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jeudi 3 février 2011

La fin de règne de Stanley Ho et l'enfer de Macao


Le Point, no. 2003 - Economie, jeudi, 3 février 2011, p. 87

La fin de règne de Stanley Ho ressemble à un mauvais feuilleton américain. C'est « Dynastie »à Macao. Haines recuites, trahisons familiales, avocats carnassiers. Le tout sur fond de (très) gros héritage à venir. Il faut dire que ce monsieur de 89ans, qui n'est plus tout à fait le même depuis qu'il a trébuché chez lui il y a un an, pèse 3 milliards de dollars. Stanley Ho, qui a commencé sa carrière en faisant de la contrebande à la frontière chinoise pendant la Seconde Guerre mondiale, a bâti sa fortune en obtenant le monopole de l'exploitation des casinos de Macao de 1962 jusqu'en 2002. Il a ensuite continué à faire prospérer son empire après la rétrocession de l'ancienne colonie portugaise à la Chine, en 1999. Il possède aujourd'hui dix-neuf casinos, cinq hôtels, un hippodrome, une compagnie de ferrys, une flotte d'hélicoptères, des centres commerciaux... Et de nombreux casinos à l'étranger (Portugal, Vietnam, Mozambique et Corée du Nord). Hormis le jeu, le magnat a une autre passion : les femmes ! Il en a eu quatre dans sa vie (il n'en aurait épousé qu'une seule) et 17 enfants ! Seul souci, ce petit monde ne s'entend pas vraiment à merveille. Le conflit familial a éclaté lorsque les enfants des première et quatrième conjointes ont eu l'impression d'être spoliés au profit de ceux des partenaires deux et trois. L'affaire éclate la dernière semaine de janvier. On apprend d'abord que le patriarche a déposé plainte devant la Haute Cour de Hongkong, accusant certains de ses enfants (dont Pansy et Lawrence Ho, à la tête de concessions rivales à Macao) de s'être « approprié de façon frauduleuse » la holding de l'empire. Ceux-ci répliquent via plusieurs communiqués, en affirmant que le tycoon était parfaitement au courant des modalités du partage du holding. Puis, devant les caméras de télévision, Ho intervient assis dans un fauteuil roulant, encadré par ses « proches » : « J'aime ma famille. Nous ne lancerons jamais d'action en justice les uns contre les autres. L'affaire a été réglée. » Sauf que, le lendemain, l'avocat de Stanley Ho assure que le vieillard a été forcé à une parodie de réconciliation... et que la plainte n'a pas été retirée. Depuis, Ho a été admis à l'hôpital. Loin de sa tentaculaire famille...

Marie Bordet

PHOTO - Macau casino magnate Stanley Ho (2n L), his third wife Chan Un-chan (2nd R) and daughter Florinda (R) speak to reporters in their home in Hong Kong January 26, 2011. Ho has dropped a lawsuit against family members in the latest twist of a dynastic tussle over the ailing octogenarian tycoon's multi-billion dollar empire. Picture taken January 26, 2011.

© 2011 Le Point. Tous droits réservés.

lundi 22 mars 2010

Stanley Ho ou la mauvaise passe de l'empereur du jeu de Macao

Le Figaro, no. 20414 - Le Figaro, samedi, 20 mars 2010, p. 9

L'Administration américaine reproche à Stanley Ho, le magnat chinois des casinos, d'entretenir des liens avec les triades.

Arnaud de La Grange

Le « roi du jeu » de Macao, Stanley Ho, serait au mieux avec les redoutables triades chinoises. C'est du moins ce qu'affirme le rapport d'une administration américaine rendu public cette semaine. Bien sûr, ce n'est pas la première fois que l'on prête des relations sulfureuses au célèbre tycoon, qui règne sur les casinos de l'ancienne colonie portugaise depuis quatre décennies. Dans ce secteur d'activités, officient peu d'enfants de choeur. Mais ces lourdes accusations provenant d'une autorité américaine font tache.

Ces liaisons dangereuses sont mises en avant par un rapport rédigé en mai 2009 par le bureau en charge des jeux du département de la Justice de l'État du New Jersey. À l'époque, il se penche sur une coentreprise associant MGM Mirage et la fille du magnat de Macao, Pansy Ho. Et sur des opérations de vente concernant un énorme complexe hôtelier d'Atlantic City, la deuxième ville du jeu des États-Unis.

Le rapport stipule que Stanley Ho a permis « au crime organisé d'opérer et de prospérer à l'intérieur de ses casinos », notamment en créant à partir des années 1980 des « salles de jeux VIP ». Des relations étroites auraient ainsi été tissées avec des membres des triades 14K et Sun Yee On. D'autres sources parlent aussi de blanchiment d'argent pour les Nord-Coréens. La conclusion est que Pansy Ho est un « partenaire inapproprié », du fait de sa dépendance financière avec son père.

L'homme est une institution, au mieux avec les autorités de Pékin. Depuis 2008, il est d'ailleurs membre de la CCPPC (Conférence consultative politique du peuple chinois).

Acquéreur de la vente Bergé

En 2007, il a déboursé 8,8 millions de dollars pour acquérir une tête de cheval, l'une des fameuses pièces pillées au palais d'Été de Pékin en 1860 par les troupes franco-britanniques et qui ont fait tant parler d'elles lors de la vente de la collection Bergé-Yves Saint Laurent. Avant de l'offrir à la Chine, qui a salué un « geste patriotique ». Lors du passage de la flamme olympique à Macao, en 2008, il était l'un des relayeurs.

À 88 ans, il a d'ailleurs gardé une élégante silhouette. Et une forme entretenue par une heure de natation quotidienne, jusqu'à de récents problèmes de santé. Il est toujours sous étroit contrôle médical, après être sorti ce mois-ci de l'hôpital où il a fait un long séjour après une lourde opération neurologique. Il a eu 17 enfants de quatre femmes, et la presse de Hongkong relatait récemment comment toute sa famille était insérée dans de puissants réseaux politiques et financiers.

Stanley Ho, qui détenait jusqu'en 2002 le monopole sur les casinos de Macao, a toujours nié toute collusion mafieuse et n'a jamais été inquiété par la justice. Le rapport du New Jersey n'apporte d'ailleurs aucune preuve à l'appui. Selon le magazine Forbes, il aurait été le milliardaire de la région le plus touché par la dernière crise, sa fortune fondant de 89 % pour tomber à un milliard de dollars en 2009. Depuis, les affaires auraient salutairement repris.

PHOTO - Macau casino kingpin Stanley Ho, who owns SJM Holdings, Macau's biggest casino operator, is helped into a vehicle as he discharged from a hospital to go back home in Hong Kong March 6, 2010. Ho, 88, was hospitalized in July 2009 after a fall and this is his second public appearance since.

© 2010 Le Figaro. Tous droits réservés.

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