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jeudi 9 juin 2011

Pékin renoncerait à une ordination illicite d'évêque - Dorian Malovic


La Croix, no. 38991 - Religion, mercredi 8 juin 2011

Le P. Joseph Shen Guao'an, 50 ans, devait être ordonné jeudi évêque du diocèse de Wuhan (Hubei). Selon l'agence Asianews, cette ordination aurait été repoussée in extremis, devant l'hostilité des fidèles.

Pourquoi cette ordination posait-elle problème ?

Ordonné prêtre en 1988, le P. Shen, 50 ans, fait partie de la première génération de prêtres formés après la réouverture des séminaires en Chine en 1983. Il aurait été choisi par l'Association patriotique des catholiques chinois (APC) depuis 2008, pour devenir le futur évêque de Wuhan (20 000 catholiques, 25 prêtres « officiels » et 40 prêtres « clandestins »), mais il ne dispose pas du mandat pontifical et ne souhaiterait même pas devenir évêque du diocèse. Selon des sources catholiques du diocèse, qui désapprouvent cette ordination, les autorités politiques de l'APC font pression sur le P. Shen depuis des mois afin qu'il accepte ce poste sensible. L'ordination, qui devait avoir lieu jeudi, aurait été repoussée in extremis, a-t-on appris hier de l'agence de presse catholique Asianews. L'information provient d'un prêtre local, sans précision sur une éventuelle nouvelle date.

Quel est le contexte politique ?

À un mois des célébrations du 90e anniversaire de la naissance du Parti communiste chinois (PCC), une grande « vague rouge » submerge tous les secteurs de la société, qui doivent réaffirmer leur patriotisme. L'Église patriotique chinoise n'y échappe pas, même si de profondes dissensions internes montrent aussi une grande fidélité à Rome, difficile à afficher. Une nouvelle ordination illégitime illustrerait ainsi la volonté profonde du régime de Pékin de s'écarter d'un dialogue avec le Saint-Siège, jugé peu prioritaire par rapport aux autres enjeux politiques et économiques du pays.

Que dit Rome ?

À Rome, l'homme clé est MgrSavio Hon-Tai-Fai. Salésien chinois, il a été nommé par Benoît XVI secrétaire (numéro deux) de la puissante Congrégation pour l'évangélisation des peuples. Dans le quotidien Avvenire du 25 mai, il a précisé la position du Saint-Siège : « Tant que les consécrations illégitimes n'auront pas eu lieu, il y a toujours un espace de réflexion. » Prenant acte de la dégradation de la situation, il affirme : « Le coeur du véritable fidèle chinois ne se laisse pas diviser entre son amour pour la patrie et la fidélité à l'Église. La Chine est assez grande pour qu'existe aussi un espace pour l'Église catholique. » Mais il restait confiant jusqu'au bout dans la fidélité des catholiques chinois : « Les fidèles ont réagi face aux autorités avec le code de droit canonique en main, demandant au gouvernement de ne pas faire ce geste, d'éviter cette ordination, a-t-il également confié à l'agence Asianews. Il semble également que le P. Shen, qui doit être ordonné, ne veut pas l'être. Entre frères, je veux lui dire : J'ai confiance en toi, parce que tu sauras agir justement, et il n'existe pas d'autre façon d'agir justement que de refuser. »

MOUNIER Frédéric; MALOVIC Dorian

PHOTO - A priest leads worshippers as they attend Christmas Eve mass at a Catholic church in Wuhan, central China's Hubei province on December 24, 2010. Pope Benedict XVI rapped China for its curbs on religion and freedom of conscience in his Christmas message on December 25, reflecting the tense relations between the Vatican and Beijing.

© 2011 la Croix. Tous droits réservés.

lundi 20 décembre 2010

Rome hausse le ton face à Pékin

La Croix, no. 38847 - Lundi, 20 décembre 2010, p. 19

Dans un communiqué virulent, le Saint-Siège élève la voix contre le gouvernement de Pékin, coupable d'atteintes graves à la liberté religieuse.

Le Saint-Siège ne laissera rien passer. Après la publication, la veille à Rome, du vigoureux message de Benoît XVI sur la liberté religieuse dans le monde, la Salle de presse a publié vendredi un communiqué aux termes très vifs, dénonçant le sort fait aux catholiques de Chine. Après l'élection le 8 décembre, lors de scrutins qui n'avaient rien de secret - le vote était à main levée - ni d'ouvert - les élus étaient les seuls candidats en lice -, des nouveaux responsables de la conférence épiscopale officielle et de l'Association patriotique (lire La Croix des 9 et 13 décembre), Rome manifeste son courroux, rompant ainsi avec une bonne volonté affichée depuis plusieurs années, notamment par la publication, en 2007 par Benoît XVI, de sa lettre aux catholiques de Chine.

« Le désir persistant de contrôler les secteurs les plus intimes de la vie des citoyens, notamment leur conscience, et d'interférer dans le fonctionnement de l'Église catholique (...) est un signe de crainte et de faiblesse plus que de force ; d'intolérance intransigeante plus que d'ouverture à la liberté et au respect effectif de la dignité humaine, comme d'une distinction correcte entre les domaines civils et religieux », affirme d'emblée le communiqué. Il avertit les clercs et les laïcs qui étaient présents à cette assemblée, en dépit de l'interdiction formelle de Rome : « Chacun doit savoir qu'il en est responsable devant Dieu et devant l'Église. »

À l'inverse, le Saint-Siège « manifeste sa profonde estime » envers les absents « qui ont porté le témoignage de leur foi avec courage ». S'adressant directement aux catholiques clandestins « qui se demandent comment il a été possible que leurs évêques et leurs prêtres participent à cette assemblée », le Saint-Siège leur demande « de rester constants et patients dans leur foi ». Très clairement, le commu ni qué explique : « L'actuelle conférence des évêques de Chine ne peut pas être reconnue par le siège apostolique : les évêques "clandestins" non reconnus par le gouvernement mais en communion avec le pape n'en font pas partie. Mais en sont membres des évêques encore illégitimes. Et ses statuts contiennent des éléments incompatibles avec la doctrine catholique. »

Soulignant qu'il est « lamentable » qu'un évêque illégitime ait été nommé président de l'Association patriotique, le communiqué rappelle que les principes chinois d'autonomie, d'indépendance, d'autogestion et d'administration démocratique, qui gouvernent l'Église en Chine, sont « incompatibles avec la foi de l'Église catholique », « une, sainte, catholique et apostolique ». « Tel n'est pas le chemin que devrait suivre l'Église d'une grande et noble nation qui attire l'attention de l'opinion mondiale par ses grandes réalisations (...) mais qui peine encore à accéder aux demandes élémentaires en matière de liberté de religion, alors même que sa Constitution appelle à la respecter », juge Rome.

Selon l'agence Églises d'Asie, les scores obtenus par les nouveaux dirigeants catholiques n'ont laissé aucun doute sur la préparation en amont du scrutin : Mgr Joseph Ma Yinglin, 45 ans, évêque illégitime du diocèse de Kunming (Yunnan), a été élu président de la Conférence épiscopale par 312 voix et une abstention ; Mgr Johan Fang Xingyao, 57 ans, évêque du diocèse de Linyi (Shandong), a été élu président de l'Association patriotique par 310 voix et trois abstentions. Alors que les catholiques chinois espéraient que, au moins pour la Conférence épiscopale, Pékin choisirait un évêque reconnu par Rome, les derniers choix opérés montrent au contraire la volonté du régime de conserver son monopole administratif sur l'Église. « Il deviendra extrêmement difficile pour les évêques légitimes d'éviter de concélébrer des offices aux côtés des prélats non reconnus par le Saint-Siège », souligne Églises d'Asie.

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vendredi 17 décembre 2010

Pékin réaffirme son emprise sur les catholiques chinois au grand dam du Vatican

Le Monde - International, samedi, 18 décembre 2010, p. 8

Les relations entre Pékin et le Vatican traversent une phase glaciale. Après avoir ordonné un évêque n'ayant pas reçu l'approbation papale en novembre, les autorités chinoises ont récidivé au plus haut niveau. Ma Yinglin, à la tête du diocèse de Kunming depuis 2006, suite à une consécration que Rome n'a pas reconnue, a été élu président de la Conférence des évêques, le rassemblement du haut clergé officiel chinois, par un vote à main levée et en l'absence de concurrent, le 9 décembre.

Le Vatican ne cache pas son exaspération. " En Chine, il n'y a toujours pas de liberté de religion, écrit l'influent cardinal Joseph Zen de Hongkong, un proche du pape Benoît XVI, dans une tribune publiée, mardi 14 décembre, sur le site de l'Union des catholiques d'Asie, dans laquelle il évoque une " action destructrice " et une " disgrâce pour le pays ".

" Un jeu dangereux "

Le Parti communiste chinois a la main haute sur les activités religieuses, placées sous son autorité depuis 1951, deux ans après sa prise de pouvoir. Ses relations avec le Vatican, qui reconnaît officiellement Taïwan, sont particulièrement houleuses. Mais depuis quatre ans, l'administration s'était montrée conciliante en consacrant des évêques faisant l'objet d'un consensus avec le Saint-Siège. Cette volonté de compromis a vécu.

Jia Qinglin, numéro quatre dans la hiérarchie des neuf membres du Comité permanent du Bureau politique du parti, le coeur du pouvoir, a mis en garde les catholiques de Chine contre " l'infiltration d'éléments étrangers hostiles ", lors de la conférence épiscopale du 9 décembre, selon l'agence officielle Chine Nouvelle.

Les catholiques en sont réduits à deviner pourquoi le gouvernement sabote le rapprochement entre l'Eglise officielle et les communautés faisant allégeance au pape. Anthony Lam, chercheur au Centre d'études du Saint-Esprit à Hongkong, suppose qu'il s'agit d'affirmation de puissance au sein de l'administration. " Le Bureau des affaires religieuses veut montrer qu'il contrôle la situation, qu'il n'a rien cédé de son pouvoir au Vatican, explique M. Lam. C'est un jeu dangereux car la confiance mutuelle retombe au plus bas ". Un autre observateur évoque une " ligne d'extrême gauche " au sein du parti.

L'affront suprême aura été de contraindre physiquement les réticents à prendre part aux célébrations controversées. Huit évêques ont été conduits de force à la cérémonie " illicite " d'ordination de Guo Jincai à la tête du diocèse de Chengde, le 20 novembre. La communauté est désormais divisée sur la posture à adopter. Beaucoup considèrent ces évêques comme des victimes mais certains, dont le cardinal Joseph Zen, pensent que malgré leurs réticences ils ont validé l'ordination et attendent donc le verdict papal. Plusieurs évêques ont également été forcés d'assister à la conférence épiscopale, dont celui du diocèse de Hengshui, dans la province du Hebei, emmenés par la police malgré les efforts de prêtres et de fidèles locaux pour faire barrage.

Pour ajouter à la confusion, Fang Xingyao, évêque reconnu, lui, par le Vatican, a pris la direction de l'Association des catholiques patriotes chinois, l'autre organe de l'Eglise officielle, sous tutelle directe du Bureau des affaires religieuses. Dans une lettre de 2007, le pape Benoît XVI rappelait l'incompatibilité absolue entre la doctrine de Rome et cette association sous contrôle gouvernemental.

Harold Thibault

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lundi 22 novembre 2010

Pékin rompt la trêve avec le Saint-Siège - Arnaud de la Grange

Le Figaro, no. 20624 - Le Figaro, lundi, 22 novembre 2010, p. 6

Pour la première fois depuis 2006, un évêque a été ordonné ce week-end sans l'aval de Rome.

Entre Rome et Pékin, après une longue période de trêve faite de compromis subtils et de tractations secrètes, c'est un casus belli. La Chine a ordonné ce week-end un évêque dans l'Église officielle, et ce malgré les objections du Saint-Siège, qui n'avait pas reconnu le nouveau prélat. Le Vatican a averti qu'une telle initiative nuirait à ses relations avec la Chine.

L'ordination du père Guo Jincai a eu lieu dans la ville de Chengde, dans le nord du pays, sous haute protection policière. Vice-président de l'Association patriotique des catholiques de Chine, l'organisme qui gère l'Église officielle, Liu Bainian a déclaré vendredi que le Vatican avait été averti depuis deux ans de la volonté d'ordonner le père Guo, mais n'avait « jamais répondu ». La veille, Rome avait mis en garde contre une ordination « illégale et nuisible aux relations constructives qui ont été nouées récemment » entre la Chine et le Saint-Siège. Si le père Guo n'a pas reçu le feu vert papal, c'est sans doute parce qu'il a la réputation d'être beaucoup plus proche du Parti communiste chinois que de l'Église universelle, avec notamment des fonctions de vice-secrétaire de l'Association patriotique.

Au-delà de la polémique sur l'ordination elle-même, la manière dont Pékin l'a orchestrée a avivé le feu. Il semble en effet que des évêques reconnus par le Vatican ont été contraints d'assister à l'ordination. Le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi, a déclaré vendredi que si « ces informations sont vraies », le Saint-Siège « considérera ces actions comme de graves violations de la liberté religieuse et de la liberté de conscience ». Liu Bainian a démenti, assurant que la présence à l'ordination était « facultative ». Selon AsiaNews, une agence de presse catholique, huit évêques reconnus par Rome ont assisté à la cérémonie et trois d'entre eux auraient été « séquestrés » par les autorités quelques jours auparavant, pour les convaincre d'assister à l'ordination.

Altération des relations

La Chine et le Saint-Siège n'ont plus de relations diplomatiques depuis 1951, mais l'on parle de leur rétablissement depuis 1999. Si, au milieu des années 2000, l'atmosphère paraissait favorable au rapprochement, le climat se dégrade depuis. Un modus vivendi trouvé entre les deux parties impliquait que les évêques reçoivent l'aval de Rome avant d'être nommés par le gouvernement chinois. Seuls cinq ou six évêques sur une grosse cinquantaine ne sont pas reconnus par le Vatican. L'ordination de Chengde rompt le pacte pour la première fois depuis 2006. Et Liu Bainian a précisé qu'il fallait encore ordonner une quarantaine d'évêques. Ce regain de tension intervient alors que doit être organisé, peut-être le mois prochain, un congrès national pour désigner un nouveau chef de l'Association patriotique, censée administrer les quelque 12 millions de catholiques chinois.

En matière de répression religieuse, la situation est très contrastée selon les provinces, selon les périodes aussi. D'une manière générale, la tolérance discrète est remise en cause dès que les autorités ont le sentiment qu'il y a une dangereuse concurrence sur le terrain du sacro-saint contrôle social. « Si les moyens classiques de coercition sont toujours employés, explique un prêtre, le pouvoir a désormais recours a des moyens plus subtils pour gagner l'allégeance du clergé souterrain et faire pression sur lui. » En tentant de le séduire ou de le compromettre par toutes sortes de moyens, l'argent en tête.

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