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mardi 4 octobre 2011

Avec l'iPhone 5, Apple veut préserver son modèle - Laurence Girard

Le Monde - Economie, mardi 4 octobre 2011, p. 15

Parlons iPhone ", c'est par ce bref message qu'Apple a donné rendez-vous aux journalistes et aux fans de la marque à la pomme mardi 4 octobre, au siège de l'entreprise, à Cupertino en Californie.

L'occasion d'évoquer le renouvellement du produit devenu culte de la société fondée par Steve Jobs. Sauf que, cette fois, la présentation toujours très attendue, ne sera pas faite par le patron le plus charismatique de la Silicon Valley, mais devait être menée par son successeur Tim Cook qui a repris officiellement les rênes le 24 août. Tout un symbole.

Comme à chaque présentation d'un nouveau produit, les rumeurs n'ont pas manqué de circuler. Les internautes se sont, cette fois, surtout interrogés sur l'ampleur de l'évolution du produit.

Fallait-il parler de l'iPhone 5 ou d'une simple évolution de l'iPhone 4 ? Au-delà de ces arguties qui enflamment les " geeks ", ces passionnés de bijoux technologiques, une chose est sûre : l'enjeu du renouvellement du produit est crucial pour Apple.

Depuis son lancement en juin 2007, l'iPhone est devenu un objet emblématique. Il a contribué à populariser l'accès à l'Internet mobile. Il a bousculé les positions acquises sur le marché de la téléphonie mobile. Surtout, il est devenu une véritable " machine à cash " pour Apple.

Avec des recettes qui ont quasiment doublé chaque année depuis trois ans, les ventes d'iPhone ont représenté, en 2010, 39 % du chiffre d'affaires total de l'entreprise estimé à 65,2 milliards de dollars. Cette activité est ainsi devenue la première source de revenus du groupe, coiffant les ventes d'ordinateurs Mac. Mieux. Le poids de l'iPhone a encore augmenté au premier semestre 2011, frôlant la barre des 50 % des recettes globales. Sans compter la contribution aux marges plus que confortables d'Apple.

Un succès indéniable. Mais aussi une source possible de fragilité, alors que l'entreprise est devenue très dépendante de ses mobiles. Plus que jamais donc, il faut continuer à alimenter la machine.

Apple mise sur l'extension géographique et commerciale pour gagner de nouveaux clients. La société californienne étoffe ses partenariats avec les opérateurs de téléphone mobile un peu partout dans le monde.

Et mise tout particulièrement sur la Chine où les consommateurs plébiscitent les marques. En trois mois, entre mars et juin 2011, la société californienne a engrangé 3,8 milliards de dollars de chiffre d'affaires dans ce pays. Que ce soit à Shanghai ou à Pékin, les Applestore ne désemplissent pas.

Concurrence

L'entreprise de Cupertino se doit aussi d'apporter des innovations régulièrement. Or, la dernière version en date de son smartphone vedette, l'iPhone 4, a été dévoilée en juin 2010, il y a plus d'un an.

Il faut continuer à susciter l'envie du consommateur de changer d'appareil pour maintenir le rythme de renouvellement très rapide qui sévit sur le marché de la téléphonie mobile.

L'arrivée régulière de nouveaux modèles doit aussi permettre à Apple de garder le rythme face à une concurrence toujours plus féroce. Et notamment de Google qui souhaite imposer son système d'exploitation Android, en signant des partenariats avec des fabricants prêts glisser ce " moteur logiciel " dans leurs smartphones.

Résultat, en 2010, selon le cabinet d'études Gartner, Android a équipé 22,7 % des smartphones vendus dans le monde, ce qui en fait le deuxième système d'exploitation le plus présent sur le marché. Il se place derrière, Symbian, la plate-forme du finlandais Nokia, qui voit ses positions s'éroder inexorablement. Apple arrive en quatrième position au coude à coude avec le canadien Research in Motion (RIM), qui avec son BlackBerry a été un des précurseurs de ce marché. Selon Gartner, ce classement pourrait être totalement bousculé en 2011 : Android prendrait la tête avec 38 % de part de marché, suivi d'Apple (19,4 %).

Parmi les fabricants qui ont fait le succès d'Android, Samsung se distingue tout particulièrement. Le coréen, qui est le deuxième plus grand vendeur de mobiles au monde - tous modèles confondus, il en a vendu 281 millions en 2010 -, fait une percée remarquée dans les smartphones.

Ces derniers mois, la tension, entre Samsung et Apple est montée d'un cran. Les deux entreprises multiplient les procédures judiciaires dans de nombreux pays s'accusant mutuellement de violation de propriété intellectuelle.

L'entreprise californienne estime en particulier que son concurrent coréen a copié le design de sa tablette iPad et de l'iPhone et tente de le freiner. Apple vise également Google et sa plate-forme Android.

De son côté Samsung cherche à nouer d'autres partenariats au-delà de celui qui le lie au géant de l'Internet. Le coréen n'a en effet guère apprécié le projet de rachat de son concurrent Motorola, fabricant historique de mobiles, par Google. Samsung vient donc de signer un accord avec Microsoft portant sur le partage de brevets dans le domaine du mobile.

Dans cet univers très mouvant, Apple doit prouver qu'il peut continuer sa success-story dans le mobile. Un enjeu que doit relever maintenant Tim Cook.

La pression sera forte, mardi, lorsqu'il dévoilera la suite de la saga iPhone. Première grand-messe de la firme à la pomme en l'absence de Steve Jobs.

Laurence Girard

© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.

jeudi 25 août 2011

La bataille des « smartphones » se déplace vers les pays émergents


Les Echos, no. 21002 - High-tech & Médias, jeudi 25 août 2011, p. 18

Rachat de Motorola par Google, rumeurs d'iPhone low cost et lancement de nouveaux « smartphones » à bas prix par Nokia et Samsung : après avoir conquis les pays riches, les nouvelles plates-formes mobiles cherchent les marchés de croissance.

Guerre des « smartphones » : phase deux. Samsung et Nokia, leaders mondiaux des ventes de mobiles, ont annoncé hier le lancement de nouveaux modèles d'entrée de gamme qui ciblent en particulier les pays émergents. Les Galaxy du coréen tournent sous Android, la plate-forme de Google, tandis que le finlandais a installé son système Symbian dans ses trois téléphones - réservant Windows Phone à de futurs produits haut de gamme. Ces annonces interviennent quelques jours après les rumeurs, rapportées par Reuters, concernant la sortie prochaine d'un iPhone 4S qui pourrait coûter autour de 200 euros seulement.

De plus en plus abordables, les téléphones « intelligents » vont pouvoir conquérir les pays émergents. Samsung prévoit que les modèles à moins de 200 dollars représenteront plus de la moitié du marché du « smartphone » en volume en 2015, contre 16 % en 2010. Dans un premier temps, l'industrie du mobile a cherché à vendre ses terminaux connectés dans les pays riches. A présent, le réflexe Internet mobile est bien installé, les « smartphones » font à eux seuls 64 % du chiffre d'affaires des fabricants (54 % l'an dernier) et le monde entier rêve de ces modèles luxueux. Les fabricants peuvent donc reporter leurs efforts sur les pays à forte croissance pour y vendre des téléphones en masse. Les marges seront moins importantes, mais cela permettra aux leaders de faire le vide autour d'eux.

L'eldorado chinois

Selon Pyramid Research, les ventes ont déjà crû de 63 % par an de 2006 à 2010 dans les émergents, où elles représentaient 44 % des ventes mondiales. En 2015, leur part aura grimpé à 61 %, prédit l'institut d'études. Il y a d'autant plus d'opportunités que la pénétration du mobile y est parfois encore faible. Les « smartphones » remplacent aussi les liaisons fixes : « Dans certains émergents, il y a encore très peu de PC et d'Internet ; les "smartphones" sont donc les seuls équipements disponibles et à peu près abordables pour se connecter», explique Stela Bokun, de Pyramid.

Au coeur de cette bataille, la Chine fait rêver, avec son réseau 3G galopant et son milliard d'habitants. D'autant qu'il s'agit déjà du deuxième marché mondial pour les « smartphones » après les Etats-Unis. « Nokia est encore le numéro un en Chine, mais il est sous pression face à Apple dans le haut de gamme et à Samsung dans le milieu de gamme », souligne Neil Mawston, chez Strategy Analytics. Pour lui, le lancement d'un iPhone low cost est une sage idée pour contrer Android : « Tout ce qui porte la marque Apple marche en ce moment ! De plus, cela va permettre de s'adapter à la nouvelle segmentation qui se dessine sur le marché du "smartphone", entre les grands écrans 4 pouces et les écrans 3 pouces privilégiés par les primo-acquéreurs. »

« Course de deux chevaux »

Quant à Samsung, ses Galaxy sont très populaires en Chine. De manière plus générale, la plate-forme Android croît rapidement, y compris dans l'entrée de gamme, avec l'appui des marques chinoises ZTE, Huawei, Alcatel et Coolpad. Le rachat de Motorola par Google devrait contribuer à la croissance d'Android en Chine, car le groupe y dispose encore d'un bon réseau local de distribution, même si sa part de marché y a drastiquement chuté (4 % des « smartphones », selon Pyramid).

Cette « course de deux chevaux » menée par Apple et Samsung signe-t-elle l'échec de Nokia sur les émergents, son terrain de prédilection ? « Malgré les améliorations de Symbian, il va être difficile de dépasser le sentiment général d'un échec », déplore Neil Mawston. Nokia bénéficie toutefois d'une « forte relation avec les opérateurs, ainsi qu'avec de nombreux grands distributeurs ou petits détaillants », souligne Stela Bokun, ce qui devrait l'aider à « se rétablir dans les "smartphones" ». Il faudra attendre la mise sur le marché des Windows Phones pour en juger.

SOLVEIG GODELUCK

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.

mercredi 3 août 2011

Contrefaçon : la Chine toujours à la pointe - Émilie Torgemen


La Tribune (France), no. 4778 - L'événement, mercredi 3 août 2011, p. 2

Ce ne sont plus seulement les produits de luxe qui intéressent les contrefacteurs chinois, mais l'ensemble du territoire des grandes marques internationales, jusqu'aux concepts de distribution et de merchandising. Apple, Ikea et Dyson en font les frais.

Après avoir fait preuve d'une intense activité dans la contrefaçon de produits de luxe, la Chine explore de nouveaux territoires en se lançant de plus en plus dans la contrefaçon des stratégies de marques, y compris la mise en scène et le mode de distribution des produits. Ainsi les cinq Apple Store de la ville de Kunming, dans le sud du pays, sont en passe de devenir les plus célèbres de la planète. Design Apple, produits Apple, vendeurs en tee-shirt frappé de la fameuse pomme, l'imitation est presque parfaite, si ce n'est la mauvaise qualité de la peinture, des escaliers et surtout l'enseigne Apple Store apposée sur la vitrine, alors que les vraies boutiques affichent simplement le logo de la marque à la pomme. Sommées de réagir, les autorités locales ont décidé de fermer une seule de ces boutiques, non parce qu'elle violait la propriété intellectuelle d'Apple mais parce qu'elle ne possédait pas la bonne licence commerciale... Le plus grand mystère règne encore sur l'origine des produits vendus dans ces boutiques, mais il ne s'agit pas systématiquement de produits contrefaits. D'ailleurs, M. Li, le manager de l'une de ces boutiques, explique candidement qu'il veut postuler au titre de revendeur officiel de la marque. Il existe un important marché gris des produits Apple en Chine. Selon le quotidien officiel " Global Times ", 400.000 iPhone ont été achetés en Chine au cours du premier semestre 2010 via des importations parallèles, comparés au 500.000 appareils vendus par China Unicom, le seul opérateur autorisé à vendre des iPhone dans le pays. Dans cette même ville de Kunming, une autre grande marque internationale fait une expérience du même genre que celle d'Apple. Un nouveau magasin de meuble de 10.000 mètres carrés, baptisé " 11 Furniture " est une copie presque parfaite d'un magasin Ikea : mêmes couleurs, même façon de mettre en scène les produits, cafétéria imitant à la perfection le style minimaliste de la marque suédoise (menu chinois tout de même...). Seule manque... l'enseigne Ikea, mais la ressemblance dans la façon dont se prononcent en chinois les noms de ces deux enseignes est frappante. Les dirigeants de cette boutique affirment qu'il ne s'agit pas de contrefaçon mais d'une réponse originale aux besoins manifestés par les clients.

Ces deux exemples illustrent une évolution intéressante du marché chinois. Les consommateurs de la classe moyenne, qui ne résident pas dans les grandes métropoles chatoyantes que sont Hong Kong, Shanghai, Canton ou Pékin, témoignent du même appétit pour les marques de luxe européennes sans y avoir accès puisque les boutiques de luxe " officielles " n'y sont pas encore présentes. Elles sont donc attirées par ces contrefaçons, d'autant que ceux qui en sont les auteurs parviennent à saisir, plus ou moins parfaitement, le sens, l'esthétique et les valeurs de ces marques. Pourtant depuis des années, les dirigeants chinois jurent la main sur le coeur qu'ils luttent contre la contrefaçon. En mai, le représentant au commerce américain, Ron Kirk, saluait les efforts chinois et notamment l'efficacité de la " campagne spéciale " lancée par le Premier ministre, Wen Jiabao, en octobre. Cette campagne, prolongée trois mois alors qu'elle devait cesser en mars, sera-t-elle efficace? Ce ne serait pas la première fois qu'après un effort important et visible le pouvoir chinois laisse vivre cette colossale industrie qu'est celle du faux. Entre octobre 2010 et juin 2011, la police chinoise a saisi pour 1,4 milliard d'euros de produits contrefaits. Aux frontières européennes, 85 % des faux saisis l'année dernière venaient de Chine. La contrefaçon n'épargne aucun secteur. Se développe ainsi une activité intense autour de la récupération, dans les restaurants, des bouteilles de grands crus et de leurs étiquettes, rachetées parfois 200 à 300 dollars pièce par des contrefacteurs qui les remplissent ensuite de vins de médiocre qualité et les revendent dans les grands restaurants à prix d'or. C'est la raison pour laquelle les grandes marques françaises de vin et de champagne détruisent systématiquement leurs bouteilles vides lors de chaque grande manifestation de relations publiques...



Imiter, c'est aussi contrefaire, s'alarme le groupe Dyson

Le célèbre fabricant d'aspirateurs vient de gagner un procès " en imitation " contre une filiale allemande du conglomérat chinois TTI.

Soulagement au siège de Dyson, le célèbre fabricant britannique d'aspirateurs " new look ". Le tribunal de commerce de Nanterre vient de reconnaître la société allemande Royal Appliance, propriétaire de la marque Dirt Devil et filiale du conglomérat chinois TTI, coupable de " concurrence déloyale et parasitaire ". Il s'agit d'une forme nouvelle de copie, tout aussi ravageuse, " l'imitation esthétique ". Les aspirateurs Dirt Devil, proposés par les circuits de distribution traditionnels, n'utilisaient pas en effet une technologie brevetée mais ses produits ressemblaient en tous poins à ceux de Dyson, y compris dans ses codes couleurs. Le tribunal a considéré que cet " ensemble d'imitations est le reflet de l'intention manifeste de Royal Appliance de provoquer la confusion chez les clients ". Et pour renforcer le trouble, Dirty Devil avait recours à la technique du " prix barré ", autrement un prix officiel relativement élevé (gage de qualité) mais systématiquement " discounté " de 50 à 60 %. En juillet, le groupe avait également réussi à contraindre un distributeur allemand sur le Web à retirer de son catalogue un modèle de ventilateur Dyson contrefait. Depuis le lancement du ventilateur sans palme en 2009, le groupe britannique a dû se battre contre 100 copies... toutes originaires de Chine.

Ce n'est pas la première fois que Dyson a maille à partir avec le groupe TTI, qui développe une stratégie de marque sur une large gamme de produits de grande consommation à destination des marchés occidentaux, mais jusqu'ici sans succès. C'est pourquoi cette condamnation, assortie d'une amende de 200.000 euros (qui peut faire l'objet d'un appel), représente une victoire pour Dyson. " La contrefaçon, sous toute des formes, prend des proportions effrayantes en Chine ", s'alarme Virginie Rescourio, " senior brand manager " chez Dyson. Plus inquiétant selon le groupe, et ce, malgré les paroles rassurantes des autorités chinoises - " la lutte contre la contrefaçon est un chantier en friche " -, la contrefaçon industrielle se professionnalise en Chine, notamment avec la technique du " reverse engineering " (étude du fonctionnement d'un produit) pour copier le moindre aspect d'une technologie brevetée. Toute la question est désormais de savoir si cette contrefaçon représente une étape du développement de la Chine ou le ressort même de son développement. E. B.



" Le luxe n'est que la partie émergée de l'iceberg. Tout ce qui marche est copié. "
Alain Cléry, Avocat spécialiste de la contrefaçon

Est-ce que la contrefaçon de produits de luxe s'accroît en Chine?

La Chine est le noeud du problème puisque 80 % des produits contrefaits viendraient de ce pays. Et, loin de se calmer, la contrefaçon ne cesse de s'amplifier. Elle représentait 10 % du commerce international en 2010, contre 5 % en 2000. C'est un peu le tonneau des Danaïdes car, quand nous réussissons à attraper des Chinois en Europe, d'autres prennent leur place, et ceci, malgré l'harmonisation des législations européennes en la matière. Les grosses sociétés, comme LVMH, ou Pernod Ricard, vont directement sur place poursuivre les acteurs locaux. Elles font malheureusement face à des pouvoirs publics encore dépassés car, culturellement, la contrefaçon n'est pas répréhensible en soi pour les Chinois. Seul compte le business et cette fabrication de faux produits en tous genres représenterait entre 15 et 30 % de l'activité industrielle du pays!

Cette contrefaçon prend-elle de nouvelles formes au fil du temps?

Nous autres, avocats, avons tous démarré il y a vingt ans sur les produits de luxe. Au début, la contrefaçon consistait à copier les logos. On se souvient du tee-shirt Lacoste avec un drôle de crocodile ou des " Luis Vitton ". Désormais, ce sont moins les griffes que les formes ou les couleurs emblématiques d'un sac, d'une montre ou d'un foulard qui sont imitées. Les droits d'auteur ou de modèle se cumulent alors avec le droit des marques. Mais le luxe n'est plus que la partie émergée de l'iceberg. À cette contrefaçon " touristique " s'ajoute une autre bien plus dangereuse, qui concerne par exemple les médicaments, les pièces détachées de voiture ou les jouets. Tout ce qui marche est copié, jusqu'aux magasins comme l'Apple Store!

Les formes de distribution évoluent donc, elles aussi?

Bien sûr. Aujourd'hui, les industriels sont focalisés sur Internet en raison de la multiplication par six des sites d'e-commerce en six ans, rien que pour la France. Ils font la chasse aux moteurs de recherche type Google et eBay avec de plus en plus de succès, comme récemment LVMH et L'Oréal. Nous sommes donc passés de la vente à la sauvette devant les Galeries Lafayette à un marché gris beaucoup plus difficile à traquer, où s'échangent faux mais aussi vrais produits. Faute de pouvoir s'approvisionner en Europe, des enseignes de grande distribution s'étaient fournis en vrais jeans de marque sur le marché gris asiatique il y a quelques années et beaucoup de belles montres ont été écoulées en 2009 sur le Web par des détaillants en excès de stock. Le problème est que beaucoup de réseaux mafieux passent de la drogue à la contrefaçon car c'est quasiment aussi rentable, très facile et bien moins risqué.

Est-ce perdu d'avance?

Non, petit à petit, les pays industrialisés réussissent à mettre des barrières. Surtout, les pays qui veulent une place sur l'échiquier politique mondial se sensibilisent à la question. Après le Japon, Taïwan est par exemple moins montré du doigt qu'avant. Même la Thaïlande et la Chine y arriveront progressivement. C'est long mais nous ne baissons pas les bras. Propos recueillis par Sophie Lécluse

(c) 2011 La Tribune. Tous droits réservés.

jeudi 2 juin 2011

REPORTAGE - Palo Alto, où bat le coeur de la planète high-tech

Le Point, no. 2020 - Economie, jeudi 2 juin 2011, p. 82,83,84,85

Zuckerberg, Jobs, Page et Brin : ils sont tous là. Reportage dans la Mecque de l'Internet.

Le cocktail arrive sur un plateau imitation argent. Ce sera donc un Yum Yum Berry (mangue, citron, ananas et jus de yumberry, fruit rouge d'Extrême-Orient). On avait été tenté par un Passenger (grenade, menthe, citron, eau pétillante, vodka). Mais les arguments de Lulu Almaguer, responsable du bar de l'hôtel Rosewood, situé à Menlo Park, près du campus Stanford, à un quart d'heure du centre de Palo Alto, ont fait mouche.« La dernière fois, Demi Moore en a commandé six ! » Il y a un mois, Mark Zuckerberg est venu au Rosewood prendre un verre avec des investisseurs de Facebook. Et, un peu plus tôt, Steve Jobs a tenu une réunion à huis clos dans la suite Lemon, avec vue sur les montagnes de Santa Cruz. Peu importe que nous soyons au coeur d'un Etat, la Californie, au bord de la faillite ou que les Etats-Unis soient empêtrés dans le chômage, la Silicon Valley, elle, n'a rien perdu de sa vitalité.

Sur la terrasse du Rosewood on donne des soirées de charité, comme celle arrosée de chardonnay, en l'honneur du Lucile Packard Hospital. En plus de faire une bonne action (ticket d'entrée à 25 000 dollars), les financiers, en nombre, se mettent en quête d'un prochain coup ! A la mi-mai, ils ont réussi l'introduction en Bourse du réseau social « professionnel » LinkedIn (+ 105 % le premier jour) et ils préparent activement celle du site de jeux Zynga... La veille, l'hôtel était déjà à la fête : la Cougars Night chaque jeudi soir est un hit.

On croyait cette anomalie de l'Histoire qu'est la Silicon Valley condamnée à disparaître. Enterrée par la Chine, qui comptera dans un an deux fois plus (!) d'internautes qu'il y a d'Américains, ou par l'Inde, vers laquelle on délocalise des services payés moins cher. Mais le comté de Santa Clara, ancienne colonie espagnole autrefois peuplée d'Indiens Ohlone, et sa capitale, Palo Alto (60 000 habitants et 115 000 dollars de revenu annuel moyen par foyer), continuent d'attirer les milliards des fonds d'investissement. Barack Obama, qui voulait se ressourcer alors qu'il était au plus bas dans les sondages il y a sept mois, n'est-il pas venu dîner chez Marissa Mayer, la numéro trois de Google, au coeur de Palo Alto ? Et il y a un mois, c'est du siège de Facebook, dans le nord de la ville, qu'il a lancé sa campagne pour un second mandat.

Vétérans du high-tech. La petite ville s'ordonne autour d'une succession de maisons de style néo-colonial cachées derrière des séquoias (Palo Alto signifie « grand arbre » en espagnol). Des écureuils grimpent sur les toits des 4 x 4. Et si l'on se balade du côté du Farmers Market, un marché bio qui se tient tous les samedis de mai à septembre (en ce moment, c'est la saison des nectarines), ou près du Stanford Theatre, cinéma qui, ces jours-ci, rend hommage à Gene Kelly, on peut croiser des légendes du high-tech : Marc Andreessen, le cofondateur de Netscape, comme Gordon Moore, à qui l'on doit la fameuse loi selon laquelle une même surface de carte électronique reçoit deux fois plus de processeurs tous les dix-huit mois. Des vétérans. Mais il y a aussi des nouveaux venus. A peine arrivé à la tête d'HP, c'est Palo Alto que choisit Léo Apotheker. Il habite à dix minutes en voiture de la résidence de Larry Ellison (Oracle), qui l'avait brocardé devant le monde entier le jour où il a été nommé. Quant à Randi Zuckerberg, la soeur du jeune milliardaire, qui s'occupe des relations extérieures de Facebook, elle donne rendez-vous à l'University Coffee, adresse du centre-ville réputée pour ses muffins... Le gotha de l'Internet vit dans un mouchoir de poche.

Et dire que - le fait est peu connu - sans l'argent de la recherche militaire Palo Alto ne serait peut-être pas ce qu'elle est. En 1941, les Américains, obsédés par les systèmes de radars allemands, mettent en place le Radio Research Laboratory, une équipe de 850 universitaires et haut gradés qui travaille dans le plus grand secret. A l'origine, ce commando est basé à Harvard, sur la côte Est. Il sera confié à Frederick Terman, un professeur d'électronique de Stanford qui, une fois démobilisé, retourne en Californie. Et convainc des chercheurs de haut vol de le rejoindre au sein de l'Electronic Research Lab. Ce sont ces crânes d'oeuf qui vont donner naissance au bouillon de culture de la Silicon Valley. Terman va même pousser deux de ses anciens étudiants qui bidouillaient des transistors au 367 Addison Avenue, au coeur de Palo Alto, à créer leur start-up. Ils s'appelaient Bill Hewlett et David Packard...

Un pèlerinage au Buck's of Woodside illustre l'incroyable essaimage. Le restaurant a été ouvert par Jamis McNiven, fils de militaire passé par Berkeley. C'est ici, avec des dessins griffonnés à même les grosses tables en bois brut, que sont nés les Netscape, Hotmail, PayPal ou même le constructeur de bolides électriques Tesla. Dans cette caverne d'Ali Baba, on déguste des crêpes (spécialité maison) face à la maquette du sous-marin utilisée pour le tournage du film « Das Boot ». Si on lève les yeux, on aperçoit le siège qui a servi pour l'envoi d'un singe dans l'espace à la fin des années 50. Cela n'effraie pas Joan Baez, qui vient ici en voisine, tout comme Larry Ellison ou encore Sergey Brin, qui a éclaté de rire lorsqu'il a découvert une (fausse) plaque d'immatriculation siglée Google accrochée au mur.

Les entrepreneurs les mieux établis ont leur rond de serviette à Il Forniao. C'est ici, au centre de Palo Alto, sur Cowper Street, en contrebas du très chic Garden Court Hotel, que vous serez adoubés, ou non, par l'aristocratie du Web. Le maître des lieux, Steve Boyden, qui cache mal son embonpoint sous un grand tablier blanc, vous toise à l'entrée. Le plus important n'est pas ce que vous mangez, mais où vous êtes placé.

Gourou. Scott McNeally, le cofondateur de Sun Microsystems, choisit souvent une table au centre, tout comme John Doerr. Cet ex-Intel, devenu gourou du fonds Kleiner Perkins Caufield - Byers, a joué un rôle clé dans le financement des débuts d'Amazon et de Google. Sa fortune est estimée par Forbesà 2,2 milliards de dollars. Lorsqu'il a déjeuné avec une de ses filles il y a six mois, Steve Jobs s'est installé à la table la plus discrète, au fond du restaurant. Récemment, l'ancienne secrétaire d'Etat Condoleezza Rice a été aperçue, tout comme Neil Young, qui, se souvient Boyden,« a sorti sa guitare pour improviser un concert dans la rue ».

Bill Burruss, tenancier depuis près de vingt-cinq ans de la librairie Know Knew Books, regrette l'époque où des fans de Jack Kerouac faisaient étape devant ses rayons avant de se diriger vers Santa Cruz, ex-paradis des hippies devenu celui des surfeurs. The Village Pub a beau avoir des airs de saloon, n'y entre pas qui veut. Le jour de la visite du Point, Michelle Pfeiffer, qui terrorisait le serveur (« Surtout n'allez pas l'embêter, elle est venue dans la Silicon Valley pour être tranquille »), se battait avec un haddock. En face, au Gelato Classico, Evvia Estiatorio régale son (beau) monde de souvlakis accompagnés d'artichauts. Plus chic est le Golf Challenge qui se tient chaque année à Stanford. L'an dernier, on a pu voir sur les greens Carol Bartz, numéro un de Yahoo !

Mais le comble du snobisme, c'est d'aller dans des endroits qui ne paient pas de mine. En mars 2010, alors qu'Apple et Google étaient en plein divorce, on a vu Steve Jobs et Eric Schmidt prendre un verre au Cafe Calafia, petite échoppe proche du Stanford Stadium.« Steve Jobs est mon ami et le restera », avait plus tard expliqué Schmidt, de passage à Paris. Larry Page (Google) n'a rien contre une soirée à The Old Pro, un bar de sport où il faut jouer des coudes pour commander une Gordon Biersch, la bière de Palo Alto. Sur les écrans géants, les clients hurlent à chaque exploit des 49ers, l'équipe locale de football américain - elle doit son nom aux conquérants de la Californie, arrivés en 1849, à l'époque de la Ruée vers l'or.

Ainsi vit Palo Alto. Mais, avec ses maisons dont le prix peut dépasser 20 millions de dollars, ses embouteillages dès 6 heures du matin sur l'autoroute 101 entre San Francisco et San Jose, cela peut-il durer ?« Ne pas être ici, ça fait un peu amateur », explique Andrew Mason, le patron de Groupon. Ce site d'achats groupés qui est en train d'exploser a son siège à Chicago. Mais s'est cru obligé d'ouvrir une antenne près d'Antonio's Nut House, bar à billard de Palo Alto où l'occupation principale est de dépecer des cacahouètes. « Mark » (Zuckerberg), comme Andrew l'appelle, y passe de temps en temps une tête. Palo Alto, ce village...

Guillaume Grallet

La rue des financiers

Située à l'ouest de Stanford, Sand Hill Road abrite une succession de firmes de capital-risque. Parmi elles, Sequoia Capital (Apple, Cisco, Flextronics, YouTube...), Greylock Partners (Digg, LinkedIn...), Draper Fisher Juvertson (Hotmail, Skype, Baidu..), Kleiner Perkins Caufield (Google, Amazon..) ou encore Andreessen Horowitz (Zynga, Digg, Foursquare, Twitter...).

Chiffres
180 milliards de dollars, c'est la valorisation estimée et cumulée de HP et Facebook, qui ont toutes deux leur siège à Palo Alto.

18 c'est le nombre de Prix Nobel qui interviennent à Stanford, l'université voisine, qui a formé les fondateurs de Yahoo !, Google et HP.

7 000 entreprises sont basées à Palo Alto, une concentration ahurissante pour une ville de 60 000 habitants

88 000 ingénieurs travaillent dans la ville

© 2011 Le Point. Tous droits réservés.

TEST - La tablette en folie - Émilie Eyzat et Clément Pétreault

Le Point, no. 2020 - Tendances, jeudi 2 juin 2011, p. 88,89,90,92

Tactile. IPad, Android et les autres... avant de plonger, suivez le guide.

Armé de son index, Barack Obama fend la foule et signe des autographes sur les tablettes tendues. Ian Watmore, secrétaire chargé de l'Innovation et des Universités au gouvernement britannique, se déclare « meilleur client de Steve Jobs »... Même les parlementaires européens se sont équipés ! Que ferait-on sans ces nouveaux jouets pour adultes ? Le public se les arrache, à commencer par les jeunes cadres dynamiques, qui n'envisagent plus d'assisterà des réunions sans elles. Légères, fines, élégantes, puissantes et intuitives, elles se glissent aussi discrètement qu'un dossier au fond d'une sacoche.

Le compromis entre ordinateur portable et smartphone semble enfin trouvé. Mais ne sont-elles pas les habits neufs de l'empereur ? Tout le monde en veut sans que personne ne sache vraiment à quoi elles servent. Chacune cultive sa particularité et diverses utilisations sont possibles. Le plus important est de savoir ce que l'on attend de son nouveau compagnon, capable de se transformer en outil de divertissement ou de travail : lire la presse ou des livres électroniques, regarder des films, écouter de la musique, jouer en ligne ou simplement disposer d'Internet et accéder à ses mails à chaque instant ? Quand on vous dit que tout est possible...

Reste à trouver la perle rare, celle qui répondra le mieux à ses desiderata. Certaines marques misent sur la polyvalence, d'autres sur la rapidité, ou la mobilité avec un format « livre de poche ». Les baroudeurs font plutôt la chasse aux grammes superflus et recherchent des modèles poids-plume pour baguenauder léger. Les amateurs du septième art privilégient le confort de lecture et jettent leur dévolu sur des écrans plus larges, avec des autonomies plus longues. Les fashion addicts étudient sous toutes les coutures la qualité des matériaux et des assemblages. Haro sur les écrans recouverts de plastique translucide basique et sur les coques en bois de cagette ! Vive le verre et la finition irréprochable...

Apple ou Google ? Les différences se nichent aussi au coeur du système d'exploitation. Là encore, les philosophies diffèrent et le match Android de Google contre iOS d'Apple ne fait que commencer. En clair, le premier système, que l'on va rencontrer sur la majorité des tablettes, est très orienté vers les services en ligne de Google, comme Gmail ou Google Maps. Le moteur de recherche souhaite logiquement encourager l'utilisation de ses services. Grâce à l'application Search, par exemple, il suffit de prononcer le mot « pizzeria » pour qu'en une fraction de seconde les adresses des environs s'affichent sur une carte, avec horaires et coordonnées à la clé. Difficile de trouver plus efficace. Par ailleurs, la page d'accueil, mise à jour en permanence, indique le nombre de mails non lus et présente les commentaires de contacts Facebook ou d'autres réseaux sociaux.

De son côté, Apple propose un stock faramineux d'applications. On en compte désormais près de 415 000... Inutile d'insister sur la facilité d'utilisation et sur le design unanimement salué du quasi-dieu iPad. Depuis sa naissance, en mars 2010, l'iPad place la barre haut. Enfin, la tablette proposée par Blackberry fait un peu figure d'ovni. Le Playbook s'adresse en priorité à un public de professionnels en demande de sécurité.

Autre questionnement métaphysique, la connectivité. Toutes les tablettes proposent une prise jack, pour brancher un casque ou des écouteurs, mais toutes ne disposent pas d'un port USB pour lire des données stockées sur clé ou sur carte SD. De la même manière, toutes n'offrent pas de prise HDMI pour les connecter à une télé. La tablette de Steve Jobs ne propose ces fonctions qu'en accessoire, alors que l'Iconia Tab A500 d'Acer décroche la médaille de l'hyperconnectivité, avec notamment une sortie HDMI et un port USB

Des accessoires sur mesure

La liste des accessoires n'en finit pas de s'allonger. Il existe des claviers optionnels que l'on connecte avec ou sans fil, des housses rigides ou souples, et même des stylets magiques qui permettent de prendre des notes sur l'écran. C'est le cas de la Flyer signée HTC. Enfin, certaines tablettes sont dotées d'un support pour les maintenir inclinées sur une table. Celui de l'iPad2 se présente sous la forme d'une protection d'écran aimantée, qui se clippe sur la tranche de la tablette. Elle se plie en trois parties pour la surélever. Chez Archos, une béquille au dos de l'appareil, très pratique et discrète, se révèle assez fragile. Finalement, ces accessoires n'ont rien de futile, ils permettent de plier la tablette à ses envies.

Lecture. On la transporte comme un magazine. A la fois nomade et intuitive, la tablette est le support idéal pour accéder à la presse ou aux livres numériques. Pour passer sans douleur au 100 % digital, il suffit de feuilleter les pages du bout de l'index.

Communication. Courriels, clavardage, réseaux sociaux... les tablettes permettent de rester connecté en permanence. Pratiques pour manier l'écrit, leur clavier tactile est capable de concurrencer n'importe quel smartphone. Certaines peuvent utiliser le réseau téléphonique 3G pour se connecter à Internet, à condition d'assumer l'abonnement. C'est le summum de la connectivité.

Web. Les smartphones ont rendu le Web nomade, les tablettes lui apportent le confort. Avec leurs larges écrans, surfer sur Internet devient un jeu d'enfant. La main remplace la souris, il devient simple de faire varier la taille des pages, passer d'un site à l'autre. Les moteurs de recherche s'adaptent aux tablettes et à la mobilité : les résultats prennent en compte la localisation géographique de l'utilisateur.

Jeux. Dans chaque tablette sommeille une console de jeu en puissance. Les dernières études sont catégoriques : les propriétaires de tablette aiment jouer, c'est même le premier des usages. Si vous ne vous sentez pas concernés, jetez un oeil sur « Angry Birds ». Une drogue universelle qui fait le bonheur de plusieurs générations de béotiens.

Cinéma. Il suffit de trois clics pour acheter un film sur une boutique de vidéo à la demande et de deux autres pour le lancer. Les tablettes sont les nouveaux cinémas de poche. Même s'il s'agit d'une question de goût, les vrais cinéphiles surveilleront la brillance de l'écran, qui est parfois un peu trop importante pour offrir un vrai confort de visualisation en pleine lumière.

Travail. Pour saisir un texte, prendre des notes ou improviser une session de travail sur n'importe quel coin de table, les tablettes sont parfaites. D'autant que les claviers compatibles permettent de passer aux choses sérieuses. La tablette se mue alors en ordinateur. L'idée d'Asus avec son Eee Transformer est audacieuse


NOTE : Du bon usage politique de la tablette

L'explosion du marché des tablettes et smartphones va coïncider avec les élections présidentielle et législatives. De nouveaux usages politiques vont voir le jour. Après avoir poussivement adopté les réseaux sociaux, les candidats vont devoir se jeter dans le grand bain des applis. Pour le moment, ils semblent un peu frileux. Seuls Christian Estrosi (en bas), Bruno Gollnisch, Daniel Fasquelle, Jean-Pierre Raffarin (en haut) et Jean-Pierre Chevènement (au milieu) ont publié une appli à leur nom... Comme l'a démontré Barack Obama en 2008, ces services mobiles sont un mode de communication doux, personnalisé et peu intrusif, entre le blog, le tract, la newsletter et la webTV. Les futurs candidats à l'Elysée n'ont plus qu'à astiquer leurs tablettes.

Acer Iconia Tab A500 : La plus équilibrée

Pour qui ?
Ceux qui souhaitent un port USB et un lecteur Micro-SD pour afficher les contenus multimédias.

Dommage
L'autonomie est franchement perfectible.

Le détail qui tue
Une led, située au-dessus de l'appareil photo, fait office de flash.


Apple iPad 2 : L'indétrônable

Pour qui ?
Les amoureux du design, les endurants du divertissement, les travailleurs nomades.

Dommage
Pas de port USB, pas de lecteur de carte, une connectique « propriétaire ».

Le détail qui tue
Une invention simple mais géniale permet de transformer la protection en béquille de présentation horizontale ou verticale.


Asus EeePad Transformer : La plus travailleuse

Pour qui ?
Ceux qui recherchent une tablette capable de remplacer un ordinateur portable.

Dommage
Pas de port USB intégré, il faut passer par un adaptateur.

Le détail qui tue
En option, un clavier avec batterie intégrée permet de doubler l'autonomie.


LG Optimus Pad : La plus originale

Pour qui ?
Un public à la recherche d'un produit performant et ludique.

Dommage
Son faible volume sonore restreint ses utilisations à des environnements calmes.

Le détail qui tue
Deux lentilles au dos de la tablette permettent de filmer en trois dimensions. Un peu gadget, mais amusant.


Motorola Xoom : La plus aboutie

Pour qui ?
Ceux qui veulent s'équiper de la tablette la plus performante sous Android.

Dommage
Le bouton de sortie de veille au dos de l'appareil est fort mal placé.

Le détail qui tue
La finition est irréprochable.


HTC Flyer : La plus puissante

Pour qui ?
Ceux qui se sentent l'âme créative.
Dommage La qualité du son est très moyenne.
Le détail qui tue
Un stylet (vendu séparément) permet de prendre des notes en écrivant sur l'écran.


iAccessoires
iArcade

Les jeux d'arcade et les premiers jeux vidéo reviennent à la mode auprès des plus de 30 ans. Devenus cadres stressés, ils peuvent revivre leurs émotions numériques adolescentes grâce à un accessoire baptisé iCade. Il transforme leur iPad en borne d'arcade, avec des jeux Atari d'époque, comme « Asteroid », « Centipede » ou « Battlezone ». Plus d'infos sur www.ionaudio.com.

iDactylographie

Un Américain un peu illuminé transforme des machines à écrire en clavier USB pour ordinateur (et iPad). Chaque modèle est unique. Les nostalgiques de la Remigton portative vont enfin pouvoir s'acharner sur un clavier à l'ancienne. Plus d'infos sur www.usbtypewriter.com.

iNourrisson

Si les enfants ne résistent pas à l'iPad, lui, leur résiste. A condition d'être emballé dans une housse de protection adaptée. Une fois protégée, la tablette se transforme en ardoise magique, il faut secouer pour effacer. Plus d'infos sur www.griffintechnology.com



Tests réalisés en partenariat avec le laboratoire indépendant Benchexport.

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mercredi 11 mai 2011

Les sous-traitants asiatiques obligés de repenser leur stratégie - Gabriel Grésillon


Les Echos, no. 20930 - Industrie, mercredi 11 mai 2011, p. 21

La hausse des salaires, couplée à celle du yuan, fait perdre aux provinces côtières une partie de leur attrait pour les industriels. Et les amène à miser sur d'autres pays ou sur des zones situées à l'intérieur des terres.

La hausse des coûts de production oblige dès à présent les industriels asiatiques à repenser leur stratégie dans l'empire du Milieu. La série de suicides, l'année dernière, dans les usines de Foxconn, le géant de la sous-traitance électronique qui assemble notamment l'iPhone et l'iPad d'Apple, puis les mouvements de grève qui ont suivi dans plusieurs entreprises étrangères installées en Chine ont servi de déclic.

Foxconn a très fortement augmenté les salaires : la rémunération minimale dans son usine de Shenzhen, sur la côte sud-est du pays, est aujourd'hui supérieure à 2.000 yuans par mois (220 euros), contre moins de la moitié avant le mouvement social du printemps 2010. Foxconn n'est pas un cas isolé : la plupart des grands noms de la sous-traitance électronique doivent également augmenter les salaires. TPV, le fabricant d'écrans à qui Philips vient de céder son activité de téléviseurs, a lui aussi procédé à deux hausses générales des salaires l'an dernier. Ses coûts de main-d'oeuvre ont ainsi augmenté de plus de 30 %. Une tendance qui est désormais accompagnée par les autorités chinoises, de plus en plus convaincues de la nécessité de dynamiser la consommation intérieure.

Au profit de l'Inde et du Brésil

Pour William Fung, qui dirige le géant hong-kongais de « l'outsourcing » vestimentaire Li & Fung, cela ne fait plus de doute : entre des salaires qui grimpent et un taux de change du yuan qui fait de même, « si on veut le coût de production le plus faible, on ne va plus en Chine », a-t-il récemment lâché au journal malaisien « Malaysia Chronicle ».

Du coup, toute l'Asie émergente s'interroge sur l'opportunité que représente pour elle l'envolée des coûts de production en Chine. L'Inde, en particulier, s'est réjouie, début 2011, à la publication d'une étude de Global Sources, selon laquelle 57 % des directeurs d'achats faisant actuellement affaire avec la Chine prévoiraient d'augmenter leurs approvisionnements dans la plus grande démocratie du monde. Les autres grands pays émergents espèrent également en bénéficier : Foxconn est actuellement en négociations avec les autorités brésiliennes pour fabriquer les iPad dans ce pays, un investissement potentiel de 12 milliards de dollars.

En attendant, on assiste surtout à un mouvement de délocalisation interne en Chine : les salaires restent moins élevés d'environ un tiers, en moyenne, dans les provinces intérieures du pays. Ce qui fait dire au président de Foxconn, Terry Gou, que la moitié de sa production chinoise devrait être située à l'intérieur des terres dans deux ans, contre 20 % aujourd'hui.

PHOTO - A participant (L) wearing a mask of Apple CEO Steve Jobs and holding a model of an Ipad takes part in a protest against Taiwanese technology giant Foxconn, which manufactures Apple products in China, outside an Apple retail outlet in Hong Kong on May 7, 2011. Taiwanese technology giant Foxconn treats its workers like 'machines' a Hong Kong based labour group said on May 3, after a survey based on interviews with the firm's workers in mainland China. At least 13 Foxconn employees died in apparent suicides last year, which rights activists blamed on tough working conditions in a case that highlighted the challenges faced by millions of Chinese factory workers.

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lundi 9 mai 2011

L'iPhone vous piste, Android aussi - Édouard Nébias

Marianne, no. 733 - Savoir vivre, samedi 7 mai 2011, p. 99

L'affaire de l'iPhone espion n'en finit pas de provoquer des remous : sur les téléphones Apple, un fichier horodate tous les déplacements du terminal sur une période pouvant atteindre un an. Non seulement ce flicage s'effectue à l'insu de l'utilisateur, mais il a lieu même si le service de géolocalisation est désactivé. Mieux : toutes les données sont accessibles en clair, au plus grand bonheur des conjoints suspicieux et débrouillards et des apprentis barbouzes.

Face au scandale, la marque à la pomme a réagi officiellement : " Apple ne trace pas les iPhone et ne le fera jamais ". On est prié de le croire. Tout juste le constructeur reconnaît-il des dysfonctionnements corrigés, on l'espère, dans un futur proche. L'enregistrement des données ne devrait plus fonctionner lorsque l'utilisateur désactivera les services de géolocalisation. Et la conservation des données n'excédera pas une semaine. Les utilisateurs peuvent-ils être rassurés ? Même si Apple colmate ses failles, rien ne leur garantit qu'il n'en subsiste pas d'autres. Et quand bien même l'iPhone nu deviendrait un exemple de vertu, impossible de garantir que des applications téléchargées ne soient pas atteintes d'espionnite aiguë. Certes, Apple contrôle très étroitement les applications disponibles sur l'Appstore. Mais cela ne l'a pas empêché, en 2010, de valider une simple application lampe torche qui comportait une fonctionnalité cachée transformant l'iPhone en routeur Internet, un usage interdit par la marque. Apple, qui a finalement eu vent de cette fonction cachée, a retiré fissa l'application de son catalogue.

Si une fonctionnalité secrète à visée philanthropique a pu se glisser dans le programme à son insu, quid des malveillantes ? C'est tout le problème des technologies fermées où l'utilisateur est obligé de faire confiance au tiers à qui il remet le plein contrôle de ses données personnelles. Mais si l'iPhone est pointé du doigt, Android, le système concurrent et ouvert de Google, est lui aussi accusé de fliquer ses utilisateurs. Comme Apple, Google se défend en expliquant que les données collectées sont anonymes et qu'elles ne servent qu'à offrir un service de qualité. En théorie, Android est modifiable par tout un chacun. Ce qui le rend séduisant pour exercer davantage de contrôle et de sécurité sur ses données personnelles. Voire. De plus en plus de constructeurs empêchent techniquement les utilisateurs d'installer des versions d'Android modifiées sur leurs mobiles. Le modèle fermé comme celui de l'iPhone semble donc s'imposer avec la complicité des utilisateurs qui, en achetant ce type de machine, ont aussi leur part de responsabilité : dans le monde réel, si un tiers nous demandait l'accès à notre carnet d'adresses ou à la liste de nos déplacements, pour en faire ce qui lui chante, nous serions nombreux à refuser. Dans le monde numérique, pourquoi l'acceptons-nous ?

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mardi 3 mai 2011

Huawei l'ambitieux vise 100 milliards de dollars de chiffre d'affaires

Les Echos, no. 20924 - High-tech & Médias, mardi 3 mai 2011, p. 26

Le groupe chinois, deuxième équipementier mondial de télécommunications avec 14 à 15 % de part de marché, va développer sa propre marque dans le mobile, ouvrir des boutiques vitrines et se diversifier auprès des entreprises.

Les grosses berlines roulent au ralenti sur la voie rapide ultralarge qui mène à la zone économique spéciale de Shenzhen. Il y a toujours du monde dans cet îlot industriel du sud de la Chine. A gauche, les usines du taïwanais Foxconn, qui assemble l'iPad et l'iPhone : 400.000 ouvriers entassés dans des dortoirs. A droite, le siège de Huawei, le deuxième équipementier mondial de télécommunications avec 14 à 15 % de part de marché, juste derrière Ericsson. Près de 40.000 personnes se pressent chaque jour dans cette ville champignon, semée de bâtiments au design orgueilleux. Ce sont essentiellement des cols blancs, ingénieurs télécoms et diplômés de marketing, car Huawei s'est concentré depuis l'origine sur la conception des réseaux et des terminaux téléphoniques plutôt que sur la production, qui n'occupe que 5 % de son effectif. A contrario, 46 % des 110.000 salariés du groupe à l'échelle mondiale se consacrent à la R & D. Un chercheur coûte en Chine quatre à cinq fois moins cher qu'à l'Ouest.

Il y a là un entrepôt ultramoderne de 11.000 mètres carrés, où les composants étiquetés avec une puce sont manipulés par des automates et seulement 35 employés ; un centre de formation qui mobilise un millier de professeurs dispensant leur enseignement à 20.000 salariés ou clients chaque année ; un « data center » ; une bibliothèque ; un centre de tests où l'on fait subir les pires mauvais traitements aux équipements ; une « Maison-Blanche » copie de l'originale avec ses pilastres blancs et son showroom géant, où les délégations d'honorables visiteurs africains ou européens se succèdent. A l'heure du déjeuner, une foule compacte de jeunes gens (moyenne d'âge : 29 ans) marche droit sur les cantines, qui ressemblent à des supermarchés avec huit caisses et des dizaines de milliers de baguettes dans des seaux. Les immeubles d'habitation sont environnés de piscines, de terrains de sport, d'une clinique. Les salons de réception donnent sur un jardin paysager luxuriant, là où, neuf ans plus tôt, on ne voyait que la terre aplanie par les bulldozers.

Une irrésistible ascension

Un nouveau bâtiment est d'ailleurs en construction pour accueillir une partie des 26.000 embauches prévues cette année. Car Huawei a gardé le profil de croissance d'une « petite jeune » (+ 29 % par an depuis cinq ans), malgré la crise de 2009. Le chiffre d'affaires a atteint 28,2 milliards de dollars l'année dernière. « Nous sommes prêts pour le prochain bond, nous avions prédit une croissance de 20 % en un an, mais nous avons fait + 24 % ! », s'est émerveillé le contrôleur de gestion du groupe, Fan Chen, lors d'une conférence d'analystes à Shanghai la semaine dernière.

Le rythme devrait se tasser cette année, avec un objectif de 31 milliards de dollars. Mais le groupe, qui dispose de 5,8 milliards de dollars de cash et d'une marge opérationnelle de 15,8 %, voit l'avenir très loin et veut devenir « une entreprise de 100 milliards de dollars dans dix ans », a confié Richard Yu, le directeur marketing.

Pour cela, Huawei va se diversifier au-delà des télécoms, qui lui offrent trop peu d'espace. Le chinois développe ses services informatiques aux entreprises, avec une offre de « cloud » (stockage des applications et données à distance). Il veut également vendre 80 % de ses terminaux sous sa propre marque au lieu d'apposer celle des opérateurs, inversant la proportion de 2010. L'an dernier, il a vendu 40 millions de cartes de type clef 3G, 31 millions de mobiles dont 3 millions de « smartphones » et 40 millions de « box » Internet et assimilés. Huawei va donc lancer des campagnes publicitaires et ouvrir 5 magasins vitrines en Chine pour accompagner sa montée en gamme. Peut-être les Européens vont-ils bientôt apprendre à prononcer « Hua-wei », eux aussi.

Solveig godeluck

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jeudi 31 mars 2011

Lenovo dégaine son « LePad » face à l'iPad - Marc Cherki

Le Figaro, no. 20732 - Le Figaro Économie, mercredi, 30 mars 2011, p. 27

Après Apple, Dell, Samsung, Toshiba et Motorola, le groupe chinois lance sa tablette Internet.

Le chinois Lenovo n'a pas hésité. Pour concurrencer Apple sur le marché des tablettes, Lenovo a baptisé la sienne « LePad ». Quasiment la même prononciation en anglais et quasiment la même typographie que le désormais célèbre iPad.

Le marché des ardoises ou tablettes Internet, défriché par la firme à la pomme, devrait représenter entre 55 et 60 millions d'unités dans le monde en 2011 et empiéter, un peu, sur le marché des ordinateurs portables, estiment les cabinets d'étude iSuppli et Gartner. Lenovo, première marque chinoise de PC et numéro quatre mondial depuis qu'il a racheté la division PC d'IBM, devait donc entrer sur le marché des tablettes.

Le LePad, qui a opté pour le système d'exploitation Android de Google, ressemble aux tablettes de ses concurrents Archos, Samsung, Dell, Toshiba ou Motorola. D'autres industriels sont sur la ligne de départ, tels le californien HP et le canadien Research in Motion (RIM).

Disponible cette année en France

Lenovo dispose de deux avantages : une marque forte, reconnue sur le marché chinois, où le groupe bénéficie d'un réseau de distribution très fin qui irrigue les campagnes; et le prix de son produit, moins coûteux que l'iPad. Le LePad est proposé à 3 499 yuans, soit 377 euros, contre 489 euros pour un iPad aux fonctions comparables en termes de mémoire (16 Go) et de connexion Internet (Wi-Fi).

En outre, Yang Yuanqing, le PDG du groupe chinois, a déjà prévenu qu'il allait lancer une deuxième version de son LePad, « en septembre ou en octobre ». La prochaine tablette a été conçue, en parallèle au premier produit, par une autre équipe. La future ardoise sera plus fine, a précisé le PDG de Lenovo. Mais la plupart des observateurs estiment que le groupe chinois va continuer d'opter pour le logiciel de Google, ce qui devrait lui permettre de serrer ses prix.

« Environ une dizaine de tablettes en développement dans le monde utilisent notre système d'exploitation », confiait récemment au Figaro Andrew Rubin, le responsable d'Android chez Google, qui rappelle que « les experts nous attribuent environ 20 % du marché des tablettes pour le dernier trimestre de 2010 ». Cette part pourrait augmenter, à l'instar de la percée de Google dans les smartphones, au détriment de l'iPhone.

La tablette LePad devrait être proposée hors de Chine, y compris en France, « dans le courant de 2011 », précise la filiale du groupe.

Toutefois, sa disponibilité, y compris dans l'empire du Milieu, est en question. Le tremblement de terre au Japon, le 11 mars, pourrait avoir des conséquences sur la fourniture de composants de la tablette, a indiqué un responsable de Lenovo, cité hier par le Wall Street Journal.

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jeudi 3 mars 2011

Apple Steve Jobs, et après ? - Emmanuel Paquette

L'Express, no. 3113 - économie ENQUÊTE, mercredi, 2 mars 2011, p. 68-71

Le charismatique PDG de la marque à la pomme est à nouveau contraint de s'absenter pour raisons de santé. Et la pression monte pour lui trouver un successeur. Même si le groupe tente de rassurer les investisseurs en misant sur ses nouveaux produits.

Une photo vaut mille mots. C'est celle d'un homme, Steve Jobs, le PDG d'Apple, gilet noir, jean délavé, dont la silhouette squelettique, à la sortie du centre de traitement du cancer de Stanford, en Californie, laisse présager le pire. A peine publié par le tabloïd américain National Enquirer, le cliché, pris à la dérobée, déclenchait un vent de panique sur les marchés financiers. Le titre décrochait en Bourse tant la destinée du groupe d'électronique grand public est liée à son cofondateur. Trop, sans aucun doute. Cette dépendance inquiète de plus en plus. A tel point que, mercredi 23 février, un fonds de pension investisseur a profité de l'assemblée générale annuelle du groupe pour réclamer l'adoption d'un plan détaillé afin de trouver un remplaçant au charismatique PDG. La demande a reçu le soutien de moins d'un tiers des actionnaires, mais le doute s'est installé. Apple ne pourra occulter indéfiniment la question de l'après-Jobs.

Méticuleux à l'extrême, maniaque et calculateur, l'homme a préparé avec soin son absence. Avant d'annoncer, au mois de janvier, son retrait de la direction pour une durée "indéterminée" - une première - il a remis les clefs de la maison à son fidèle second, l'expérimenté Tim Cook. Mais, surtout, il a élaboré une stratégie en plusieurs étapes destinée à rassurer les marchés. Celle-ci débute dès le lendemain de son départ par la publication de résultats record. Quelques semaines plus tard, de nouveaux produits sont dévoilés, en l'occurrence les derniers-nés de la gamme d'ordinateurs portables MacBook Pro. Dans la foulée, la presse reçoit une invitation pour découvrir la deuxième version de la tablette tactile iPad. Quant à la commercialisation de l'iPhone 5, elle est attendue pour l'été. En clair, les actionnaires ont de quoi voir venir (voir l'encadré page 71). Et comme si tout cela ne suffisait pas, le PDG, pourtant très discret, laisse filtrer des informations rassurantes sur sa santé dans le quotidien des affaires, le Wall Street Journal. Il participe, le 17 février, au dîner organisé entre Barack Obama et une poignée de chefs d'entreprise de la Silicon Valley. Le message est limpide : Jobs reste totalement impliqué et continue à travailler.

Sous sa direction, le chiffre d'affaires a été multiplié par six

Certes, le cofondateur, en 1976, de la société aux côtés de Steve Wozniak laisse un groupe en ordre de marche. Après tout, il a sauvé Apple. Depuis son retour aux affaires, en 1996, la firme à la pomme a réussi, chose rare, à diversifier ses activités avec succès. Du baladeur numérique, l'iPod, au fameux téléphone multimédia, l'iPhone, en passant par la tablette tactile, l'iPad, on en oublierait presque qu'Apple reste un fabricant d'ordinateurs ! Sous la direction de Steve Jobs, le chiffre d'affaires a été multiplié par plus de six pour dépasser les 65 milliards de dollars, et les pertes de l'époque se sont transformées en 14 milliards de bénéfices, en 2010 ! L'investisseur qui a acheté une action à 7,30 dollars en 1996 se retrouve aujourd'hui avec... 1350 dollars en poche. Et que dire des consommateurs qui se ruent en masse sur la moindre nouveauté de la société ? Un iPhone est vendu chaque seconde dans le monde, et 10 milliards de chansons ont déjà été téléchargées sur iTunes Store.

Apple peut aussi compter sur un management solide et désormais organisé autour de Tim Cook, le gestionnaire avisé, qui, en 2009 déjà, avait assuré l'intérim quand Steve Jobs s'était arrêté six mois pour une greffe de foie. A son retour, le grand patron, visiblement ému, les larmes aux yeux, avait d'ailleurs rendu un hommage appuyé à l'ensemble de cette équipe : aux côtés de Tim Cook, il y a le génial designer Jonathan Ive, le maître du marketing Phil Schiller, ou encore l'homme de l'iPhone, Scott Forstall. Autant de successeurs potentiels. Tous préparent l'avenir avec plus de 20 projets à l'étude. Des rumeurs font ainsi état du développement d'un téléviseur de salon connecté à Internet, et la création d'un immense centre de stockage de données en Californie laisse présager le lancement d'un nouveau service d'écoute de musique à la demande.

Mais la patience des investisseurs a des limites, d'autant que c'est la troisième fois que le PDG prend du champ. "Nous étions à Londres, en 2004, pour le lancement du service de musique iTunes en Europe, se souvient un ancien cadre du groupe. Je tombe alors sur son garde du corps surveillant le périmètre de sécurité et me demandant de m'en aller car Steve était d'une humeur massacrante." Et pour cause. Quelques jours plus tard, Apple annonçait le congé d'un mois de son PDG, contraint de subir une opération du pancréas.

S'éloigner de l'entreprise est à chaque fois, pour l'homme, un déchirement. Il garde un souvenir cuisant de son éviction du conseil d'administration, en 1985, pour cause de mauvaises performances. Le trentenaire se retrouva alors sur le pavé. "La raison d'être de ma vie n'existait plus. J'étais en miettes", avait-il raconté lors d'un fameux discours prononcé devant des universitaires de Stanford. Cette "potion fut horriblement amère", confiait-il encore. A 56 ans, il ne souhaite aucunement y tremper ses lèvres.

La marque de fabrique de Jobs : un culte du secret inégalé

Apple, c'est Jobs. Jobs, c'est Apple. Il suit le développement des produits de A à Z, donne son feu vert, mais n'hésite pas aussi à les renvoyer dans les laboratoires pendant des années s'ils ne lui conviennent pas. Un exemple ? Le groupe travaillait à l'élaboration d'une tablette tactile bien avant l'iPhone, et c'est pourtant le téléphone qui, le premier, a été commercialisé. Son influence se retrouve aussi dans la communication, qu'il a encadré et contrôlé. Chaque mercredi matin, Jobs participe pendant deux heures, à Los Angeles, à la réunion avec l'agence de publicité du groupe, TBWA, qui mobilise en permanence 150 salariés sur le budget. Une réunion hautement protégée.

Car la marque de fabrique de Jobs, c'est d'avoir mis en place un culte du secret inégalé. Impossible pour un salarié de parler aux journalistes, inutile de demander une carte de visite ou de tenter un appel, le curieux est aussitôt éconduit. Seuls quelques rares responsables sont autorisés à s'exprimer à des moments soigneusement choisis. La société oblige ses partenaires à signer des clauses de confidentialité drastiques. "On peut regretter cette politique, mais c'est ce qui fait leur force, et les résultats sont là", souligne Jean-Louis Gassée, ancien responsable du pôle recherche et développement dans les années 1980.

Cette suspicion confine à la paranoïa, y compris envers les employés du groupe. La direction a longtemps donné de fausses informations sur les futurs produits aux responsables marketing des différents pays. Aujourd'hui, ces relais locaux n'existent même plus. Tout est géré depuis Cupertino. "Au siège, il n'y a pas de contacts entre les différentes équipes. De sorte qu'aucune ne sait sur quoi travaille l'autre", explique Jean-Marie Hullot, un ancien de la société. Seul Steve Jobs garde une vision d'ensemble des projets. L'organisation est militaire, avec peu de niveaux hiérarchiques. "L'influence de Jobs est telle qu'elle génère un mimétisme de tous. On copie sa gestion autocratique avec un seul but, être les meilleurs même si, pour cela, il faut laisser les collègues de côté", souligne un autre ancien.

Le PDG peut parfois propulser ses lieutenants sous les feux de la rampe, mais il n'hésite pas à les rabrouer durement à un autre moment - non sans risque. Prenez John Rubinstein. Le responsable des baladeurs iPod, longtemps perçu comme le dauphin, a jeté l'éponge et quitté le groupe sur les conseils de l'ex-directeur financier d'Apple, Fred Anderson. Rubinstein a rejoint Palm pour créer un concurrent de l'iPhone, le Pre. Et, aujourd'hui, il s'apprête à lancer chez HP une tablette tactile, le TouchPad.

Ce n'est pas le seul ennemi déclaré. Voilà probablement le plus gros danger pour Apple : alors même que Steve Jobs s'éloigne, le groupe n'a jamais connu autant d'opposants. Les opérateurs de télécommunications goûtent peu sa volonté de vendre à prix d'or son téléphone. Le monde de la presse n'apprécie guère qu'il veuille contrôler les abonnements aux journaux et magazines sur sa tablette. Son image a été aussi écornée par les suicides chez le sous-traitant chinois Foxconn et par l'intoxication d'une centaine de salariés de Wintek par un solvant utilisé, jusqu'en 2009, pour, notamment, faire briller le logo de la pomme sur les iPhone. Après une longue enquête en Chine, l'auteur américain Mike Daisey est monté sur scène pour dresser un violent réquisitoire. Son titre - "L'agonie et l'extase de Steve Jobs" - ne fait nulle référence à la marque d'informatique. Mais bien à un homme. Un seul.


La dream team du patron

Timothy Cook : Directeur général

Le successeur le plus probable de Steve Jobs l'a déjà remplacé à deux reprises lors de ses précédents congés de maladie. Connu pour sa force de travail et sa gestion avisée, il vient de prendre les rênes d'Apple pour une durée indéterminée.

Philip Schiller : Responsable du marketing

Le chef d'orchestre de la stratégie de communication sur les produits distille les informations au compte-gouttes. Il est intervenu lors des fameux "keynotes", pour présenter les innovations de la société.

Jonathan Ive : Responsable du design des produits

Ce designer britannique a travaillé sur plusieurs produits emblématiques du groupe, comme les Macintosh, le baladeur iPod, l'iPhone ou encore la tablette tactile, l'iPad.

Bertrand Serlet : Responsable des logiciels pour Mac

Ce Français assure le développement et les évolutions du système d'exploitation pour les Mac. Ancien de Xerox et de NeXT, il connaît Steve Jobs depuis plus de vingt ans.

Scott Forstall : Responsable des logiciels pour l'iPhone et l'iPad

L'homme à l'origine du coeur de l'iPhone, l'iOS, et de sa boutique de téléchargement, l'App Store, est devenu un personnage incontournable dans la maison.

Ronald Johnson : Responsable des boutiques

A la tête de quelque 320 boutiques dans le monde, ce pro de la distribution gère l'une des activités les plus lucratives d'Apple, avec un résultat d'exploitation de 2,4 milliards de dollars en 2010.

Derniers-nés de la pomme

MacBook Pro : la nouvelle gamme d'ordinateurs portables professionnels vient d'être commercialisée, le 24 février. Elle gagne en puissance grâce aux processeurs Intel. Pour la première fois, une technologie ultra-rapide de transfert de fichiers concurrente de l'USB, Thunderbolt, est intégrée dans une machine.

iPad 2 : le groupe de Cupertino présente cette semaine la nouvelle version de sa tablette tactile. La première s'est d'ores et déjà écoulée à plus de 14,8 millions d'exemplaires dans le monde.

iPhone 5 : la nouvelle mouture du téléphone star doit sortir au printemps. L'appareil devrait permettre de réaliser des paiements sans contact grâce à la technologie NFC (Near Field Communication), déjà présente dans les Pass Navigo de la RATP.

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lundi 21 février 2011

Apple lève le voile sur les conditions de travail chez ses sous-traitants asiatiques

Le Monde - Economie, lundi, 21 février 2011, p. 10

En publiant un rapport d'audit sur les conditions de travail dans les ateliers de ses sous-traitants asiatiques, mardi 15 février, Apple a fait un effort de transparence inédit, citant nommément les failles de certains de ses partenaires pour la première fois. La firme californienne confirme au passage que les lignes d'assemblage de ses iPhone ou MacBook ne sont pas les " usines plutôt sympas " décrites en juin 2010 par son patron, Steve Jobs, après une série de suicides dans des ateliers du sous-traitant taïwanais Foxconn à Shenzhen (sud-est de la Chine).

L'entreprise dit avoir interrogé plus d'un millier de travailleurs de Foxconn, sur 300 000 ouvriers, dans cette ville de la province du Guangdong, sur leur qualité de vie, leurs sources de stress et leur santé psychologique. Le groupe estime que l'emploi de conseillers psychologiques et l'installation de filets de sécurité autour des bâtiments du premier sous-traitant mondial en électronique ont " certainement sauvé des vies ".

A la suite de ces suicides, Foxconn avait annoncé une hausse de 66 % du salaire de base - passé à 2 000 yuans (222 euros) par mois - ayant vocation à freiner le mécontentement ouvrier, tandis que 2010 fut marquée par une multiplication des grèves dans cette province souvent qualifiée à elle seule d'usine du monde. Le fabricant taïwanais accélère par ailleurs le déménagement d'une partie de sa production vers le centre du pays, afin de se rapprocher des régions d'origine des travailleurs migrants.

La marque californienne s'exprime aussi sur l'intoxication d'ouvriers dans une usine de Wintek, son fournisseur d'écrans tactiles, à Suzhou (est de la Chine). Quelque 137 employés avaient été hospitalisés après que le management eut décidé, au mois d'août 2008, de remplacer l'alcool utilisé pour nettoyer les écrans par du n-hexane, un produit toxique, sans repenser le système de ventilation de l'atelier. Apple était alors resté muet, mais reconnaît aujourd'hui " une infraction fondamentale mettant en danger les travailleurs ".

Reste désormais à voir si Apple prendra les mesures nécessaires pour éradiquer ces violations, s'interroge Li Qiang, activiste du droit du travail et fondateur de China Labor Watch, basé à New York. " Les résultats d'audit indiquent qu'un suivi appliqué et intense des usines est nécessaire, et qu'il faut construire des relations de coopération à long terme avec ces usines pour améliorer le management interne ", constate M. Li.

Car l'inspection réalisée en 2010 dans 127 ateliers révèle que le cahier des charges humain d'Apple est rarement respecté sur l'ensemble de la ligne de production. La firme à la pomme a relevé 49 cas de travail de mineurs dans neuf usines, et a cessé sa collaboration avec l'une d'elles, " ses gérants ayant choisi de négliger la question ".

En ce qui concerne la " gestion des substances dangereuses ", les sous-traitants d'Apple ont un taux de réussite de 68 % par rapport à ses exigences. Il est de 73 % pour la " protection des jeunes travailleurs " et de 57 % pour la prévention des accidents du travail. La lutte contre les discriminations est suivie dans seulement 69 % des usines visitées. Quarante et une ont des politiques discriminantes envers les malades de l'hépatite B, et trente imposent à leurs ouvrières des tests de grossesse. Quant aux exigences d'Apple sur les horaires de travail, le groupe constate qu'elles ne sont suivies qu'à 32 %.

Harold Thibault

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mercredi 2 février 2011

OMC - Pascal Lamy veut révolutionner la façon de mesurer le commerce mondial

Le Temps - Economie, mercredi, 2 février 2011

«Made in China» est en réalité «Made in World»

Pour les Etats-Unis, la Chine, à cause de ses exportations massives, est responsable de leur déficit commercial qui ne cesse de se creuser. Mais pour l'Organisation mondiale du commerce (OMC), cette tension repose sur une façon obsolète de mesurer les échanges internationaux et qui donne une vision peu précise de la réalité.

Raison pour laquelle le gendarme du commerce mondial veut ouvrir un chantier pour revoir les techniques statistiques pour mesurer les échanges. Il ouvre le débat de mercredi à vendredi à Genève en présence de quelque 150 statisticiens issus de tous les continents.

Pascal Lamy, directeur de l'OMC, a donné le ton dans une chronique publiée la semaine passée dans le Financial Times. Il affirme que les tensions commerciales internationales disparaîtront dès qu'on changera la façon de mesurer les échanges. A présent, ils sont comptabilisés comme si un produit était fabriqué dans un seul pays alors même que, désormais, la chaîne de production implique une multitude de pays.

Il donne l'exemple d'un iPod assemblé en Chine par Apple, mais dont la recherche, design, marketing sont réalisés aux Etats-Unis et dont les composants sont fabriqués dans plusieurs pays. Citant une étude de la Banque asiatique de développement, il écrit que l'exportation de l'iPod contribue à creuser le déficit commercial américain avec la Chine de 1,9 milliard de dollars en 2006 alors même que la valeur ajoutée chinoise n'est que de 73,5 millions de dollars. Pascal Lamy estime que le déficit commercial américain avec la Chine, qui s'élevait à 252 milliards de dollars en novembre 2010, serait réduit de moitié, voire plus si le contenu importé des exportations était pris en compte.

L'OMC attend encore les premières réactions officielles de ses membres. Les Etats-Unis s'exprimeront sur la révolution proposée ce vendredi. Mais la Chine, par le biais du Quotidien du peuple, organe officiel de Pékin, épouse totalement la thèse de l'OMC.

«Evaluer le commerce mondial en se conformant au principe du pays d'origine ne reflète pas la complexité du commerce, où la conception, la fabrication et l'assemblage des produits impliquent plusieurs pays», explique un responsable de l'Institut national chinois de l'OMC. Le journal fait remarquer que, de janvier à novembre 2010, les exportations des entreprises étrangères installées en Chine ont totalisé 779 milliards de dollars, soit 54% des exportations totales.

Ram Etwareea

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mardi 18 janvier 2011

Foxconn, discret symbole de la symbiose entre Taïwan et la Chine

Les Echos, no. 20849 - High-tech & Médias, lundi, 17 janvier 2011, p. 29

Le taïwanais est aujourd'hui le premier employeur privé en Chine. Fabriquant notamment les produits d'Apple, il a subi au printemps une vague de suicides dans ses usines chinoises.

Foxconn ou l'art de devenir un mastodonte sans éveiller l'attention. Avec plus de 1 million de salariés, ce qui en fait le plus gros employeur privé en Chine, et un résultat net qui a dépassé les 100 millions de dollars américains l'an dernier, le géant taïwanais de l'électronique fait partie de ces entreprises dont presque tout le monde est client sans jamais le savoir. L'iPad ou l'iPhone d'Apple ? C'est lui. Il produit aussi des produits de Nokia, Hewlett-Packard, Microsoft, Motorola, Dell, Amazon, Cisco, Nintendo ou encore Sony. Foxconn est tout simplement le premier sous-traitant électronique au monde.

L'histoire de Hon Hai, maison mère de Foxconn, résume à elle seule celle de Taïwan ces trois dernières décennies : celle d'un territoire ayant peu à peu perdu son statut de centre de production low cost au profit de la Chine continentale. Fondée en 1974 par Terry Gou, la société commence par produire, sur l'île sécessionniste, toutes sortes de produits électroniques pour les marchés occidentaux ; transistors, mais aussi les tout premiers ordinateurs personnels.

Ce n'est qu'en 1988, alors que les salaires ont augmenté à Taïwan, que Terry Gou se tourne vers le nord et ouvre sa première usine de l'autre côté du détroit de Formose. Son succès, comme celui des industriels taïwanais investissant en Chine, est fulgurant. Il contribue à créer une interdépendance économique qui ne s'est pas démentie depuis. La société a vu ses revenus augmenter de 60 % en 2010, grâce notamment aux ventes des produits d'Apple. Terry Gou est l'homme le plus riche de Taiwan, et Foxconn a financé le pavillon de Taipei lors de l'Exposition universelle de Shanghai.

Zones d'ombre

Ce succès n'est pas exempt de zones d'ombre, sur le plan social notamment. A Taïwan, certains remarquent que les salaires réels ont baissé et que le chômage a augmenté, depuis que les industriels ont donné la priorité à la Chine continentale. Surtout, Foxconn a fait la une des médias du monde entier au printemps 2010, lorsque plus d'une dizaine de ses salariés chinois se sont donné la mort. On a alors découvert des conditions de travail excessivement dures. Le groupe a très substantiellement augmenté les salaires - jusqu'à les doubler sur certains sites de production. Cela n'a pas empêché, la semaine dernière, une salariée de se suicider en se défenestrant. Aujourd'hui, le groupe accélère son implantation dans les zones centrales de la Chine, où la main-d'oeuvre est nettement moins chère, au détriment de son centre historique situé à Shenzhen, en zone côtière. Un mouvement emblématique, cette fois, de la mutation que connaît actuellement la Chine.

GABRIEL GRESILLON

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mercredi 12 janvier 2011

Des pirates chinois vendent aux enchères les codes d'accès d'iTunes

Le Soir - 1E - CULTURE, vendredi, 7 janvier 2011, p. 33

Le juke-box numérique d'Apple piraté

Près de 50.000 codes à vendre pour télécharger musiques et films aux frais des clients d'iTunes, la boutique numérique d'Apple. En chine, la pratique est devenue monnaie courante.

Sur le site Taobao, l'équivalent de notre ebay, vous pouvez acheter pour presque rien, les codes d'accès de comptes iTunes de clients du monde entier et ainsi faire vos emplettes gratuitement puisque les frais seront déduits du compte bancaire de la personne piratée. Pour un prix moyen de 3,5 euros vous obtenez le code et le mode d'emploi détaillé du parfait pirate pour vous connecter et acheter en toute illégalité.

Votre achat s'accompagne d'un avertissement : « Réalisez rapidement vos transactions » . Pour ces quelques euros vous avez également droit à un service après vente de grande qualité : la garantie que, si la supercherie est découverte et le compte fermé dans les vingt-quatre heures, le pirate vous renverra de nouveaux codes d'accès !

La galerie marchande Taobao.com a déclaré qu'elle prendrait « toutes les mesures nécessaires pour protéger les droits des consommateurs » mais précise en même temps que « tant que nous ne recevons pas de demande valide de retrait, nous ne pouvons agir » .

Apple, par contre, n'a toujours pas réagi. Pour Brian Krebs, spécialiste en sécurité informatique, avec un « cheval de Troie » , logiciel furtif capable de dérober des données transmises sur la Toile, « ce ne doit pas prendre trop de temps pour collecter autant de comptes que l'on peut ensuite revendre » .

Comment se prémunir du danger ?

Cette affaire rappelle les problèmes d'Apple en mars 2010. A cette époque, de nombreux internautes se plaignent, sur les forums, de piratage de leurs comptes iTunes. Des débits jusqu'à plusieurs centaines d'euros, des listes d'achats qu'ils ne reconnaissent pas, des comptes iTunes devenus inaccessibles ou parfois transposés en chinois.

Là encore, Apple reste muet. Les victimes se retournent vers leur banque pour se faire rembourser et ferment leur compte iTunes. Parfois, les comptes iTunes étaient piratés pour acheter des eBooks que le pirate propose, ensuite, lui-même à la vente. Ces livres numériques apparaissent donc en tête des ventes, ce qui génère des achats... et des rentrées financières pour le pirate.

Comment se prémunir contre le danger ? La seule solution est de vérifier la liste des achats, de changer les mots de passe et de supprimer toutes les informations de cartes bancaires enregistrées sur le compte iTunes.

© 2011 © Rossel & Cie S.A. - LE SOIR Bruxelles, 2011

jeudi 28 octobre 2010

Un Chinois accuse Apple de violer ses droits sur la marque iPad

Le Figaro, no. 20603 - Le Figaro Économie, jeudi, 28 octobre 2010, p. 17

En Chine, c'est bien connu, on ne badine pas avec le droit des marques. Apple en fait l'amère expérience. Le groupe californien est accusé de violation de propriété intellectuelle par une société chinoise, qui affirme avoir déposé la marque iPad bien avant elle, dès janvier 2000. Proview Technology, basée à Shenzhen, aurait toujours le droit d'utiliser la célèbre dénomination en Chine. Du coup, Yang Rongshan, le président de Proview, juge illégale et « arrogante » la décision d'Apple de vendre l'iPad en Chine. L'objet, déjà culte, y a été lancé le 17 septembre, mais des modèles venus de Hongkong étaient disponibles depuis longtemps. De plus, Apple est concurrencé sur le marché chinois par une brochette de tablettes bon marché fabriquées localement, dont certaines ressemblent furieusement à l'iPad...

Des discussions auraient eu lieu entre Apple et Proview Technology, sans résultat. Proview évalue le prix de la marque iPad en Chine à quelque 800 millions de dollars. Ces mésaventures rappellent celle de Schneider, accusé en 2006 de contrefaçon par un concurrent chinois, qui s'était pourtant fortement inspiré de ses produits. Le groupe français a fini par passer à la caisse et débourser 17 millions d'euros pour limiter les turbulences sur le sacro-saint marché chinois...

© 2010 Le Figaro. Tous droits réservés.

mercredi 13 octobre 2010

RÉCIT - Foxconn : l'empire «inhumain» de l'électronique - Philippe Grangereau

Libération, no. 9149 - Économie, mardi, 12 octobre 2010, p. 12

Un rapport dénonce les conditions de travail dans les sites chinois du taïwanais, qui fabrique, entre autres, l'iPhone.

Les usines chinoises du géant taïwanais Foxconn, où sont, entre autres, fabriqués les iPhone d'Apple, mais aussi des Dell, Nokia et autres Sony, «peuvent être comparés à des camps de concentration». C'est ce qu'on peut lire dans un rapport très étayé, réalisé par des chercheurs des vingt universités les plus prestigieuses de Chine, de Taiwan et de Hongkong. Ce document de 83 pages, basé sur les interviews de près de 1 800 ouvriers de 12 usines chinoises de Foxconn, n'a pas encore été rendu public dans son intégralité. Mais les presses chinoise, hongkongaise et taïwanaise en ont publié hier de larges extraits. Ils sont édifiants.

Il en ressort en premier lieu que le nombre de suicides d'ouvriers dans cet empire de 920 000 employés aurait été sous-estimé. Il ne serait pas de onze depuis janvier, comme l'ont rapporté tous les médias, dont Libération (journal du 3 juin), mais de treize. En outre, au moins quatre autres ouvriers de Foxconn ont attenté à leur vie.

«Stagiaires». Par ailleurs, les mirobolantes augmentations de salaire de 60% en moyenne, promises cet été par le patron de Foxconn, Terry Gou, ne se seraient pas matérialisées pour la plupart des ouvriers. Les cadences sont toujours aussi infernales, et dans une logique d'expansion plus tyrannique encore, Foxconn embauche des dizaines de milliers d'adolescents très mal payés estampillés «stagiaires». A ce titre, ils sont privés de toute couverture sociale. Parfois, la moitié de la main-d'oeuvre serait composée de «stagiaires». Dans la seule ville de Chongqing (Sichuan), Foxconn a ainsi passé des contrats d'embauche avec une centaine d'établissements d'enseignement. Des ouvriers de 17 ans sont considérés comme «expérimentés». Alors que la loi chinoise n'autorise que 36 heures de travail supplémentaire par mois, les petites mains de Foxconn sont contraintes à suer entre 80 et 100 heures de plus, parfois même sans être payées. «Même si le salaire est meilleur que dans les autres sweatshops où j'ai travaillé, témoigne un employé cité dans le rapport, vous ne pouvez jamais trouver quelqu'un à qui vous plaindre parce que tout le monde est isolé ici, et vous devenez fou petit à petit.»

«Punition». Les «centres de consultation», récemment créés par la direction pour se racheter après la vague de suicides, ne feraient qu'encourager la délation au sein des équipes. Les ouvriers sont fréquemment «kidnappés» dans leurs dortoirs pour aller travailler à la chaîne, où les tâches répétitives durent en général... deux secondes. «Ils n'ont pas le droit de parler, de sourire, de s'asseoir ou de faire des gestes "inutiles". Ils doivent remplir un quota de 20 000 assemblages durant leurs longues vacations», note le rapport. Environ 13% des ouvriers interrogés disent s'être déjà évanouis à la tâche.

Dans cette version féroce et léthale des Temps modernes de Chaplin, les contremaîtres ont tous les pouvoirs. «Plus de 28% des ouvriers ont été insultés par leurs superviseurs et les gardes de sécurité, 16% ont subi des punitions corporelles et 38% disent avoir subi des entraves à leur liberté de mouvement», écrit ce rapport en qualifiant d'«inhumain» le style de gestion de Foxconn. Le gigantisme du groupe d'assemblage électronique lui confère une immunité de fait. Les autorités locales chinoises seraient tellement soucieuses d'attirer des investissements, qu'elles capitulent devant l'application du droit. Foxconn, qui est déjà l'un des plus grands employeurs du monde, a annoncé cet été un programme d'expansion faramineux. D'ici à 2011, le titan entend accroître de 600 000 le nombre de ses employés, pour atteindre le million et demi.

Dans sa quête permanente du coût le plus bas, Foxconn compte transférer 67% de sa production des zones côtières vers l'intérieur de la Chine, où la main-d'oeuvre est moins chère.

Dans une lettre ouverte au gouvernement chinois et à Foxconn publiée hier, les chercheurs des vingt universités qui ont contribué à rédiger ce rapport redoutent que ce mode de production inhumain, aux frontières de l'esclavagisme moderne, ne cesse de se propager.

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lundi 12 juillet 2010

Apple veut enfin se relancer à la conquête du marché chinois - Maxime Amiot

Les Echos, no. 20717 - Technologies de l'information, lundi, 12 juillet 2010, p. 18

Dépassé dans le pays par l'explosion d'un marché « gris », le groupe américain a inauguré, ce week-end à Shanghai, sa seconde boutique en Chine et annonce l'ouverture de 25 nouveaux magasins d'ici au début 2012.

Apple a décidé de refaire son retard en Chine. Le groupe américain a inauguré, samedi, à Shanghai sa seconde boutique dans un pays qui a jusqu'ici résisté à « l'applemania » connue en Occident. Au premier trimestre, le groupe contrôlait moins de 1 % du marché chinois des PC et moins de 2 % du marché local des « smartphones », selon les statistiques d'IDC.

Dès l'aube, samedi, plusieurs centaines de personnes s'étaient pourtant massées autour de la boutique au design futuriste, installée dans le quartier des affaires de Shanghai dans l'espoir d'acheter un iPhone de quatrième génération ou un iPad. Ils auront finalement dû se contenter des anciens appareils du groupe californien qui tarde toujours à offrir aux consommateurs chinois les plus aisés les produits qu'il propose aux Etats-Unis et aux grands marchés européens.

Les ventes peinent à décoller

Handicapé par sa politique de prix, qui rebute beaucoup de consommateurs confrontés à une offre gigantesque, et par le manque de partenaires fiables, le groupe a jusqu'ici peiné à faire décoller ses ventes directes et a été confronté à l'explosion d'un marché dit « gris ». Contournant les réseaux de distribution officiels, les jeunes designers, hommes d'affaires et yuppies des grandes mégapoles du pays achètent, en effet, dans des petites boutiques des appareils introduits souvent illégalement depuis Hong Kong, Singapour ou les Etats-Unis. Ils peuvent ainsi obtenir les dernières versions des productions d'Apple -en Chine l'option Wi-Fi des iPhones et autres téléphones portables est interdite par le gouvernement -à des prix souvent plus intéressants. China Unicom, le deuxième plus gros opérateur télécoms devenu le partenaire officiel d'Apple en Chine, n'a ainsi écoulé que 750.000 iPhone dans les six mois ayant suivi l'introduction de l'appareil dans le pays, à l'automne dernier. Selon le cabinet d'analyse BDA, trois fois plus d'iPhone achetés sur le marché « gris » seraient actuellement en circulation sur le territoire.

Moquant ce retard d'Apple, Liu Chuanzi, le PDG de Lenovo, affirmait, la semaine dernière, que le groupe américain avait manqué une incroyable opportunité sur le marché chinois et peinait toujours à comprendre les besoins des consommateurs locaux. « Nous avons de la chance que Steve Jobs ne s'intéresse pas à la Chine », s'est amusé, dans une interview au « Financial Times », le responsable de Lenovo, qui tente de faire de son « LePhone », vendu en moyenne à 2.500 yuans, le concurrent direct de l'iPhone 3GS, proposé, lui, à plus de 5.000 yuans.

Pour revenir dans la course sur le plus grand marché du téléphone portable du monde, Apple affirmait, ce week-end, qu'il allait doper son réseau domestique de revendeurs agréés et tenter d'ouvrir, avant 2012, 25 boutiques dans les grandes villes du pays. Pour les analystes, cette réaction très ambitieuse pourrait, à moyen terme, propulser la Chine sur le podium des trois plus grands marchés mondiaux d'Apple.

PHOTO - Apple employees welcome customers outside the new Apple Store at Pudong Lujiazui in Shanghai July 10, 2010. Apple Inc. opened its second flagship store in China, in the heart of Shanghai's financial district on Saturday. The retail outlet, featuring a 40-foot glass cylindrical wall, is located near Shanghai's famous Oriental Pearl Tower.

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