jeudi 25 août 2011

La bataille des « smartphones » se déplace vers les pays émergents


Les Echos, no. 21002 - High-tech & Médias, jeudi 25 août 2011, p. 18

Rachat de Motorola par Google, rumeurs d'iPhone low cost et lancement de nouveaux « smartphones » à bas prix par Nokia et Samsung : après avoir conquis les pays riches, les nouvelles plates-formes mobiles cherchent les marchés de croissance.

Guerre des « smartphones » : phase deux. Samsung et Nokia, leaders mondiaux des ventes de mobiles, ont annoncé hier le lancement de nouveaux modèles d'entrée de gamme qui ciblent en particulier les pays émergents. Les Galaxy du coréen tournent sous Android, la plate-forme de Google, tandis que le finlandais a installé son système Symbian dans ses trois téléphones - réservant Windows Phone à de futurs produits haut de gamme. Ces annonces interviennent quelques jours après les rumeurs, rapportées par Reuters, concernant la sortie prochaine d'un iPhone 4S qui pourrait coûter autour de 200 euros seulement.

De plus en plus abordables, les téléphones « intelligents » vont pouvoir conquérir les pays émergents. Samsung prévoit que les modèles à moins de 200 dollars représenteront plus de la moitié du marché du « smartphone » en volume en 2015, contre 16 % en 2010. Dans un premier temps, l'industrie du mobile a cherché à vendre ses terminaux connectés dans les pays riches. A présent, le réflexe Internet mobile est bien installé, les « smartphones » font à eux seuls 64 % du chiffre d'affaires des fabricants (54 % l'an dernier) et le monde entier rêve de ces modèles luxueux. Les fabricants peuvent donc reporter leurs efforts sur les pays à forte croissance pour y vendre des téléphones en masse. Les marges seront moins importantes, mais cela permettra aux leaders de faire le vide autour d'eux.

L'eldorado chinois

Selon Pyramid Research, les ventes ont déjà crû de 63 % par an de 2006 à 2010 dans les émergents, où elles représentaient 44 % des ventes mondiales. En 2015, leur part aura grimpé à 61 %, prédit l'institut d'études. Il y a d'autant plus d'opportunités que la pénétration du mobile y est parfois encore faible. Les « smartphones » remplacent aussi les liaisons fixes : « Dans certains émergents, il y a encore très peu de PC et d'Internet ; les "smartphones" sont donc les seuls équipements disponibles et à peu près abordables pour se connecter», explique Stela Bokun, de Pyramid.

Au coeur de cette bataille, la Chine fait rêver, avec son réseau 3G galopant et son milliard d'habitants. D'autant qu'il s'agit déjà du deuxième marché mondial pour les « smartphones » après les Etats-Unis. « Nokia est encore le numéro un en Chine, mais il est sous pression face à Apple dans le haut de gamme et à Samsung dans le milieu de gamme », souligne Neil Mawston, chez Strategy Analytics. Pour lui, le lancement d'un iPhone low cost est une sage idée pour contrer Android : « Tout ce qui porte la marque Apple marche en ce moment ! De plus, cela va permettre de s'adapter à la nouvelle segmentation qui se dessine sur le marché du "smartphone", entre les grands écrans 4 pouces et les écrans 3 pouces privilégiés par les primo-acquéreurs. »

« Course de deux chevaux »

Quant à Samsung, ses Galaxy sont très populaires en Chine. De manière plus générale, la plate-forme Android croît rapidement, y compris dans l'entrée de gamme, avec l'appui des marques chinoises ZTE, Huawei, Alcatel et Coolpad. Le rachat de Motorola par Google devrait contribuer à la croissance d'Android en Chine, car le groupe y dispose encore d'un bon réseau local de distribution, même si sa part de marché y a drastiquement chuté (4 % des « smartphones », selon Pyramid).

Cette « course de deux chevaux » menée par Apple et Samsung signe-t-elle l'échec de Nokia sur les émergents, son terrain de prédilection ? « Malgré les améliorations de Symbian, il va être difficile de dépasser le sentiment général d'un échec », déplore Neil Mawston. Nokia bénéficie toutefois d'une « forte relation avec les opérateurs, ainsi qu'avec de nombreux grands distributeurs ou petits détaillants », souligne Stela Bokun, ce qui devrait l'aider à « se rétablir dans les "smartphones" ». Il faudra attendre la mise sur le marché des Windows Phones pour en juger.

SOLVEIG GODELUCK

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