jeudi 14 avril 2011

Les Brics en sommet célèbrent leur montée en puissance - Arnaud de La Grange


Le Figaro, no. 20745 - Le Figaro, jeudi, 14 avril 2011, p. 8

Le Brésil, la Chine, l'Inde, la Russie et l'Afrique du Sud peinent cependant à masquer leurs divergences.

Ambiance balnéaire, mais pas forcément idyllique aujourd'hui pour les grands « émergents ». Les pays Brics, le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine, rejoints pour la première fois par l'Afrique du Sud, tiennent sommet sur l'île chinoise de Hainan. Une réunion censée consacrer la montée en puissance de ce groupe, pour faire pièce aux nations occidentales. Mais les divergences d'intérêts - politiques comme économiques - tracent de sérieuses limites à l'exercice.

Au bord des plages de Sanya, destination à la mode des riches Chinois, le président Hu Jintao veut conforter le rôle leader de la Chine pour les pays émergents. Et il entend bien ne pas laisser dériver les débats. Le champ de la rencontre couvre le commerce, la finance et la sécurité, avec notamment l'évocation du conflit libyen. En revanche, le grand sujet qui fâche, celui de la sous-évaluation du yuan, ne devrait pas être abordé. Pas plus que celui de la réforme du Conseil de sécurité de l'ONU. « Ce n'est pas le forum approprié pour évoquer ces questions », a expliqué Wu Hailong, assistant du ministre chinois des Affaires étrangères. À l'évidence, certains hôtes du sommet, Brésil en tête, devraient être frustrés.

L'acronyme Bric a été créé par Goldman Sachs en 2001 pour éveiller l'attention sur quatre grandes économies en développement. Le premier sommet s'est tenu en 2009 en Russie. Rejoint par Pretoria, le groupe compte aujourd'hui pour 40 % de la population de la planète, 18 % de son commerce et environ 40 % de sa croissance. Selon le Fonds monétaire international, ce dernier chiffre devrait même atteindre plus de 60 % en 2014.

Mais les grandes ambitions de solidarité « Sud-Sud » viennent buter sur la réalité des tensions bilatérales, économiques comme politiques. Il y a d'abord des disparités structurelles. L'économie chinoise représente environ trois fois celle du Brésil, quatre fois celle de l'Inde ou la Russie et seize fois celle de l'Afrique du Sud. Des systèmes démocratiques, même brouillons, fraient avec des modèles plus autoritaires. Les prises de position internationales diffèrent. À la différence des quatre autres membres, l'Afrique du Sud a ainsi voté la résolution de l'ONU ouvrant la voie aux bombardements en Libye. Sur la revendication d'un siège permanent au Conseil de sécurité par le Brésil et l'Inde, la Russie est beaucoup plus réceptive que ne l'est la Chine.

Secrétariat permanent

Mais les déficits commerciaux et la question de la monnaie chinoise restent le sujet majeur de friction, notamment entre la Chine, d'un côté, l'Inde et le Brésil, de l'autre. La nouvelle présidente brésilienne Dilma Rousseff, dont c'est la première grande sortie internationale et qui en a profité pour faire une visite bilatérale à Pékin, est soumise à forte pression intérieure pour ferrailler avec ses hôtes.

Un temps aligné sur la Chine dans la « guerre des monnaies », le Brésil s'en démarque de plus en plus en se plaignant du faible niveau du yuan. Pour calmer le jeu, la présidente brésilienne a pu annoncer hier la signature d'une vingtaine d'accords, dont la vente de 35 avions Embraer et un projet d'investissement de 12 milliards de dollars de Foxconn, qui assemble notamment l'iPad.

À l'aune des deux sommets précédents, celui de Hainan devrait se résumer à des déclarations assez plates sur la gouvernance mondiale ou le développement durable. Même si le symbole reste fort. Et s'il pourrait être décidé de doter le groupe d'un secrétariat permanent.

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