenant part à des programmes de privatisation ».

Une chose est sûre : un tel contexte place la Chine en situation de force. Si certains stratèges, à Pékin, estiment qu'il faut monnayer le soutien à l'Europe contre, au choix, un poids plus fort dans les institutions internationales ou une levée des obstacles à l'investissement dans l'Union européenne, tous savent que les récriminations habituelles des occidentaux vis-à-vis de l'empire du Milieu risquent, cette fois, d'être reléguées au second plan. Taux de change du yuan compris.

GABRIEL GRESILLON

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.

mercredi 2 novembre 2011

Les pays émergents hésitent sur la façon de financer le sauvetage de la zone euro


Le Monde - Economie, mercredi 2 novembre 2011, p. 14

Le Fonds européen de stabilité financière (FESF) disposera-t-il de la puissance nécessaire pour racheter la dette d'Etats importants en difficulté ? Par quel effet de levier trouvera-t-il les quelque 750 milliards d'euros de renfort décidés pour ce faire à Bruxelles, jeudi 27 octobre ? Qui prêtera ? Ces questions hantent les marchés, car elles ont été laissées en suspens par les dirigeants européens, les réponses étant techniquement fort complexes.

Place donc aux négociations financières avec les pays émergents, supposés riches en raison de leurs réserves en devises pour cause de forts excédents commerciaux. Ceux-ci demandent des garanties et un retour convenable sur leur investissement dans le FESF et son fonds spécialisé.

Des négociations plus politiques sur ce financement crucial pour rétablir la confiance auront lieu au G20 de Cannes (Alpes-Maritimes), les 3 et 4 novembre, comme le prouve le fait que Nicolas Sarkozy ait décidé de consacrer son premier dîner au président chinois Hu Jintao, mercredi 2 novembre. D'autant que la politique s'est invitée de façon brutale, lundi 31 octobre, avec la décision du premier ministre grec de soumettre à référendum le plan de soutien à la Grèce. " Ce n'est pas ça qui va attirer les investisseurs ", se lamente un négociateur européen.

Le Fonds monétaire international (FMI) Le FMI risque de décevoir, car il prête à des Etats en difficulté et n'est pas habilité par ses statuts à intervenir pour des opérations de marché, tels que des rachats de dettes souveraines via un fonds spécial adossé au FESF.

Devant la demande de plusieurs pays émergents de passer par son intermédiaire pour sécuriser leurs prêts à l'Europe, plusieurs options seraient possibles.

Soit les pays membres de son conseil d'administration acceptent la création d'un fonds spécialisé, adossé au FMI, auquel un certain nombre d'entre eux apporteraient des fonds destinés aux Etats européens en péril.

Soit on renoue avec le processus mis en place en 2009 pour porter les réserves du FMI de 250 milliards de dollars à 750 milliards de dollars (550 milliards d'euros). Pour éviter que cela se traduise par une augmentation politiquement compliquée et techniquement longue du capital du Fonds, il faudrait qu'un petit nombre de pays se partagent les prêts à l'Europe sous forme de " nouveaux accords d'emprunts " transformables - éventuellement - en augmentation de capital dans quelques années.

Les réflexions ne font que commencer entre les pays membres émergents qui souhaitent épauler l'Europe pour éviter une récession mondiale et les pays membres développés qui, comme les Etats-Unis ou l'Allemagne, jugent les ressources du FMI suffisantes.

Les pays européens qui ne sont pas dans la zone euro

La Norvège Le Fonds norvégien du pétrole, le plus gros fonds souverain en Europe qui ne détient que 0,7 % des obligations émises par le FESF pour une valeur de 100 millions d'euros, ne l'aidera pas. " Je pense que ce serait une erreur que la Norvège prenne part à de telles mesures d'aide ", a expliqué le premier ministre travailliste Jens Stoltenberg. " Nous avions regardé la situation de façon positive en début d'année, explique Bunny Nooryani, porte-parole du Fonds du pétrole, les conditions de l'époque étaient meilleures du point de vue du rapport risque-profit. "

Le Royaume-Uni S'il a toujours refusé de participer au FESF, le Royaume-Uni a souscrit aux trois émissions du FESF, soit à hauteur de 11 % pour celle dédiée à l'Irlande, de 12 % et de 5 % au bénéfice du Portugal. Mais aujourd'hui, le climat politique a changé avec la montée du courant eurosceptique. S'adressant à la Chambre des Communes le 27 octobre, le chancelier de l'Echiquier, George Osborne, a déclaré que le Royaume-Uni ne permettra pas au FMI de participer au FESF. " Le FMI est là pour aider les pays, pas les devises. Par ailleurs, le Royaume-Uni ne participera pas au fonds. Notre position sur cette question est claire. "

En revanche, Londres appuiera toute éventuelle aide technique du FMI à la mise en place des nouvelles facilités de crédit du FESF.

Pourtant, nombre d'experts estiment qu'en bons pragmatiques, conscients des risques d'une crise européenne sur leur économie fragile, les Britanniques pourraient participer indirectement à une émission " si les obligations de FESF constituent du bon papier, une valeur sûre, ce que cela sera ", estime un expert.

Les pays non-européens La Chine Remettre à flots la riche Europe en puisant dans les réserves de devises du pays (3 200 milliards de dollars) accumulées grâce au sang et à la sueur des travailleurs passe mal auprès de la blogosphère chinoise.

Dans un contexte politique interne tendu, où l'extrême prudence est de mise, la réaction des internautes du pays explique en grande partie la circonspection de Pékin vis-à-vis d'une contribution chinoise au FESF.

Les dirigeants de la Chine veulent y voir clair dans les opérations en cours, exigent des garanties - notamment l'entremise du FMI - et souhaitent être perçus comme de bons négociateurs par leur opinion publique - par exemple en obtenant avant l'heure (2016) le statut d'économie de marché, qui permettrait aux produits chinois d'échapper aux clauses antidumping de l'Union européenne (UE).

En attendant, Pékin multiplie les encouragements et les promesses de " soutien actif " - comme l'ont réitéré le président Hu Jintao et son ministre du commerce, Chen Deming, à leur arrivée à Vienne lundi 31 octobre - tout en continuant de diversifier ses placements en devises au profit de la monnaie européenne.

Le Japon Ayant déjà acquis 2,7 milliards d'euros de bons européens, soit 20 % du total émis, le Japon se dit prêt à continuer. Le 31 octobre, le responsable du FESF, Klaus Regling, a rencontré Takehiko Nakao, du ministère des finances, qui lui a confirmé l'intention du gouvernement nippon de poursuivre ses achats, sans donner de détails sur leur ampleur.

Lourdement endetté, le Japon dispose toutefois des secondes réserves de devises étrangères de la planète - 1 200 milliards de dollars (856 millions d'euros) - dans lesquelles il peut puiser.

Mais le gouvernement japonais reste prudent. Ainsi, le premier ministre Yoshihiko Noda souhaite qu'en contrepartie, les pays de la zone euro consentent " de nouveaux efforts " pour " une approche plus ferme " et plus précise, afin de " dissiper les inquiétudes sur la crise ".

M. Noda veut éviter une contagion de la crise de la dette à l'Asie ou à l'économie mondiale et compte pour cela sur les décisions qui seront prises au sommet du G20 de Cannes des 3 et 4 novembre.

Le Brésil Ce pays pourrait avoir surmonté ses réticences sur le dossier de la crise européenne. Une semaine après les propos du ministre des finances Guido Mantega qui avait déclaré, le 25 octobre, que le Brésil n'avait pas l'intention de racheter de la dette et que les Européens devaient trouver sur le Vieux Continent des solutions à leurs problèmes, Brasilia serait sur le point de proposer un soutien financier par le biais du FMI.

Certes, aucun montant n'a filtré, mais la contribution du pays proviendrait de ses réserves en devises et non de ses fonds souverains, a indiqué l'agence Bloomberg, citant une source proche du gouvernement.

Le principe d'une aide passant par le FMI permettrait, en retour, de faire à nouveau pression en faveur d'une réévaluation du poids de Brasilia dans l'institution internationale. Depuis des années, les dirigeants brésiliens reprochent aux pays européens d'être " sur-représentés " dans les organes directeurs du Fonds.

L'aide à l'UE traduit aussi la volonté de Brasilia d'éviter de subir les effets collatéraux d'une éventuelle récession mondiale. En mars, la présidente Dilma Rousseff avait déjà proposé de racheter une partie de la dette portugaise, mais Lisbonne n'avait pas profité de cette main tendue.

Le Brésil est la quatrième destination des investissements européens et le sixième investisseur en Europe, selon le gouvernement. En 2011, le géant sud-américain est devenu le neuvième partenaire commercial de l'UE. Il n'est pas exclu que Brasilia évoque, lors des négociations des prochains jours, une plus grande ouverture du marché agricole européen.

Les pays du Golfe Les fonds souverains du Golfe n'ont qu'une préoccupation : protéger leurs avoirs en dollars et leurs investissements massifs aux Etats-Unis et au Royaume-Uni des effets d'une crise de l'euro. " Si une action de leur part peut assurer la stabilité de la zone euro, ils aideront, mais avec prudence et en douce ", indique Nigel Dudley, expert londonien de la finance arabe.

L'autre inconnue est l'évolution du prix du pétrole. Les fonds souverains du Golfe voudront éviter à tout prix l'effet dépressif sur les cours de l'or noir d'une récession dans la zone euro, souligne un expert de la City.

Alain Faujas avec Nicolas Bourcier (à Rio), Brice Pedroletti (à Pékin), Marc Roche (à Londres), Olivier Truc (à Stockholm)

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Les conséquences d'une aide extérieure à l'Europe - Xavier Pannatier

Le Temps - Economie, mercredi 2 novembre 2011

Nous prenons en exemple une aide du Brésil en faveur du Portugal.

La crise que traverse l'Europe ne pourra se résoudre que par l'addition de deux facteurs: la prise de décision politique nécessaire à résoudre le problème de la dépense, et l'apport de financement afin de détendre le marché du crédit et d'investir pour soutenir la croissance. Si le premier de ces deux éléments est endogène, le second peut dépendre d'une aide extérieure. Mais alors quelles pourraient être ces aides et quelles en seraient les conséquences macroéconomiques? Afin d'illustrer nos propos, nous prenons en exemple une aide du Brésil en faveur du Portugal.

La première, très souvent citée, concerne l'achat d'obligations d'Etat par la banque centrale et permet de faciliter l'accès au financement. La seconde passe par des accords de commerce pour faciliter les exportations. Cette mesure a pour objectif de stimuler la demande externe (étrangère) afin de compenser la baisse de la demande interne, effet néfaste des plans d'austérité. Et enfin, une mesure qui dépend également du secteur privé consiste à augmenter les investissements directs étrangers. Cela permet de bénéficier d'investissements, avec leurs effets multiplicateurs sur la croissance, à un moment où les investissements domestiques se font plus rares.

Cette mesure impliquerait un achat massif d'obligations d'Etat portugaises par la Banque centrale du Brésil (BCB). De ce fait, cela faciliterait l'accès au marché du crédit pour le gouvernement de Lisbonne et améliorerait son taux d'emprunt. Ce mécanisme réduirait son coût de financement et lui permettrait de rééquilibrer ses finances dans un délai plus confortable. Les risques d'une telle opération demeurent plus importants pour le Brésil, car le Portugal deviendrait un débiteur non négligeable. De plus, un placement conséquent des réserves de change, à long terme, compliquerait la gestion par la BCB de sa liquidité disponible pour son économie et réduirait ses possibilités de lutte contre l'inflation. Enfin, si ses réserves en euros n'étaient pas suffisamment importantes, la BCB devrait changer du dollar US contre de l'euro. Une telle opération pourrait induire un risque de change.

La conclusion d'accords commerciaux entre Brasilia et Lisbonne apporterait une aide non négligeable à l'industrie d'exportation portugaise. Tant le développement de leur coopération, facilitant la vente et l'acheminement de marchandises (telles que du vin ou du ciment par exemple), ou encore la signature de contrats (comme l'achat de bateaux pour la marine brésilienne) apporteraient un soutien au PIB portugais. D'un point de vue macroéconomique, cette mesure contribuerait à rééquilibrer la balance commerciale portugaise, laquelle est chroniquement déficitaire depuis de nombreuses années.

Lisbonne doit donc retrouver l'équilibre entre sa politique de change (exportations - importations) et sa politique budgétaire (revenus de l'Etat - dépenses publiques), faute de quoi cela impliquerait un déséquilibre de la politique monétaire, l'épargne n'étant plus égale aux investissements.

On peut en déduire que, de 2001 à 2008, l'épargne était inférieure aux investissements alors que pour 2008 et 2009 il y a un surplus d'épargne.

Pour le Brésil, cette hypothèse induirait une augmentation de ses réserves de change en EUR. Cet effet le rendra donc plus dépendant de l'évolution de la devise européenne et par conséquent de la politique monétaire de la BCE.

Un autre moyen de soutien passerait par les investissements directs étrangers. Ceux-ci regroupent à la fois les investissements réalisés par le secteur privé et le secteur public. Leurs effets seraient dans un premier temps positifs pour le Portugal pour les raisons suivantes: s'ils s'opèrent sous forme de rachat d'infrastructures ou de capitaux existants, ces investissements engendreront une entrée de liquidités pour le vendeur, état ou entreprises, donc une réduction de l'endettement. Cependant, dans un deuxième temps, cela correspond à une baisse des revenus. En effet, si le Portugal revend des concessions d'infrastructure ou des parts de capital de sociétés, il n'en touchera plus les dividendes futurs. Nous revenons donc sur le point précédent et la nécessité de tendre vers l'équilibre entre la politique de change et la politique budgétaire. Cette nouvelle baisse de revenus doit se compenser par une baisse des dépenses ou une compensation entre les exportations et les importations.

Une autre forme d'investissements directs peut se faire sous la forme de construction de nouvelles infrastructures, par exemple une entreprise brésilienne qui établirait un site de production au Portugal. Ce phénomène induirait tous les effets positifs des investissements sur la croissance, notamment la création d'emplois. Toutefois, si la demande ne peut consommer la production de ces nouvelles capacités de production, la loi de l'offre et de la demande reprendra le dessus et impliquera un retour à l'équilibre.

Un soutien du Brésil en faveur du Portugal n'est pas hypothétique puisque, comme la Chine, le Brésil a déjà manifesté son intérêt. En revanche, les avantages de chacun divergent et il est donc très important de faire preuve d'une grande prudence dans la pondération des différentes possibilités évoquées. Le cas échéant, le risque serait de produire des effets néfastes qui appauvriraient le Portugal; auquel le Brésil aurait lié sa fortune ainsi qu'à l'évolution du change entre l'euro et le real.

Le Brésil n'est guère intéressé par un soutien en participant à l'EFSF. Celui-ci offre plus de sûreté pour le prêteur, mais il lui fait perdre l'avantage d'orienter son aide sur ses intérêts économiques. Quelle sera l'attitude de la Chine? La question reste ouverte.

Xavier Pannatier, Economiste d'entreprise ES, Financière Mermod SA, Lausanne

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Comme Pékin, Moscou veut aider la zone euro - Nikita Robert

Tribune de Genève - Economie, mercredi 2 novembre 2011, p. 13

Le Kremlin a fait savoir qu'il était prêt à prêter un montant maximal de dix milliards de dollars pour soutenir la zone euro

Face à la crise de l'euro, Moscou souffle le chaud et le froid. Arkadi Dvorkovitch, le conseiller économique du Kremlin, vient d'annoncer que la Russie, est prête à soutenir la zone euro pour un montant s'élevant «jusqu'à dix milliards de dollars». Mais pas, comme l'envisage la Chine, via le Fonds européen de stabilité financière (FESF). Moscou veut passer par le Fonds monétaire international (FMI). Sont aussi envisagées des aides bilatérales, notamment par le rachat d'obligations souveraines espagnoles.

«Dix milliards de dollars, on peut se le permettre», insiste Evgueni Gavrilenkov, économiste en chef de Troïka Dialog, l'une des principales banques d'investissement russes. Pour la Russie, troisième plus importante réserve de devises après la Chine et le Japon, il s'agit de participer à la reconsolidation de l'économie européenne, importatrice clef de son gaz et de son pétrole. Au plus fort de la dernière crise, elle avait déjà aidé l'Islande avec un prêt de 4 milliards d'euros.

Le 11 octobre dernier, le premier ministre Vladimir Poutine avait pourtant tranché autrement: «Je ne pense pas que les pays des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) aient un quelconque rôle à jouer», avait-il prévenu.

Envoyant des piques contre le «laxisme» de la discipline financière européenne. Et rappelant les bons fondamentaux de l'économie russe.

Moscou jouit en effet d'une dette publique représentant moins de 10% de son PIB et possède des réserves de devises atteignant en tout 500 milliards de dollars. De quoi faire beaucoup d'envieux en Europe Jouant les fiers-à-bras, Vladimir Poutine avait alors fait savoir que la Russie se montrerait conciliante mais à une condition: «Moscou exige une stratégie spécifique et claire de la part de l'Europe. » C'était déjà le cas avant l'annonce du référendum grec. . .

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mardi 1 novembre 2011

Les juges allemands compliquent le fonctionnement du FESF

Les Echos, no. 21049 - International, lundi 31 octobre 2011, p. 8

La Cour constitutionnelle suspend l'activation du sous-comité censé se prononcer dans les cas d'urgence, comme sur les rachats de dette souveraine sur le marché secondaire.

La Cour constitutionnelle de Karlsruhe s'invite de nouveau dans le débat sur la gouvernance de la zone euro. Après l'accord de jeudi sur la dette grecque et l'optimisation du Fonds européen de stabilité financière (FESF), les juges constitutionnels allemands ont ordonné, vendredi, la suspension d'un tout nouveau sous-comité, qui devait jouer un rôle important dans le fonctionnement du FESF. Cet organe de neuf députés, émanation de la commission budgétaire, devait se prononcer, dans certaines situations d'urgence, sur des interventions du FESF, par exemple des achats d'obligations souveraines de pays de la zone euro sur le marché dit « secondaire ». Après la nomination des neuf membres du sous-comité, mercredi, deux députés SPD ont formé, dès jeudi, un recours devant le Tribunal constitutionnel. Le Bundestag ne pouvait, selon eux, se faire représenter par neuf de ses membres « pour une question aussi importante », d'autant plus que le sous-comité devait pouvoir se réunir à huis clos. Dans l'attente de l'arrêt définitif de la Cour sur le fond, le sous-comité ne pourra être activé. Le porte-parole d'Angela Merkel n'a pas voulu commenter « une procédure en cours ». Peter Altmaier, un député CDU proche de la chancelière, a cependant affirmé que d'ici à la décision finale de la Cour, qui pourrait intervenir avant la fin de l'année, « le Parlement allemand assurera à tout moment la capacité d'action de l'Allemagne et du Fonds de stabilité ». Selon Otto Fricke, expert budgétaire du Parti libéral, cette suspension va toutefois rendre difficile, voire impossible, le rachat de dette souveraine sur le marché secondaire par le FESF, dans la mesure où ces achats doivent rester confidentiels. C'est le Bundestag en plénière qui devra décider le temps que durera la suspension. Or il ne peut se réunir à huis clos. Ce qui laisse la BCE en première ligne, avec ses propres programmes de rachat, pour soutenir les pays fragilisés. La nouvelle irruption de la Cour de Karlsruhe dans le débat illustre sa vigilance quant au respect des droits budgétaires des députés allemands. Début septembre, les juges constitutionnels avaient déjà réclamé une plus grande implication des parlementaires dans le FESF. Le sous-comité avait été créé dans la foulée pour assurer, malgré tout, la réactivité du fonds.

Karl de Meyer

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La Grèce embarquée dans un défaut de paiement insidieux

Les Echos, no. 21049 - International, lundi 31 octobre 2011, p. 8

L'abandon de 50 % des créances sur la Grèce « recommandé » aux banques ressemble fort aux différents défauts de paiement enregistrés depuis 1980.

La Grèce se trouve aujourd'hui dans ce qui ressemble fort à un défaut de paiement ne disant pas son nom. Le taux de 50 % d'abandon de créances que les banques commerciales ont accepté sous la pression des Etats européens n'est pas très éloigné de celui imposé, après que Buenos Aires s'est déclaré en banqueroute à Noël 2001, aux créanciers privés de l'Argentine. Si la plupart de ces derniers avaient renoncé à 65 % de leur créance entre 2001 et 2005, d'autres, après des années de négociations et de procès avaient obtenu une décote de « seulement » 50 % en 2010. L'Argentine est le dernier pays d'envergure (huit autres, plus petits, lui ont emboîté le pas depuis) à avoir fait défaut sur sa dette, de 93 milliards de dollars.

Une étude de référence (« Cette fois c'est différent, huit siècles de folie financière », de Reinhart et Rogoff, éditions Pearson) montre que le « hair cut » (abandon de créance) subi par les banques ayant prêté à la Grèce se situe aussi dans la partie supérieure de la fourchette (de 15 % pour l'Uruguay à 65 % pour les faillites les plus sévères) constatée lors des quelque 70 épisodes de défauts de paiement recensés entre 1975 et 2006 dans une quarantaine de pays. En effet, il est très rare qu'un pays fasse défaut sur l'intégralité de sa dette, car ensuite plus personne n'envisagerait de prêter à un aussi mauvais payeur. Généralement, afin de rester fréquentable, un Etat en difficulté impose un défaut partiel, avec abandon d'une partie de sa dette et rééchelonnement du solde sur une durée allongée.

L'agence de notation Fitch (lire page 27), pour sa part, ne se prétend pas dupe des communiqués officiels et a déclaré vendredi qu'elle considérait que la situation en Grèce s'assimilait à un défaut de paiement. Pour autant, le simili défaut de paiement grec ne permet pas de déclencher les mécanismes d'assurances, les contrats CDS souscrits par certains créanciers, car l'Isda (International Swap and Derivatives Association) a annoncé jeudi qu'elle considérait cet abandon de créances comme volontaire. Ce qui est techniquement vrai. Aucune banque n'a osé ouvrir la boîte de Pandore et annoncer qu'elle traînerait Athènes devant les tribunaux, comme l'ont fait jadis les créanciers de l'Argentine, dont certains, les « fonds vautours », essayent encore aujourd'hui de faire saisir des actifs argentins de par le monde.

La suite des événements sur le dossier grec devrait différer sensiblement de celle observée dans les défauts de paiement passés, notamment du fait qu'il s'agit de la première banqueroute d'un pays membre d'une union monétaire. Ce qui empêche Athènes de dévaluer pour ajuster son économie, à l'inverse de ce qui est arrivé à tous les pays (Russie 1998, Mexique 1982 et 1994, Argentine 2001, etc.) confrontés à des crises équivalentes. L'Argentine, après un terrible appauvrissement, bénéficie aujourd'hui d'une croissance spectaculaire. Mais le pays a été interdit de crédit international pendant presque dix ans. Buenos Aires a dû équilibrer ses budgets du jour au lendemain, un peu comme si Athènes devait augmenter immédiatement sa collecte fiscale de 20 % (elle a diminué de 4 % sur les neuf premiers mois de l'année) et diminuer ses dépenses d'autant (elles ont en fait augmenté de 7 % sur la même période). La Grèce a la chance de pouvoir compter sur ses voisins. Elle devrait aussi pouvoir échapper au sort de Terre-Neuve, Etat indépendant absorbé par le Canada après avoir été renflouée par ce dernier en 1936...

YVES BOURDILLON

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Pourquoi la Chine n'a pas encore donné le feu vert au fonds de secours européen

Les Echos, no. 21049 - International, lundi 31 octobre 2011, p. 8

La Chine pourrait venir au secours de l'Europe en abondant le Fonds européen de stabilité financière de 50 à 100 milliards de dollars. Mais aucun officiel chinois ne confirme. Le directeur général du FESF n'ose même pas parler de négociation, tant les enjeux sont lourds.

Klaus Regling n'a dupé personne en affirmant, vendredi, qu'il n'y avait « pas de négociations en cours » sur des investissements chinois dans le Fonds européen de stabilité financière (FESF). Le directeur général du FESF cherche à gagner du temps dans une négociationdélicate.

« Sur le plan stratégique, les Chinois sont d'accord pour intervenir, avance Yves Tiberghien, professeur associé du département de sciences politiques à l'université de Columbia (UBC). Il y a un intérêt mutuel de la Chine et de l'Europe à ce que la zone euro ne s'écroule pas. » Il serait difficile, pour la Chine, de laisser tomber son premier marché , alors qu'elle en subirait directement les conséquences sur sa propre croissance, déjà touchée par un ralentissement.

Clarification

Des diplomates européens affirmaient en fin de semaine dernière que la Chine était prête à abonder le FESF. Mais aucun officiel chinois n'a confirmé un tel engagement. Et encore moins le montant avancé vendredi par le « Financial Times » de 50 à 100 milliards de dollars pour une intervention directe ou via un fonds nouveau placé sous la houlette du FMI. Le quotidien britannique citait une source proche du gouvernement chinois. Pourquoi la Chine n'a-t-elle encore rien annoncé ?

D'abord, elle a besoin de clarifications sur l'accord européen conclu la semaine dernière. La Chine « attend les détails techniques pour y voir clair », a déclaré vendredi son vice-ministre des Finances, Zhu Guangyao. « Comment demander à la Chine d'intervenir alors qu'elle ne sait pas dans quel entonnoir elle va entrer ?, explique le président d'Asia Centre, Jean-François Di Meglio. C'est pour elle légitime de savoir ce qui sera effectivement émis, comment ce sera garanti et quelle sera la qualité de la dette avant que de se prononcer sur le montant à acheter. »

Deuxième raison : l'Union européenne ne veut pas d'une appréciation de l'euro. Or, si la Chine achète de la dette en euros, l'euro risque de se renchérir. D'où la proposition de Klaus Regling, à Pékin, que le FESF émette des obligations libellées en yuans si les autorités chinoises donnent leur accord en ce sens. « Accepter cela pour les Chinois reviendrait de fait à perdre le contrôle de ce qui peut arriver à leur devise, la dette achetée en yuans pouvant s'apprécier ou se déprécier et échapper ainsi au contrôle de la Chine, poursuit Jean-François Di Meglio. Cela équivaudrait à déclencher une libéralisation des changes. Or la Chine veut contrôler son taux de change. Si la Chine acceptait cela, ce serait un geste énorme. »

Enjeux

Troisième raison : les exigences de la Chine. Elle préférerait intervenir via le Fonds monétaire international (FMI) pour peser davantage sur une institution où elle s'estime sous-représentée « et peut-être édicter de nouvelles règles monétaires mondiales », ajoute encore Jean-François Di Meglio. De son côté, l'Europe cherche à gérer seule ce qui relève de la zone euro. La Chine a d'autres exigences, comme celles d'« un investissement mixte comprenant non seulement des obligations via le FESF mais aussi des participations directes dans des banques ou des entreprises européennes », croit savoir Yves Tiberghien.

La quatrième raison est commerciale et déterminante. En plein débat sur la réciprocité, on voit mal comment les Européens vont continuer à tenir un discours ferme face à des marchés chinois qu'ils jugent trop peu ouverts aux intérêts européens. On comprend que, avec tous ces enjeux, la négociation entre l'Europe et la Chine ne soit pas encore bouclée.

MARIE-CHRISTINE CORBIER

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lundi 10 octobre 2011

Karel de Gucht : « Un risque de poussée du protectionnisme »

Les Echos, no. 21034 - International, lundi 10 octobre 2011, p. 8

KAREL DE GUCHT COMMISSAIRE EUROPÉEN AU COMMERCE

Partagez-vous la critique de Barack Obama, qui accuse la Chine de « fausser » les échanges en intervenant sur le yuan ?

Il est vrai que la monnaie chinoise est sous-évaluée. Mais ce n'est ni la première ni la dernière des monnaies à être sous ou surévaluée. Il y a par ailleurs ce projet de loi au Sénat américain qui entend taxer tous les produits en provenance de Chine parce que le yuan est sous-évalué. C'est une vraie bêtise car c'est le type de mesures qui nous mène directement vers une guerre commerciale. Cela ne servirait ni les Etats-Unis ni l'Europe. Ce n'est pas en imposant de telles mesures qu'on relancera le monde, même si je pense que le projet n'ira pas à son terme. Par ailleurs, concernant l'Europe, il faut regarder tous les aspects du problème. Deux tiers de ce que nous importons de Chine est réexporté. Donc si le yuan monte, nos importations deviendront plus onéreuses. Et deux tiers de ces deux tiers sont produits en Chine par nos entreprises.

La Chine, qui a son propre problème de dette, peut-elle contribuer à relancer l'économie mondiale comme en 2008 ?

J'espère qu'elle jouera de nouveau ce rôle. Elle est en mesure de le faire, car la consolidation de sa dette au niveau national et provincial est comparable à celle de l'Allemagne, de l'ordre de 70 % du PIB. De plus, les Chinois savent, en cas de besoin, ponctionner les revenus des citoyens.

Que pensez-vous de cette Chine qui se présente régulièrement comme le chevalier blanc de tel ou tel pays européen en difficulté ?

Il y a beaucoup de marketing. Cela ne me gêne pas qu'ils le fassent, mais ce ne sont pas nos sauveteurs. Ils raisonnent en fonction de leur intérêt propre, ce qui est normal. L'équilibre du pouvoir est en train de changer. Dans les dix ans à venir, 90 % de la croissance mondiale se situera en dehors de l'Union européenne et 30 % uniquement en Chine. Cela a une retombée sur nos relations, c'est évident. Mais il ne faut pas non plus être défaitiste. Sur les dix dernières années, la croissance de notre part de marché en termes de commerce mondial n'a pas baissé - elle est de l'ordre de 2,4 % par an -, tandis que celle des Etats-Unis a considérablement chuté. Nous ne sommes pas un continent perdu !

Où en est votre proposition de limiter l'accès aux marchés publics européens pour assurer plus de réciprocité avec les partenaires commerciaux de l'Union ?

Nous avons, Michel Barnier [commissaire au Marché intérieur et aux Services, NDLR] et moi, l'intention de lancer une proposition législative - un règlement -en décembre. Cette initiative comporte deux volets. Sur le plan multilatéral, nous voulons obtenir de la Chine qu'elle devienne partie à l'accord sur les marchés publics. Sur le plan bilatéral, si un pays tiers ferme ses marchés publics à nos entreprises, la Commission pourra faire de même, à la demande d'un Etat membre. Ce projet n'est pas dirigé contre la Chine, il s'adresse à n'importe quel pays, car nous avons aussi des problèmes avec d'autres comme le Japon, le Brésil ou la Russie.

Craignez-vous, à la faveur de la crise, une vague protectionniste ?

Si la crise de la dette souveraine - et ses retombées dans le secteur bancaire -engendre une deuxième vague de problèmes économiques voire une récession, je crains vraiment une poussée considérable de protectionnisme.

En matière de libre-échange avec l'Egypte, la Jordanie, le Maroc et la Tunisie, vous voulez « redémarrer les négociations sur une autre base »...

Ou on achète les produits de ces pays, ou l'instabilité à nos frontières continuera. C'est un choix politique. Et je ne peux pas négocier les mains liées...

Propos recueillis par Marie-Christine Corbier

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lundi 3 octobre 2011

51% des Américains estiment que les pays asiatiques sont plus importants que l'Europe

Le Monde - Géo & Politique, lundi 3 octobre 2011, p. PEH2

Vive l'Asie et fi de l'Europe pour les jeunes Américains !

Depuis dix ans, le German Marshall Fund, institution vouée à la promotion des liens entre les Etats-Unis et l'Europe, prend le pouls de la relation transatlantique à travers une vaste enquête réalisée par TNS Opinion aux Etats-Unis, en Turquie et dans douze nations européennes, auprès d'échantillons de mille personnes par pays.

Pour la première fois cette année, une majorité d'Américains, certes courte (51 %), estime que les pays asiatiques sont plus importants, au regard de leurs intérêts nationaux vitaux, que les pays de l'Union européenne, choisis par seulement 38 % des répondants. Le renversement de tendance est net par rapport à 2004 : 54 % des Américains interrogés privilégiaient alors les pays européens à cette même question, contre 29 % pour l'Asie.

Le même phénomène n'est pas (encore ?) perceptible auprès des Européens qui pensent, à 52 %, que les Etats-Unis importent davantage pour leurs intérêts nationaux que l'Asie. Les Français, eux, optent à 44 % pour les Etats-Unis et à 50 % pour les pays asiatiques. Et, parmi les Turcs, un tiers d'entre eux préfèrent ne pas se prononcer, tandis que 44 % penchent pour l'Asie et 24 % pour les Etats-Unis.

Lorsqu'on examine les réponses des Américains par tranche d'âge, le doute n'est guère plus permis sur ce qui se dessine à l'avenir : les trois quarts des 18-24 ans identifient les pays asiatiques (Chine, Japon et Corée du Sud, cités en exemple dans la question) comme plus importants pour leurs intérêts nationaux que les pays de l'UE.

L'enquête reflète d'autres différences notables entre générations, notamment dans le regard que les Américains portent sur la Chine : 59 % des 18-24 ans ont une opinion favorable sur le pays de la Grande Muraille, partagée par seulement 33 % à 37 % de leurs aînés. Les Français sont les Occidentaux les plus nombreux (55 %) à émettre une opinion défavorable sur la Chine.

Américains et Européens hésitent sur la même question : de chaque côté de l'Atlantique, 49 % des répondants estiment que la Chine constitue davantage une menace économique qu'une opportunité pour de nouveaux marchés. Côté européen cependant, les différences d'appréciation sont grandes : pour les Portugais (64 %) et les Français (63 %), la Chine est davantage une menace, tandis qu'elle représente plutôt une aubaine pour les Néerlandais (64 %) et les Britanniques (54 %).

Enfin, 53 % des Américains estiment que leur pays et la Chine ont suffisamment de valeurs communes pour coopérer en vue de la résolution des problèmes internationaux, tandis que les Européens pensent le contraire, à 63 %. Américains (52 %) et Européens (57 %) ne considèrent toutefois pas la Chine comme une menace militaire.

Snobée par les jeunes Américains sur le plan géopolitique, l'Union européenne ne suscite plus aucun enthousiasme chez les Turcs. Ils étaient 73 % à juger que l'adhésion à l'UE serait " une bonne chose " pour leur pays en 2004; ils ne sont plus que 48 % de cet avis en 2011.

www.transatlantictrends.org

Martine Jacot

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vendredi 30 septembre 2011

Dagong : quand les Chinois nous font la leçon - Julie Desné



Le Point, no. 2037 - Economie, jeudi 29 septembre 2011, p. 100,101,102

Redoutée. L'agence de notation Dagong est plus sévère que ses rivales américaines. Sauf pour la Chine...

Dagong joue les stars. L'agence de notation chinoise, qui n'a pas encore assis sa réputation sur la planète des affaires, fait tout ce qu'elle peut pour acquérir une notoriété en dehors des frontières de la Chine. Ironie du sort, c'est une de ses rivales américaines qui l'a propulsée sur le devant de la scène financière internationale. En dégradant la note souveraine américaine le 5 août, Standard - Poor's conférait un peu de légitimité à la décision de Dagong prise un jour plus tôt d'abaisser la note des Etats-Unis et de les placer sous surveillance négative. Cette récente célébrité n'est pas pour déplaire à Guan Jianzhong.

Dans son vaste bureau de Pékin, le PDG de Dagong enchaîne les interviews. Sur la table basse entourée de confortables canapés en cuir noir trône un marteau de justice d'or et de bois.« Le cadeau d'un ami, cela symbolise l'honnêteté et l'impartialité », précise le dirigeant, en chemisette blanche dans la chaleur pékinoise. Tout un programme pour une agence souvent perçue à l'étranger comme le bras armé du Parti.

Secret. M. Guan a le profil classique des dirigeants d'entreprise de la Chine moderne. Diplômé d'économie, il a d'abord fait ses classes dans l'administration publique. Dans les années 90, il gère un fonds d'investissement dédié à l'aéronautique et placé sous l'égide du ministère de l'Aéronautique de l'époque.« Un des responsables a quitté le fonds en 1994 pour créer Dagong, alors soutenu par huit institutions publiques, dont la banque centrale », se souvient le quinquagénaire, qui à titre personnel suit de près les débuts de cette aventure. Mais, à la fin des années 90, l'Etat dégraisse ses mastodontes et cède ses parts dans les industries les moins stratégiques. Dagong en fait partie et son futur PDG est à l'affût des opportunités.« C'est à ce moment-là que j'ai décidé de prendre le contrôle de la compagnie en rachetant 60 % des parts, les 40 % étant détenus par des investisseurs privés », explique Guan Jianzhong, qui garde jalousement le secret de l'identité de ses partenaires. En tout cas, jure-t-il, il n'y a plus aucune participation publique. Paradoxe très chinois, cela ne l'empêche pas de revendiquer le statut de « conseiller subventionné auprès du gouvernement central » sur sa carte de visite. Un titre plutôt lié à ses activités de recherche sur la notation de crédit. Dagong a notamment créé, en partenariat avec l'Université de finances et d'économie de Tianjin, à l'est de Pékin, une école spécialisée dans ces questions.« Je le dis et je le répète, je n'entretiens pas de relations particulières avec le gouvernement. Quand nous publions nos notes, les médias veulent absolument y voir une prise de position du gouvernement chinois. Alors qu'il n'y en a pas », martèle M. Guan, un peu las d'avoir à se justifier et à convaincre journalistes et financiers, souvent sceptiques.« Les opinions des analystes de Dagong résultent d'un travail de fond. Elles sont pertinentes. Simplement, les conclusions sont quelquefois trop rapides, parfois motivées par des considérations politiques qui les décrédibilisent », soutient au contraire André Loesekrug-Pietri, directeur et fondateur du fonds d'investissement A Capital à Pékin.

Une agence prochinoise. De fait, même en Chine, la réputation de Dagong doit encore s'affirmer. Prompte à dégrader les Etats-Unis, l'agence, qui emploie 500 personnes en Chine, dont 250 analystes, n'a pas bronché quand le Bureau national d'audit a révélé, dans un rapport inédit rendu public fin juin, que les collectivités locales chinoises avaient accumulé 1 160 milliards d'euros de dette fin 2010, à la faveur du plan de relance adopté pendant la précédente crise financière. De même, le ministère des Chemins de fer a conservé son triple A après l'accident ferroviaire meurtrier du 23 juillet, qui avait profondément ébranlé l'opinion publique chinoise. La catastrophe n'a pas ému les analystes de Dagong. Guan Jianzhong ne voit là aucune contradiction majeure.« On ne note pas de la même façon selon que l'on s'adresse aux investisseurs internationaux ou nationaux. La note de la dette souveraine chinoise, c'est une chose. Celle d'un ministère, c'est autre chose. Il s'agit là d'une institution très particulière en Chine, mi-agence gouvernementale, mi-entreprise », justifie le dirigeant. « Le risque reste très élevé pour le ministère des Chemins de fer et les conclusions de Dagong à ce sujet sont très surprenantes », proteste cependant un analyste chinois basé à Shanghai.

Au-delà du marché domestique, Dagong nourrit en tout cas de grandes ambitions à l'international. Sans aucun bureau à l'étranger, l'agence note déjà 67 pays et en vise 150 dès l'an prochain. La France est gratifiée dans son tableau d'un AA- et placée sous surveillance négative, même si les analystes de Dagong n'ont jamais mis les pieds dans l'Hexagone. Le chemin vers la globalisation semble être long pour l'agence chinoise, qui a déjà essuyé de premiers revers hors de ses frontières. En novembre 2010, la Securities and Exchange Commission (SEC) refusait même de lui accorder le statut d'agence de notation. Le gendarme des marchés outre-Atlantique estimait n'avoir aucun moyen de contrôle des pratiques de l'agence basée à Pékin.« Ces raisons ne sont qu'un prétexte », affirme M. Guan. Pour lui, « les vraies inquiétudes américaines portent sur le fait que si nous avions libre accès à leur marché, de nombreuses multinationales basées aux Etats-Unis risqueraient de perdre leur triple A et les dollars cesseraient d'affluer vers l'économie américaine ». L'agence officielle Xinhua n'hésitait pas à qualifier début août d'« hideuse vérité » les commentaires de Dagong à propos de la dette de Washington.

Ambitions internationales.« A l'international, Dagong ne peut s'imposer que par une vaste opération de communication », résume un investisseur étranger. Pas étonnant si Guan Jianzhong a fait de la refonte internationale du système de notation sa nouvelle croisade. Avec la controverse née de l'électrochoc créé par Standard - Poor's sur les marchés début août, il espère trouver un écho en Occident. Selon lui, il est nécessaire de créer une agence de notation internationale qui pourrait s'appuyer sur les conclusions d'agences locales, mais aussi de changer les méthodes de notation et l'environnement réglementaire.« Dagong doit absolument être associé à ce travail de refondation. C'est là vraiment notre objectif. Si la réforme s'enlise, nous envisagerons de nous développer en propre, mais ce n'est pas du tout ce que nous souhaitons », résume le dirigeant de l'agence. A travers cette profession de foi, il s'agit surtout pour Dagong de convaincre le reste du monde de son indépendance et de la pertinence de ses commentaires. Face à des rivaux qui ont un siècle d'expérience.

PHOTO - Guan Jianzhong, président de l'agence de notation Dagong, dans ses bureaux de Pékin.

Le club des trois
Il existe une centaine d'agences de notation dansle monde. Mais 90 % du marché reposent dans les mains des Big three, dont Dagong conteste aujourd'hui l'imperium :

Standard - Poor's (créée en 1860). Elle vient de sortir du giron de l'éditeur McGraw-Hill (2,9 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2010).

Moody's (1909). C'est la seule à être cotée en Bourse. Warren Buffett en possède 13 % (2 milliards).

Fitch (1913). Fimalac, le holding de Marc de Lacharrière, en possède 60 % (660 millions).


Le jour où la France a perdu son triple A...
Dagong note les Etats depuis juin 2010. Bien plus sévèrement que les Big three. A l'occasion de cette première notation, la France a perdu son AAA. L'agence chinoise l'a alors noté AA - (un an plus tard, elle mettait cette note sous « observation négative », mauvais signe...). Dans la première liste, seuls la Norvège, l'Australie, le Danemark, le Luxembourg, la Suisse, Singapour et la Nouvelle-Zélande étaient notés AAA. Ni les Etats-Unis ni l'Allemagne n'avaient la triple couronne.

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jeudi 22 septembre 2011

OPINION - La Chine croit en l'euro - Dai Bingguo

Le Figaro, no. 20882 - Le Figaro, jeudi 22 septembre 2011, p. 14

Le conseiller d'État de Chine, le plus haut responsable de la politique étrangère du pays, en visite à Paris, où il sera reçu demain par Nicolas Sarkozy, se félicite du rôle de la coopération sino-européenne dans la crise.

C'est un très grand plaisir pour moi de revenir en France pour toucher du doigt les liens chaque jour plus étroits entre la Chine et la France et entre la Chine et l'Europe. Malgré les conséquences de la crise financière internationale sur elles, la Chine et l'Europe ont vu leurs échanges et coopérations se développer à un rythme accéléré, au lieu de se ralentir. Les échanges commerciaux sino-européens ont dépassé le niveau d'avant la crise. Les exportations de l'Union européenne vers la Chine ont connu une croissance particulièrement dynamique. Les produits européens, des vêtements aux automobiles, sont très appréciés par les consommateurs chinois. Pendant les huit premiers mois de cette année, les ventes de Renault en Chine ont doublé par rapport à la même période de l'année dernière. De plus en plus d'entreprises européennes s'installent en Chine. De leur côté, les entreprises chinoises sont aussi de plus en plus nombreuses à investir en Europe. Selon les statistiques de l'Agence française de développement touristique, en 2010, les touristes chinois ont dépensé 890 millions de dollars US en France, en hausse de 60 % par rapport à 2009. La Chine est confiante en l'économie européenne et en l'euro et soutient les mesures d'ajustement économique et financier prises par des pays européens. La coopération sino-européenne a été un puissant soutien de leur lutte contre la crise financière.

Le développement des relations sino-européennes est à l'image de l'évolution de notre monde qui, à mesure que la multipolarisation, la globalisation économique et l'informatisation gagnent en profondeur, « se rétrécit » pour devenir un « village planétaire ». Jamais dans l'histoire humaine, le monde n'a été interconnecté, interdépendant et interpénétré comme aujourd'hui. Les différents pays du monde constituent désormais une « communauté de destin » dans laquelle tout le monde est lié, chacun dépend de chacun et le malheur des uns ne fait pas le bonheur des autres. C'est la caractéristique la plus importante de notre époque.

Dans un tel monde, tout pays, s'il veut se développer, vivre heureux et en sécurité, doit laisser les autres se développer, vivre heureux et en sécurité. Face aux défis planétaires croissants, aucun pays n'est à l'abri du danger, ni ne doit faire cavalier seul. Les comportements égoïstes et la recherche d'espaces de développement et de ressources par des moyens non pacifiques conduisent de plus en plus souvent à l'impasse. La promotion de la paix, du développement et de la coopération est devenue désormais un courant irrésistible de notre époque. OEuvrer en solidarité et non se disputer, s'engager dans une coopération gagnant-gagnant et non dans un jeu à somme nulle, avancer la main dans la main pour surmonter les temps difficiles doivent être le premier principe guidant les relations internationales de notre époque.

Dans cet esprit, la Chine suit fermement la voie de développement pacifique, applique inébranlablement la stratégie d'ouverture mutuellement bénéfique, travaille pour le renouveau national par le développement économique et la coopération mutuellement avantageuse, oeuvre à l'enrichissement des valeurs et des intérêts communs de l'humanité, et recherche une nouvelle voie où tous les pays coopèrent pour relever les défis de tout genre et réaliser un développement inclusif. La Chine défend la paix mondiale pour réaliser son développement et apporte dans le même temps une contribution plus importante à la paix mondiale par son développement afin d'oeuvrer ensemble avec la communauté internationale pour l'avènement d'un monde harmonieux de paix durable et de prospérité commune.

La Chine et l'Europe sont fort complémentaires. Leur coopération contribue au renforcement de leur puissance économique respective, à la promotion de la diversité des cultures et des modes de vie dans le monde et à la préservation de la paix et de la sécurité. Nous avons toutes les raisons de poursuivre et de développer la coopération sino-européenne. Il nous faut adopter fermement et appliquer activement le nouveau concept de solidarité agissante et de coopération gagnant-gagnant, nous adapter et nous ajuster mutuellement, nous solidariser, partager les gains, assumer ensemble les responsabilités pour élargir et approfondir sans cesse la convergence d'intérêts, réaliser un nouveau saut dans les relations sino-européennes au cours de la deuxième décennie du XXIe siècle et nous montrer exemplaires dans la construction d'une « communauté de destin » à l'échelle mondiale. Cela fera le bien de la Chine, de l'Europe et aussi du monde entier.

La Chine est confiante en l'économie européenne et en l'euro et soutient les mesures d'ajustement économique et financier prises par des pays européens

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lundi 19 septembre 2011

En Asie, les déboires des États de la zone euro sont examinés à la loupe

La Tribune (France), no. 4810 - L'événement, lundi 19 septembre 2011, p. 3

Destination d'une large part des exportations asiatiques, en particulier chinoises, l'Europe inquiète l'Asie, notamment l'impuissance de ses dirigeants à résoudre la crise.

Que ce soit dans les panels, les tables-rondes officielles ou simplement dans les couloirs lors d'une conversation entre deux chefs d'entreprise, c'est bien la crise de l'euro qui a dominé le sommet d'été du World Economic Forum d'Asie à Dalian.

" On ne parle que de ça ici. Quelle direction va prendre l'Europe? Qui a le leadership? Il y a une véritable inquiétude sur le manque de lignes directrices claires, d'ambition partagée sur le long terme. Vues d'ici, les mesures sont perçues comme prises au jour le jour ", explique André Loesekrug-Pietri, président de A Capital, le principal fonds d'investissement entre l'Europe et la Chine.

Cet entrepreneur français résume bien en quelques mots le sentiment qui a prédominé dans les conversations lors des réunions mais aussi dans les couloirs : l'Europe est empêtrée dans une crise qui s'est déclenchée il y a presque deux ans, et qu'elle est impuissante à résoudre. Cette préoccupation faisait également partie des messages clés délivrés par le Premier ministre chinois Wen Jiabao dans son discours d'ouverture du Forum. Il a réclamé à deux reprises que l'Europe et les États-Unis mettent leur maison en bon ordre.

Fait remarquable, les chefs d'entreprises et les analystes s'interrogent d'ailleurs davantage sur le fonctionnement des institutions européennes que sur l'économie de la zone euro qui demeure à leurs yeux dans bien des domaines plus solide que celle des États-Unis. Le Vieux Continent reste, aux yeux des pays asiatiques, surtout de la Chine, un acteur commercial vital dont la technologie et le savoir-faire sont primordiaux pour la poursuite de son développement.

" Nous savons ce qui doit être fait. Mais le processus politique rend les réformes très difficiles. Les inquiétudes sont bien présentes. Il ne reste plus de temps ", s'alarme ainsi Victor Chu, PDG de First Investment Group, et gourou célèbre du monde des affaires à Hong Kong.

Quant aux solutions proposées, on sait ici qu'elles dépendent davantage de la capacité de l'Europe à améliorer ses réformes structurelles que de ses nombreuses déclarations de rhétorique qui restent lettre morte, comme le montre la réaction des marchés financiers.

Même l'ancien Premier ministre britannique Gordon Brown, invité au Forum, s'est montré lui aussi très sombre : " Sans une coordination mondiale, je prévois dix ans de croissance faible, des niveaux très élevés de chômage et un échec de coopération qui mènera finalement à un plus large protectionnisme ", s'est-il alarmé. Aussi, face au risque de crise systémique, le rôle de la Chine comme futur moteur de la croissance mondiale était-il très commenté à Dalian. Une telle locomotive peut en effet contribuer à tirer la croissance européenne.

" Au cours des quinze prochaines années, 60 % de la population chinoise disposera d'un revenu annuel supérieur à 20.000 dollars. Cela représentera un marché énorme pour toute entreprise ", explique Jing Ullrich, directrice chez JP Morgan qui compte parmi les meilleures analystes de l'économie de la république populaire.

Virginie Mangin

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samedi 10 septembre 2011

La Chine restreint de plus en plus son marché aux entreprises étrangères

La Tribune (France), no. 4804 - Économie | International, vendredi 9 septembre 2011, p. 8

Malgré les promesses de Pékin, le marché chinois reste difficilement accessible à de nombreuses entreprises européennes.

Comme chaque année dans son rapport la Chambre de commerce européenne en Chine dénonce les conditions d'accès au marché pour les entreprises européennes.

La Chambre, qui regroupe plus de 1.600 entreprises membres, s'inquiète du peu de progrès enregistré dans plusieurs secteurs - l'énergie, l'automobile, l'industrie financière, la construction - qui restent en partie ou entièrement fermés aux entreprises européennes. Pire, elle note que dans certains domaines les réglementations ferment de nouveaux marchés prometteurs, celui des véhicules électriques par exemple. Elle souligne aussi que la protection des droits de propriété reste un problème d'actualité, et constate que certaines entreprises sont contraintes d'accepter de transférer leur technologie pour avoir accès au marché.

" Les mesures récentes qui limitent encore davantage l'ouverture du marché soulèvent quelques questions sur l'intention de créer un marché égal pour tous ", indique la Chambre dans son rapport, dont le volume ne cesse de grossir d'année en année. Un sondage parmi les membres montre ainsi que les entreprises européennes redoutent le marché chinois. Près de 50 % des entreprises estiment qu'elles sont ou seront discriminées dans les deux prochaines années.

Mauvais chiffres

Depuis deux mois, les investissements européens vers la Chine sont en baisse. Si ces mauvais chiffres sont en partie à imputer au contexte économique, il n'en reste pas moins qu'investir en république populaire demeure un choix risqué pour une entreprise étrangère. " C'est un fait que les investissements sont en baisse... Nos entreprises ont la perception que les barrières pour entrer dans le marché sont très élevées ", a expliqué Davide Cucino, le président de la Chambre lors de la présentation à la presse du rapport, mercredi.

Sur le long terme, il espère cependant que le prochain plan quinquennal qui entrera en vigueur l'année prochaine offrira de nouvelles opportunités aux entreprises européennes. Parmi les principaux axes de développement, on compte la consommation intérieure et les énergies renouvelables.

" Nous avons accueilli le plan avec enthousiasme. Cependant, nous pensons que les objectifs fixés ne sont pas toujours représentés dans les règlements. La réussite du plan passera par l'innovation et le développement du secteur privé ", assure le président de la chambre qui, toutefois, met en garde : " Je suis inquiet. Il ne reste pas beaucoup de temps. "

Le déficit commercial entre la Chine et l'Europe a atteint 168,8 milliards d'euros en 2010.

Virginie Mangin, à Pékin

PHOTO - LONDON, ENGLAND - SEPTEMBER 08: Prime Minister David Cameron (L) and Chinese Vice President Wang Qishan shake hands outside Number 10 Downing Street on September 8, 2011 in London, England. China has given its official support for London to become a trading centre for the yuan.

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mercredi 24 août 2011

La Chine espère échapper au ralentissement - Frank Paul Weber

La Tribune (France), no. 4792 - Économie | International, mercredi 24 août 2011, p. 4

Le premier exportateur mondial profite encore des commandes pour Noël...

L'économie chinoise va-t-elle rester insensible au ralentissement de la conjoncture chez ses clients européens et américains? Oui mais plus pour longtemps, répondent les économistes chinois proches du pouvoir. Évoquant l'actuelle " crise de la dette en Europe ", comme " la peste noire du XIVe siècle ", deux économistes de renom dans les colonnes de l'officiel " Quotidien du peuple ". Ils estiment certes qu'elle aura " beaucoup moins d'impact sur les actifs des réserves de change de la Chine que la crise de la dette américaine et l'abaissement de la note [par S&P, NDLR] ". Pékin détient en effet beaucoup moins d'emprunts d'États de la zone euro que d'obligations du Trésor américain. " Le déclin de la demande causée par cette crise de la dette européenne aura cependant un impact à long terme sur l'économie réelle de la Chine ", nuancent-ils

L'Union européenne (UE) est en effet le premier partenaire commercial de la Chine, avec un volume annuel d'échanges de 400 milliards d'euros dépassant celui réalisé par Pékin avec Washington. D'ailleurs si l'excédent commercial chinois a atteint le mois dernier son niveau le plus haut depuis deux ans et demi cela est dû à des exportations plus soutenues que prévu vers l'UE. Cet été, le premier exportateur mondial devrait profiter des commandes passées pour Noël par ses clients européens et américains. Mais après? " La performance à l'export de la Chine est toujours marquée avec retard par un ralentissement conjoncturel et une demande étrangère qui faiblit et donc les problèmes de dette actuels à l'étranger n'auront pas immédiatement un impact négatif sur les exportations chinoises ", explique Zhang Yansheng, économiste à la Commission pour la réforme et le développement national. " Si la demande des États-Unis et de l'Europe chute, la croissance dans les régions côtières chinoises comme le Guangdong sera touchée mais pas l'ensemble de l'économie ", précise-t-il, estimant que l'économie est tirée surtout par la demande intérieure.

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jeudi 18 août 2011

Course antidumping de l'UE contre les bicyclettes chinoises

Le Monde - Economie, vendredi 19 août 2011, p. 12

Après les chaussures en cuir, les bougies ou le papier d'imprimerie, la guerre des bicyclettes risque-t-elle d'être relancée entre l'Union européenne (UE) et la Chine ? Bruxelles pourrait se prononcer, fin août, sur la reconduction de ses mesures anti-dumping, taxant à nouveau à 48,5 %, et pour cinq ans, les vélos et les composants de vélos chinois. Un affront de plus, redoute la Chine, première usine mondiale de vélos, soumise à ces taxes depuis 1993.

A l'origine de ce contentieux : l'Association européenne de fabricants de bicyclettes (EBMA) et le Comité de liaison des fabricants de pièces et équipements de deux-roues (Coliped) de l'UE, représentant des fabricants en majorité italiens, allemands et français. Ils s'étaient inquiétés, dès juillet 2010, de l'expiration programmée des mesures de restriction et en avaient demandé le renouvellement.

L'heure est, selon eux, toujours aussi grave. Les Chinois leur font une concurrence agressive sur le sol européen, n'hésitant pas à contourner les taxes en exportant via d'autres pays d'Asie. Elle menace directement ses 250 usines de fabrication, ses 300 usines de composants et ses 60 000 emplois directs et indirects. La France en comptait 12 000 en 2010, selon le Conseil national des professions du cycle (CNPC). " L'invasion de 13 millions de bicyclettes en Europe, si ces mesures sont levées ", n'arrangera pas les choses, s'inquiète Moreno Fioravanti, président du Coliped.

La petite reine européenne a le nez dans le guidon, concédait la Commission européenne, fin juillet. Elle notait, depuis 2007, une baisse de la production de 11 % et des ventes de 13 %, amplifiée par la crise. L'emploi a lui aussi décliné de 9 % sur cette période, en dépit des mesures anti-dumping et de la baisse des importations chinoises (626 000 unités en 2010 contre plus de 980 000 en 2007).

L'affaire est assez sérieuse pour que Paris soit directement " intervenu auprès de la Commission pour reconduire ces mesures de défense commerciale ", indique une source française à Bruxelles. Il le fera chaque fois que les pratiques des concurrents seront " susceptibles de générer des destructions importantes d'emplois pour l'économie française et européenne ", prévient-elle. Il s'agit de mesures de " défense commerciale " et " non de protectionnisme ". Car ces taxes, prévues notamment par les accords du GATT (ancêtre de l'Organisation mondiale du commerce), " sont tout à fait légales ", se défend la Commission.

Vote secret

La requête des producteurs de vélos européens a été soutenue, le 28 juillet, par un vote secret des Etats membres, qui ont appuyé le principe de la reconduction des mesures sur cinq ans, contre trois proposés initialement par Bruxelles. Une durée nécessaire pour les fabricants de l'UE, qui continueront de bénéficier d'exemptions aux règles anti-dumping sur les pièces de vélos qu'ils importent de Chine pour les assembler.

Sans cet arsenal, " c'est toute l'industrie du vélo qui va disparaître ", dit M. Fioravanti, alors qu'elle multiplie ses efforts pour rester dans l'UE, ou y revenir pour Decathlon. " Que faire face à des bicyclettes vendues en moyenne 30 dollars - 21 euros - " quand les vélos " made in EU " sont au moins trois fois plus chers ? Le professionnel italien estime que les mesures anti-dumping restent la " seule pierre possible face à Goliath ". - (Intérim)

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jeudi 4 août 2011

OPINION - Remède à l'eurocrise, la Chine - François Godement

Le Monde - Dialogues, jeudi 4 août 2011, p. 15

En cet été de tous les dangers, trois crises menacent. Celle de la planche à billets américaine, qui contient les taux d'intérêt au prix de l'inflation des valeurs refuge. Celle de la gouvernance européenne qui n'ose pas mettre en oeuvre une interdépendance autre que ponctuelle. Enfin, celle qui s'approche en Chine, où l'accumulation primitive chère à Marx - plus de 50 % du produit intérieur brut (PIB) est investi et non consommé - tourne à l'emballement. La surchauffe nourrit l'inflation des matières premières et les surcapacités globales.

Les trois crises sont de plus en plus liées entre elles. La crise américaine de 2008 a mis à nu les faiblesses du système européen et suscité un emballement du crédit en Chine. Les pays européens les plus fragiles sont tombés dans une spirale, les plus solides ont dopé leur croissance par les dépenses publiques. Le marché spécule donc sur les limites de leur solidarité. Si survient un arrêt des paiements publics américains, parions que les banques américaines, comme celles du Japon lors de la crise financière asiatique de 1997, donneront la priorité à leurs propres débiteurs sur ceux du système bancaire européen.

Quant à la Chine, elle influence de plus en plus l'économie européenne. Le montant du déficit commercial annuel dépasse celui des plans d'aide à la Grèce, et la Chine est devenue la première source mondiale de recyclage des liquidités. Elle-même pourrait connaître un choc externe sans précédent si la demande occidentale devait baisser comme en 2008.

La capacité d'action politique fait ensuite la différence. Les Etats-Unis peuvent mettre le monde au défi de frapper son plus grand débiteur : " Our debt, your problem " (" Notre dette, votre problème "). La Chine tourne en stratégie mondiale et en diplomatie publique ce qui est d'abord un excès monstrueux de liquidités. L'économie américaine met à profit ce besoin chinois de réexportation de capitaux, et jusqu'ici les prêts chinois au Trésor américain n'ont pas faibli.

Et l'Europe ? Sur le bon usage de la Chine, comme sur la dette publique des Etats membres, elle est trop divisée. L'Europe du Nord fourmi a beaucoup prêté au Sud cigale, ce qui crée une interdépendance subie, non une solidarité acceptée. La division est aussi bureaucratique. A quoi bon une banque centrale et deux fonds financiers européens aux moyens limités, sans compter le budget communautaire et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), ni les vingt-sept trésoreries - ou dix-sept pour l'eurozone ? Nul ne sait si les Européens ont emprunté peu ou beaucoup aux fonds chinois. Tout cela nuit à la capacité européenne d'influence sur le marché. Les pays en position de faiblesse courtisent prêts et investissements chinois. Les économies plus fortes redoutent une concurrence chinoise déloyale - car subventionnée - sur notre continent et voudraient au moins ouvrir investissements et marchés publics en Chine pour jouer à armes égales. Les décideurs chinois restent perplexes devant la complexité européenne, quand ils ne jouent pas de ces divisions.

Ce qui est sûr, c'est que le déséquilibre de la balance commerciale avec la Chine n'est plus relativisé par des comptes courants globalement en excédent. Le besoin d'un recyclage, tel qu'il existe entre Chine et Etats-Unis, est apparu.

L'Europe doit donc adopter une approche commune de la Chine. Un marché unifié de la dette sera attractif et plus sûr pour les capitaux chinois (ou japonais, car ceux-ci sont devant les mêmes dilemmes). Pour persuader Grecs, Portugais, Espagnols, Hongrois et autres d'une approche unifiée de la Chine, il faut en démontrer le bénéfice concret. Un véritable grand fonds européen donnerait des moyens bien plus conséquents que la prospection en ordre dispersé de sauveurs en dernier recours. Payer 3,5 % et non 6 % ou 10 %, c'est toute la différence entre le salut et la fuite en avant pour des Etats surendettés; c'est aussi un bon rendement pour des capitaux chinois ou japonais, s'il est garanti par l'ensemble de l'eurozone.

Il faut convaincre les décideurs des économies moins endettées et des instances communautaires de prospecter collectivement l'argent là où il se trouve : en Chine. Mieux qu'un pays isolé, contraint à la cession d'actifs stratégiques ou à des concessions politiques, l'Europe peut arguer de son marché immense et d'une sécurité des placements que n'offre plus la dette des Etats membres les plus touchés.

La bonne santé du marché européen est vitale pour les intérêts chinois, qui doivent aussi sécuriser les surplus exceptionnels de ces dernières années. L'Europe doit les accueillir favorablement sur un marché unifié de la dette, dans les économies à revivifier, et par la participation à des investissements européens pour la croissance.

L'avenir, ce sont des panneaux solaires chinois fabriqués en Grèce comme les voitures japonaises ont pu être montées en Alabama. Mais ce sont aussi des constructeurs et maîtres d'oeuvre européens remportant directement des marchés publics chinois, au lieu d'y être considérés comme des sous-traitants ponctuels et éphémères. Créer une interdépendance positive, c'est aussi permettre aux entreprises européennes une participation accrue au marché chinois, n'en déplaise aux partisans chinois d'un capitalisme d'Etat dérogatoire aux règles globales.

L'Europe doit au préalable s'organiser, car sans puissance collective elle n'obtiendra rien d'excellents négociateurs chinois.

La première étape, c'est de créer un outil statistique de l'eurozone, identifiant comme aux Etats-Unis la nationalité des principaux prêteurs et remontant au besoin la chaîne des intermédiaires et marchés tiers.

La seconde étape, c'est de lier la négociation d'un accord croisé d'investissement avec la Chine à une réglementation européenne aussi commune que possible. Celle-ci doit être incitative, avec une liste limitative de restrictions, et permettre également de simplifier des procédures nationales extrêmement complexes.

La troisième étape, c'est d'engager avec la Chine (et d'autres) une négociation réciproque sur l'ouverture des marchés publics. Les contribuables et les consommateurs européens peuvent bénéficier de bas prix chinois, mais les incidents du TGV chinois ou du nucléaire japonais montrent bien que des marchés trop captifs ne donnent pas les meilleures garanties.

L'ouverture réciproque est bénéfique à tous. L'Europe est le plus grand marché mondial, et la crise ne doit pas faire oublier une épargne privée importante - donc un potentiel de croissance future. La Chine doit être acceptée comme investisseur de premier plan en Europe et, pour cela, s'ouvrir elle-même dans des domaines où les Européens excellent.

François Godement

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vendredi 24 juin 2011

Pékin soutient son partenaire commercial, mais s'inquiète en tant qu'investisseur

Le Monde - Economie, mercredi 22 juin 2011, p. 15

La crise de la dette publique en Europe - Le marasme grec illustre la défaillance du leadership européen. Une crise à l'échelle européenne aurait un impact sur la croissance chinoise

La Chine suit de près l'évolution de la situation de la Grèce et navigue entre soutien infaillible du partenaire et inquiétude de l'investisseur. La vice-ministre des affaires étrangères, Fu Ying, a expliqué, le 17 juin, qu'il est d'une « importance vitale » pour la deuxième économie mondiale que les Etats européens parviennent à surmonter leurs difficultés et à échapper à la crise.

Lors d'une visite à Athènes, en octobre 2010, le premier ministre chinois, Wen Jiabao, faisait part de sa confiance en assurant que Pékin continuerait de financer la dette grecque. Il proposait aussi comme remède de doubler le volume des échanges commerciaux entre les deux pays en cinq ans et offrait une ligne de crédit de 5 milliards de dollars aux armateurs grecs afin qu'ils s'offrent des navires chinois. Le premier ministre grec, Georges Papandréou, proposait aux entreprises chinoises de faire de la Grèce leur « tremplin » d'accès à l'Europe. La visite en Hongrie, au Royaume-Uni et en Allemagne de Wen Jiabao, du 24 au 28 juin, devrait être l'occasion de réitérer le soutien chinois à l'économie grecque et à la zone euro.

Cela n'interdit pas à la Chine de s'enquérir, en investisseur rationnel et lucide, de la situation de l'Union européenne, son premier partenaire commercial. Dans un rapport sur la stabilité financière mondiale du 14 juin, la banque centrale chinoise constate : « La cause profonde qui a provoqué la crise de la dette souveraine n'a pas été résolue », en référence à l'endettement chronique des Etats européens qui ronge la confiance des marchés et menace de voir la crise grecque « se répandre et se détériorer ».

« Désir de diversification »

« Oui, le gouvernement chinois s'inquiète de l'évolution de la crise européenne », explique Zhang Ming, chercheur à l'Institut d'économie et de politique internationale de l'Académie chinoise des sciences sociales. Un affaiblissement de la demande européenne freinerait les exportations chinoises, donc la croissance et l'emploi. Selon lui, le yuan serait davantage sous pression en cas de dépréciation de l'euro face au dollar.

Surtout, il serait plus difficile pour la banque centrale de continuer la diversification de ses réserves de change. Toutes ces raisons poussent Pékin à ne pas abandonner l'Europe. « Toutefois, acheter des bons de la Grèce ou du Portugal devient risqué du fait de la possibilité de défaut. C'est pourquoi le gouvernement devrait envisager d'investir davantage dans le Fonds européen pour la stabilité ou dans le Fonds monétaire international, qui offrent de meilleures garanties », relève le professeur Zhang.

L'équation revient pour la Chine à évaluer la priorité entre sa volonté de diversifier le placement de ses réserves de change - 3 044 milliards de dollars (2 117 milliards d'euros) en mars, surtout en bons du Trésor américain - et son inquiétude envers la sûreté de la dette des différents Etats européens.

Hors Etats-Unis, « l'Europe est le seul marché assez profond pour absorber une part significative des 200 milliards de dollars de nouvelles réserves accumulées entre janvier et avril » relèvent les économistes de la banque Standard Chartered dans une note publiée lundi 20 juin. Ils estiment que la part de dette européenne détenue par la Chine augmente, d'autant que les rendements offerts en Europe sont meilleurs. La banque juge donc que « le désir de diversification de Pékin pourrait peser plus lourd que les questionnements sur les difficultés actuelles de l'Europe ».

Harold Thibault

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