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jeudi 25 août 2011

La bataille des « smartphones » se déplace vers les pays émergents


Les Echos, no. 21002 - High-tech & Médias, jeudi 25 août 2011, p. 18

Rachat de Motorola par Google, rumeurs d'iPhone low cost et lancement de nouveaux « smartphones » à bas prix par Nokia et Samsung : après avoir conquis les pays riches, les nouvelles plates-formes mobiles cherchent les marchés de croissance.

Guerre des « smartphones » : phase deux. Samsung et Nokia, leaders mondiaux des ventes de mobiles, ont annoncé hier le lancement de nouveaux modèles d'entrée de gamme qui ciblent en particulier les pays émergents. Les Galaxy du coréen tournent sous Android, la plate-forme de Google, tandis que le finlandais a installé son système Symbian dans ses trois téléphones - réservant Windows Phone à de futurs produits haut de gamme. Ces annonces interviennent quelques jours après les rumeurs, rapportées par Reuters, concernant la sortie prochaine d'un iPhone 4S qui pourrait coûter autour de 200 euros seulement.

De plus en plus abordables, les téléphones « intelligents » vont pouvoir conquérir les pays émergents. Samsung prévoit que les modèles à moins de 200 dollars représenteront plus de la moitié du marché du « smartphone » en volume en 2015, contre 16 % en 2010. Dans un premier temps, l'industrie du mobile a cherché à vendre ses terminaux connectés dans les pays riches. A présent, le réflexe Internet mobile est bien installé, les « smartphones » font à eux seuls 64 % du chiffre d'affaires des fabricants (54 % l'an dernier) et le monde entier rêve de ces modèles luxueux. Les fabricants peuvent donc reporter leurs efforts sur les pays à forte croissance pour y vendre des téléphones en masse. Les marges seront moins importantes, mais cela permettra aux leaders de faire le vide autour d'eux.

L'eldorado chinois

Selon Pyramid Research, les ventes ont déjà crû de 63 % par an de 2006 à 2010 dans les émergents, où elles représentaient 44 % des ventes mondiales. En 2015, leur part aura grimpé à 61 %, prédit l'institut d'études. Il y a d'autant plus d'opportunités que la pénétration du mobile y est parfois encore faible. Les « smartphones » remplacent aussi les liaisons fixes : « Dans certains émergents, il y a encore très peu de PC et d'Internet ; les "smartphones" sont donc les seuls équipements disponibles et à peu près abordables pour se connecter», explique Stela Bokun, de Pyramid.

Au coeur de cette bataille, la Chine fait rêver, avec son réseau 3G galopant et son milliard d'habitants. D'autant qu'il s'agit déjà du deuxième marché mondial pour les « smartphones » après les Etats-Unis. « Nokia est encore le numéro un en Chine, mais il est sous pression face à Apple dans le haut de gamme et à Samsung dans le milieu de gamme », souligne Neil Mawston, chez Strategy Analytics. Pour lui, le lancement d'un iPhone low cost est une sage idée pour contrer Android : « Tout ce qui porte la marque Apple marche en ce moment ! De plus, cela va permettre de s'adapter à la nouvelle segmentation qui se dessine sur le marché du "smartphone", entre les grands écrans 4 pouces et les écrans 3 pouces privilégiés par les primo-acquéreurs. »

« Course de deux chevaux »

Quant à Samsung, ses Galaxy sont très populaires en Chine. De manière plus générale, la plate-forme Android croît rapidement, y compris dans l'entrée de gamme, avec l'appui des marques chinoises ZTE, Huawei, Alcatel et Coolpad. Le rachat de Motorola par Google devrait contribuer à la croissance d'Android en Chine, car le groupe y dispose encore d'un bon réseau local de distribution, même si sa part de marché y a drastiquement chuté (4 % des « smartphones », selon Pyramid).

Cette « course de deux chevaux » menée par Apple et Samsung signe-t-elle l'échec de Nokia sur les émergents, son terrain de prédilection ? « Malgré les améliorations de Symbian, il va être difficile de dépasser le sentiment général d'un échec », déplore Neil Mawston. Nokia bénéficie toutefois d'une « forte relation avec les opérateurs, ainsi qu'avec de nombreux grands distributeurs ou petits détaillants », souligne Stela Bokun, ce qui devrait l'aider à « se rétablir dans les "smartphones" ». Il faudra attendre la mise sur le marché des Windows Phones pour en juger.

SOLVEIG GODELUCK

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mercredi 24 août 2011

La tentation technologique chinoise et la nécessaire réforme des institutions - Marc Laperrouza

Le Temps - Economie, mercredi 24 août 2011

La récente collision ferroviaire de Wenzhou (40 morts et 191 blessés) semble avoir mis fin à la période d'euphorie de la grande vitesse qui traversait le pays. Au-delà de la tragédie humaine, l'accident laisse place à un malaise plus profond.

Le gouvernement chinois gèle tout nouveau projet de TGV. L'annonce a de quoi surprendre alors que les fabricants de trains chinois vantaient récemment haut et fort les prouesses technologiques des rames sortant de leurs usines.

La récente collision ferroviaire de Wenzhou (40 morts et 191 blessés) semble avoir mis fin à la période d'euphorie de la grande vitesse qui traversait le pays. Au-delà de la tragédie humaine, l'accident laisse place à un malaise plus profond. Aux soupçons de corruption qui ont mené en début d'année le ministre du Rail Liu Zhijun à la démission, sont rapidement venues s'ajouter des questions plus fondamentales concernant notamment l'utilité même d'un réseau à grande vitesse quadrillant le pays ou le coût engendré par le déploiement des infrastructures à cette échelle. En effet, les dépenses liées au rail pèsent lourd dans le budget de l'Etat: à ce jour, l'endettement du Ministère du rail s'élève à plus de 240 milliards de francs, soit près de 5% du produit intérieur brut chinois. A l'heure où le Parti prône l'harmonie sociale, il se pose également la question de l'équité car seule une minorité de citoyens peut s'offrir le luxe de la grande vitesse.

La gestion de la catastrophe illustre sur bien des points les réformes institutionnelles que la Chine doit encore mener. Après avoir donné l'ordre d'enterrer les rames sur le lieu de l'accident, le Ministère s'est ravisé et a fait déterrer les carcasses pour laisser les enquêteurs faire leur travail. Cependant, comme le directeur de la commission d'enquête mise en place pour déterminer les causes de la collision occupe le même rang hiérarchique que le ministre du Rail, il lui sera très difficile de mettre ce dernier sur la sellette.

Le puissant Ministère du rail incarne à lui seul les difficultés à réformer les institutions chinoises. Véritable Etat dans l'Etat, le ministère dispose de sa propre police et de sa propre justice, avec procureurs et tribunaux. Il se trouve aussi à la tête d'une trentaine d'entreprises cotées en bourse. Le ministère semble avoir bénéficié d'une très grande liberté dans sa politique en matière d'investissements, estimés pour la seule année 2011 à 100 milliards de francs. Cette latitude s'explique à la fois par le patronage de l'ancien président Jiang Zemin, fervent défenseur de la grande vitesse, et par une volonté affirmée de développer les infrastructures du pays. A l'instar du Ministère des télécommunications, le Ministère du rail a longtemps assis sa légitimité au travers du déploiement massif d'infrastructures. Aux quelque 10?000 km de lignes à grande vitesse planifiées, s'ajoutaient l'agrandissement et la rénovation du réseau traditionnel de chemin de fer. Cette soif d'expansion ne s'arrêtait pas non plus aux frontières du pays. La Chine, au travers de ses deux champions nationaux, China Railway Construction Group et China South Locomotive, ambitionnait, financement à la clé, de construire des réseaux et de livrer des rames à l'étranger.

Il semble que, fort de ses succès économiques, le gouvernement a voulu transposer les recettes au développement de technologies de pointe. Mais voilà, on ne s'improvise pas leader en TGV du jour au lendemain. La France et le Japon, pionniers en la matière, ont développé leur technologie de train à grande vitesse sur une longue période. Plus d'une décennie s'est écoulée entre le lancement de la recherche et la mise en service du TGV en 1981. Du reste, une grande partie de la technologie utilisée par l'industrie ferroviaire chinoise provient d'entreprises étrangères comme Siemens, Bombardier ou Alstom. Digérer la technologie prend du temps, en particulier lorsque celle-ci s'inscrit dans un système complexe comme le rail. Il ne s'agit en effet pas d'augmenter la puissance d'une rame. Toute l'infrastructure et les processus doivent être revus lorsque l'on passe à la grande vitesse.

A la question de savoir si la Chine a les moyens de développer une technologie ferroviaire de pointe fiable, s'ajoute la question de savoir s'il s'agit de l'approche qui convient le mieux au développement économique du pays. Car, au-delà des trains à grande vitesse, la Chine a pour ambition de développer ses propres réacteurs nucléaires ainsi qu'un avion gros porteur, le C-919, pour concurrencer Airbus et Boeing sur le marché aéronautique. C'est la thèse de Breznizt et Murphreei: la Chine n'a pas à tout prix besoin d'exceller en R & D pour maintenir sa croissance économique. Innover dans les différentes étapes de production suffirait. C'est en fait cette capacité d'innover par les coûts bas ou par des modèles d'affaires qui a transformé la Chine en usine du monde et assuré sa fulgurante croissance économique.

Mais voilà, il y a la tentation technologique, qui prend souvent la forme d'un techno-nationalisme. Celui-ci peut s'appuyer sur une politique industrielle ouvertement affirmée qui prône l'innovation indigène. Erigée en doctrine nationale dès 2006, cette politique donne un blanc-seing aux entreprises qui participent à l'effort de rattrapage technologique dans lequel la Chine s'est embarquée.

La réussite économique et technologique tend à masquer la nécessité des réformes institutionnelles. Celles-ci sont certes longues et difficiles à mener. Elles sont aussi beaucoup moins spectaculaires que le déploiement d'infrastructures flambant neuves. Mais elles sont sans aucun doute la garantie de la durabilité du modèle de développement chinois.

Conseiller auprès du Groupe d'Evian, IMD et chargé de cours à l'EPFL et à l'UNIL

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Le marché chinois des PC détrône celui des États-Unis - Éric Chalmet

La Tribune (France), no. 4792 - Marchés émergents, mercredi 24 août 2011, p. 9

La Chine a été le premier marché mondial de PC au deuxième trimestre, tant en volumes qu'en valeur. Elle devrait conserver ce leadership face aux États-Unis en 2012.

Une page se tourne dans l'histoire de l'industrie et de la consommation. En 2009, le marché automobile américain avait été relégué au deuxième rang mondial derrière la Chine. Au deuxième trimestre de 2011, l'ex-empire du Milieu est devenu le premier marché mondial du PC. Les ventes de micro-ordinateurs ont alors grimpé de 14 % à 18,5 millions d'unités en Chine, alors qu'elles ont, dans le même temps, reculé de 4,8 %, à 17,7 millions d'unités aux États-Unis, selon IDC.

Analyste auprès de ce cabinet de recherche respecté, Bryan Ma estime que pour l'ensemble de l'année 2011, le marché américain conservera son leadership. Mais il prévient qu'en 2012, la Chine le détrônera pour de bon. Bryan Ma a indiqué à l'agence Bloomberg qu'au trimestre dernier, le marché s'était aussi imposé en valeur, les ventes de PC s'étant élevées à 11,9 milliards de dollars, contre 11,7 milliards de dollars aux États-Unis. La Chine a représenté 22 % du marché mondial contre 21 % pour les États-Unis.

IDC dresse ces perspectives alors que Hewlett-Packard a récemment annoncé son intention de céder sa division PC. Elle pourrait intéresser un industriel chinois comme Lenovo, qui a déjà racheté la branche PC d'IBM en 2005. Les taïwanais Acer et Asustek pourraient se porter acquéreurs de certaines activités de la division mais ne disposent pas, selon les analystes, des moyens financiers pour racheter un ensemble dont la valeur est estimée entre 10 et 12 milliards de dollars.

" En dépit de l'actuelle volatilité sur les marchés financiers, susceptible d'avoir un impact sur l'économie mondiale, nous restons confiants dans le fait que nous continuerons à afficher une performance supérieure à celle du marché international ", a garanti la semaine dernière Wong Wai, le directeur financier de Lenovo. Le troisième fabricant mondial de PC a alors annoncé que son bénéfice net a quasiment doublé au premier trimestre achevé en juin, à 108,8 millions de dollars, contre 54,9 millions un an plus tôt. Lenovo réalise 48 % de ses ventes en Chine, où il est le leader du secteur avec une part de marché de 31,7 %. Dans le monde, la part de marché du groupe a bondi à 12,2 % contre 9,9 % sur les trois premiers mois de l'année.

Ces résultats ont été présentés dans un contexte extrêmement porteur pour le marché chinois de la micro-informatique. " Dans le secteur des PC, le marché chinois est loin d'avoir atteint le niveau de saturation constaté en Europe et aux États-Unis ", note Ben Cavender, associé du cabinet China Market Research (CMR), à Shanghai. " Que ce soit dans les villes de province reculées ou dans les campagnes, les gens commencent à peine à acheter leur premier ordinateur, n'oubliez pas que moins de la moitié de la population est connectée à Internet ", ajoute Ben Cavender.

La pénétration du PC dans les provinces rurales est soutenue depuis deux ans par Pékin. En février 2009, le gouvernement central a retenu 14 fabricants, dont Lenovo, Acer et Dell pour participer à un programme visant, non seulement à équiper à coups de subventions les habitants des villages, des petites villes et leurs administrations, mais aussi à soutenir l'industrie informatique du pays.

À terme, le marché chinois n'échappera pas à la déferlante des tablettes qui, comme en Occident, se fera au détriment des micro-ordinateurs. " Pour l'instant, les tablettes sont surtout achetées car elles représentent un signe extérieur de richesse, mais à terme, la migration des PC vers les tablettes est inéluctable ", avertit Ben Cavender. Lenovo se tient prêt, qui a lancé trois nouvelles tablettes en juillet et compte accaparer 20 % du marché chinois sur ce segment.

(c) 2011 La Tribune. Tous droits réservés.

vendredi 5 août 2011

Le chinois Changhong se lance sur le marché français des écrans plats

Les Echos, no. 20989 - High-tech & Médias, vendredi 5 août 2011, p. 18

Le fabricant vient de créer une filiale dédiée à l'Hexagone et veut capter 5 % de parts de marché dans les prochaines années, grâce à un positionnement agressif sur les prix.

C'est une de ces marques chinoises encore peu connues du grand public, mais qui affiche déjà ses ambitions. Le fabricant de téléviseurs Changhong s'implante en France : une filiale dédiée au marché hexagonal a été créée en début d'année et la marque distribue désormais ses produits chez Auchan et Carrefour. Elle négocie également avec But et Conforama, et souhaite engager des discussions rapides avec la FNAC pour étendre son référencement. Dès 2011, le groupe compte vendre plus de 100.000 téléviseurs dans l'Hexagone, pour s'approcher des 1,2 % de parts de marché. « Dans un premier temps, nous visons les 5 % de parts de marché. Ce sera une première étape », indique Winson Wang, directeur général de Changhong Europe.

Un petit chiffre comparé à la taille de Changhong en Chine. Fondé en 1958, le groupe a publié en 2010 un chiffre d'affaires mondial de 4,46 milliards d'euros, principalement réalisé dans l'empire du Milieu et différents pays asiatiques (Malaisie, Viêt-Nam). Le fabricant y est présent sur différentes activités - climatisation, électroménager -, mais sa priorité affichée est le marché des téléviseurs. Il y revendique la deuxième place du marché chinois, derrière Hisense. L'an dernier, ses ventes de téléviseurs ont crû de 18 % en valeur, à 1,58 milliard d'euros...

4 milliards d'investissement

Aujourd'hui, le groupe veut passer à la vitesse supérieure. En 2009, il s'est doté de sa première usine de dalles, via un joint-venture créé avec le taïwanais AUO Optronics. Puis, en 2010, le groupe a ouvert sa propre usine d'écrans plasma, en Chine, via un investissement de 4 milliards de dollars. « Dans ce métier, il est essentiel de maîtriser la fabrication des dalles. Cela vous donne une garantie de qualité et de maîtrise de la production », juge Winson Wang. Ce nouveau site industriel va surtout permettre à Changhong de tourner définitivement la page des téléviseurs à tube cathodique - il n'en produit plus depuis 2010 -et de se développer à l'international, notamment en Europe. Le groupe dispose d'une usine d'assemblage près de Prague et a inauguré des filiales en République tchèque, en Slovaquie et en Allemagne. Il veut maintenant se déployer au Royaume-Uni et en Italie.

Comment se faire une place face aux fabricants coréens (Samsung, LG) ou japonais (Sony, Panasonic...) ? « Pour l'heure, nous ne sommes pas directement concurrents avec ces marques. Nous souhaitons apporter de la bonne technologie à des prix plus faibles », poursuit Winson Wang. En 2011, son chiffre d'affaires en France devrait s'élever à 24 millions d'euros, ce qui reviendrait à un prix moyen de 240 euros par téléviseur. De fait, la moitié de ces revenus sera constituée de produits vendus sous marque blanche. Changhong fournit notamment des téléviseurs à la marque Grandin, très présente en grandes surfaces. Une image low cost dont le groupe veut se détacher, en mettant en avant ses produits plasma, led et 3D. A voir si cela suffira à contenter le grand public.

MAXIME AMIOT

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lundi 13 juin 2011

REPORTAGE - A Taizhou, le recyclage très polluant des " e-déchets "


Le Monde - Environnement & Sciences, mardi 14 juin 2011, p. 10

Lorsque les villes de la province du Zhejiang se sont spécialisées chacune dans une industrie, Wenzhou a pris les chaussures. Taizhou a fait un choix plus malheureux en se focalisant sur le traitement des déchets, industriels et électroménagers tout d'abord, puis électroniques avec l'avènement de l'ordinateur. Une erreur dont elle paye aujourd'hui le prix écologique et sanitaire. Selon certaines estimations, plus de 2 millions de tonnes de " e-déchets " venus de Chine et du monde entier sont démantelés chaque année autour de cette ville, située à 400 kilomètres au sud de Shanghaï. L'activité ferait vivre 60 000 personnes.

Une étude réalisée par des chercheurs chinois et publiée mardi 31 mai dans la revue Environmental Research Letters, éditée par l'Institut de physique de Londres, apporte une nouvelle preuve des dangers du démantèlement de ces déchets électroniques. L'émission de polluants tels que des métaux lourds (plomb, cadmium, arsenic, etc.) lors du procédé expose à la contamination les sols, les cours d'eau environnants mais également l'air ambiant.

Les résultats de l'étude réalisée à Taizhou montrent que l'air inhalé provoque dans certains cas " des réactions inflammatoires et un stress oxydant qui peuvent endommager l'ADN et être à l'origine de cancers ", a expliqué l'un des auteurs de l'étude, le professeur Yang Fangxing, de l'université du Zhejiang. Le risque de maladies cardio-vasculaires est également évoqué.

" Les habitants de la zone doivent essayer de rester le moins possible au contact des polluantset les procédés utilisés par les industriels du recyclage être encadrés ", réclame le professeur Yang.

Le gouvernement de la province du Zhejiang a annoncé, lundi 30 mai, l'arrestation de 74 personnes au terme d'une opération de deux mois de lutte contre la pollution liée à ces unités de démantèlement, ainsi qu'aux usines de batteries électriques au plomb. Des violations des normes environnementales ont été constatées dans 148 entreprises.

L'opération a donné un coup de frein au recyclage sauvage, mais n'y a pas mis un terme. Dans le petit atelier de démantèlement d'ordinateurs et d'appareils électroménagers de M. Hu - qui, par prudence, préfère ne pas donner son nom intégralement -, l'activité poursuit son rythme. Les ouvriers démontent et trient à même le sol, sans masques, entre des piles de claviers, de cartes mères d'ordinateurs et les pièces détachées de tous les appareils électriques qui caractérisent le foyer moderne. " Les ordinateurs, dit-il, viennentde Chine, du Japon mais aussi d'Europe. "

Il a entendu parler d'un ouvrier empoisonné dans l'une des plus importantes usines, où l'on traite aussi bien l'écran d'ordinateur que le moteur de bateau. Mais à part cela, " l'information sur les dangers de mon métier reste quasi inexistante ", confie le jeune homme, arrivé voici un an de la province du Jiangxi pour créer sa petite entreprise avec un associé.

Des cartes-mères au wok

Les contrôles ont simplement incité les recycleurs à se faire plus discrets. Les monceaux de vieux ordinateurs, téléviseurs et autres qui ont fait le succès économique de Taizhou sont un peu moins visibles. Le manque de volonté des entrepreneurs dont l'enrichissement repose sur la pérennité de cette industrie polluante et le peu d'information fournie aux ouvriers plutôt préoccupés par la survie de leurs emplois sont un obstacle à un réel changement.

A quelques rues de l'atelier de M. Hu, des travailleurs s'affairent autour d'un camion surchargé de paille d'aluminium récupérée des mécanismes de climatiseurs. Deux d'entre eux ont grimpé au sommet à l'aide d'une échelle en bambou afin de tasser et si possible de charger l'engin un peu plus encore. M. Lou, 45 ans, aide aussi. Il sait bien que le gouvernement s'attaque ces temps-ci à l'étape du brûlage lors du recyclage, une source de pollution majeure à Taizhou, où il était encore commun jusqu'à peu de faire frire des cartes mères au wok afin d'en éliminer le plastique et de récupérer le cuivre.

" La pollution, c'est d'abord une question de catégories, professe-t-il, philosophe. Le gouvernement peut décider que faire fondre cet aluminium pollue mais moi, je ne le pense pas. " Grâce au brûlage de cette cargaison dans un four, dont M. Lou préfère garder l'emplacement secret, les mécanismes des climatiseurs démantelés deviendront peut-être des béquilles de motos.

Dans les petites unités de démantèlement de Taizhou, le " recyclage " ne répond à aucune norme précise. Et personne ne croit vraiment que cela pourrait changer. Les campagnes lancées par les autorités ébranlent temporairement l'activité. Mais il suffit de patienter. " De vieux ordinateurs en provenance de France ? Impossible d'en trouver ces temps-ci, mais essayez de revenir dans quelques mois ", suggère une ouvrière, d'un air entendu.

Harold Thibault

Le volume des ordures explose en Chine, leur traitement ne suit pas

Les autorités chinoises ne doivent pas seulement s'adapter aux nouveaux modes de consommation des ménages, elles doivent aussi faire face aux déchets qu'ils engendrent. Alors qu'en 1980 les municipalités chinoises collectaient 30 millions de tonnes d'ordures en une année, l'Association de l'industrie pour la protection de l'environnement estime que 238 millions de tonnes de déchets ménagers ont été produits dans le pays en 2009. Or la capacité des infrastructures de traitement n'a pas suivi et se limite pour l'instant à 112 millions de tonnes par année.

Dans son douzième plan quinquennal, adopté en mars 2011, la Chine s'est fixé pour objectif d'établir un " système de collecte et de recyclage des ordures triées ". Le gouvernement central s'est engagé à traiter 80 % des déchets ménagers d'ici à 2015. Dans les faits, la tâche se traduit par l'installation massive d'incinérateurs, plus efficaces mais plus onéreux que les décharges d'enfouissement. Leur construction se heurte fréquemment à l'opposition de populations locales inquiètes des émanations toxiques et des odeurs.

Manifestations

Le dernier conflit en date s'est déroulé à Wuxi, dans la province du Jiangsu, à l'est du pays, où des habitants ont monté des tentes devant un incinérateur dont la construction fut lancée en 2007. Son démarrage, d'abord le 13 janvier puis au mois d'avril pour une série de tests, a suscité des manifestations de résidents et de paysans inquiets des retombées de dioxine sur leurs champs. Sur le site Renren, un blogueur décrit des scènes de confrontation avec des policiers, tandis que des photos de manifestants en sang circulent sur le Web.

Un autre défi majeur est la gestion des déchets industriels et des gravats des chantiers dans un pays où l'immobilier est en pleine expansion. Avec deux milliards de mètres carrés bâtis chaque année, la Chine consomme 40 % du ciment et des métaux de construction de la planète. Zhang Renyu, le directeur de l'Institut des matériaux d'ingénierie de l'Académie chinoise de recherches sur la construction, expliquait récemment au Global Times qu'au moins 500 tonnes de gravats sont produites pour 10 000 mètres carrés construits.

Or si les gouvernements locaux désignent des décharges et usines de traitement, celles-ci sont trop éloignées des centres urbains au goût des promoteurs et de leurs cocontractants, qui préfèrent économiser sur le coût du transport. Zhang Renyu estime ainsi que le taux de recyclage des déchets de construction ne dépasse pas 20 % environ dans les grandes villes chinoises.


PHOTO - Guiya, e-dépotoir

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jeudi 2 juin 2011

Le chinois Lenovo poursuit sa conquête de l'Europe - Elsa Bembaron

Le Figaro, no. 20787 - Le Figaro Économie, jeudi 2 juin 2011, p. 18

Le groupe informatique rachète Medion pour plus de 320 millions d'euros et veut doubler de taille en Allemagne.

Après avoir racheté les PC d'IBM, créé une coentreprise avec NEC au Japon, Lenovo ajoute le grossiste Medion à son palmarès. Cette acquisition lui permet de doubler ses parts de marché en Allemagne et de devenir numéro trois en Europe.

La stratégie de Lenovo - 21 milliards de dollars de chiffre d'affaires - repose sur deux axes simples : « Protéger ses activités là où le groupe est fort et attaquer les autres marchés », explique au Figaro Milko Van Duijl, président « marchés matures » chez Lenovo. Le groupe est implanté en Chine, où un ordinateur sur trois vendu est un Lenovo, et sur le marché des entreprises, avec ses ThinkPad rachetés à IBM en 2005. Il cherche à se développer dans les pays émergents (hors Chine) et sur le marché grand public. « En Europe de l'Ouest, la croissance passe par les équipements grand public, un marché où nous ne sommes pas forts et sur lequel nous voulons croître rapidement », explique Milko Van Duijl. Les ventes de PC aux consommateurs ont dépassé celles aux entreprises.

« Le rachat de Medion est un moyen différent d'acquérir des parts de marché. On peut se demander pourquoi Lenovo n'a pas choisi de s'adresser directement aux distributeurs », s'étonne Ranjit Atwal, analyste chez Gartner.

Des tablettes en été

Le groupe allemand fournit des ordinateurs à la grande distribution, notamment au groupe Aldi, ainsi que des accessoires (imprimantes, claviers...) et des téléphones. Pour mettre la main sur Medion, Lenovo devra débourser « au moins 320 millions d'euros », précise Milko Van Duijl. Gerd Brachmann, le fondateur de Medion et principal actionnaire, conservera une participation de 20 % dans l'entreprise. Il va céder 40 % du capital à Lenovo et sera rémunéré à 80 % en numéraire et 20 % en actions. Gerd Brachmann devient le premier actionnaire privé du groupe chinois. Ce dernier lancera une OPA sur le solde du capital à 13 euros l'action. L'offre valorise le groupe à 629,4 millions d'euros.

Le développement de Lenovo sur le marché européen passe aussi par les tablettes. « Nous commercialiserons un produit destiné aux entreprises en septembre », précise Milko Van Duijl. Celle destinée aux particuliers devrait « arriver avant, dans le courant de l'été ». Le numéro quatre mondial des ordinateurs ne pouvait pas rester insensible à la montée en puissance de ce type de produit, qui se fait en partie au détriment des ventes de PC. « Lenovo n'est pas parvenu à améliorer son image de marque en Europe, souligne Ranjit Atwal. Or, la concurrence est encore plus rude sur le marché des tablettes que celui des PC. » Néanmoins, Lenovo pourrait aussi tirer profit de son nom pour rassurer les distributeurs et s'imposer face à des concurrents plus « exotiques ».

© 2011 Le Figaro. Tous droits réservés.

Eric Schmidt : "Demander à Google de faire la police est exagéré"

L'Express, no. 3126 - L'entretien, mercredi 1 juin 2011, p. 14-16,18

Propos recueillis par Emmanuel Paquette

Durant dix années, il fut l'adulte surveillant les deux enfants, Larry Page et Sergey Brin, dans leur salle de jeux. Le mentor des anciens étudiants de Stanford, les fondateurs de Google, vient de céder la direction opérationnelle d'une société de 30 milliards de dollars de chiffre d'affaires pour parcourir le monde et défendre le plus célèbre moteur de recherche, désormais attaqué de toute part. Invité au G 8 de l'Internet par Nicolas Sarkozy, cet ingénieur discret de 56 ans n'hésite pas à égratigner Stéphane Richard, PDG d'Orange, ou à critiquer le géant Micro- soft. Proche de Barack Obama, dont il a été le conseiller, ce lobbyiste s'oppose à la régulation de la Toile par les Etats et négocie avec les majors du disque le lancement d'un service de musique légal.

Que pensez-vous de l'initiative de la France d'avoir organisé pour la première fois un G 8 de l'Internet ?

Nicolas Sarkozy a souhaité ouvrir le dialogue avec les principaux acteurs de notre secteur. Pour moi, ce fut l'occasion d'échanger et de jeter des ponts avec des responsables politiques.

Lors de ce sommet, le cabinet McKinsey a souligné qu'Internet représentait désormais 3,4 % du produit intérieur brut des 13 pays les plus développés en 2009. Cela vous a-t-il étonné ?

Ce chiffre en a peut-être étonné certains, mais pas nous. Il correspond à la croissance que nous observons. Nos activités en France se portent bien, nous investissons dans ce pays et nous continuerons de le faire. Cette année, nous ouvrirons, à Paris, un centre culturel et un pôle de recherche. Il est important de souligner que ce centre sera élargi à la culture européenne, pas seulement française.

Nicolas Sarkozy a exhorté à ne pas recréer des monopoles sur la Toile et à protéger la vie privée. Vous êtes-vous sentis visés ?

Vous remarquerez qu'il n'a cité aucune entreprise nommément, même s'il est certain qu'il ciblait des sociétés américaines comme la nôtre. Mais j'interprète ses propos différemment. Il s'agit d'une posture de négociation. Votre président est talentueux, intelligent et combatif. Il souhaite agir pour le bien de son pays, c'est son rôle et il veut que Google et l'industrie en général travaillent mieux avec les hommes politiques. Il faut mettre cela à son actif.

Le marché français n'est pas le plus important pour Google, mais c'est probablement le plus problématique...

Je ne suis pas sûr de cela. Nous rencontrons des problèmes partout dans le monde.

La Commission nationale de l'informatique et des libertés vous a tout de même condamné pour avoir enregistré les données de réseaux Wi-Fi et elle enquête sur les téléphones Android, qui géolocalisent les utilisateurs...

Il est important de dissocier ces deux dossiers. Sur le premier, nous avons reconnu qu'il s'agissait d'une erreur de notre part, nous nous sommes excusés et nous ne la referons pas. Quant aux téléphones Android, ils demandent aux utilisateurs la permission d'envoyer des données de géolocalisation et nous ne les conservons pas. Ces données aident, en revanche, au bon fonctionnement de certaines applications.

C'est encore la France qui souhaite la création d'une "taxe Google", augmente les prix des abonnements à Internet, et crée l'autorité Hadopi pour couper l'accès aux contrevenants. Ce qui va exactement à l'opposé de vos conceptions...

Nous ne sommes pas si éloignés que vous le pensez. Comme nous, Nicolas Sarkozy milite pour un accès à Internet à haut débit pour tous, et pas uniquement dans les villes les plus peuplées. Nous partageons également son point de vue sur la défense du droit d'auteur. Nos désaccords portent davantage sur la manière d'agir. Quant à la "taxe Google", la mal nommée, elle ne semble plus être à l'ordre du jour. Enfin, le prix de l'accès à Internet en France demeure très élevé, particulièrement dans l'Internet mobile. Aux Etats-Unis, les prix sont bien moins élevés. Je ne m'explique pas un tel écart.

Pour protéger les ayants droit, le commissaire européen Michel Barnier veut demander aux fournisseurs d'accès de faire la police et, aux Etats-Unis, on vous presse de retirer les sites de piratage des résultats de recherche. Allez-vous obtempérer ?

Je n'y suis pas favorable, car, alors, où devrions-nous nous arrêter ? Aux Etats-Unis, si le gouvernement nous demande de ne pas rendre certaines informations accessibles sur Internet, cette exigence est disproportionnée au regard de la loi et de la liberté d'expression. Les condamnations peuvent être très lourdes. Je pense qu'il en va de même en France. De fait, la loi Hadopi est également disproportionnée. Couper l'accès à Internet ou demander aux fournisseurs d'accès de faire la police est une réaction exagérée, il doit exister d'autres façons de régler ce problème.

En lançant Google Music aux Etats-Unis sans l'accord des majors du disque ?

Ce service est parfaitement légal. Si vous avez acheté des titres, vous pouvez les copier sur Internet et écouter vos chansons sur n'importe quel terminal connecté. C'est un système de sauvegarde, rien de plus. Mais ce n'est qu'une première étape. Nous souhaitons nouer des partenariats avec l'industrie musicale aux Etats-Unis comme en Europe afin de concurrencer iTunes d'Apple. Au travers de nos dizaines de millions de téléphones Android sur le marché, nous pourrions proposer l'achat de musique. L'argent récolté irait directement aux majors. Pour l'instant, nous n'avons pas pu aboutir, mais nous continuons de négocier. Si nous trouvons un terrain d'entente avec les majors, vous pourrez alors partager votre bibliothèque musicale sur Google Music et acheter directement d'autres titres. J'y travaille, mais nos concurrents aussi.

Plusieurs plaintes ont été déposées contre Google devant la Commission européenne. Etes-vous devenu le nouveau Microsoft ?

Certainement pas. La Commission réalise une enquête concernant le classement des résultats de recherche et la publicité en ligne. J'ai rencontré ses représentants, ils n'en sont qu'aux prémices, mais je leur ai dit que nous coopérerions et donnerions accès à tous les documents. De son côté, Microsoft nous a attaqués pour abus de position dominante. Je ne suis pas d'accord sur les reproches qui nous sont faits, surtout ceux provenant d'un concurrent. Etant donné la position de ce groupe en situation de monopole, et son histoire, on peut être sceptique sur ses doléances. D'ailleurs, la Commission est très consciente du passé de cette entreprise. [Sourire.]

Le PDG d'Orange, Stéphane Richard, estime aussi que vos résultats de recherche ne sont pas toujours neutres...

[Rires.] Il n'est pas le premier à s'en plaindre. Mais je peux vous assurer que Google ne trafique pas ses résultats de recherche ! Ceux-ci sont le reflet de ce que le monde pense sur un sujet donné et je suis désolé pour lui s'il ne partage pas le point de vue de la majorité des gens. Peut-être devrait-il poser une autre question pour avoir la réponse qui lui convient ?

Vous venez de modifier votre algorithme de recherche (baptisé Panda) et certains concurrents y voient une manoeuvre pour leur faire perdre de la visibilité et du trafic. Que leur répondez-vous ?

Ce n'est pas vrai. Nous avions un problème avec les fermes de contenus, des sites qui produisent des volumes importants d'informations mais de piètre qualité. Nous avons annoncé une modification de l'algorithme qui touche 12 % des résultats de recherche, c'est la plus importante modification réalisée en dix ans. Quand un site est classé en tête des résultats, les 10 000 autres peuvent se plaindre de notre moteur. Du coup, nous faisons attention à utiliser le meilleur algorithme mathématique sans viser aucune société, aucune requête, aucune catégorie particulière. On ne garantit jamais à un site d'apparaître toujours au même endroit dans nos pages de réponses.

Pourquoi ne pas ouvrir le coeur de votre moteur pour mettre fin à ces polémiques ?

Parce que nos concurrents, comme Microsoft, s'empresseraient de produire un système propriétaire. D'ailleurs, nous avons déjà porté plainte contre ce groupe, car il accaparait nos résultats de recherche et les copiait manuellement dans son propre moteur. Ils ont nié... du bout des lèvres.

Google tente de se diversifier avec Android sur les mobiles et YouTube pour la vidéo. Ce sont des succès d'usage, mais ces activités sont-elles rentables ?

YouTube croît très rapidement et nous rapporte de l'argent, mais nous ne communiquons pas de chiffres. Croyez-moi, c'est un énorme succès. C'est également le cas d'Android, qui enregistre la croissance la plus rapide en termes de revenus publicitaires. Ses coûts de développement ont déjà été amortis plusieurs fois. Bien que ce service soit gratuit, il est tout de même rentable grâce à notre moteur de recherche sur mobile. Songez qu'il s'écoule 400 000 téléphones Android chaque jour ! Et la moindre recherche sur ces appareils génère des revenus publicitaires.

Les opérateurs de télécommunications comme Orange veulent être payés pour acheminer les vidéos de YouTube qui saturent leurs réseaux. Etes-vous prêt à le faire ?

Ce sont les internautes qui demandent à visionner ces contenus. Et le plus grand consommateur de capacité aux Etats-Unis demeure le site de vidéo à la demande Netflix. Pas YouTube. Des solutions techniques existent pour réduire le volume de données. L'argument des opérateurs ne tient pas. Ce sont des acteurs importants que je ne critique pas, mais ils ont grossi et gagnent de l'argent justement parce que les internautes utilisent les services comme Facebook ou YouTube. Sans nous, ils n'auraient eu aucune croissance de leurs chiffres d'affaires. Ils devraient se réjouir que nous ayons bâti des services si utiles aux gens. Je ne suis pas d'accord pour leur payer un droit de passage, c'est déjà l'abonné qui le fait.

Vous venez de céder les rênes du groupe à Larry Page. Allez-vous rejoindre l'administration Obama comme on l'entend ?

Dix ans en tant que PDG, c'est long. Je suis désormais plus intéressé par les sujets que l'on vient d'évoquer. Larry s'occupe de l'interne, du management et des produits. Moi, je voyage, je représente le groupe à l'étranger. Parler à des décideurs, c'est un privilège. Mais, soyons clairs, je reste un employé à 100 % de la société et j'aime ce que je fais. Google est ma maison.

Eric Schmidt en 8 dates

27 avril 1955 Naissance à Washington (Etats-Unis).

1982 Obtient son doctorat en science informatique.

1994 Devient responsable des technologies de Sun Microsystems.

1997 Prend la direction générale de Novell.

2001 Nommé PDG de Google.

2004 Introduction en Bourse du moteur de recherche.

2009 Quitte le conseil d'administration d'Apple.

2011 Cède son poste de PDG à Larry Page pour s'occuper de la présidence exécutive.


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TEST - La tablette en folie - Émilie Eyzat et Clément Pétreault

Le Point, no. 2020 - Tendances, jeudi 2 juin 2011, p. 88,89,90,92

Tactile. IPad, Android et les autres... avant de plonger, suivez le guide.

Armé de son index, Barack Obama fend la foule et signe des autographes sur les tablettes tendues. Ian Watmore, secrétaire chargé de l'Innovation et des Universités au gouvernement britannique, se déclare « meilleur client de Steve Jobs »... Même les parlementaires européens se sont équipés ! Que ferait-on sans ces nouveaux jouets pour adultes ? Le public se les arrache, à commencer par les jeunes cadres dynamiques, qui n'envisagent plus d'assisterà des réunions sans elles. Légères, fines, élégantes, puissantes et intuitives, elles se glissent aussi discrètement qu'un dossier au fond d'une sacoche.

Le compromis entre ordinateur portable et smartphone semble enfin trouvé. Mais ne sont-elles pas les habits neufs de l'empereur ? Tout le monde en veut sans que personne ne sache vraiment à quoi elles servent. Chacune cultive sa particularité et diverses utilisations sont possibles. Le plus important est de savoir ce que l'on attend de son nouveau compagnon, capable de se transformer en outil de divertissement ou de travail : lire la presse ou des livres électroniques, regarder des films, écouter de la musique, jouer en ligne ou simplement disposer d'Internet et accéder à ses mails à chaque instant ? Quand on vous dit que tout est possible...

Reste à trouver la perle rare, celle qui répondra le mieux à ses desiderata. Certaines marques misent sur la polyvalence, d'autres sur la rapidité, ou la mobilité avec un format « livre de poche ». Les baroudeurs font plutôt la chasse aux grammes superflus et recherchent des modèles poids-plume pour baguenauder léger. Les amateurs du septième art privilégient le confort de lecture et jettent leur dévolu sur des écrans plus larges, avec des autonomies plus longues. Les fashion addicts étudient sous toutes les coutures la qualité des matériaux et des assemblages. Haro sur les écrans recouverts de plastique translucide basique et sur les coques en bois de cagette ! Vive le verre et la finition irréprochable...

Apple ou Google ? Les différences se nichent aussi au coeur du système d'exploitation. Là encore, les philosophies diffèrent et le match Android de Google contre iOS d'Apple ne fait que commencer. En clair, le premier système, que l'on va rencontrer sur la majorité des tablettes, est très orienté vers les services en ligne de Google, comme Gmail ou Google Maps. Le moteur de recherche souhaite logiquement encourager l'utilisation de ses services. Grâce à l'application Search, par exemple, il suffit de prononcer le mot « pizzeria » pour qu'en une fraction de seconde les adresses des environs s'affichent sur une carte, avec horaires et coordonnées à la clé. Difficile de trouver plus efficace. Par ailleurs, la page d'accueil, mise à jour en permanence, indique le nombre de mails non lus et présente les commentaires de contacts Facebook ou d'autres réseaux sociaux.

De son côté, Apple propose un stock faramineux d'applications. On en compte désormais près de 415 000... Inutile d'insister sur la facilité d'utilisation et sur le design unanimement salué du quasi-dieu iPad. Depuis sa naissance, en mars 2010, l'iPad place la barre haut. Enfin, la tablette proposée par Blackberry fait un peu figure d'ovni. Le Playbook s'adresse en priorité à un public de professionnels en demande de sécurité.

Autre questionnement métaphysique, la connectivité. Toutes les tablettes proposent une prise jack, pour brancher un casque ou des écouteurs, mais toutes ne disposent pas d'un port USB pour lire des données stockées sur clé ou sur carte SD. De la même manière, toutes n'offrent pas de prise HDMI pour les connecter à une télé. La tablette de Steve Jobs ne propose ces fonctions qu'en accessoire, alors que l'Iconia Tab A500 d'Acer décroche la médaille de l'hyperconnectivité, avec notamment une sortie HDMI et un port USB

Des accessoires sur mesure

La liste des accessoires n'en finit pas de s'allonger. Il existe des claviers optionnels que l'on connecte avec ou sans fil, des housses rigides ou souples, et même des stylets magiques qui permettent de prendre des notes sur l'écran. C'est le cas de la Flyer signée HTC. Enfin, certaines tablettes sont dotées d'un support pour les maintenir inclinées sur une table. Celui de l'iPad2 se présente sous la forme d'une protection d'écran aimantée, qui se clippe sur la tranche de la tablette. Elle se plie en trois parties pour la surélever. Chez Archos, une béquille au dos de l'appareil, très pratique et discrète, se révèle assez fragile. Finalement, ces accessoires n'ont rien de futile, ils permettent de plier la tablette à ses envies.

Lecture. On la transporte comme un magazine. A la fois nomade et intuitive, la tablette est le support idéal pour accéder à la presse ou aux livres numériques. Pour passer sans douleur au 100 % digital, il suffit de feuilleter les pages du bout de l'index.

Communication. Courriels, clavardage, réseaux sociaux... les tablettes permettent de rester connecté en permanence. Pratiques pour manier l'écrit, leur clavier tactile est capable de concurrencer n'importe quel smartphone. Certaines peuvent utiliser le réseau téléphonique 3G pour se connecter à Internet, à condition d'assumer l'abonnement. C'est le summum de la connectivité.

Web. Les smartphones ont rendu le Web nomade, les tablettes lui apportent le confort. Avec leurs larges écrans, surfer sur Internet devient un jeu d'enfant. La main remplace la souris, il devient simple de faire varier la taille des pages, passer d'un site à l'autre. Les moteurs de recherche s'adaptent aux tablettes et à la mobilité : les résultats prennent en compte la localisation géographique de l'utilisateur.

Jeux. Dans chaque tablette sommeille une console de jeu en puissance. Les dernières études sont catégoriques : les propriétaires de tablette aiment jouer, c'est même le premier des usages. Si vous ne vous sentez pas concernés, jetez un oeil sur « Angry Birds ». Une drogue universelle qui fait le bonheur de plusieurs générations de béotiens.

Cinéma. Il suffit de trois clics pour acheter un film sur une boutique de vidéo à la demande et de deux autres pour le lancer. Les tablettes sont les nouveaux cinémas de poche. Même s'il s'agit d'une question de goût, les vrais cinéphiles surveilleront la brillance de l'écran, qui est parfois un peu trop importante pour offrir un vrai confort de visualisation en pleine lumière.

Travail. Pour saisir un texte, prendre des notes ou improviser une session de travail sur n'importe quel coin de table, les tablettes sont parfaites. D'autant que les claviers compatibles permettent de passer aux choses sérieuses. La tablette se mue alors en ordinateur. L'idée d'Asus avec son Eee Transformer est audacieuse


NOTE : Du bon usage politique de la tablette

L'explosion du marché des tablettes et smartphones va coïncider avec les élections présidentielle et législatives. De nouveaux usages politiques vont voir le jour. Après avoir poussivement adopté les réseaux sociaux, les candidats vont devoir se jeter dans le grand bain des applis. Pour le moment, ils semblent un peu frileux. Seuls Christian Estrosi (en bas), Bruno Gollnisch, Daniel Fasquelle, Jean-Pierre Raffarin (en haut) et Jean-Pierre Chevènement (au milieu) ont publié une appli à leur nom... Comme l'a démontré Barack Obama en 2008, ces services mobiles sont un mode de communication doux, personnalisé et peu intrusif, entre le blog, le tract, la newsletter et la webTV. Les futurs candidats à l'Elysée n'ont plus qu'à astiquer leurs tablettes.

Acer Iconia Tab A500 : La plus équilibrée

Pour qui ?
Ceux qui souhaitent un port USB et un lecteur Micro-SD pour afficher les contenus multimédias.

Dommage
L'autonomie est franchement perfectible.

Le détail qui tue
Une led, située au-dessus de l'appareil photo, fait office de flash.


Apple iPad 2 : L'indétrônable

Pour qui ?
Les amoureux du design, les endurants du divertissement, les travailleurs nomades.

Dommage
Pas de port USB, pas de lecteur de carte, une connectique « propriétaire ».

Le détail qui tue
Une invention simple mais géniale permet de transformer la protection en béquille de présentation horizontale ou verticale.


Asus EeePad Transformer : La plus travailleuse

Pour qui ?
Ceux qui recherchent une tablette capable de remplacer un ordinateur portable.

Dommage
Pas de port USB intégré, il faut passer par un adaptateur.

Le détail qui tue
En option, un clavier avec batterie intégrée permet de doubler l'autonomie.


LG Optimus Pad : La plus originale

Pour qui ?
Un public à la recherche d'un produit performant et ludique.

Dommage
Son faible volume sonore restreint ses utilisations à des environnements calmes.

Le détail qui tue
Deux lentilles au dos de la tablette permettent de filmer en trois dimensions. Un peu gadget, mais amusant.


Motorola Xoom : La plus aboutie

Pour qui ?
Ceux qui veulent s'équiper de la tablette la plus performante sous Android.

Dommage
Le bouton de sortie de veille au dos de l'appareil est fort mal placé.

Le détail qui tue
La finition est irréprochable.


HTC Flyer : La plus puissante

Pour qui ?
Ceux qui se sentent l'âme créative.
Dommage La qualité du son est très moyenne.
Le détail qui tue
Un stylet (vendu séparément) permet de prendre des notes en écrivant sur l'écran.


iAccessoires
iArcade

Les jeux d'arcade et les premiers jeux vidéo reviennent à la mode auprès des plus de 30 ans. Devenus cadres stressés, ils peuvent revivre leurs émotions numériques adolescentes grâce à un accessoire baptisé iCade. Il transforme leur iPad en borne d'arcade, avec des jeux Atari d'époque, comme « Asteroid », « Centipede » ou « Battlezone ». Plus d'infos sur www.ionaudio.com.

iDactylographie

Un Américain un peu illuminé transforme des machines à écrire en clavier USB pour ordinateur (et iPad). Chaque modèle est unique. Les nostalgiques de la Remigton portative vont enfin pouvoir s'acharner sur un clavier à l'ancienne. Plus d'infos sur www.usbtypewriter.com.

iNourrisson

Si les enfants ne résistent pas à l'iPad, lui, leur résiste. A condition d'être emballé dans une housse de protection adaptée. Une fois protégée, la tablette se transforme en ardoise magique, il faut secouer pour effacer. Plus d'infos sur www.griffintechnology.com



Tests réalisés en partenariat avec le laboratoire indépendant Benchexport.

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mardi 10 mai 2011

L'Oréal enrichit son innovation avec des technologies asiatiques

Les Echos, no. 20929 - Innovation, mardi 10 mai 2011, p. 12

Cosmétiques le leader mondial du secteur mise beaucoup sur sa nouvelle direction recherche et innovation en asie.

Pour conquérir un milliard de consommateurs chinois, indiens ou brésiliens, opérer un lifting de sa stratégie marketing ne suffit pas. L'Oréal l'a compris. En vue de nourrir sa future croissance, le leader mondial des cosmétiques amorce une mutation de son modèle d'innovation. « C'est en Chine que l'on doit innover pour les consommateurs chinois, et pas à Paris », estime Laurent Attal, vice-président recherche & innovation du groupe. « Le basculement du marché cosmétique mondial s'opère sous nos yeux. Notre capacité d'innovation doit donc prendre en compte les attentes des consommateurs des pays émergents où ils se trouvent. Nous allons y accélérer nos investissements », ajoute-t-il.

Concrètement, cette nouvelle stratégie de R&D se traduit par la création d'une direction internationale appelée « Etudes et Consumer Insights », qui vise à mieux cerner la large palette des besoins caractéristiques de chaque population. « Cette étape est primordiale. En Asie, nos équipes sont structurées de manière à pouvoir apporter leur expertise à toutes les marques du groupe dans les domaines du soin, du maquillage et du capillaire. Elles jouent un rôle complémentaire aux centres en France, aux Etats-Unis ou au Brésil », explique Stéphane Ortiz, à la tête de la nouvelle direction recherche & innovation Asie, basée à Tokyo. Si cette première structure décisionnelle décentralisée fait ses preuves, elle devrait être dupliquée dans d'autres zones à fort potentiel.

Se rapprocher des clients

Quelle valeur ajoutée va apporter ce bras armé asiatique au modèle d'innovation de L'Oréal ? « Jusqu'à présent, nos laboratoires de Tokyo et de Shanghai étaient chargés de faire de l'adaptation pure et dure de nouveaux produits élaborés en France ou en Europe au marché local », explique Stéphane Ortiz, qui s'appuie aussi sur des centres d'évaluation dans les principaux pays asiatiques. « Leur rôle est de nous aider à mieux comprendre et connaître les besoins de nos futurs consommateurs dans cette région du monde, afin de développer des produits qui leur sont parfaitement adaptés. »

C'est dans cette même optique que L'Oréal a commencé à reproduire son expertise française des peaux reconstruites en Chine, où un laboratoire de recherche avancée a démarré au centre R&I de Shanghai depuis quatre ans. « Sa mission principale est de développer de nouveaux modèles pigmentés à partir de cellules asiatiques, afin d'évaluer l'efficacité de nouvelles molécules dépigmentantes pour ce marché très important en Asie », explique Stéphane Ortiz.

Cette stratégie, qui vise à accélérer l'internationalisation de la recherche de L'Oréal, mise sur la perspicacité des échanges entre les 3.420 collaborateurs de ses 30 centres de recherche et d'évaluation au monde. Objectif : faire rebondir dans l'Hexagone des innovations générées en dehors de la France.

CHANTAL HOUZELLE

La recherche mondiale de L'Oréal

3.420 collaborateurs en recherche et innovation, dont 90 % sont concentrés entre l'Europe, les Etats-Unis et le Japon (100 % il y a deux ans) 612 brevets déposés en 2010 665 millions d'euros de R&D 18 centres de recherche, dont deux en Asie (Tokyo créé en 1983 et Shanghai en 2005) 12 centres d'évaluation, dont cinq en Asie (Japon, Chine, Corée, Inde et Thaïlande). (Source : L'Oréal, données 2010)


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mercredi 13 avril 2011

Intel à l'offensive sur les tablettes et sur la Chine -Maxime Amiot

Les Echos, no. 20911 - High-tech & Médias, mercredi, 13 avril 2011, p. 21

Intel ne lâche rien sur la mobilité. Le leader mondial des microprocesseurs vient de procéder à deux annonces stratégiques, visant à s'implanter sur le marché des tablettes tactiles. Le fabricant américain a tout d'abord dévoilé sa plate-forme Oak Trail, spécialement adaptée aux tablettes tactiles. Environ 35 modèles intégrant ce produit seront lancés le mois prochain, et commercialisés par différents fabricants (Fujitsu, Motion Computing, Samsung...).

La plate-forme est basée sur le processeur Atom. Elle est censée être plus performante, et surtout moins « énergivore », un facteur déterminant sur les produits mobiles. Elle pourra supporter Windows Phone 7, le système d'exploitation de Microsoft, mais aussi Honeycomb, la dernière version du système d'exploitation de Google Android, spécialement étudié pour les tablettes.

Ce lancement est important pour Intel. Le champion des processeurs pour PC - il détient plus de 80 % de parts de marché sur ce segment -ne parvient pas, pour l'heure, à s'implanter sur le marché de la mobilité. Celui-ci est dominé par la société britannique ARM, qui a développé une architecture plus économe en énergie. C'est celle-ci qui équipe la plupart des puces pour « smartphones » et tablettes via des licences attribuées aux concurrents d'Intel (Qualcomm, Texas Instruments, Nvidia, Samsung...). Signe des difficultés d'Intel, le groupe a annoncé, le mois dernier, le départ du patron de sa division mobilité, Anand Chandrasekher, et son remplaçant n'est pas encore connu.

Partenariat annoncé

Dans sa tentative pour reprendre la main, Intel cible particulièrement la Chine. Il a annoncé hier un partenariat avec Tencent Holdings, afin de développer des services et fonctionnalités qui améliorent l'utilisation de tablettes et de téléphones mobiles dotés de ses puces. Une équipe de 60 ingénieurs est déjà en place, et devrait bientôt passer à 200 personnes. Un autre projet d'implantation en Chine serait également à l'étude : selon Bloomberg, Intel travaillerait avec le constructeur ZTE, non seulement sur des projets de recherche et développement, mais aussi pour développer un téléphone spécialement adapté au marché chinois. Il incorporerait notamment un processeur pour « smartphone » développé par Intel.

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lundi 4 avril 2011

Le chinois Haier présente un téléviseur sans fil - Elsa Bembaron

Le Figaro, no. 20736 - Le Figaro Économie, lundi, 4 avril 2011, p. 40

Le groupe a supprimé tous les câbles, pour un produit plus esthétique destiné aux attentes du marché européen.

Écrans plats, design épuré... les téléviseurs sont de plus en plus beaux, dommage que le tableau soit gâché par les fils. Le fabricant chinois Haier en a imaginé un sans un fil, même pas électrique. La promesse a de quoi faire rêver.

Sur le papier, le principe est très simple. « Dans un rayon de deux mètres, pas besoin de fils. Nous créons un champ magnétique dans lequel passent le courant électrique, l'image et les données », explique René Aubertin, le président de Haier Europe. Il suffit donc d'avoir un boîtier posé à proximité de la télé. Le boîtier est relié par un fil au secteur et éventuellement par un câble à l'antenne ou une réception ADSL et envoie par les ondes énergie et informations, sans déperdition de qualité ni de puissance.

L'avantage d'une telle solution serait de parvenir à se passer de tous les câbles et fils, y compris ceux reliant la télé aux lecteurs DVD, Blu-ray... « Nous allons évidemment tester l'impact de cette technologie sur la santé », ajoute René Aubertin, qui mise sur un lancement des premiers produits en 2011 en Chine et au début de 2012 en Europe. Haier, qui est convaincu que le sans-fil « est un véritable argument pour les consommateurs », expérimente une autre solution dans le domaine. Elle s'apparente cette fois au principe de l'induction. Il suffit cette fois de poser son récepteur (à condition qu'il soit conçu pour) sur une sorte d'étagère, reliée à l'électricité. Le courant passe alors entre le poste et la plaque. Le gain est a priori minime, puisqu'il faut brancher l'étagère et non pas le récepteur. Mais Haier a voulu aller plus loin dans cette voie et envisage de faire de cette plaque une sorte de chargeur universel pour tous les appareils électriques de la maison. « Imaginez, vous rentrez chez vous, vous poser votre téléphone sur cette plaque et hop, il se recharge automatiquement », s'enthousiasme René Aubertin. À terme, le principe pourra être étendu à des objets aussi divers qu'un PC, une bouilloire, une tablette...

Positionnement dans le milieu de gamme

Haier, qui réalise 20 milliards de dollars de chiffre d'affaires dans le monde, dont 600 millions en Europe, veut multiplier par cinq sa présence dans les pays matures à brève échéance. La télévision pesait à peine le tiers du chiffre d'affaires européens en 2010 (le solde venant de l'électroménager), elle devrait en représenter plus de la moitié l'année prochaine. « Nous faisons évoluer les produits pour qu'ils soient davantage adaptés aux attentes des consommateurs européens », explique René Aubertin, qui souhaite positionner les produits Haier en milieu de gamme. En fin d'année, la marque lancera ses premiers téléviseurs connectés et 3D, avec des lunettes passives (ou polarisées) à un prix « sensiblement inférieur à celui des concurrents ».

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jeudi 31 mars 2011

Lenovo dégaine son « LePad » face à l'iPad - Marc Cherki

Le Figaro, no. 20732 - Le Figaro Économie, mercredi, 30 mars 2011, p. 27

Après Apple, Dell, Samsung, Toshiba et Motorola, le groupe chinois lance sa tablette Internet.

Le chinois Lenovo n'a pas hésité. Pour concurrencer Apple sur le marché des tablettes, Lenovo a baptisé la sienne « LePad ». Quasiment la même prononciation en anglais et quasiment la même typographie que le désormais célèbre iPad.

Le marché des ardoises ou tablettes Internet, défriché par la firme à la pomme, devrait représenter entre 55 et 60 millions d'unités dans le monde en 2011 et empiéter, un peu, sur le marché des ordinateurs portables, estiment les cabinets d'étude iSuppli et Gartner. Lenovo, première marque chinoise de PC et numéro quatre mondial depuis qu'il a racheté la division PC d'IBM, devait donc entrer sur le marché des tablettes.

Le LePad, qui a opté pour le système d'exploitation Android de Google, ressemble aux tablettes de ses concurrents Archos, Samsung, Dell, Toshiba ou Motorola. D'autres industriels sont sur la ligne de départ, tels le californien HP et le canadien Research in Motion (RIM).

Disponible cette année en France

Lenovo dispose de deux avantages : une marque forte, reconnue sur le marché chinois, où le groupe bénéficie d'un réseau de distribution très fin qui irrigue les campagnes; et le prix de son produit, moins coûteux que l'iPad. Le LePad est proposé à 3 499 yuans, soit 377 euros, contre 489 euros pour un iPad aux fonctions comparables en termes de mémoire (16 Go) et de connexion Internet (Wi-Fi).

En outre, Yang Yuanqing, le PDG du groupe chinois, a déjà prévenu qu'il allait lancer une deuxième version de son LePad, « en septembre ou en octobre ». La prochaine tablette a été conçue, en parallèle au premier produit, par une autre équipe. La future ardoise sera plus fine, a précisé le PDG de Lenovo. Mais la plupart des observateurs estiment que le groupe chinois va continuer d'opter pour le logiciel de Google, ce qui devrait lui permettre de serrer ses prix.

« Environ une dizaine de tablettes en développement dans le monde utilisent notre système d'exploitation », confiait récemment au Figaro Andrew Rubin, le responsable d'Android chez Google, qui rappelle que « les experts nous attribuent environ 20 % du marché des tablettes pour le dernier trimestre de 2010 ». Cette part pourrait augmenter, à l'instar de la percée de Google dans les smartphones, au détriment de l'iPhone.

La tablette LePad devrait être proposée hors de Chine, y compris en France, « dans le courant de 2011 », précise la filiale du groupe.

Toutefois, sa disponibilité, y compris dans l'empire du Milieu, est en question. Le tremblement de terre au Japon, le 11 mars, pourrait avoir des conséquences sur la fourniture de composants de la tablette, a indiqué un responsable de Lenovo, cité hier par le Wall Street Journal.

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vendredi 25 février 2011

Taïwan, ta télé fout le camp - Liu Yu-ching

Courrier international, no. 1060 - Médias, jeudi, 24 février 2011, p. 44

Alors que la bataille de la télévision numérique se déchaîne dans le monde, l'industrie télévisuelle taïwanaise fait pâle figure en ce domaine. Taïwan est en effet complètement absente de la bataille pour les supports des médias numériques et ne joue aucun rôle dans la fabrication de contenus audiovisuels numériques. A ce jour, le taux de pénétration de la télévision numérique sur l'île est de seulement 6 %, bien loin derrière la Chine, qui affiche un taux de 47 %, sans parler de Hong Kong et de ses 100 %. Cela place l'île à un niveau comparable à celui du Cambodge. Sous la coupe d'une poignée de groupes financiers, la télévision taïwanaise fait quasiment du surplace depuis une vingtaine d'années.

Une anecdote illustre bien l'absence de renouvellement des équipements télévisuels à Taïwan. Quand, début 2010, la chaîne de télévision Era a envoyé un agent en Afrique du Sud pour discuter des droits de retransmission de la Coupe du monde de football, celui-ci a complètement sidéré son interlocuteur en lui demandant de la qualité SD [standard definition]. Il a d'ailleurs fallu faire un contrat spécialement pour lui ! Cette petite histoire amusante cache une réalité plus cruelle car, en ne passant pas au numérique, Taïwan se marginalise. "Taïwan est à la pointe de la technologie mondiale pour ce qui est de la fabrication des téléviseurs. Pourtant, elle est à la traîne en matière d'applications télévisuelles", confirme Chen Hao, directeur de la Fondation éducative et culturelle, qui a pour but d'améliorer la qualité télévisuelle.

Si vous êtes un internaute accompli, vous avez sans doute été impressionné par l'influence exercée par le logiciel PPStream. C'est actuellement le plus important support de télévision en ligne au monde. Contrairement à Taïwan, où le numérique brille par son absence, la Chine a fait le choix d'apporter un soutien officiel à ce mode de diffusion pour conquérir un droit d'expression dans l'univers du numérique mondial. Grâce à ce logiciel, on peut voir quasiment toutes les séries télévisées les plus prisées à Hong Kong, à Taïwan et en République populaire. Dernièrement, PPStream a franchi le détroit de Taïwan, s'affichant dans des encarts publicitaires de la presse taïwanaise. Selon certaines statistiques, chaque jour au moins 300 000 habitants de l'île regarderaient des programmes télévisés grâce à PPStream, aujourd'hui largement plébiscité par la jeunesse taïwanaise. Or, sur le site où l'on utilise PPStream, dont l'expansion rapide est tacitement approuvée par les hauts responsables de Chine populaire, apparaissent en bonne place de nombreux programmes produits à Taïwan. Les rares émissions télévisées purement taïwanaises sont donc forcées d'utiliser des outils numériques venus de Chine populaire pour se faire connaître.

La culture taïwanaise recule

L'industrie télévisuelle de Chine populaire, forte d'un soutien gouvernemental, occupe une place de plus en plus remarquée sur le marché sinophone. Depuis trois ans, le nombre de films de Chine populaire achetés par Taïwan a grimpé en flèche, et nous sommes quasiment cernés dans notre environnement quotidien par la télévision chinoise. Les dessins animés que regardent nos enfants tous les jours sont réalisés en Chine populaire. Dans cette bataille culturelle, la culture taïwanaise recule pas à pas. Bannie du salon, elle le sera bientôt de toutes les familles. Que vont devenir les futures générations taïwanaises s'il n'y a pas de transmission de la culture de l'île ? Autrefois, beaucoup de Taïwanais pouvaient se vanter d'être meilleurs que les Chinois dans les domaines scientifique et culturel, mais, en janvier 2010, lors d'une réunion du Comité permanent, le Premier ministre chinois, Wen Jiabao, a annoncé officiellement l'accélération du processus de triple intégration des réseaux de télécommunication, de télévision et Internet (offre triple play) à échéance 2015. Il est clair que cette déclaration marque une première victoire pour le marché chinois dirigé par une "économie planifiée" dans la bataille du numérique.

Alors que tous les pays, encouragés par leurs chefs, se sont précipités sans se concerter sur la voie du numérique, seule Taïwan n'a pas réagi. Pourtant, une fois perdue la bataille des sites de médias numériques, la prochaine étape risque fort d'être pour elle la perte du droit à exprimer sa propre culture. Jadis, il suffisait qu'un produit culturel audio ou vidéo arbore l'étiquette made in Taiwan pour qu'il devienne une marque connue de part et d'autre du détroit de Taïwan. Il n'a pas fallu longtemps pour que cette avance disparaisse, comme le montre bien l'évolution du hit-parade musical de l'hebdomadaire hongkongais Yazhou Zhoukan. Le nombre des chanteurs taïwanais qui y entrent ne cesse de décroître.

Trop de rediffusions

Paradoxalement, depuis vingt ans, le taux de pénétration de la télévision analogique à Taïwan est le meilleur du monde, avec 80 % des foyers raccordés, soit 4 millions de familles qui n'ont accès qu'à une seule offre : un accès illimité pour 600 dollars taïwanais [15 euros] par mois. L'énorme gâteau de la redevance télévisuelle, qui représente près de 30 milliards de dollars taïwanais, est partagé et monopolisé depuis des années par les chaînes et les fournisseurs d'accès, pour qui engranger cette manne est un jeu d'enfant. Comme, de toute façon, ils sont assurés de gagner 600 dollars taïwanais par mois et par téléspectateur, la plupart des gérants de chaîne ne se demandent même pas ce que le public aimerait regarder, ni comment créer des programmes plus travaillés. Ils ne pensent qu'à réduire leurs coûts afin d'augmenter encore leurs bénéfices. Il est, bien sûr, hors de question de réaliser de lourds investissements pour passer au numérique. C'est ce qui explique la stagnation de la qualité des programmes à la télévision taïwanaise et la place si reculée de Taïwan au niveau mondial.

Jugulée par ce système de paiement, la télévision taïwanaise se distingue par de nombreuses pratiques anormales, dont la plus fréquente est la rediffusion d'un même programme, l'exemple le plus illustre étant le film Flirting Scholar, de Stephen Chow, qui a été programmé plus de 800 fois. Selon Business Today, au moins huit à dix heures des émissions diffusées chaque jour sur les cinq grandes chaînes généralistes taïwanaises seraient des rediffusions. Autre conséquence néfaste : à force de chercher à comprimer les coûts de production, on aboutit à l'apparition d'une pléthore de débats télévisés (talk-shows) peu coûteux à réaliser. Même le célèbre producteur Wang Wei-Chung lance un cri d'alarme. Il explique qu'à l'époque des trois chaînes le budget de production était élevé et lui permettait d'inviter de grandes stars, comme Brigitte Lin, ou de diffuser des numéros rares, comme des concerts de tambours dans le cadre de la programmation spéciale du nouvel an chinois. Mais, aujourd'hui, le budget a été réduit à moins du tiers de celui de l'époque, ce qui a conduit à la dégradation de la qualité des programmes, en dépit de l'augmentation du nombre de chaînes. Par ailleurs, le recours abusif aux émissions étrangères bon marché constitue un autre problème. Comme ces émissions coûtent en moyenne une dizaine de milliers de dollars taïwanais et qu'elles génèrent de bonnes rentrées publicitaires, on les achète à tour de bras, avec pour conséquence la baisse continue de la part des productions locales. Ainsi, en 2009, les téléfilms japonais, coréens et chinois étaient presque trois fois plus présents sur les petits écrans que les productions locales.

Un retard irrattrapable

Quel pourra bien être le contenu culturel transmis par la télévision à la jeune génération qui aura grandi dans un tel environnement télévisuel ? Cette question est inévitablement source d'inquiétude. Chen Hao souligne la nécessité pour Taïwan d'insister sur sa culture propre pour s'imposer face à la concurrence sur le marché des contenus numériques. Faute de quoi, ses spécificités culturelles risquent d'être emportées par la vague du numérique. Observons ce qui se passe en Chine populaire : lorsqu'on allume une chaîne de nos jours, on peut y voir des reportages fouillés et complets. Or, dans le même temps, la télévision taïwanaise, marquée par des mécanismes de marché depuis longtemps biaisés, répète en boucle des informations sur "la blessure par brûlure de telle ou telle star" ou sur "le grand amour de Barbie Hsu (Big S)". Quand on voit la différence entre les environnements télévisuels dans lesquels auront grandi les jeunes Chinois de part et d'autre du détroit, il est facile d'imaginer les conséquences en termes de capacité de discernement et de compétitivité sur la scène internationale !

Ce qui ressemble en apparence à une lutte entre pays pour le contenu numérique est en fait une guerre mondiale mettant en jeu la compétitivité des jeunes générations. Dans cette bataille capitale pour la puissance d'une nation, les chances de victoire de Taïwan sont en train de s'amenuiser peu à peu.

Liu Yu-ching (Jin Zhoukan - Business Today)

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Cerveaux : Cherchez la fuite - Gilbert Charles


L'Express, no. 3112 - société SCIENCES, mercredi, 23 février 2011, p. 84,86

Le programme national pour rapatrier les scientifiques français partis à l'étranger est-il si utile ? A y regarder de près, seule une infime minorité s'exile vraiment.

C'est un jeune et brillant chercheur, sorti de Normale sup et bardé d'un doctorat de biologie de l'université Paris VI. Evidemment, il n'avait pas l'intention de moisir en France. En 2007, aussitôt sa thèse soutenue, Louis Lambrecht s'envole vers les Etats-Unis. Direction l'université de Californie à Davis, l'une des plus prestigieuses dans sa discipline. Le brillant élève y décroche sans peine une place de "postdoc" dans un laboratoire d'écologie évolutive. Et coup de chance supplémentaire : sa compagne, biologiste comme lui, réussit à se faire embaucher à la faculté de Berkeley, à 60 kilomètres de là. "On s'est très vite adaptés", se souvient le jeune homme, visiblement ravi - la vie au grand air, des labos suréquipés, une ambiance de travail enthousiaste, un logement et des revenus confortables... "Au bout de trois ans, à la fin de mon contrat, la tentation de rester était très forte. J'avais des propositions avec des salaires 30 % plus élevés qu'en France. J'ai longtemps hésité, et puis finalement j'ai décidé de rentrer."

Pour se rapprocher de sa famille, d'abord - il l'annonce d'emblée. Mais ce n'est pas son unique argument. Le biologiste a aussi bénéficié d'un sérieux coup de pouce : une aide du gouvernement lui a permis de poursuivre son travail en France dans des conditions privilégiées. Louis Lambrecht fait en effet partie des bénéficiaires du programme "Retour postdoc", lancé à grand bruit en 2009 par la ministre de la Recherche Valérie Pécresse, et rarement cité depuis. A l'époque, l'objectif affiché était ambitieux : il fallait à tout prix faire rentrer au bercail les cerveaux français partis "en masse" à l'étranger. Pour cela, l'administration française s'était même dotée d'un budget important, 11,5 millions d'euros. De quoi permettre de financer le projet d'étude de ces exilés volontaires au sein d'une université ou d'un organisme public dans l'Hexagone (CNRS, CEA, Inserm). Et ce, pendant une période d'un à trois ans. L'opération séduction a en partie payé : l'an dernier, une centaine de candidats ont été sélectionnés par un jury international, et, parmi eux, 25 seulement ont été retenus. Dont notre jeune biologiste, qui dispose aujourd'hui d'un bureau et d'une assistante dans un laboratoire de l'Institut Pasteur, à Paris. L'heureux élu s'est lancé dans l'étude des "insectes vecteurs de pathogènes", notamment les moustiques porteurs de la malaria...

Beaucoup reviennent au bout de trois ans

Faut-il pour autant s'alarmer de ce qu'il est convenu d'appeler la fuite des cerveaux ? Selon des statistiques du ministère des Affaires étrangères, quelque 10 000 Français titulaires d'un diplôme d'enseignement supérieur travaillent actuellement à l'étranger, dont la moitié aux Etats-Unis. Soit environ 12 % des effectifs de la recherche publique française, stagiaires compris. Ce chiffre n'est pas nul, il est toutefois loin de traduire une désertion massive de nos scientifiques. D'abord, parce que plus de la moitié de ces expatriés sont aussi des thésards en formation : parmi ceux-là, 80 % reviennent au bout de trois ans, à l'issue de leurs travaux de recherche. "Pour un jeune doctorant, partir n'est pas un choix, c'est une nécessité aujourd'hui, explique Hisham Abou-Kandil, responsable du programme "Retour postdoc", piloté par l'Agence nationale de la recherche (ANR). Le passage dans un laboratoire étranger, de préférence américain, est quasiment obligatoire dans certaines disciplines pour se faire une place une fois rentré en France."

Par ailleurs, en dehors de ces étudiants haut de gamme se trouvent aussi des scientifiques détachés par des sociétés françaises, ou des professeurs invités par des universités étrangères : eux aussi finiront par revenir. Ceux qui persistent dans l'exil ne représentent finalement qu'une infime minorité. On recense ainsi à peine une trentaine de biologistes français ayant un statut de professeur titulaire outre-Atlantique, une goutte d'eau par rapport aux 12 000 chercheurs et enseignants employés en France dans cette filière. A y regarder de plus près, les scientifiques "bleu-blanc-rouge" apparaîtraient même très casaniers, comparés à leurs homologues : ils ne représentent que 2 % du total des étrangers accueillis en Amérique du Nord, et n'arrivent qu'au 17e rang parmi les chercheurs durablement installés aux Etats-Unis. Selon un mémoire réalisé en 2008 par l'Ecole des mines de Paris, à peine 4 % des diplômés de l'enseignement supérieur tricolore vivent à l'étranger, le chiffre le plus bas d'Europe. Bien loin derrière les Irlandais (dont près d'un tiers des ressortissants ont choisi de travailler en dehors de leurs frontières), les Grecs, les Autrichiens et les Britanniques (15 % phosphorent à l'étranger). Au bout du compte, entre 1 000 et 2 000 chercheurs français prendraient ainsi chaque année la poudre d'escampette, estime leur propre ministère de tutelle.

Parallèlement, l'Hexagone constitue une terre d'accueil pour nombre d'élites étrangères, principalement venues d'Afrique, des anciens pays d'Europe de l'Est ou d'Amérique du Sud. Près de la moitié des chercheurs africains résident ainsi en Europe, alors que leur continent d'origine manque cruellement de spécialistes qualifiés. L'Association européenne des universités alertait encore récemment l'opinion sur ce problème récurrent dans un livre blanc présenté fin septembre à Bruxelles : elle y appelle les pays à renforcer les échanges et à lutter contre le pillage de matière grise. Car, au bout du compte, le différentiel entre départs et arrivées, seul indice réel d'une "fuite" effective des cerveaux, est bel et bien largement positif en France, pays classé parmi les plus attractifs au monde, juste derrière les Etats-Unis.

Les meilleurs partent... dans certaines disciplines

"Le problème, ce n'est pas la quantité, mais la qualité", déclarait la ministre Valérie Pécresse lors de la remise des prix du programme "Retour postdoc", en juin 2010. De fait, dans certaines disciplines, ce sont les meilleurs qui partent : 40 % des économistes et des biologistes français les plus cités dans les journaux scientifiques internationaux se sont expatriés en Amérique du Nord. "Je regrette encore parfois les Etats-Unis, confie lui-même Louis Lambrecht. Le système américain est différent, il autorise plus de mobilité, il est moins plombé par les lourdeurs administratives, même si la concurrence est plus féroce. En France, les jeunes chercheurs n'ont généralement d'autre choix que de postuler dans les grands organismes publics, ou d'intégrer, à l'université, le laboratoire dans lequel ils ont fait leur thèse. Outre-Atlantique, c'est impensable : on ne travaille jamais là où l'on a été formé." Une flexibilité certaine, séduisante même, qui peut aussi se révéler un piège. "Les expatriés perdent vite le contact avec leurs collègues restés en France, constate Hisham Abou-Kandil à l'ANR. Il est évidemment très difficile de se rendre à un entretien avec un responsable de labo parisien quand on habite New York ou Chicago..." Résultat : pour ceux qui souhaiteraient postuler en France, mission impossible. Les cerveaux voyageurs se retrouvent alors coincés à l'étranger sans le vouloir - et sans possibilité de retour. CQFD.

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jeudi 17 février 2011

Android déferle sur la planète mobile

Les Echos, no. 20872 - High-tech & Médias, jeudi, 17 février 2011, p. 23

Les équipementiers mobiles ayant adopté Windows et Android vont se recentrer sur ce dernier, après que Nokia a lié son sort à celui de Microsoft. L'effacement de Nokia pendant un an ouvre un boulevard à la plate-forme de Google.

Windows Phone 7 ou Android ? Ceux qui ne savaient pas encore sur quel pied danser sont désormais fixés. Puisque Nokia a choisi de lier son sort à celui de Microsoft, les autres fabricants de téléphones voient leur salut dans le petit robot vert de Google. Le pin's Android fait d'ailleurs un tabac au Mobile World Congress. Des collectionneurs avides les traquent sur les stands. LG, Samsung, Sony Ericsson ou HTC, même s'ils s'en défendent, vont sans doute favoriser Google plus que Microsoft.

« Personne n'a envie d'adopter le système d'exploitation d'un acteur dominant, ce qui condamne Windows en dehors de Nokia », explique Benoît Flamant, d'IT Asset Management. Android, qui a été vendu sur 67 millions de « smartphones » en 2010, apparaît comme le dernier système d'exploitation réellement ouvert à tous. « Seuls RIM, Nokia et Apple ne font pas d'Android. Quant à Samsung, ils ont créé Bada, mais cela va faire "boum", car on ne peut pas multiplier les systèmes d'exploitation sur le marché », considère Benoît Flamant. Même Google s'attache à réduire la diversité des versions d'Android, qui est la principale critique : bientôt, la plate-forme pour « smartphones » (nommée Gingerbread) et celle pour tablettes (Honeycomb) vont fusionner. Quant au géant des moteurs de recherche, il redouble de séduction : « Nous aimerions que Nokia adopte Android à un moment donné et ce choix demeure possible », déclare le PDG de Google, Eric Schmidt, déçu que Microsoft lui ait été préféré. Stephen Elop, le patron de Nokia, a rejeté catégoriquement cette éventualité. De toute façon, Android n'a pas besoin de Nokia pour s'imposer. Sa part du marché des « smartphones » est passée de 3,9 % à 22,7 % en un an. Chaque jour, 300.000 terminaux Android sont activés, et 27 fabricants ont mis sur le marché 170 modèles au total. L'écosystème s'est considérablement enrichi. Avec 150.000 applications sur Android Marketplace, le petit robot vert se rapproche à grande vitesse des 350.000 apps d'Apple.

Ce raz-de-marée s'explique par la gratuité de la licence et par la latitude laissée aux constructeurs désireux d'adapter ce logiciel. Il est surtout la conséquence de l'inéluctable démocratisation des « smartphones ». Le spécialiste des réseaux mobiles Ericsson prévoit en effet que le nombre d'abonnements au haut débit mobile va passer de 600 millions en 2010 à 5 milliards en 2016. Demain, à part quelques terminaux spécialisés pour les personnes âgées, on ne vendra plus que des mobiles « intelligents » taillés pour Internet. Or, pour faire tomber leur prix à une centaine d'euros, comme cela se fait déjà en Chine, mieux vaut partager les coûts de création et d'enrichissement d'un écosystème.

Un boulevard pour Google

C'est le calcul qu'ont fait les constructeurs asiatiques, mais aussi Sony Ericsson, Motorola et les grands de l'informatique (à part HP). « Ce dont je suis le plus fier, c'est que tout cela est pour les masses, pas pour l'élite », s'est réjoui publiquement Eric Schmidt à propos de la planète Android. Un boulevard s'ouvre à Google, estime un opérateur français : « Si j'étais Samsung, LG ou HTC, j'investirais à fond sur Android cette année. Pendant neuf mois au moins, Nokia va disparaître du marché. Croyez-vous un instant que les acheteurs de terminaux chinois vont vouloir prendre du Symbian ? » D'après cet opérateur, la priorité donnée à Windows condamne le système d'exploitation développé par Nokia, en dépit des promesses de mise à jour faites par Stephen Elop. Or Symbian est populaire en Asie, où Nokia réalise ses plus gros volumes de vente.

Le constructeur finlandais s'apprête donc à vivre une année 2011 terrible, et à enregistrer des reculs importants de part de marché en Orient. « Quant à nous, nous sommes bien obligés d'acheter du Symbian en attendant », avoue le français. La priorité des opérateurs européens est d'endiguer leur dépendance envers Google et Apple. C'est d'ailleurs de ce dernier que viendra la principale menace pour Android cette année.

Que la firme à la pomme décide de sortir un iPhone Nano à 200 euros au lieu de 600 euros, et elle pourra reprendre la main. Apple a déjà prouvé qu'on peut tenir le marché du « smartphone » avec un seul modèle.

Solveig Godeluck


Les étoiles Android à Barcelone

En l'absence d'Apple et de Nokia au Mobile World Congress, Android est la vedette incontestée des nouveaux « smartphones » et tablettes. -LG Optimus 3D : le premier « smartphone » fait pour voir des images en relief sans lunettes et pour filmer en 3D. Il sera commercialisé en mai. -HTC Salsa : avec son bouton Facebook, ce tactile va un cran plus loin dans l'intégration des réseaux sociaux. -Samsung Galaxy S2 : ultra-fin (8,49 mm) et capable de filmer en haute définition, il capitalise sur le succès du Galaxy. -Sony-Ericsson Xperia Play : surnommé le « PSP Phone », son clavier coulissant le transforme en console de jeux. -Les francs-tireurs : ils ne sont pas Android, mais ils séduisent : la tablette Playbook de RIM (BlackBerry), et le tout petit « smartphone » Veer de HP (Palm).

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mercredi 16 février 2011

Acer : « Les mini-PC ne sont pas menacés par les tablettes »


Le Figaro, no. 20696 - Le Figaro Économie, mercredi, 16 février 2011, p. 23

Gianfranco Lanci, le PDG du fabricant taïwanais de PC, veut détenir 15 % du marché mondial des tablettes et 10 % de celui des smartphones.

À Barcelone, Le champion mondial des mini-PC présente ses trois nouvelles tablettes. Acer espère aussi être un acteur majeur de ce marché émergent face à Apple et Samsung.

LE FIGARO. - Le mini-PC portable, ou netbook, est-il en train de mourir à cause de l'arrivée des tablettes?

Gianfranco LANCI. - La plupart des analystes industriels estiment que les États-Unis sont le centre du monde. Alors, comme le marché américain des netbooks est en déclin, ils arrivent à la conclusion que la demande mondiale recule. Mais ce n'est pas le cas. En dehors de l'Amérique du Nord, les netbooks poursuivent une croissance dynamique dans les autres régions, en Asie, notamment en Chine, en Europe et en Amérique latine. Le marché mondial des mini-PC devrait enregistrer une croissance comprise entre 15 % et 20 % cette année, avec la livraison de 50 à 60 millions de netbooks. C'est une croissance en volume et en valeur. Car le prix de ces petits ordinateurs, entre 199 et 399 euros, est relativement stable. Selon nous, les tablettes ne vont pas prendre une part de marché du netbook mais plutôt empiéter sur celui des PC portables. Les tablettes sont utilisées pour d'autres applications que celles du netbook.

Quelle est votre part de marché sur le marché du netbook?

Nous sommes numéro un mondial, avec 25 % et 30 % du marché, devant Asus et Samsung. Cette année, nous devrions livrer plus de 10 millions de netbooks dans le monde, soit environ 3 millions de plus que notre premier concurrent.

Pensez-vous prendre la place du numéro un mondial des PC?

Nous devrions passer HP, cette année, sur le marché des PC portables. C'est là que se joue la concurrence, plus que sur le marché des PC de bureau.

Avez-vous perdu votre première position en Europe sur les PC?

Au dernier trimestre de 2010, en effet, nous avons perdu la position de leader au profit de HP. Mais sur l'ensemble de l'année nous sommes restés le numéro un. Nous restons le numéro un auprès du grand public, mais nous avons moins progressé auprès des entreprises que HP. Nous avons pris des mesures pour reprendre la place de numéro un dès ce trimestre. Dès mars, nous allons renforcer notre gamme de PC portables pour les entreprises. Ce n'est pas la première fois que nous sommes au coude-à-coude avec HP sur le marché européen des PC.

Qu'en est-il de votre stratégie dans les tablettes Internet?

Nous allons lancer à partir de la fin du mois une gamme de trois tablettes, baptisée « Iconia Tab ». La première sera équipée du système d'exploitation de Microsoft et sera disponible en mars. Les deux suivantes utiliseront la dernière version du système d'exploitation Android de Google. Ces deux dernières, dont la taille de l'écran sera comprise entre 18 et 25,6 cm de diagonale, devraient être disponibles à l'achat entre avril et mai. La gamme de prix sera comprise entre 399 et 599 euros, selon la capacité de stockage et la possibilité d'avoir ou non une connexion 3G. Nous sommes en retard sur les tablettes Android car nous voulions proposer la dernière version du système d'exploitation de Google, mieux adaptée à ces équipements. Nous discutons avec plusieurs opérateurs mobiles pour proposer nos tablettes Internet 3G. Nous espérons annoncer ces accords dans deux semaines.

Quelles sont vos ambitions dans les tablettes?

Nous voulons prendre entre 15 % et 20 % du marché mondial des tablettes Internet, qui devrait se situer autour de 42 millions d'unités. Nous avons pour objectif de maintenir une part de 20 %, après les 5 à 7 millions de tablettes Internet que nous espérons commercialiser.

Ou en êtes-vous dans les smartphones?

Deux ans après notre lancement, nous sommes toujours tout petits, avec seulement 5 millions de smartphones vendus l'an dernier pour un marché mondial de 300 millions d'unités. Cette année, nous devrions maintenir notre niveau de ventes. Notre objectif est toujours d'atteindre 10 % de ce marché dans trois à cinq ans. Les smartphones et les tablettes Internet sont les deux domaines où nous réalisons l'essentiel de nos investissements. Dans ces deux domaines, l'an dernier, nos équipes d'ingénieurs sont passées de 300 à 800 personnes.

L'accord entre Nokia et Microsoft va-t-il vous inciter à opter davantage pour Google que pour Microsoft dans les smartphones?

Non, car nous voulons continuer d'offrir le choix aux consommateurs. Cet accord témoigne surtout du fait que le marché reste très dynamique. Le jeu n'est pas fini. Il y aura d'autres accords majeurs dans les douze prochains mois.

PROPOS RECUEILLIS PAR Marc Cherki

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