dimanche 31 octobre 2010

VIDÉO - La censure divise les dirigeants - France 24

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On présente d'ordinaire Liu Xiaobo comme un dissident et un intellectuel, ce qui est vrai, mais in­complet. Car il est avant tout écrivain et surtout poète. Sa femme, Liu Xia, le rappelait dans un texte envoyé au Pen Club en avril 2009 : "je ne parviens toujours pas à voir Liu Xiaobo comme une figure politique. A mes yeux il est et sera toujours un poète assidu et difficile. C'est par la poésie que nous sommes tombés amoureux l'un de l'autre". Si les éditions Bleu de Chine préparent pour ce printemps la parution d'un recueil de ses essais en français, sa poésie n'a pas encore trouvé de traducteur. Dommage. N'a-t-il pas écrit, de prison, ces quelques lignes à sa femme :

"Avant d'entrer dans la tombe,

N'oublie pas de m'écrire avec tes cendres

N'oublie pas de me laisser ton adresse

dans le monde des morts."

Et c'est comme poète assurément que les événements de juin 1989 l'ont marqué à vie. Liao Yiwu, un ami écrivain, note à juste titre que Liu portait dans son écriture et dans sa vie le poids des morts de Tian'anmen.

Le fait de lui décerner le prix Nobel va-t-il changer les choses en Chine ? On lira dans notre dossier l'éditorial, assez fin, de la presse officielle. On découvrira aussi les analyses de la presse de Hong Kong et les twits qui ont fleuri ces derniers jours sur les mobiles des Chinois. Comme l'écrivait lui-même Liu en 2006, "Internet est un don de Dieu pour la Chine". Malgré la censure des blogs et des sites, malgré le coup de filet qui a suivi l'annonce du comité Nobel, l'information est passée. D'ailleurs le pouvoir à Pékin est traversé, semble-t-il, par des courants et il éprouve peut-être quelque hésitation quant à la conduite à tenir. On dit que Liu pourrait être libéré pour "raisons de santé". Ses avocats laissent entendre qu'il pourrait être rejugé. On a pu lire aussi, depuis six mois, plusieurs interventions de l'énigmatique Premier ministre Wen Jiabao. Loin de se cantonner à défendre la politique monétaire de son pays, cet officiel, ingénieur de formation, n'hésite pas à évoquer la nécessaire réforme politique qui doit venir après la libéralisation économique. Dans le dernier numéro du magazine Time (dont il fait la couverture en Asie), il aborde la question de la liberté d'expression. Et cela la semaine du Nobel ! A croire qu'il y a au sommet de l'appareil d'Etat un combat très feutré entre gauche et droite, entre fermeture et ouverture. Difficile de dire si l'attribution du prix Nobel de la paix jouera un rôle dans cette affaire - et dans quel sens.

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