vendredi 17 juin 2011

Les banques chinoises pourraient dépasser les américaines dès 2023


Les Echos, no. 20955 - Finance, vendredi 17 juin 2011, p. 33

Selon une étude mondiale du cabinet PwC, la taille des marchés bancaires de l'E7, qui regroupe la Chine, l'Inde, le Brésil, la Russie, le Mexique, l'Indonésie et la Turquie, devrait supplanter dès 2036 celle des pays du G7.

L'ombre des banques des pays émergents grossit à vue d'oeil. Selon l'étude mondiale du cabinet PwC « Banking in 2050 » publiée hier, la taille des marchés bancaires de l'E7, qui regroupe la Chine, l'Inde, le Brésil, la Russie, le Mexique, l'Indonésie et la Turquie, devrait dépasser dès 2036 celle des pays du G7 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie et Canada). En touchant de plein fouet les banques occidentales, la crise financière a accéléré un processus identifié par PwC en 2007. A l'époque, le cabinet de conseil prévoyait en effet que les banques de l'E7 dépasseraient leurs concurrentes occidentales en 2046, soit dix ans plus tard.

Dans le détail, la Chine devrait dépasser les Etats-Unis pour devenir la première puissance bancaire mondiale par les actifs dès 2023. De son côté, l'Inde dépasserait le Japon en 2035 pour s'imposer à la troisième place tandis que le Brésil devrait coiffer l'Allemagne et le Royaume-Uni d'ici à 2045. Parmi les pays du G7, seuls les Etats-Unis se maintiendraient ainsi dans le trio de tête, entre la Chine et l'Inde. La première puissance mondiale « a une avance importante en termes d'actifs bancaires et certaines banques américaines sont déjà présentes dans des pays de l'E7. Elles profiteront donc de la croissance à venir de ces marchés », souligne Hervé Demoy, associé de PwC.

Les acteurs bancaires occidentaux doivent donc surmonter au plus vite la crise pour conquérir cette nouvelle frontière bancaire. Pour l'heure, ceux-ci ont au contraire réduit leurs ambitions en se concentrant sur la clientèle haut de gamme et les entreprises, qui n'exigent pas un développement de leur réseau. Une seconde étude publiée hier par le cabinet Velhon révèle que les établissements bancaires des pays développés ont ainsi vu leur réseau progresser en moyenne de 2,5 % seulement en 2010 contre 14 % en 2008. Les banques des pays émergents ont dans le même temps creusé l'écart. Quatre banques indiennes figurent parmi les dix acteurs les plus dynamiques en termes d'ouvertures d'agences, aux côtés d'établissements chinois, indonésien, brésiliens, vietnamien et ukrainien. State Bank of India a ouvert plus de 1.000 agences par an depuis 2008. L'offensive des acteurs du G7 se heurte toutefois aux réglementations locales : en Chine comme en Inde, les participations étrangères dans des banques domestiques restent limitées.

Le Nigeria, marché prometteur

Un second défi se profile pour les banques du G7 : la montée en puissance des acteurs émergents va de pair avec le développement de leurs ambitions à l'étranger, en particulier en Afrique, partie du monde la moins bancarisée et chasse gardée des pays du G7. Selon Velhon, le Nigeria, s'il assure un cadre politique et réglementaire favorable, se profile comme le marché de banque de détail le plus prometteur du continent. Anglophone, avec plus de 150 millions d'habitants, une croissance tirée par les exportations de pétrole et une urbanisation importante, le pays a en effet tout pour accueillir les premières passes d'armes entre banques occidentales et acteurs des pays émergents.

NINON RENAUD

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