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jeudi 9 juin 2011

EXTRAIT - "Mémoires : Le temps présidentiel" par Jacques Chirac


Le Point, no. 2021 - France, jeudi 9 juin 2011, p. 38-48

Explosif. Dans le Tome 2 de ses mémoires, Chirac parle sans haine de son successeur. Et sans indulgence.

C'est un livre à l'image de l'homme : grand format, coloré, humain, érudit, empreint de sagesse, éminemment (géo)politique, mais qui sait aussi être lucide, rancunier, faire preuve d'espièglerie et capable, par moments, de morsures.

Jacques Chirac publie le second tome de ses Mémoires, qui revient sur ses douze années à l'Elysée. D'habitude sourd aux attaques et muet devant ses visiteurs, l'ancien chef de l'Etat dévoile - enfin - ce qu'il pense des hommes et des événements qui ont animé sa présidence. Nicolas Sarkozy - « nerveux, impétueux, débordant d'ambition, ne doutant de rien et surtout pas de lui-même » - n'échappe évidemment pas à la critique. Alors qu'un tel exercice suppose parfois une aptitude à l'indulgence ou au mensonge, Jacques Chirac, lui, se veut sincère sur ce que furent ses relations avec le chantre de la « rupture ».

Comment, en effet, oublier la révélation, à trois mois de la présidentielle de 1995, de l'affaire dite de la plus-value des terrains de Vigneux, appartenant à sa belle-famille ? A ce sujet, Chirac écrit qu'il lui a « toujours manqué la preuve qu'elle avait été initiée par le ministre du Budget » (alors Sarkozy). Comment faire l'impasse sur l'ironie de celui qui fut ensuite ministre de l'Intérieur, président de l'UMP et qui crut bon de moquer l'amateur de sumo qu'est Chirac ? « Réagir à cela, du moins publiquement, ne pouvait que conduire à un affrontement auquel, je persistais à le penser, il n'eût pas été digne de se prêter », confie le mémorialiste, qui, encore atteint par la saillie, ne retient plus sa plume : « Devais-je dans ce cas prendre une décision plus radicale, comme on me le conseillait ? Il m'est arrivé de m'interroger à ce sujet. » Mais il serait injuste de réduire « Le temps présidentiel » à ses seules, bien que nombreuses, occurrences sarkozyennes. Dédié« aux Français », ce tome se veut chiraquien jusque dans le style - l'auteur nous épargne les belles phrases et le lyrisme ampoulé des politiques qui lorgnent l'Académie.

Emotion. Sur 600 pages, Jacques Chirac décrit la vie à l'Elysée, à la fois excitante et cauchemardesque, ses rapports avec les Bush, Tony Blair, Yasser Arafat, les coulisses de la guerre en Irak, la mort tragique de son ami Rafic Hariri, sa passion pour les arts premiers, le sumo, sa fondation, l'émotion que lui inspire François Mitterrand à la fin de sa vie et l'empathie qu'il éprouve pour les Français en difficulté, malades ou misérables. Il y met toute sa sincérité. Comme dans son très touchant - et utile - « Testament politique », qui clôt le livre, accompagné de cette adresse aux Français : « Rêvez ! Osez !»
Saïd Mahrane


EXTRAITS

1995 François MItterrand

Le lendemain de mon élection, j'assiste en compagnie de François Mitterrand, sur les Champs-Elysées, aux cérémonies du cinquantième anniversaire de la victoire du 8 mai 1945. Nous sommes assis côte à côte dans la tribune présidentielle, bavardant de manière amicale et détendue. Sans déroger à sa réserve habituelle, le chef de l'Etat manifeste à mon égard une cordialité qui n'a rien de feint ni d'ostentatoire. En dépit du soutien officiel qu'il a apporté au candidat socialiste, il ne paraît pas mécontent, en réalité, que les Français aient fait un choix différent de celui qu'il préconisait. Tout me laisse même à penser qu'il préférait secrètement avoir pour successeur un homme extérieur à sa famille politique, dont il n'aurait à subir ni querelle d'héritage ni « devoir d'inventaire ». Sans doute y voyait-il le gage d'une passation de pouvoir plus apaisée... J'ai été l'adversaire de François Mitterrand avant de devenir son Premier ministre. Aujourd'hui me voici en charge de sa succession. Quels qu'aient été nos désaccords antérieurs, j'ai conscience du lien particulier qui nous unit désormais et qui dépasse nos seuls rapports personnels, si bons soient-ils.

1995 Les canards de Mitterrand

Je demande à François Mitterrand de bien vouloir me signaler toute difficulté qu'il rencontrerait dans sa nouvelle vie et pour laquelle je serais susceptible de lui venir en aide. Je pense, bien sûr, sans le lui dire, à ses problèmes de santé dont la gravité n'est plus un mystère pour personne. Le 8 mai, lors du déjeuner officiel donné en l'honneur des chefs d'Etat venus assister aux cérémonies du cinquantième anniversaire, il a confié à mon épouse qu'il était pressé de nous voir arriver, tant il souffrait « atrocement », contraint désormais à porter une minerve pour calmer la douleur qui s'est emparée de ses cervicales. Mais, avec sa pudeur habituelle, François Mitterrand préfère me demander de prendre soin, avant toute chose, des petits colverts qu'il a fait introduire dans le parc de la présidence. « Je sais que vous avez un labrador, me dit-il, inquiet de leur devenir. Essayez de faire en sorte qu'ils ne soient pas dévorés en deux jours. » Je lui assure que je veillerai à les protéger.

1997 Lionel Jospin

Je n'aurai aucune difficulté à m'entendre avec Hubert Vedrine et Dominique Strauss-Kahn durant le sommet du G7 qui se tient à Denver dans l'avant-dernière semaine de juin, pour y exprimer de façon cohérente et concertée les inquiétudes de la France face au réchauffement climatique et notre refus commun du « tout libéral » comme modèle économique. Ce bref séjour aux Etats-Unis ne fait que me confirmer les grandes qualités humaines et professionnelles d'Hubert Vedrine. Il me permet aussi de découvrir en Dominique Strauss-Kahn un homme de caractère et de convictions, pragmatique dans ses jugements, et déjà assez expérimenté pour avoir conscience de réalités internationales qui ne paraissent pas essentielles à la plupart des leaders politiques hexagonaux.

Somme toute, les relations les moins aisées, pour ne pas dire les plus difficiles, sont celles que j'ai entretenues d'emblée avec Lionel Jospin. « La cohabitation n'est pas la fusion », m'a-t-il prévenu lors d'une de nos premières apparitions publiques, pour éviter entre nous toute forme de complicité. « Elle n'est pas non plus la fission », lui ai-je rétorqué sans vouloir le brusquer. Il ne fait aucun effort pour masquer sa méfiance à mon égard et ne m'apprécie guère, de toute évidence. En ce qui me concerne, je m'efforce de rompre un peu la glace et de faire en sorte que notre collaboration se passe dans le meilleur climat possible. Il n'est pas dans ma nature d'être spontanément désagréable à l'égard de mes semblables. Mais la vérité, dans le cas précis, est que j'ai affaire à un type d'interlocuteur dont le style et le langage me sont tout à fait étrangers. Je ne me sens rien de commun avec un dirigeant dont la rigidité intellectuelle, la vision manichéenne de la société, la conception antagoniste des rapports politiques dictent le comportement comme la pensée - sans présumer encore de ce que sera son action. On est loin ici de la finesse et de la subtilité mitterrandiennes, qui n'ignoraient rien de la complexité des êtres et savaient bien se jouer des frontières partisanes.

1997 Nicolas Sarkozy, le retour

Après son départ de Matignon, je n'ai pas réussi à convaincre Alain Juppé de garder la direction du Rassemblement pour la République. Son maintien à la tête du mouvement m'eût assuré d'une entente solide et loyale avec la principale force politique de l'opposition. Le 7 juillet 1997, c'est finalement Philippe Séguin qui a pris la présidence du RPR, secondé par Nicolas Sarkozy au secrétariat général, tous deux résolus à marquer leur autonomie vis-à-vis d'un chef de l'Etat qu'ils jugent discrédité. Philippe Séguin connaît mes réserves concernant la promotion de Nicolas Sarkozy, que j'estime à tout le moins prématurée. Mais il a décidé de passer outre en appelant à ses côtés l'ancien ministre du Budget d'Edouard Balladur qui, avant comme après mon élection, n'a pas ménagé ses attaques contre moi ni ses critiques de l'action gouvernementale d'Alain Juppé, sans toujours lésiner sur les moyens pour tenter de nous gêner. Par souci de rassemblement, je recevrai néanmoins à l'Elysée, au début de septembre, le nouveau secrétaire général du RPR afin de m'entretenir avec lui de la situation politique immédiate, sans faire allusion au passé. Ni vraiment parler de l'avenir... En considérant tout au plus que l'heure est venue d'en finir avec les « querelles personnelles ».

(...) Nicolas Sarkozy est le premier à m'annoncer sa candidature. Il m'assure qu'il est disposé à s'engager désormais à mes côtés. Et, comme pour mieux m'en convaincre, il me parle d'un nouveau pacte qu'il vient de sceller avec... Philippe Séguin, dont il appuierait la candidature à la Mairie de Paris tandis que son principal lieutenant, François Fillon, se verrait confier le secrétariat général du Rassemblement. Je retrouve Nicolas Sarkozy tel que je l'ai connu quelques années auparavant : nerveux, impétueux, débordant d'ambition, ne doutant de rien et surtout pas de lui-même.

J'ai apprécié qu'il accepte de s'engager au pied levé dans des élections européennes qu'il savait perdues d'avance. Mais j'ai aussi quelques raisons de douter qu'il soit le mieux placé pour apaiser les tensions au sein du RPR et permettre au mouvement de retrouver son unité. Je lui conseille de se préserver pour assumer, le moment venu, des responsabilités plus élevées. Je sais qu'il ne sera pas insensible à cet argument. Moyennant quoi j'obtiendrai de lui qu'il accepte de retirer sa candidature...

2002 Le choix du Premier ministre

J'ai commencé à réfléchir au choix du nouveau Premier ministre dès le lendemain du premier tour de l'élection présidentielle. (...) J'ai plusieurs noms en tête, dont ceux de Nicolas Sarkozy, de Jean-Pierre Raffarin et de Philippe Douste-Blazy. Ce dernier présente l'avantage de ne pas être issu du RPR et, en tant que président du groupe UDF à l'Assemblée nationale, d'avoir beaucoup contribué à entraîner les députés centristes dans notre dynamique unitaire, contestée et rejetée par leur président, François Bayrou. Mais je ne suis pas persuadé qu'il ait l'autorité nécessaire pour s'imposer à Matignon. Restent les deux premiers.

Nicolas Sarkozy paraît le mieux préparé à occuper cette fonction, ne serait-ce que parce qu'il en est lui-même convaincu au point, comme je l'apprendrai incidemment, d'avoir déjà entrepris de composer son cabinet ministériel. Je ne mésestime pas ses qualités : sa force de travail, son énergie, son sens tactique, ses talents médiatiques, qui font de lui, à mes yeux, l'un des hommes politiques les plus doués de sa génération. Son expérience gouvernementale, son dynamisme, son insatiable appétit d'action plaident aussi en sa faveur. Certains membres de mon entourage, tel Dominique de Villepin, sont favorables à sa nomination, l'estimant utile pour lui permettre de faire ses preuves. D'autres, plus nombreux, me la déconseillent, qui ne jugent pas Nicolas Sarkozy assez fiable par rapport à ce qu'un président de la République, conformément à l'esprit de nos institutions, est en droit d'attendre de son Premier ministre : une loyauté, une transparence totales dans leurs relations. Le risque, en effet, serait de me trouver très vite confronté à un chef de gouvernement prompt à affirmer son autonomie, voire à me disputer mes propres prérogatives, sans s'interdire de paraître déjà briguer ma succession. Bref, de subir les désagréments d'une nouvelle cohabitation...

Le fait est que j'ai besoin d'un Premier ministre avec lequel je me sente en complète harmonie et sur lequel je puisse m'appuyer en toute confiance. La confiance ne se décrète pas, mais c'est une nécessité impérative. Or il subsiste trop de zones d'ombre et de malentendus entre Nicolas Sarkozy et moi pour que ces conditions soient pleinement remplies. J'ajoute, et c'est le plus important, que nous ne partageons probablement pas la même vision de la France. Le choix de Jean-Pierre Raffarin me paraît à tous égards plus conforme à l'idée que je me fais de l'action gouvernementale.

2004 La condamnation d'Alain Juppé

Je me trouvais à Genève ce jour-là, pour une réunion de l'ONU, quand j'ai appris en début d'après-midi le verdict qui venait de frapper Alain Juppé dans l'affaire des emplois présumés fictifs du RPR, soit dix-huit mois de prison avec sursis et dix ans d'inéligibilité. Stupéfait, abasourdi, par une sentence aussi sévère, aussi injuste - c'est ainsi que je l'ai tout de suite ressentie, même si ma fonction m'interdit de commenter publiquement un acte de justice -, je me suis d'abord enfermé dans un long silence. Cette nouvelle m'a plongé dans une profonde tristesse. Je pensais à ce qu'Alain m'avait confié quelque temps auparavant : « J'ignore comment je réagirai si je suis condamné à une peine infamante. » Plus que mon propre sort judiciaire, c'est le sien qui me préoccupait depuis sa mise en examen six ans auparavant. Une attente qui laissait son avenir politique en suspens, même si je n'ai pas hésité à lui proposer spontanément, en mai 2002, de redevenir mon Premier ministre. Alain Juppé restait pour moi, quoi qu'il arrive, le « meilleur d'entre nous ». Il a alors décliné mon offre en faisant état, précisément, des risques judiciaires qu'il encourait. (...)

Dès mon retour à Paris, ce 30 janvier 2004, j'ai appelé Alain Juppé pour le réconforter, l'assurer de mon affection, de mon amitié. Je l'ai senti terriblement meurtri. Lorsque je l'ai retrouvé à son retour de Normandie, où il est parti se reposer avec Isabelle sitôt le verdict connu, je l'ai exhorté à tenir bon, à ne pas abandonner le combat politique : « Vous n'allez pas faire comme Jospin », lui ai-je même dit avec l'espoir que cet argument suffirait à le convaincre. Mais rien n'y a fait. Alain Juppé considérait qu'en raison de sa condamnation, et même s'il avait fait appel du jugement, il ne pouvait être question pour lui de se maintenir à la direction de l'UMP. Sa décision était prise et je ne suis pas parvenu à le faire changer d'avis. Il l'annonce aux militants réunis en congrès le 8 février, ouvrant la voie du même coup à des prétendants déjà impatients de briguer sa succession. L'un d'eux surtout : Nicolas Sarkozy.

2004 Nicolas Sarkozy, l'enfant terrible

Nicolas Sarkozy a une qualité indéniable : celle d'avancer toujours à découvert. Ses ambitions présidentielles sont vite devenues transparentes, à peine est-il arrivé Place Beauvau, quitte à paraître anticiper quelque peu sur des échéances qui n'étaient pas immédiates. Mais je me suis aussitôt refusé à entrer dans le rapport de forces qu'il tentait d'établir entre nous, considérant que celui-ci ne pouvait être que destructeur pour nos institutions. Ce n'était pas mon rôle, en tant que chef de l'Etat, de prendre part à une sorte de compétition ou de rivalité qui n'avait pas lieu d'être. Seule m'importait la façon dont Nicolas Sarkozy s'acquittait, en tant que ministre, de la tâche qui lui avait été confiée. La sécurité figurait parmi les priorités de mon programme présidentiel. Non la seule, mais une des plus importantes. (...) J'ai feint de ne pas me sentir visé lorsque Nicolas Sarkozy a cru bon d'ironiser, lors d'un déplacement à Hongkong, sur les amateurs de combats de sumo et de dénigrer le Japon, deux de mes passions, comme il ne l'ignore pas. Je me suis dit simplement, en l'apprenant, que nous n'avions pas les mêmes goûts ni la même culture. Beaucoup de mes proches s'étonnent alors que je ne réagisse pas à toutes ces petites phrases provocantes décochées contre moi par un ministre en fonction qui s'exprime à sa guise, sans jamais se soucier de ménager le chef de l'Etat. Mais réagir à cela, du moins en public, ne pouvait que conduire à un affrontement auquel, je persistais à le penser, il n'eût pas été digne au président de la République de se prêter. Devais-je dans ce cas prendre une décision plus radicale, comme on me le conseillait ? Il m'est arrivé de m'interroger à ce sujet. Après mûre réflexion, je suis toujours parvenu à la conclusion que me séparer de lui eût été priver la France d'un bon ministre. Jusqu'alors, rien dans son action ne me paraissait le justifier.

C'est pourquoi j'ai préféré, en avril 2004, offrir à Nicolas Sarkozy une nouvelle occasion d'exprimer ses talents. Soucieux de préserver à la fois l'équilibre du gouvernement et l'autorité du Premier ministre, j'estime incompatible, en revanche, sa fonction ministérielle avec la présidence du parti présidentiel, pour laquelle il a décidé de se porter candidat.

Après avoir tenté en vain de l'en dissuader, je décide d'exprimer publiquement, lors de mon intervention du 14 Juillet 2004, ma position sur un problème intéressant cette fois directement le fonctionnement de l'Etat. Je commence, les journalistes m'y invitant, par mettre les choses au point quant à mon désaccord récent avec le ministre des Finances sur le budget de la Défense. Nicolas Sarkozy le jugeait trop élevé et m'a fait connaître son opposition alors qu'il s'agissait pour moi de restaurer, dans le cadre d'une nouvelle loi de programmation militaire, nos moyens de défense comme nous l'avons fait pour la sécurité intérieure. Je résume d'une phrase la réalité du débat : « Il n'y a pas de différend entre le ministre des Finances et moi, dis-je, pour une raison simple, c'est que, s'agissant notamment de la Défense, je décide et il exécute. » J'ajoute que l'action gouvernementale est fondée sur deux principes que j'entends également faire respecter : « la collégialité et la solidarité », et que je n'ai pas l'intention d'accepter qu'ils puissent être remis en cause par quiconque. Puis, répondant à une question sur la probable candidature de Nicolas Sarkozy à la présidence de l'UMP, je précise que je demanderai au ministre de l'Intérieur de choisir entre l'une et l'autre de ces fonctions : « Un ministre par ailleurs président du principal parti de la majorité, cela veut dire en clair qu'il n'y a plus de Premier ministre. On touche là au bon fonctionnement des institutions et à l'efficacité gouvernementale... » J'annonce donc que « si tel ou tel ministre est élu président de l'UMP, il démissionnera immédiatement ou je mettrai fin à ses fonctions ».

Je dois bien avouer qu'en disant cela, avec la netteté qui s'imposait, je pensais que Nicolas Sarkozy ferait le choix de rester au gouvernement et de servir l'intérêt national. Mais c'est le contraire qui s'est passé. Lorsque je le reverrai pour connaître sa décision définitive, le ministre des Finances me confirmera sa résolution de briguer la présidence du parti majoritaire. Ne doutant pas de son succès, je lui confirmerai, de mon côté, qu'il devra cesser ses fonctions ministérielles au lendemain du congrès de l'UMP, le 21 novembre. Tout est clair désormais.

2005 Le Kärcher

A la fin du mois d'octobre 2005, la France doit faire face à une crise des banlieues d'une ampleur sans équivalent dans notre pays. (...) J'estime que nous devons rester extrêmement vigilants vis-à-vis de tout ce qui pourrait raviver les tensions. Je n'ai pas approuvé, et ne m'en suis d'ailleurs pas caché auprès de lui, les déclarations intempestives du ministre de l'Intérieur promettant, le 20 juin précédent, de « nettoyer au Kärcher » la cité des 4 000 à La Courneuve, puis, le 25 octobre, de débarrasser Argenteuil de ces « racailles ». En décembre 2005, je saisirai l'occasion d'une rencontre à l'Elysée avec une cinquantaine de lecteurs du Parisien, qui ont tous vécu de près la crise des banlieues, pour marquer de la même façon mon refus de toute « discrimination positive ». Cette idée remettrait en cause un principe républicain essentiel, celui de l'égal accès aux emplois sans autre distinction que celle liée au mérite. Je rejetterai tout autant une autre idée en vogue, celle qui consisterait à accorder le droit de vote aux étrangers non européens, et tiens à rappeler, là encore, un des principes fondamentaux de notre République, qui veut que suffrage et nationalité soient indissociables.

2007 Nicolas Sarkozy candidat

Quoi qu'ils en disent, peu de chefs d'Etat organisent véritablement leur succession, ce qui ne les empêche pas d'avoir leurs préférences ni éventuellement de les exprimer. Je n'étais pas le seul à penser qu'Alain Juppé possédait toutes les qualités requises pour assumer la fonction présidentielle. Mais les circonstances en ont décidé autrement. Après lui se sont ouvertes diverses hypothèses, entre lesquelles il ne m'appartenait pas de trancher. Chacun connaissait la qualité de mes relations avec Dominique de Villepin et nul n'ignorait les différences d'analyse qui m'avaient parfois distingué de Nicolas Sarkozy, ce dont lui-même ne se cachait guère au demeurant, en affichant son désir de « rupture ». Cependant tous deux avaient en commun de dépendre de la même formation politique. C'est elle seule, en définitive, qui serait habilitée à choisir son candidat.

Le 16 janvier 2007, je prends acte de l'investiture de Nicolas Sarkozy comme candidat de l'UMP à l'élection présidentielle. Le 21 mars, soit dix jours après avoir fait connaître ma propre décision, j'annonce, lors d'une intervention télévisée, que j'apporterai « tout naturellement mon vote et mon soutien »à sa candidature du fait même qu'elle s'inscrit dans le cadre de la majorité présidentielle. Je donne aussitôt après comme consigne au secrétaire général de l'Elysée, Frédéric Salat-Baroux, de veiller scrupuleusement à ce que rien ne puisse venir gêner, en quoi que ce soit, la campagne du représentant de l'UMP et à ce que chacun de ses collaborateurs fasse les efforts nécessaires en ce sens. Frédéric Salat-Baroux s'y emploiera avec toute la détermination que j'attendais de lui, en faisant preuve jusqu'au bout d'une loyauté et d'une fidélité exemplaires. Le 26 mars, le gouvernement est remanié de manière à éviter toute confusion entre le statut ministériel de Nicolas Sarkozy et sa position de candidat à l'élection présidentielle. Je prends alors la décision, en accord avec Dominique de Villepin, de nommer au ministère de l'Intérieur François Baroin, en qui j'ai toute confiance.

2007 L'élection

Nicolas Sarkozy est élu président de la République. Nous sommes réunis à l'Elysée ce soir-là avec Bernadette, mon petit-fils Martin, ainsi que l'ensemble de mes collaborateurs, pour entendre la première déclaration du futur chef de l'Etat. Chacun de nous écoute avec la plus grande attention chaque phrase, chaque mot qu'il prononce, guettant secrètement le moment où il citera sans doute le nom de celui auquel il s'apprête à succéder, ou même le remerciera du soutien qu'il lui a apporté. Mais ce moment ne viendra jamais. Pour ma part, je m'abstiens de manifester la moindre réaction. Mais au fond de moi je suis touché, et je sais désormais à quoi m'en tenir.


Chirac et la paix
1995 Tensions entre Chirac et Milosevic

Un problème reste à régler d'ici la tenue de la conférence [Conférence de Paris sur l'avenir de la Bosnie-Herzégovine , NDLR] : la restitution de nos deux pilotes capturés par les Serbes de Pale. (...) Je réunis un conseil restreint. (...) Je retiens l'idée (...) d'adopter un langage de fermeté vis-à-vis de Milosevic et quitte la réunion pour lui téléphoner (...).

« Je vous appelle, lui dis-je, pour une démarche extrêmement sérieuse. J'ai maintenant besoin de connaître la vérité sur nos deux pilotes, et j'ai besoin de les récupérer. Tout le reste de la procédure de signature et de levée des sanctions dépend de cela. Avez-vous des nouvelles ?» « Je suis content d'avoir l'occasion de parler avec vous à ce sujet, me répond Milosevic. Nous avons déployé tous nos efforts concernant vos deux pilotes. Je suis dans la même situation que vous s'agissant de leur sort. Nous n'avons malheureusement pas de nouvelles informations. (...) Je considère que retrouver vos deux pilotes est extrêmement important. Mais, comme je vous l'ai déjà souligné, les pilotes n'ont pas été enlevés par des Serbes, mais par des criminels. » Je lui explique que je ne peux pas croire cela : « Nous avons des informations précises sur nos pilotes, par l'intermédiaire des Russes et d'envoyés spéciaux. Nous avons la certitude que les services serbes savent où ils sont. S'il leur arrive quelque chose, nous avons tous les moyens d'apporter des preuves en ce sens. Comme nous préférons que les choses se passent à l'amiable, nous sommes prêts à monter avec vous les modalités de leur récupération. Si nos pilotes ne sont pas revenus, cela comportera pour vous un certain nombre de conséquences. » (...) Milosevic regrette de « constater une telle incompréhension et un tel manque de confiance de la part de la France ». Je lui demande, avant de raccrocher, de transmettre le message suivant à Mladic : « La France peut aussi être terrible dans sa vengeance. »

2002 Irak, la mise en garde

L'amitié supposant une franchise et une loyauté réciproques, j'ai fortement mis en garde George W. Bush contre les risques d'une éventuelle intervention militaire en Irak (...) : « Voilà exactement ce qui va se passer, lui ai-je dit en aparté. Dans un premier temps, vous réussirez à prendre Bagdad sans trop de difficultés. En deux ou trois semaines, tout sera réglé. Mais c'est après que les problèmes vont commencer. Vous serez confronté à un début de guerre civile entre chiites, kurdes et sunnites. Les chiites sont majoritaires, donc vous serez contraint tôt ou tard de leur céder le pouvoir au nom de la démocratie. Du même coup, vous renforcerez la position de l'Iran dans la région et finirez par déstabiliser des pays à majorité sunnite comme l'Arabie saoudite et quelques autres. Et cette guerre civile fera que l'Irak, qui n'a jamais tenu depuis ses origines sans une autorité forte, éclatera de tous côtés. Dès lors, vous ne pourrez plus rien maîtriser. Rien. Avec toutes les conséquences que cela impliquera pour l'équilibre du Moyen-Orient... » George W. Bush m'a écouté sans m'interrompre (...). Tout au plus a-t-il esquissé un sourire légèrement ironique. Et notre échange (...) en est resté là.


« Le temps présidentiel : Mémoires, Tome 2», de Jacques Chirac (Editions NiL, 600 pages, 22 Euros).

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EXTRAIT - Tome 1 :
"Chaque pas doit être un but"


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mercredi 4 mai 2011

Maxime Brunerie : Confessions d'un enfant raté - Géraldine Catalano


L'Express, no. 3122 - société rencontre, mercredi 4 mai 2011, p. 106-109

Le jeune homme souffreteux, égaré dans l'extrême, qui a tiré sur Jacques Chirac en 2002 a aujourd'hui 33 ans et toujours des comptes à régler. Le facho devenu bobo publie une autobiographie lucide et caustique qui n'épargne personne. Surtout pas lui-même.

Ce garçon sans cartable qui pousse la porte des éditions Denoël, à Paris, ce jeune homme très courtois qui rosit facilement, est-ce bien l'affreux facho condamné en décembre 2004 à dix ans de prison ferme pour avoir voulu "buter" le président Jacques Chirac un beau jour d'été ? Oui. Lorsque Maxime Brunerie a retrouvé le soleil, en août 2009, après sept ans passés derrière les barreaux, ses rares amis, sa soeur cadette, Clémence, avec qui il est longtemps resté fâché, l'ont découvert plus grand, moins chétif. "Je me tiens droit, c'est ça la nouveauté", dit-il.

L'oeil gauche ne se fait plus la belle depuis une opération au laser. La raie est moins parfaite, le timbre de la voix, égaré quelque part entre l'adolescence et la maturité. L'acné qui dévorait son visage a disparu, gommé par ces années de taule qui comptent double et les bienfaits des huiles essentielles, sa nouvelle passion. L'ancien coup-de-poing du GUD et d'Unité radicale (voir l'encadré ci-dessous) s'autorise encore quelques décharges des Sex Pistols et des Trotskids, au réveil. "Ça me donne la pêche." Le reste du temps, il roucoule avec Delphine, sa nouvelle copine, en épluchant des légumes bio au son de Radio Nostalgie ou des ballades fleur bleue de James Blunt. La bière ? "Une fois par mois, pas plus", affirme l'ancien trésorier de la Section 3 B (pour bière, baise et baston). Le PSG ? "Je ne mets plus les pieds au stade." La politique ? "Rien à faire." L'ancien candidat du Mouvement national républicain de Bruno Mégret aux municipales de 2001 a d'ailleurs voté blanc aux dernières élections européennes. Enfin presque. "J'ai écrit "Maxime Brunerie" sur mon bulletin." Après tout, on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même.

Les tisanes bio ne guérissent pas de tout. L'exalté qui hurlait "Merde aux gauchos et aux mollahs juniors !" quand il passait son "Deug-cafète" à Assas a définitivement rompu avec le mouvement "faf". Y a-t-il jamais cru ? "Non, même si je suis sensible à l'amour du drapeau et un peu réac. L'idée était surtout de dire : j'ai 20 ans et je t'emmerde", reconnaît-il. Mais Maxime l'enragé, l'asocial, "l'anarchiste tendance autiste" comme le surnommait Christian, le braqueur à l'ancienne devenu inséparable compagnon de promenade au centre de détention de Val-de-Reuil (Eure), n'est jamais loin. Il hante les pages d' Une vie ordinaire, récit autobiographique publié le 6 mai chez Denoël. L'itinéraire tragique et parfois comique d'un ado souffreteux au corpus brun et aux idées noires, un garçon attachant en proie à une immense détresse affective, un paumé, "seul, narcissique, misérable", qui a échoué dans toutes ses entreprises, y compris la plus spectaculaire d'entre elles : ce grand final du 14 juillet 2002 avec tambour, trompette et pétarade de 22 long rifle qui devait inscrire son nom en lettres de sang dans l'Histoire, tel un Ravaillac des temps modernes. "Les faits sont bien plus pathétiques que pathologiques", avait relevé l'un des cinq experts psychiatres cités devant la cour d'assises de Paris en décembre 2004. Philippe Bilger, l'avocat général, avait parlé d'une "passion puérile de l'interdit".

"C'est vrai", convient l'intéressé, qui se félicitera toute sa vie durant de sa "maladresse" au moment de passer à l'acte. Posté à l'abri des badauds sur les Champs-Elysées, Brunerie avait tiré en direction du cortège présidentiel avant de retourner - en vain - son arme contre lui. Placé en garde à vue quelques heures plus tard, le jeune homme avait fondu en larmes. "Je réalise soudain que j'ai voulu tuer froidement, sans aucune raison valable, un homme qui ne m'avait rien fait", écrit-il. "Si je rencontrais le garçon que j'étais alors, je lui mettrais une bonne paire de gifles et lui dirais de se bouger le cul", lâche-t-il aujourd'hui.

Brunerie n'a aucune indulgence avec lui-même. C'est la force du personnage et de son récit. Il n'en témoigne pas davantage pour les autres, c'est ce qui le rend désarmant. Son avocat, Pierre Andrieu, semble ne lui avoir laissé qu'un seul souvenir : "Bavard." Stéphane Beaudet, le dynamique maire de Courcouronnes (Essonne), qui a tant mis en oeuvre pour soutenir ses parents, ne s'en sort guère mieux. C'est pourtant lui qui a suggéré le nom de Me Andrieu à Annie et Jean Brunerie, les parents de Maxime, revenus en catastrophe de leurs vacances à Ibiza au lendemain de ce maudit 14 juillet 2002. Le jeune élu UMP a également rendu possible la rencontre secrète entre Jacques Chirac et Annie Brunerie, ancienne militante RPR, en mai 2005, à la demande de celle-ci. Une fois libéré, un BTS d'assistant de gestion en poche - il a obtenu son diplôme en prison -, Maxime a bénéficié d'un contrat de deux ans à la mairie de Courcouronnes. "La collaboration s'est très bien passée, témoigne l'édile. Maxime a un bon fond, mais il appartient à cette génération Facebook assez ingrate et inconsciente des conséquences de ses actes. En l'aidant, je n'attendais rien. J'ai simplement fait mon boulot et aidé sa mère, qui était désespérée et dont la vie est brisée."

La famille, cette grande absente du livre de Brunerie... Ah si, au bas de la page 117. Shooté au Zyprexa, un antipsychotique puissant, buté dans sa révolte, voilà le jeune détenu subissant pour la première fois le regard des siens au parloir de la prison de la Santé : "Ah ! le visage de la mère... Mon Dieu, ce reproche vivant que je croyais ne plus devoir affronter. Et la voilà en mater dolorosa, portant sur ses traits tirés toute la honte d'avoir engendré un fils aussi indigne." Neuf ans plus tard, la colère s'est muée en indifférence. "Mon enfance, c'est l'ennui à l'état chimiquement pur", résume-t-il. Un père, agent de maîtrise à la Snecma, transparent - "On est obligé d'assister au procès ?" aurait-il dit la veille du grand rendez-vous de son fils avec la justice. Une mère informaticienne, "paranoïaque" et "castratrice". "Je n'avais droit ni à la colo, ni aux sorties, ni au sport, ni rien... Sans cette prison familiale, j'aurais vécu une crise d'adolescence comme les autres et serais rentré dans le rang au bout d'un an." Prison, enfermement, les mots percutent comme des verdicts d'assises. Courcouronnes et Val-de-Reuil, même enfer carcéral, vraiment ? "Je suis passé d'une cellule à l'autre, déclare-t-il. La première partie de mon existence me laisse le sentiment d'un terrible gâchis. La prison est une non-vie, mais elle m'a appris à considérer les autres en tant qu'individus. Il a peut-être fallu cet acte irrationnel et brutal pour que je puisse rompre avec mon passé."

C'est fait. Le pavillon blanc de Courcouronnes a été vendu il y a quelques mois. Annie et Jean Brunerie ont filé vers le sud, loin de toute pression médiatique et de ce garçon qui n'envisage le bonheur pour l'instant que loin d'eux. La parution d' Une vie ordinaire, qu'ils ont apprise par hasard, les ronge d'inquiétude. Maxime ne veut pas y penser. Il vient de créer une petite affaire d'achat et de vente en ligne d'ouvrages rares et se rêve écrivain ou libraire. Sa prochaine lecture s'impose : le tome 2 des Mémoires de Jacques Chirac, qui paraît en juin. "Je vais me précipiter sur le passage du 14 juillet !" Parfois, l'ancien détenu repense à Alpha, l'Africain sapé aux couleurs de l'OM, à Kader, Kaï, Omar, Christian, à tous ces braqueurs, dealers, pointeurs devenus ses frères d'infortune et laissés entre les murailles de béton de Val-de-Reuil. Mais pas très longtemps. "L'amitié n'existe pas vraiment en prison. Le plus dur, c'est trouver le ton juste au moment de partir." Maxime n'a jamais dit au revoir à ses parents.



Un ultra "ordinaire"
Philippe Broussard

En découvrant le livre de Maxime Brunerie, de nombreux jeunes d'extrême droite risquent de reconnaître en partie leur propre histoire. L'auteur leur tend un miroir, il les oblige à l'introspection. Son parcours ressemble à tant d'autres... Dans les années 1990, il a supporté le PSG (côté tribune "Boulogne"), écouté de la musique skinhead. Il a ensuite fréquenté les néonazis du Parti nationaliste français et européen (PNFE), puis les étudiants castagneurs du Groupe union défense (GUD), et enfin Unité radicale (UR), une organisation dissoute en 2002 après l'attentat contre Jacques Chirac.

Aujourd'hui, le PNFE et UR n'existent plus. Seul le GUD, un moment en sommeil, semble encore actif. La plupart des militants nationalistes évoluent plutôt dans la mouvance "identitaire", une nébuleuse où se retrouvent notamment certains hooligans, parisiens ou provinciaux. Aux yeux d'une majorité d'entre eux, le Front national est un parti trop modéré, trop bourgeois. Brunerie ne cache d'ailleurs pas le mépris qu'il éprouvait, dans sa "vie" précédente, pour le FN.

Dans son livre, il ne "balance" pas ses ex-camarades aux bras tendus : il donne peu de noms, juste des indices pour initiés. Il ne révèle pas non plus de lourds secrets sur cette microsociété où tout le monde se connaît plus ou moins. Mais son texte, au fond, raconte l'essentiel : la violence ritualisée, le côté pathétique de ce fascisme d'arrière-cour, la haine de "l'autre" (le Noir, l'Arabe...), et celle de soi, surtout. Un an avant l'élection présidentielle, et l'inévitable débat sur l'extrême droite, cette autocritique brutale vaut bien des expertises sociologiques.


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jeudi 3 mars 2011

ENQUÊTE - Les bonnes oeuvres de M. Chirac - Pascal Ceaux et Jean-Marie Pontaut

L'Express, no. 3113 - FRANCE ENQUÊTE, mercredi, 2 mars 2011, p. 48-50,52

Une vingtaine de contrats litigieux sont finalement reprochés à l'ancien maire de Paris devenu chef de l'Etat. Parmi les bénéficiaires, les enquêteurs ont trouvé tous les profils. Exemples.

Nom : Chirac. Prénom : Jacques. Profession : ancien président de la République. L'instant risque d'être pesant dans le décor solennel du palais de justice de Paris. Pour la première fois dans l'histoire de la République, le tribunal correctionnel aura à juger, à partir du 7 mars, un ex-chef de l'Etat, pour des "détournements de fonds" commis par le biais d'emplois fictifs au détriment de la ville de Paris, dont il fut le maire entre 1977 et 1995. Pendant les quatre semaines d'audience, Jacques Chirac, toujours aussi populaire, comme l'a montré sa récente visite au Salon de l'agriculture, ne sera plus qu'un prévenu au milieu de 18 autres. Les magistrats devront alors décider si, oui ou non, un système d'emplois fictifs a fonctionné à l'Hôtel de Ville, au bénéfice de celui qui fut aussi chef de file de la droite et candidat à quatre reprises (1981, 1988, 1995 et 2002) à l'élection présidentielle.

L'accord passé en septembre 2010 avec l'actuel maire socialiste de la capitale, Bertrand Delanoë, n'a pas suffi à interrompre les poursuites. A la fin de septembre 2010, la municipalité en exercice a choisi de retirer sa plainte en échange d'une indemnisation de 2,2 millions d'euros, 1,7 million devant être versés par l'UMP, le reste venant de la poche de l'ancien président de la République. La tenue du procès n'a pas plus été empêchée par la réduction spectaculaire du nombre de bénéficiaires des contrats litigieux aux yeux de la justice, presque 250 au départ, ils se sont retrouvés une vingtaine à la fin de l'instruction.

Même réduite telle une peau de chagrin, l'enquête judiciaire dévoile des cas très différents. Parmi les bénéficiaires des contrats de chargé de mission, on trouve de tout : des "compatriotes" corréziens du maire, des associations à la vocation parfois assez éloignée de la vie parisienne, des hommes politiques ou des syndicalistes, des relations amicales, voire des cas sociaux.

Originaire de la Corrèze, dont il fut l'un des députés à l'Assemblée nationale de 1967 à 1995, Jacques Chirac s'est toujours montré soucieux du sort des habitants de ce département rural du centre de la France. Pour eux, sa sollicitude n'a jamais été prise en défaut, comme le montre le cas de la fille d'un élu local en recherche d'emploi, en 1993. Le maire de Paris lui offre une tâche sur mesure pendant près de quatre ans. Pour 9 000 francs par mois, elle lui rédige des notes de lecture sur des ouvrages que son emploi du temps surchargé l'empêche de parcourir : C'était de Gaulle, par Alain Peyrefitte, l'oeuvre poétique de Léopold Sédar Senghor ou encore, saine lecture, Le Corrupteur et le Corrompu, d'Alain Etchegoyen. Cette sinécure a coûté 643 438,20 francs à la Ville.

Une générositié jusqu'à Papeete

Des associations parfois insolites suscitent aussi la générosité de Jacques Chirac. Que dire, par exemple, de Propacsud ? Spécialisée dans les relations entre le pacifique sud et la République française, elle se voit offrir en 1988 un poste de chargé de mission, cadre supérieur au traitement de 22 500 francs par mois. Précision géographique importante : l'heureux bénéficiaire réside à Papeete, à plus de 15 000 kilomètres de Paris ! Il rédige, entre autres, une "note hebdomadaire" dans le journal local de son association, créée à l'initiative de Gaston Flosse, ami de Jacques Chirac et homme fort de Tahiti, et transmet régulièrement une "note de conjoncture" au maire de Paris. Interrogé dans le cadre de l'enquête judiciaire, le chargé de mission convient que ce service ne lui dévora pas tout son temps !

Des renseignements sur les milieux de la presse

L'association Sécurité et paix publique est bien, elle, installée à Paris. Ni exotisme ni localisation étrange. Elle se proclame haut et fort "pour les honnêtes gens et contre la pègre". Derrière ce slogan respectable se rassemblent d'anciens magistrats, policiers et militaires favorables à Jacques Chirac. En août 1983, l'association bénéficie du recrutement d'un cadre moyen, pour 8 000 francs mensuels. Selon Robert Pandraud, alors directeur du cabinet du maire, ce collaborateur était chargé de le renseigner sur les milieux de la presse, sur des sujets concernant la ville et sur l'éventuelle émergence de listes d'extrême droite dans certains arrondissements.

La générosité chiraquienne n'est pas toujours dépourvue d'arrière-pensées politiques. Entre 1984 et 1995, le maire vient ainsi au secours du Centre national des indépendants (CNI). Six chargés de mission de la mairie sont mis au service de personnes travaillant exclusivement pour le CNI. Jacques Chirac justifie cette anomalie par une aide apportée à un groupe minoritaire privé des avantages des grands partis. Il admet volontiers que le CNI n'a jamais rechigné à le soutenir.

Jean de Gaulle, au moins par son nom, ne souffre pas de l'obscurité du CNI. Mais, entre 1990 et 1995, le député parisien, petit-fils du Général, reçoit aux frais de la Ville le renfort de quatre assistants parlementaires, pour des salaires variant de 6 500 à 10 000 francs mensuels. Ils ne viennent jamais à la mairie, pas plus qu'ils ne travaillent pour la municipalité. L'un d'entre eux se présente même aux juges comme l'"assistant d'un assistant" ! Là encore, il y a une raison : Jean de Gaulle se consacre aux commémorations d'une année dédiée à son grand-père, et cela mérite bien un coup de main.

Secrétaire général de FO, Marc Blondel a, en 1990, besoin d'un chauffeur garde du corps. Jacques Chirac prend aussitôt l'affaire à coeur. Un candidat désigné par le patron de FO est embauché. L'homme qui conduit et protège Blondel est affecté à la direction du cabinet du maire. Au total, l'opération, qui va durer sept ans, a coûté 1 155 210,97 francs. Devant les juges, l'ancien chef de l'Etat défend ce contrat au nom de l'aide à la vie syndicale. L'explication est toute trouvée : FO est le syndicat majoritaire parmi les 40 000 employés de la ville.

La "sphère sportive", comme la qualifie la juge d'instruction Xavière Simeoni, n'est pas oubliée dans les bonnes grâces chiraquiennes. Le maire vient ainsi en aide au cyclisme et à une illustre championne : "Je suis prêt à faire tout ce qui fera plaisir à Jeannie Longo", écrit-il dans un document interne. Résultat : le recrutement d'un chargé de mission, cadre supérieur, au surnom bien choisi, Pierre Boué, dit Boué-Merrac. Derrière ces deux syllabes, la contraction des noms de ses deux idoles : Merckx et Chirac ! L'homme assiste notamment Longo pour le Tour de France féminin. Mais il aide aussi le champion olympique du 110 mètres haies de 1976, député et adjoint au maire, Guy Drut, à l'Assemblée nationale et au RPR. De 1985 à 1996, la Ville débourse 1 522 730,72 francs pour le fameux "Merrac".

Des notes adressée sau maire par la poste

D'autres emplois relèvent simplement du sens de l'amitié et du "bon coeur" de Jacques Chirac. Il verse ainsi 5 000 francs par mois à la directrice - bénévole - d'un musée, embarrassée par la maladie de sa vieille mère. Il vient aussi au secours de la femme d'un élu victime de graves problèmes de santé. Professeur agrégée, elle s'exprime avec difficulté à la suite d'une intervention sur le larynx. Elle est reconvertie par le maire en "conseiller pour l'éducation", de 1981 à 1993, pour une somme totale de 2 950 624,15 francs. Elle ne dispose pas de bureau à l'Hôtel de Ville et adresse par la poste des notes à Jacques Chirac. Lui aussi malmené par la maladie, François Debré, fils de Michel et frère de l'actuel président du Conseil constitutionnel, est pour sa part recruté afin de suivre la communauté asiatique de Paris. Mais la justice n'a trouvé aucune trace probante de ce travail, dont le bénéficiaire finit d'ailleurs par démissionner. Jacques Chirac déclare avoir voulu "lui offrir une seconde chance".

L'ancien président de la République pourra-t-il s'expliquer sur tous les cas litigieux retenus par le tribunal ? Pas sûr. Il dit lui-même ne pas avoir été informé de tous. Les rumeurs contradictoires sur son état de santé font aussi peser une incertitude sur le déroulement de l'audience.

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samedi 13 novembre 2010

Jacques Chirac en Chine pour le lancement de ses Mémoires

Le Monde - Lundi, 15 novembre 2010, p. 2

L'ancien président de la République (1995-2007) Jacques Chirac, 77 ans, a assisté à Shanghaï, vendredi 12 novembre, au lancement de la traduction chinoise du premier tome de ses Mémoires Chaque pas doit être un but, publiées à Paris en novembre 2009 aux éditions NIL. L'ouvrage a été tiré à 10 000 exemplaires en Chine. Tan Yue, président du groupe propriétaire de la maison d'édition Yilin, a estimé que la " façon de faire de la politique " de M. Chirac, " sa vision perspicace et sa connaissance de la culture chinoise ont fait forte impression " en Chine. Lors de sa récente visite à Paris, le président chinois Hu Jintao avait tenu à rencontrer M. Chirac.

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vendredi 29 octobre 2010

Jacques Chirac en Chine du 11 au 16 novembre

Le Figaro, no. 20604 - Le Figaro et vous, vendredi, 29 octobre 2010, p. 34

Confidentiels

Grand ami de l'Orient, l'ancien chef de l'État s'entretiendra le 5 novembre avec le président chinois, Hu Jintao, en visite d'État en France, avant de se rendre lui- même en Chine, du 11 au 16 novembre. À Shanghaï, Jacques Chirac présentera la traduction en chinois de ses Mémoires, Chaque pas doit être un but, et prononcera, le 12 novembre, le discours de clôture de la 22e conférence générale du Conseil international des musées (Icom). Après des entretiens avec des dirigeants chinois, il terminera son voyage par une escale à Hongkong, afin de présenter les actions de sa fondation.

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jeudi 5 novembre 2009

LITTÉRATURE - "Chaque pas doit être un but" par Jacques Chirac

Le Point, no. 1938 - France, jeudi, 5 novembre 2009, p. 38,39,40,41,42

Un événement. Pour la première fois, l'ancien président de la République se livre dans le premier tome de ses Mémoires, « Chaque pas doit être un but » (NiL). Jacques Chirac, tout au long de sa vie et de sa carrière politique, a été très avare de confidences. Cette fois, il a accepté de lever le voile sur lui-même, sur les siens, sur les autres : Bernadette, Giscard, Mitterrand, Balladur, Sarkozy... « Le Point » publie en exclusivité les bonnes feuilles de ce document pour l'Histoire.038-039-040-041-042.pdf

Et voilà qu'il se met à douter : « Qui cela va bien pouvoir intéresser ? Tout le monde m'a oublié, c'est ainsi... » Dos à la fenêtre, Jacques Chirac déploie ses grands bras, comme pour s'arracher à son bureau de la rue de Lille et fuir tous ces chroniqueurs matutinaux qui auront à commenter ses Mémoires, donc sa vie. Un livre - une torture quand on sait la légendaire réserve de l'homme - qui lui a demandé des mois de travail et sur lequel il n'a jamais su mettre un nom (« J'écris quelque chose qui ressemble à des Mémoires... »). Son visiteur du jour le rassure, lui dit que ça ira, qu'un tel ouvrage fera date et que l'accueil sera bon. Mais une ride dubitative fend toujours le front de l'ancien président de la République. N'est-il pas l'homme politique préféré des Français ? Au Point il confie vivre cette popularité« avec 99 % de recul et 1 % de plaisir ou l'inverse » ! A croire qu'il appréhende davantage la sortie de « Chaque pas doit être un but » que son renvoi en correctionnelle pour une histoire d'emplois fictifs. Même atteint au fond de lui par la décision de la juge, il se dit serein et décidé à batailler.

Au milieu des années 80, après un passage à Matignon et une candidature à la présidentielle de 1981, il s'était essayé à l'écriture d'un livre qui ressemble justement à des Mémoires. L'idée, soufflée alors par l'homme de télé, fondateur d'Antenne 2, Marcel Jullian, avec lequel il avait commencé une série d'entretiens, a vite fait pschitt...

Finalement, Chirac se convainc que la sortie de ses Mémoires est une aubaine. L'enfant du plateau des Mille-Sources a toujours aimé la France de près. Il envisage la promo de ce livre telle une petite campagne électorale, bien qu'un brin polluée par son actualité judiciaire.« Si j'ai écrit ces Mémoires, ce n'est évidemment pas pour me mettre en scène, assure-t-il.C'est en réalité une façon d'exprimer à nouveau mon attachement viscéral à la France et aux Français. » Depuis 2007 et son départ de l'Elysée, il a la nostalgie des odeurs du bocage et du contact avec les Français(es). Il surprend parfois ses amis à dire tout haut que « l'Histoire se fait dorénavant sans[lui] ». Ce fut le cas lors de son récent séjour au Maroc, à la table du couple Badinter et du fidèle Renaud Donnedieu de Vabres. L'effondrement du capitalisme, le renforcement de l'Etat, la défense d'un monde multipolaire, le réchauffement climatique : des années qu'il en parle ! A l'heure de ces grandes questions, c'est un autre que lui qui convoque le monde à l'Elysée.

Offre de Poutine. Sa nouvelle vie a été mille fois racontée : discours devant sa fondation, vacances à Saint-Tropez, visite au Salon de l'agriculture et rencontres avec des grands de ce monde. Seulement, le soir venu, quand le téléphone ne sonne plus, on sait moins ce qui se passe dans la tête de cet homme dont la vie a consisté, depuis 1965, à toujours regarder « l'à venir ». Comprendre la prochaine échéance électorale. A présent, que regarde Jacques Chirac ? Quand ceux qui l'aiment soulèvent ce problème, ses lèvres minces se tendent comme pour déplorer le temps passé. Son seul bilan, il le veut politique. Pour le reste : « J'aime manger, j'aime les femmes et j'ai eu une belle vie. » Il « a eu » une belle vie...

Il ne tenait qu'à lui de faire du « fric », comme dirait son successeur, et de sillonner le monde. C'était le 7 octobre 2006, en Russie. Vladimir Poutine, qui fête ses 54 ans, l'invite, ainsi que Gerhard Schröder, à faire un tour de bateau sur le lac Valdaï. L'ex-président russe se tourne vers le chancelier allemand : « Gerhard, une fois ton mandat terminé, accepterais-tu de prendre la tête de North Stream ? J'ai besoin de quelqu'un de ta compétence. - Cela mérite réflexion. » Puis vers Chirac : « Et toi, Jacques, que feras-tu après ? Travaillons ensemble. »« Jacques » décline l'offre. Son avenir, il l'imagine déjà ailleurs; il souhaite honorer dignement son mandat puis passer à autre chose, accorder davantage de temps à son petit-fils, Martin, visiter des contrées épargnées par la bétonisation et la déforestation, lire des poèmes sans jamais plus se cacher et écrire ses Mémoires. Ecrire aussi - comme il le faisait déjà secrètement du temps de l'Elysée - moult réflexions sur l'origine et le devenir de l'humanité. Encore aujourd'hui, il garde précieusement dans sa serviette une liasse de ces notes, ses « références les plus précieuses », qui lui apprennent « la relativité des choses ».« D'où venons-nous... Qui sommes-nous... Où allons-nous...» est le titre de l'une d'elles.« L'homme fait partie intégrante de la nature, il est rattaché par une longue chaîne ininterrompue[...]», écrit-il à la manière de Claude Lévi-Strauss. C'est dans un retour à la terre, à la famille et à l'écrit qu'il s'imaginait donc finir ses jours. Mais Claude, sa fille, ainsi que l'ancien secrétaire général de l'Elysée Frédéric Salat-Baroux le dissuadent de renoncer à toute vie publique, arguant qu'il doit s'engager, que c'est un devoir. Comme toujours, Chirac se laisse convaincre. Ils s'entendent alors sur quatre projets visant « à faire vivre la flamme » : la création d'une fondation et d'un club d'amis, une présence régulière au Conseil constitutionnel et l'écriture de Mémoires. Il honore ces quatre engagements. Souvent avec bonne humeur; parfois avec la lippe des mauvais jours. Chirac n'est lui-même que libéré de toute contrainte, loin des caméras et des assemblées. Le plaisir, même quand on a été le premier des Français, tient parfois à peu de chose.

Scènes de vie d'un président qui n'a rien perdu ni de sa foi, ni de son enthousiasme, ni de son humour : pour « un baiser », il vend un autographe aux promeneuses du quai d'Orsay, et n'importe qui peut lui prendre le bras pour une photo. On reconnaît en lui le promoteur de la motocrotte ou l'homme du non à la guerre en Irak. Il n'aime rien tant que discuter « des faux-culs » de la République avec Jean-Louis Debré et d'histoire avec le communiste Robert Hue. Au café, il préfère toujours la bière au champagne que lui offre le gérant. Dès qu'il peut, il invite à déjeuner au Plaza ou chez Laurent un trio d'anciennes collaboratrices, coutumières de sa galanterie vieille France et de ses blagues licencieuses. Incapable de rancoeur, il a promis à son ancienne conseillère Marie-France Garaud, réputée impitoyable avec lui, de la convier à dîner. Naguère méfiant à l'égard des journalistes, il sympathise à présent volontiers avec eux, au point de prolonger ses entretiens jusque sur le palier. Avec une profondeur inimitable dans le regard, il peut scruter durant de longues minutes le crâne lisse d'un bouddha de Qingzhou, comme récemment au musée Cernuschi. Au premier élu croisé - ce fut le cas avec Nicolas Sarkozy -, il présente son jeune conseiller Hugues Renson, qu'il affectionne comme un fils et à qui il prédit un bel avenir électoral. Le mois dernier, il a écrit à Danielle Mitterrand afin de lui proposer un rapprochement entre leurs fondations. S'il veut faire rire autour de lui, il rapporte une anecdote sur Giscard, dont il ne lira pas le dernier livre. A cela il préfère l'essai de l'Américain Jared Diamond sur la disparition des sociétés ou encore la biographie d'Obama par Guillaume Debré. Et quand la fatigue l'étreint, que l'attention lui fait défaut, il pose des questions à son interlocuteur pour avoir la paix.

Il sait tout. Chirac n'est pas sourd à la politique. Rien de l'actualité, rien des petites phrases assassines visant ses douze années passées à l'Elysée ne lui échappe. Ces dernières, il ne l'ignore pas, sont souvent le fait de son successeur. Mais jamais celui qui a été qualifié de « roi fainéant » ne se prêtera à un quelconque commentaire sur l'action, et encore moins sur les saillies, de Nicolas Sarkozy. A l'époque, il serrait déjà les dents quand son ancien ministre de l'Intérieur dénigrait le sumo - la pire des offenses qu'il eut à subir de sa part. Parfois, il s'agace de voir ainsi l'ordre institutionnel bousculé par l'hyperprésident. A tel point qu'on le dit compatissant à l'égard de François Fillon.« Vous souhaitez savoir ce que pense Chirac de la méthode Sarkozy ? interroge un de ses vieux compagnons.Eh bien, reprenez ses critiques de la présidence Giscard d'Estaing. Lui avait eu le courage et l'honneur de démissionner de Matignon en 1976. » Chaque jour du procès Clearstream, il a eu droit à un compte rendu d'audience. Là encore, pas un mot sur la procédure ni sur ses hommes. Dans un de ses rares moments d'abandon, il fit une remarque sur l'affaire Jean Sarkozy, assurant que « le bénéfice politique dans cette histoire est nul » pour la majorité. Une autre pour prendre la défense de Frédéric Mitterrand, accusé d'avoir fait l'apologie du tourisme sexuel. Municipales ou européennes, partielles ou non, Chirac n'a rien raté des dernières élections, félicitant ou consolant au téléphone les candidats qui lui sont restés fidèles. En juin, quelques jours après la débâcle des socialistes aux européennes, il apostropha ainsi un député PS qui traînait son spleen boulevard Saint-Germain : « Les européennes, c'est de la couille ! Les Français, ils s'en foutent. Vous avez fait l'essentiel, vous avez tué Bayrou ! »

Il aura 77 ans en ce mois de novembre. Bien que sa santé soit fluctuante, il n'a rien de l'impotent que l'on présente parfois. Sa mémoire est intacte, en témoignent ses Mémoires. Quelle vie abracadabrantesque que celle de Jacques René Chirac ! A-t-il un jour pensé arrêter la politique ?« Evidemment et comme chacun, il y a eu des moments où j'ai pu m'interroger sur le sens des choses, mais, très vite, les valeurs d'engagement, de service et de responsabilité qui ont guidé ma vie ont repris le dessus », confie-t-il. Dans un entretien, jusque-là inédit, accordé au psychanalyste Ali Magoudi, à la fin des années 80, Chirac confiait se voir « vieillir tous les jours ». Epoque où il arborait une cigarette au bec, une paupière tombante et une petite verrue naissante au coin du nez. Il ajoutait qu'il n'y a « rien de plus épouvantable et plus dérisoire que les vieux qui veulent jouer les jeunes. Il y a déjà tellement de jeunes qui sont vieux ». On lui demandait alors s'il appréhendait la fin, la sienne : « Je ne suis pas angoissé par la mort. C'est un événement qui doit intervenir. Et puis, je suis de ceux qui nourrissent un espoir pour après la mort. Si bien que ce n'est pas une idée qui me traumatise. » Pour Chirac, chaque pas doit être un but. Ici, donc, et peut-être au-delà.

Saïd Mahrane

Mémoires, Chaque pas doit être un but - Jacques Chirac

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lundi 18 mai 2009

HUMOUR - La blague de Chirac en Chine

Le Nouvel Observateur - Evènement, jeudi, 7 mai 2009, p. 49

Lors de son dîner avec Hu Jintao à Pékin le 29 avril, Jacques Chirac a fait rire ses convives en leur relatant les préparatifs du voyage en 2003 de son Premier ministre de l'époque, Jean-Pierre Raffarin. Celui-ci, qui fut le seul dirigeant occidental à venir en Chine en pleine épidémie de sras, n'en menait pas large. Avant de partir, il se demandait s'il ne risquait pas de contracter la maladie, a raconté Chirac. Je lui ai répondu: «Ne vous en faites pas pour ça, je trouverai bien un autre Premier ministre!»

PHOTO - 2006, Pékin / Getty Images

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mercredi 29 avril 2009

IMAGE DE CHINE - Chirac à Pékin

L'ancien président français Jacques Chirac a prononcé un discours à l'Université des affaires étrangères à Pékin, le 29 avril 2009. Les sujets abordés ont été la crise économique, le G20, l'Afrique et le rôle de la Chine dans le monde. La veille, il rencontrait le président chinois Hu Jintao / REUTERS

Un garde de l'Université observe la personnalité politique préférée des Français

vendredi 17 avril 2009

Le voyage de Chirac en Chine

Le Point, no. 1909 - Le point de la semaine, jeudi, 16 avril 2009, p. 18

Jacques Chirac se rendra en Chine à la fin d'avril; il devrait être reçu à Pékin par le président, Hu Jintao. Il ira également à Shanghai, qui accueillera l'an prochain une grande exposition internationale. Il déjeunera avec l'ancien président Jiang Zemin, qu'il avait accueilli dans sa propriété corrézienne de Bity. Sur le chemin du retour, Jacques Chirac fera escale à Doha, où se tient une réunion sur le développement durable.

PHOTO - 26 octobre 2006, à la place Tiananmen / REUTERS

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MISE À JOUR :

DERNIÈRES IMAGES - Jacques Chirac et Hu Jintao, le 28 avril 2009
DERNIÈRES IMAGES - Jacques Chirac à Pékin, le 29 avril 2009



jeudi 16 avril 2009

Jacques Chirac se rendra en Chine fin avril

Libération, no. 8691 - France, jeudi, 16 avril 2009, p. 14

Retraité sans frontières

Des sorties publiques au compte-gouttes (Salon de l'agriculture, Salon du développement durable, présence lors de la remise de la Légion d'honneur à son épouse...) mais toujours le goût des voyages. Au nom de sa fondation, Jacques Chirac se rendra en Chine fin avril où il prononcera notamment un discours à l'université de Shanghai. Un autre déplacement est prévu en Afrique cet été ou à la rentrée pour rencontrer plusieurs chefs d'Etat en activité. Quant au premier tome de ses mémoires, sa sortie est prévue pour l'automne.

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PHOTO - 26 octobre 2006, Pékin / Reuters