mercredi 11 mai 2011

Les sous-traitants asiatiques obligés de repenser leur stratégie - Gabriel Grésillon


Les Echos, no. 20930 - Industrie, mercredi 11 mai 2011, p. 21

La hausse des salaires, couplée à celle du yuan, fait perdre aux provinces côtières une partie de leur attrait pour les industriels. Et les amène à miser sur d'autres pays ou sur des zones situées à l'intérieur des terres.

La hausse des coûts de production oblige dès à présent les industriels asiatiques à repenser leur stratégie dans l'empire du Milieu. La série de suicides, l'année dernière, dans les usines de Foxconn, le géant de la sous-traitance électronique qui assemble notamment l'iPhone et l'iPad d'Apple, puis les mouvements de grève qui ont suivi dans plusieurs entreprises étrangères installées en Chine ont servi de déclic.

Foxconn a très fortement augmenté les salaires : la rémunération minimale dans son usine de Shenzhen, sur la côte sud-est du pays, est aujourd'hui supérieure à 2.000 yuans par mois (220 euros), contre moins de la moitié avant le mouvement social du printemps 2010. Foxconn n'est pas un cas isolé : la plupart des grands noms de la sous-traitance électronique doivent également augmenter les salaires. TPV, le fabricant d'écrans à qui Philips vient de céder son activité de téléviseurs, a lui aussi procédé à deux hausses générales des salaires l'an dernier. Ses coûts de main-d'oeuvre ont ainsi augmenté de plus de 30 %. Une tendance qui est désormais accompagnée par les autorités chinoises, de plus en plus convaincues de la nécessité de dynamiser la consommation intérieure.

Au profit de l'Inde et du Brésil

Pour William Fung, qui dirige le géant hong-kongais de « l'outsourcing » vestimentaire Li & Fung, cela ne fait plus de doute : entre des salaires qui grimpent et un taux de change du yuan qui fait de même, « si on veut le coût de production le plus faible, on ne va plus en Chine », a-t-il récemment lâché au journal malaisien « Malaysia Chronicle ».

Du coup, toute l'Asie émergente s'interroge sur l'opportunité que représente pour elle l'envolée des coûts de production en Chine. L'Inde, en particulier, s'est réjouie, début 2011, à la publication d'une étude de Global Sources, selon laquelle 57 % des directeurs d'achats faisant actuellement affaire avec la Chine prévoiraient d'augmenter leurs approvisionnements dans la plus grande démocratie du monde. Les autres grands pays émergents espèrent également en bénéficier : Foxconn est actuellement en négociations avec les autorités brésiliennes pour fabriquer les iPad dans ce pays, un investissement potentiel de 12 milliards de dollars.

En attendant, on assiste surtout à un mouvement de délocalisation interne en Chine : les salaires restent moins élevés d'environ un tiers, en moyenne, dans les provinces intérieures du pays. Ce qui fait dire au président de Foxconn, Terry Gou, que la moitié de sa production chinoise devrait être située à l'intérieur des terres dans deux ans, contre 20 % aujourd'hui.

PHOTO - A participant (L) wearing a mask of Apple CEO Steve Jobs and holding a model of an Ipad takes part in a protest against Taiwanese technology giant Foxconn, which manufactures Apple products in China, outside an Apple retail outlet in Hong Kong on May 7, 2011. Taiwanese technology giant Foxconn treats its workers like 'machines' a Hong Kong based labour group said on May 3, after a survey based on interviews with the firm's workers in mainland China. At least 13 Foxconn employees died in apparent suicides last year, which rights activists blamed on tough working conditions in a case that highlighted the challenges faced by millions of Chinese factory workers.

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