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samedi 10 septembre 2011

OPINION - Ce qu'il reste de l'héritage de Mao en Chine - Éric Meyer


Sud Ouest - Vendredi 9 septembre 2011, p. Périgueux-C1_5

35e ANNIVERSAIRE Mort le 9 septembre 1976, Mao avait marqué son pays

Que reste-t-il de cette empreinte ?

Ce 9 septembre est une date qui compte en Chine, et pourtant un jour sur lequel les autorités gardent profil bas. Le 9 septembre 1976 trépassait l'homme qui, depuis cinquante ans, tenait le pays d'une main de fer. Après lui avoir infligé deux révolutions, une guerre civile et une autre internationale (en Corée), une famine (le « Grand Bond en avant »), et des décennies de terreur. Mais Mao Tsé-toung avait aussi réunifié le pays, avait bouté hors de son sol le nippon, l'avait doté de routes et de chemins de fer, d'un système de santé, d'une école publique. Surtout, il lui avait rendu sa fierté et une image mondiale. Trente-cinq ans après, que reste-t-il de cet héritage ?

Côté urbanisme, le symbole le plus attaché à Mao est ce réseau de boyaux antinucléaires de centaines de kilomètres qu'il avait fait creuser sous chaque ville de 1969 à 1979. Aujourd'hui, dans le tunnel sombre et malodorant au coeur du vieux Pékin, il ne reste plus que quelques meubles pourris, de l'eau jusqu'aux chevilles, des rats... Témoignage de la vanité de ce projet pharaonique, né de la croyance que la Troisième Guerre mondiale aurait lieu sur sol chinois, contre l'URSS, et que la Chine la gagnerait...

Le poids de la censure

En surface, le Pékin moderne est l'antithèse de celui de Mao, bas et gris, fait de HLM ou cours carrées, avec pour seul bruit le chuintement des vélos des millions de prolétaires. À présent, Pékin est haut, avec ses tours de 20 étages, multicolore, et les klaxons de 4 millions de voitures vocifèrent.

Sur le dictateur, les jeunes sont partagés : la plupart ignorent même son nom. Pourtant, à 20 ans, certains expriment la nostalgie de l'ère maoïste : « À l'époque, dit ce chauffeur de taxi (dont le rétroviseur arbore une breloque du leader, pour se protéger des accidents), il n'y avait ni milliardaires ni corruption »... Ces admirateurs collectionnent les reliques : « Petit Livre rouge » (la bible du régime), mugs, posters et badges au profil écarlate du Grand Timonier.

Les vieux, eux, taisent les années de violence dont ils furent tour à tour bourreaux et victimes. Mais ils gardent la ferveur de l'époque, et son aspect « grandes vacances », avec un emploi peu stressé dans la « danwei » (unité de travail), bien loin de la frénésie de 2011. Par dizaines, ils se retrouvent le soir dans les parcs pour entonner les chants révolutionnaires de leurs 20 ans.

Avec la « danwei » ont disparu tous les bonbons du socialisme à la papa : le centre de vacances gratuit, le logis à 0,3 € par mois, le panier alimentaire offert une fois par mois, l'école et l'hôpital gratuits. Seul le vélo demeure. Chaque Chinois en possède un ou deux, mais les néglige toujours plus au profit du bus ou de la voiture.

Dans les années Mao, un bon socialiste, passé 18 heures, n'avait rien à faire hors de chez lui. Mais aujourd'hui, le soir, la jeunesse est dans les bars et cafés jusque tard, ou bien pendue à son GSM. Avec les parents, désormais, on n'a plus rien à se dire.

Ce qui reste de plus fort de l'ère Mao est le moins visible : la censure, qui emploie des millions de mouchards sur Internet, dans les journaux, et reçoit des fortunes du régime pour préserver son monopole de la pensée sur les corps sociaux. Peut-être le plus « maoïste » des leaders depuis vingt ans, l'actuel président Hu Jintao a veillé jalousement à renforcer le Parti, et surtout son lien avec la paysannerie et l'armée. Sur les 39 généraux promus depuis 2004, 19 étaient des commissaires politiques de leurs régions militaires. En 2011 comme du temps de Mao, le pouvoir chinois reste au bout du fusil !

© 2011 Sud Ouest. Tous droits réservés.

lundi 25 avril 2011

En Chine, l'offensive des " néomaoïstes " pour un durcissement du régime - Brice Pedroletti


Le Monde - International, lundi, 25 avril 2011, p. 6

Durcissement sécuritaire et retour en force de la symbolique maoïste font prendre un drôle de tournant aux luttes de pouvoir qui animent le Parti communiste chinois (PCC), avant la grande transition d'octobre 2012. Après dix ans au pouvoir, le tandem Hu Jintao et Wen Jiabao passera la main à une nouvelle équipe déjà désignée, formée de Xi Jinping et Li Keqiang. Les sept autres sièges du comité permanent du bureau politique, qui en comporte neuf avec le président et le premier ministre, devront être renouvelés. Les membres sortants cherchent donc à promouvoir leurs poulains au sein du parti. Et certains des aspirants à un siège au comité permanent, comme Bo Xilai, le secrétaire du parti de Chongqing, font tout pour se faire remarquer...

Dans cette ville de 30 millions d'habitants du nord-ouest de la Chine, M. Bo mène ainsi tambour battant, depuis 2008, une " campagne rouge " : concours de " chansons rouges " dans les parcs de Chongqing, étudiants locaux priés de consacrer quatre mois de leurs études en immersion chez les ouvriers ou les paysans, pensées de Mao distillées par le service de " Twitter rouge " de la municipalité, tout est fait pour présenter une version actualisée des méthodes du Grand Timonier.

En mars, l'une des chaînes télévisées municipales était convertie en " télévision rouge ", avec des programmes de " culture communiste avancée " en prime time. Ces derniers jours, Chongqing fait de nouveau du zèle : les médias locaux ont reçu l'ordre de promouvoir 36 nouveaux " chants rouges " sélectionnés lors d'un concours national pour les célébrations des 90 ans de la fondation du Parti communiste chinois, le 1er juillet.

Ancien ministre du commerce, secrétaire général du Parti à Chongqing depuis fin 2007, où il lança aussitôt une vaste opération antimafia, Bo Xilai, 62 ans, est la coqueluche des néomaoïstes chinois : " Bo Xilai a eu beaucoup de soutien de la part du peuple de Chongqing. Il a fait ce qu'un communiste doit faire ! ", nous expliquait Fan Jinggang, directeur du site Internet maoïste Utopia, fin décembre 2010, juste après avoir organisé un séminaire d'étude du " modèle de Chongqing ".

Utopia, qui tient une librairie au sixième étage d'une tour de la banlieue de Pékin, propose ce mois-ci à ses membres un voyage à Chongqing le 1er mai afin de " faire l'expérience des chansons rouges " et voir de plus près ce " modèle " qui séduit tant les nostalgiques de Mao.

" Ce n'est pas un modèle reconnu officiellement, mais l'idée est de recourir aux méthodes politiques de Mao afin de résoudre les problèmes économiques, culturels et sociaux d'aujourd'hui. On ne va pas copier Mao, mais l'adapter à la réalité de la société moderne ", affirme Qiu Shike, un auteur indépendant d'une soixantaine d'années qui publie des livres ainsi qu'un grand nombre d'articles sur le site d'Utopia. M. Qiu - c'est son nom de plume - met en avant les efforts faits à Chongqing en matière d'éducation, d'emploi et de sécurité sociale. " Une partie du peuple a l'impression d'être devenue esclave. Le développement économique est superficiel, les gens ne sont pas heureux car il y a trop de matérialisme ", poursuit-il, se définissant lui-même comme un " néomaoïste ".

Longtemps considérés comme minoritaires, excentriques, voire folkloriques, les nostalgiques de Mao sont-ils en train de faire un retour au sein du pouvoir ? Le durcissement sécuritaire caractérisé de ces derniers mois, avec des rafles de militants, d'internautes et d'avocats à grande échelle et l'arrestation de l'artiste engagé Ai Weiwei, contribue à échauffer les esprits. Ce qui se passe à Chongqing, a écrit dans une lettre ouverte publiée sur son blog, le 12 avril, le professeur de droit He Weifang, " me pousse à me demander si le temps ne s'est pas mis à tourner à l'envers, si l'on n'est pas en train de rejouer la Révolution culturelle, et si l'idéal d'un Etat de droit n'est pas aujourd'hui en perdition ".

Revenu récemment à Pékin après plusieurs années d'exil administratif dans une université du Xinjiang, en représailles de ses opinions libérales, cet intellectuel influent s'interroge sur la justice expéditive appliquée à Chongqing lors de la campagne antimafia de 2009, sous la forme de mouvements " frappez fort " et de " lettres de dénonciation des masses ".

L'indignation de He Weifang et d'une partie des milieux libéraux a pu s'exprimer à l'occasion du procès, ces derniers jours à Chongqing, d'un avocat, Li Zhuang, accusé d'avoir manipulé ses clients et fabriqué des preuves. Or les juristes dénoncent les irrégularités grossières du procès de Li Zhuang, qui ferait en réalité les frais de l'assistance légale qu'il a prêtée à des membres de la pègre après leur arrestation. Hier, l'accusation a finalement levé les charges qui pesaient contre l'avocat, une mini-victoire pour les milieux libéraux.

Pour certains observateurs, ces manifestations d'un " courant dur " au sein du pouvoir relèvent avant tout d'une stratégie politique classique consistant à occuper les extrêmes. Pour d'autres, c'est le symptôme que les factions conservatrices se sentent menacées par les aspirations démocratiques : " Ils ont l'impression qu'il y a une base d'admiration pour ce genre d'idées. Bien sûr, toutes sortes de gens se sentent dépossédés par les transformations économiques, et ils ont l'illusion que, sous Mao, les ouvriers, les paysans étaient mieux lotis. En outre, des cadres du parti ont perdu de l'influence dans les luttes de pouvoir interne et tentent de reprendre la main. C'est eux qui sont derrière des sites comme Utopia ", explique le politologue Zhang Ming, de l'université du peuple à Pékin.

" Le discours est tellement verrouillé sur le sujet de la réforme politique que certains, comme Bo Xilai, tentent d'occuper l'espace public en convoquant le maoïsme. En réalité, le courant principal dans l'opinion est favorable à des réformes ", ajoute M. Zhang. Le recyclage du confucianisme a participé de ce même effort, dit-il, de " faire diversion ".

Brice Pedroletti

© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.

" Je pense que Mao est un cauchemar éternel dans lequel sont plongés les Chinois "

Le Monde - International, lundi, 25 avril 2011, p. 6

Hu Xingdou, professeur d'économie à l'Institut des technologies de Pékin, considéré comme un intellectuel libéral, tient sur son blog une chronique intitulée " Sinologie ", qu'il décrit comme l'étude des problèmes chinois.

Comment décryptez-vous ce durcissement du régime ces derniers mois ?

C'est le signe qu'on est, en Chine, dans une époque de résistance aux réformes : avec le développement économique, l'apparition d'un nombre croissant de problèmes économiques et sociaux, de plus en plus de gens s'opposent aux réformes. Sur le plan politique, il y a un courant d'admiration envers Mao qui se développe. Il va contre les valeurs de la civilisation moderne. La justice aussi connaît un recul. Les députés locaux se sont vus privés du droit d'ouvrir des bureaux. Les organes juridiques ont reçu pour mission de protéger en priorité les intérêts du Parti communiste.

Malgré tout, je pense, moi, que tout cela est temporaire. L'économie de marché continuera de progresser, et avec elle, l'Etat de droit et la démocratie qui y sont liés.

Quel regard portez-vous sur les courants néomaoïstes qui sont notamment très virulents sur l'Internet en Chine ?

Il y a dans la société chinoise aujourd'hui un courant d'admiration envers Mao qui se développe. Ce courant s'oppose à la civilisation moderne, il est nostalgique de l'époque du culte de la personnalité et du culte des héros. Il y a toutes sortes d'organisations, comme le Parti communiste du maoïsme ou encore le Parti (communiste) des ouvriers. Et le site Internet Utopia. Il est difficile de dire à quel point ces organisations sont réelles. Mais il est vrai qu'elles attirent toute une partie des gens de la base, comme les ouvriers ou les ruraux, qui sont mécontents de ce qu'a apporté le développement économique.

Parmi les dirigeants chinois, beaucoup ne se décrivent pas comme néomaoïstes. Mais on peut reconnaître cette tendance chez ceux qui soutiennent systématiquement la Corée du Nord, par exemple, et qui diabolisent les Etats-Unis. Ils utilisent aussi une façon de faire qui rappelle Mao, celle des yundong, les " mouvements anti " telle ou telle chose.

Cela rejoint un courant nationaliste, très conservateur, qui fait de la Chine une " nation supérieure ". C'est une manière d'exploiter le patriotisme. En réalité, les problèmes sociaux, les abus, les crimes étaient bien plus nombreux sous Mao qu'aujourd'hui, mais à l'époque, le contrôle de l'information était très strict. Beaucoup de gens n'étaient pas au courant et continuent à ne pas vraiment l'être. Ces militants se servent de l'époque idéalisée de Mao pour contrer la période de réformes.

Quels sont les dangers de cette résurgence des idées maoïstes ?

Ce qui est dangereux dans ces mouvements, c'est qu'ils soutiennent la dictature et le fascisme. Ils ne tolèrent aucune divergence de point de vue. Or, si les réformes politiques n'avancent pas en Chine, les problèmes sociaux vont augmenter, et les néomaoïstes auront davantage d'occasions de critiquer la politique d'ouverture. Et la Chine risque bien de retourner à l'époque de Mao. En Iran, sous le chah, la libéralisation économique s'était, peut-être, faite trop vite, cela a entraîné un coup d'Etat et l'Iran a plongé dans le fondamentalisme.

En l'absence de réformes politiques en Chine, l'ouverture économique favorise les groupes d'intérêt qui abusent de leur pouvoir. Cette dérive risque bien de nuire aux avancées dans le domaine économique.

Je pense que Mao est un cauchemar éternel dans lequel sont plongés les Chinois. Le culte de la personnalité, la lutte des classes, et le culte des héros ont été mis au service d'une conquête du pouvoir. Si on ne critique pas ouvertement Mao, si on ne sort pas de cette culture d'annihilation de la contestation qu'il nous a léguée, on n'entrera jamais dans la modernité.

Propos recueillis par B. Pedroletti

© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.

mardi 25 janvier 2011

LITTÉRATURE - "Femmes de dictateurs" par Diane Ducret



SITE DES ÉDITIONS PERRIN : TÉLÉCHARGEZ UN EXTRAIT (.pdf)



Les histoires d'amour finissent mal en général. Surtout celles des femmes, ou maîtresses, de dictateurs, qui eux-mêmes ne finissent guère mieux, l'amour n'étant de toute façon pas leur souci majeur. Diane Ducret a réuni une belle brochette de ces conjointes de l'Histoire, toquées de Mao, Lénine, Staline, Mussolini, Salazar, Hitler...

Où l'on trouve confirmation, par les femmes, que le pouvoir exerce bien un irrésistible attrait érotique, s'accompagnant d'une consommation et d'une muflerie record. Car aimer un dictateur, c'est s'exposer au mieux à la ruine et à l'ingratitude, au pire à la mort. Le pouvoir séduit mais rend fou, et il a consumé le sexe faible, le plus souvent des jeunes femmes détruites par des tyrans amateurs de chair fraîche.

La Pygmalion

Dès 1912, Margherita Sarfatti a parié sur un jeune journaliste nommé Mussolini. Cette intellectuelle vénitienne débarque dans son bureau d'Avanti, finance son journal, le forme, le polit. Elle n'est pas la première : la marxiste Balabanoff, qui ira voir ensuite du côté de Lénine, a commencé à le dégrossir. Dans ses moments de doute, comme lors de la Marche sur Rome, Sarfatti l'aiguillonne. Une fois au pouvoir, elle instaure son culte de personnalité, fait rédiger sa première biographie, qu'elle émaille de photos qui soulignent le physique avantageux du don Juan romagnol. Sarfatti devient sa maîtresse légitime - il est déjà marié -, mais elle sait son Duce grand fornicateur devant l'Eternel : n'a-t-il pas commencé sa vie sexuelle par un viol, ce dont il se vante même ? Il lui faut toujours des femmes et il n'aura de cesse de tromper la Sarfatti, parfois sous ses yeux. L'ingrat ! Et lorsque son nouvel ami Hitler lui fait découvrir l'antisémitisme, il se souvient de sa judéité, la fait licencier et la chasse hors d'Italie.

Les sacrifiées. Mao est à l'origine de millions de victimes. Deux au moins étaient ses épouses. En 1930, il laisse sa première femme, Yang Kaihui, avec ses enfants, aux mains de l'ennemi, qui lui propose le marché suivant : la liberté contre le désaveu de son mari. Elle refuse et se laisse décapiter, sacrifice qui arrache quelques regrets à Mao, bien qu'il vive déjà avec Zizhen. Cette dernière croit triompher ? Erreur. La Longue Marche (1934-1935) sera pour elle un calvaire. Enceinte, accouchant en plein périple, elle est obligée de renoncer au nouveau-né. Après quelques jours, elle rejoint Mao, qui caracole en tête et à qui elle annonce la naissance et l'abandon de leur fille : « Tu as eu tout à fait raison », lui répond avec aménité Mao, qui ne vient même pas la voir lorsqu'elle est grièvement blessée au cours d'un bombardement. A nouveau enceinte, elle fuit vers l'URSS pour se faire soigner, perd son enfant, est enfermée dans un asile jusqu'en 1949, date à laquelle elle est rapatriée par Mao, qui la boucle dans un institut jusqu'à sa mort, en 1984. Fin du martyre.

Autre femme qui suit jusqu'au bout son tyran d'amant, Clara Petacci. Elle a rencontré Mussolini à 20 ans, en 1932, en dépassant son Alfa Romeo sur la route entre Rome et Ostie. Sa robe légère l'émeut. Elle lui avait déjà envoyé des poèmes. Le lendemain, il fait retrouver par son archiviste lesdits poèmes, où il avait apposé la mention suivante : « Mais qui est cette folle ? » Ils se revoient pourtant. C'est l'amour fou, physique, convulsif. Il la trompe, mais elle le suit jusqu'au bout. On la dit la chienne de Mussolini, mais elle accepte : « Où va le maître va le chien. » Dans sa dernière lettre, écrite avant d'être tuée avec lui en avril 1945, on peut lire ces mots : « Qui aime meurt. Je suis mon destin et mon destin, c'est lui. »

Les suicidées. Le 15 septembre 1931, Geli, 23 ans, se tire une balle dans le coeur. Elle est la nièce de Hitler et vit chez tonton Adolf depuis plus de trois ans, sous le regard perplexe de Goebbels.« Il se murmure des choses folles à propos du chef », note-t-il dans son Journal. Il la fait poser nue mais confie les dessins à la surveillance du trésorier du parti nazi. Elle aussi, il l'enferme. Sous couvert de bienveillance, il la surveille, éloigne son chauffeur, Emil Maurice, qu'elle aime, puis se met à refuser ses caprices. Affolée, elle choisit la mort pour porte de sortie.« Maintenant, on m'a tout pris. Je suis tout à fait libre », écrit Hitler.

Un an plus tard, une autre femme se suicide : Nadia Allilouïeva, l'épouse de Staline.« Eh, toi, bois un coup !» lui a-t-il vomi lors d'un dîner pour le quinzième anniversaire de la révolution.« Je ne m'appelle pas "Eh, toi" », répond-elle, furieuse. Il l'agonit d'injures, elle lui crie de se taire devant les invités et claque la porte. Rentrée au Kremlin, elle cherche à le joindre, mais on lui apprend que l'ex-play-boy géorgien est avec une autre femme. Après lui avoir écrit une lettre pleine de reproches qui disparaîtra, elle se supprime, achevant sa trajectoire déviante. Car, depuis des années, elle est entrée en dissidence : devenue croyante, elle échappe à la prison du Kremlin, suit incognito des cours à l'université. Après sa mort, Staline reste prostré durant trois jours. Il vient de tuer une femme qu'il avait sauvée de la noyade lorsqu'elle avait 6 ans, mais qu'il avait aussi violée dans un train lorsqu'elle en avait 18. Il tente de se consoler avec la belle-soeur de Nadia, Genia, qui repousse ses avances. Il la fait déporter. Il se rabat sur sa gouvernante, Valentina, plus mère qu'amante, qui sert la table des puissants à Yalta, en 1945, sans que personne devine les liens qui l'unissent à Staline.

Les maîtresses femmes

La redoutable Qiang Jing, la dernière épouse de Mao, n'a pas l'intention de subir le sort des épouses auxquelles elle succède. L'ex-actrice de série B gravit les échelons du pouvoir et, pour contrôler l'irrésistible frénésie sexuelle de Mao, forme elle-même les jeunes novices soumises à son bon plaisir. Elle n'hésite pas à prendre des amants : le tigre a trouvé sa tigresse. Une exception imitée seulement par Elena Ceausescu, qui est d'ailleurs venue lui demander des conseils en 1971. Presque illettrée, celle qui se prénommait à l'origine Lenuta - la douce - se fait d'abord décerner un doctorat en physique-chimie sur les polymères. A la fin de sa carrière, elle sera détentrice de 17 doctorats et 74 titres universitaires roumains et internationaux. Car elle rançonne aussi les chefs d'Etat. A Bucarest, elle épie les ébats des femmes de ministre, tente de les compromettre avec de jeunes hommes et se fait bombarder mère de la Roumanie. A la Noël 1989, ce « génie » finira avec une balle dans la tête et main dans la main avec l'autre « génie des Carpates ».

Les folles de Hitler. Le culte de la personnalité, la fusion de l'individu dans l'Etat propre aux régimes totalitaires eurent un corollaire érotique : l'hystérie. Qu'il s'agisse de Mussolini, qui parade en maillot de bain sur la plage de Riccione, ou de Hitler, plus discret, la citoyenne est devenue amante ou infirmière en puissance. Certaines réclament même un enfant du Führer. A Berlin, l'Archive A de la chancellerie du Reich stocka les milliers de lettres de ces femmes folles de Hitler. « Penses-tu aussi beaucoup à ta Jose ? Oui ? Oui ? Garde-moi bien, mon fidèle amour, je te reste éternellement fidèle et bonne et ne te soucie guère de moi. » Le plus frappant dans le florilège présenté au début de l'ouvrage de Diane Ducret est la familiarité qui émane de ces lettres : « Cher Adi, tu vas sûrement te languir de moi. Je veux t'envoyer une photographie comme symbole de mon amour... De fervents baisers à toi, ma sale bête. » A l'évidence, rien n'arrête une femme au foyer quand est elle amoureuse de son Adi : « Führer chéri, pourquoi être si timide et agir par des voies secrètes ? J'étais hier à 11 h 30 au local de la société de tir du village, mais je ne t'y ai pas vu. Tu cherches une femme, je cherche un homme. Nous pourrions déjà vivre ensemble depuis deux ans si tu n'agissais pas si secrètement. » Autant de déclarations délirantes qui déclenchaient la réponse type de l'administration du Reich : « Le Führer, par principe, ne s'implique dans aucune affaire privée. »

(François-Guillaume Lorrain / Le Point)

*« Femmes de dictateurs », de Diane Ducret (Perrin, 350 p., 21 E).









Clara, Nadia, Jiang Qing..., épouses ou concubines, elles ont partagé la vie et la couche de Mussolini, Staline, Mao... Elles ont été triomphantes et sacrifiées, rappelle Diane Ducret dans Femmes de dictateur.

"La foule, comme les femmes, est faite pour être violée", écrivait Mussolini, toujours volontaire pour soulever le peuple et les jupons. La tyrannie, qui corrompt les valeurs et martyrise les peuples, détraque aussi les sens. Le pouvoir est un aimant, le pouvoir absolu, un aphrodisiaque. Les histoires d'amour avec un tyran ont beau débuter comme des bluettes, elles se terminent au mieux en vaudeville, le plus souvent en tragédie. Diane Ducret en administre la preuve dans sa galerie de Femmes de dictateur, portraits brillants des compagnes de route de mégalomanes du xxe siècle nommés Lénine, Staline, Hitler, Mao... Les petites fiancées des despotes rêvaient de passer à la postérité, elles ont fini dans les poubelles de l'Histoire.

Saintes ou gourgandines, elles ont saccagé leur vie, à l'image de Clara Petacci, violée, battue et pendue par les pieds par des partisans italiens à la fin de la guerre. La fille du médecin personnel de Pie XI avait eu le malheur de croiser, treize ans plus tôt, sur la route d'Ostie une Alfa Romeo décapotable. Le conducteur dissimulé derrière de grosses lunettes de soleil s'appelait Benito Mussolini et la "povera" ignorait tout des affres de la Duce Vita. Le maître de l'Italie fasciste avait en effet gros appétit. Il n'était pas du genre bégueule, plutôt gourmand que gourmet. Paysannes ou bourgeoises, femmes de tête ou têtes en l'air, matrones ou filles enfants, elles passaient toutes par sa couche. Le Romagnol était large d'esprit. Jeune, il penchait pour les cérébrales : Angelica Balabanoff, bourgeoise ukrainienne, l'initie à la révolution et, surtout, Margherita Sarfatti, grande bourgeoise vénitienne racée, s'impose en dircom et stratège. C'est elle qui convaincra un Benito indécis et prêt à se réfugier chez les Helvètes de lancer la marche sur Rome, étape décisive de la prise du pouvoir. Au fil des ans, l'aventurier de l'amour, abonné aux ruptures violentes, se fera popote. Les soucis, sans doute : la guerre en Ethiopie, puis en Grèce et en Albanie... Il n'empêche. L'ancien socialiste-révolutionnaire supporta mal la tyrannie domestique de Rachele, l'ex-jeune serveuse du bar de son père, devenue épouse et mère de ses enfants : un statut en or dans un régime célébrant la famille. Faute de rompre, le Duce s'égaiera en compagnie de jeunes maîtresses. Dont Clara.

Staline acculera son épouse au suicide

Cherchez la femme. On rêverait d'affiner le portrait d'un tyran, d'expliquer la nature d'un régime politique à partir de la personnalité et des atours - poitrine généreuse pour le Duce, jambes longues pour le Führer - des (mal) heureuses élues. L'exercice est périlleux, mais il est parfois probant. Ainsi, la sauvagerie du Staline privé n'étonnera personne. Le maître du Kremlin acculera au suicide Nadia Allilouïeva, son épouse - qu'il sauva de la noyade à 6 ans et viola dans un train à 18 ans... - après l'avoir, dans un état d'ébriété avancée, agonie d'injures devant toute la nomenklatura. Dans la foulée, il fera déporter au goulag sa belle-soeur, après qu'elle a refusé ses avances. Il terminera ses jours avec une gouvernante rustre et silencieuse : c'est elle qui servit le repas aux invités de Yalta, Churchill et Roosevelt. Dans le même registre paraît évidente la propension de Hitler - Alfi pour les intimes - à semer la mort parmi les femmes qu'il aime - sa nièce Geli, 23 ans - et celles qui l'aiment, même secrètement : la terrible Magdalena Goebbels, l'épouse du ministre de la Propagande du Reich, présente jusqu'à la fin dans le bunker de Berlin. Reste que, comme pour les couples ordinaires, certaines associations sont étranges, voire inexplicables. Pourquoi, Lénine, plutôt séduisant avec ses yeux bridés de Tatar, s'est-il entiché de Nadejda Kroupskaïa - Nadia - une future épouse affublée d'un "physique de hareng", selon la mère de Vladimir Ilitch, il est vrai jalouse et peu charitable ? Mystère - et vertiges - de l'amour.

Diane Ducret ne tire d'ailleurs aucune conclusion, politique ou psychologique, elle trousse (sic) de jolies histoires et "tend un miroir aux femmes", pour démontrer, noir sur blanc, la responsabilité des égéries, maîtresses, épouses de dictateurs dans les drames de l'Histoire. Si les unes pèchent par indifférence (Eva Braun, la compagne de Hitler), d'autres, politiquement engagées, sont directement impliquées. C'est le cas de Jiang Qing, l'une des nombreuses "madame Mao", ancienne starlette renconvertie en mère maquerelle pour apaiser la libido du Grand Timonier et en chasseuse de sorcières pendant la Révolution culturelle ; d'Elena Ceausescu, grande prêtresse du régime policier roumain, etc. Entre secrets d'alcôve et histoire politique, l'auteure a trouvé sa voie. Certains épisodes plus ou moins connus, mais souvent de manière partielle - les frasques de Mussolini et de Staline - acquièrent plus de relief dans cet ensemble.

D'autres sont des révélations : par exemple, la vie sentimentale encombrée d'Antonio de Oliveira Salazar. Le maître du Portugal entre 1933 et 1968 avait un slogan pour sa politique isolationniste : "orgueilleusement seuls". D'évidence, il ne se l'appliquait pas. L'ancien séminariste, jadis troublé par la belle Felismina, officiellement célibataire, ascétique et saturnien, fut un homme couvert de femmes. Jouant la discrétion jusqu'à l'effacement - comportement rarissime chez les dictateurs qui sont enclins à jeter leur ego démesuré à la face du monde - il affirmait que les "bonnes ménagères" ont "beaucoup à faire dans leur maison, ne fût-ce que dans l'apprêt du repas et le soin des vêtements". Cela ne l'empêcha pas de tomber follement amoureux, en 1951, d'une jeune femme libre : une journaliste française nommée Christine Garnier. Mais le Doutor n'en démordra pas : "On peut faire de la politique avec le coeur, mais on ne peut gouverner qu'avec la tête."

(Emmanuel Hecht / L'Express)

mardi 13 juillet 2010

Un professeur chinois veut mettre Mao au ban de l'histoire - Arnaud de la Grange

Le Figaro, no. 20511 - Le Figaro, mardi, 13 juillet 2010, p. 1

Même dans la Chine du « socialisme de marché », il faut une belle impudence pour proposer de sortir Mao de son mausolée et de le renvoyer vers une anonyme sépulture. La suggestion vient d'un humble professeur d'histoire d'un lycée de Pékin, dont les didactiques vidéos ont déjà été vues 30 millions de fois. Yuan Tengfei, il est vrai, n'a pas « tué le père » à moitié. Dans ses cours enregistrés pour ses élèves et diffusés sur Internet, il qualifie le fondateur de la République populaire de « boucher sanguinaire », de « tyran n° 1 » de la planète. Il compare aussi le mausolée de Tiananmen au sanctuaire de Yasukuni, qui honore des criminels de guerre japonais et a le don de mettre en rage les Chinois. Yuan Tengfei estime aussi que la seule chose de bien qu'ait faite Mao après 1949 est... de mourir. Or, si les « erreurs » de la Révolution culturelle ont été officiellement reconnues, l'ensemble de « l'oeuvre de Mao » ne peut être remis en cause sans risquer de faire trembler la République. Au passage, le professeur estime qu'il n'y a guère plus de 5 % de vérité dans les manuels d'histoire chinois. Contrairement aux rumeurs, il n'a pas été arrêté mais fait le dos rond et reste injoignable. On lui a apparemment suggéré d'aller méditer cette idée selon laquelle « l'histoire est une suite de mensonges sur lesquels on est d'accord ». Le mot, d'ailleurs, n'est pas d'un grand dirigeant communiste, mais de Napoléon.

© 2010 Le Figaro. Tous droits réservés.

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mercredi 26 mai 2010

OPINION - Les nouveaux maoïstes - Alain-Gérard Slama

Le Figaro, no. 20470 - Le Figaro, mercredi, 26 mai 2010, p. 17

Il fut un temps, le milieu des années 1960, où de Gaulle, puis Nixon renouaient les relations diplomatiques de la France et des États-Unis avec Mao sans se faire illusion sur l'odieuse réalité du régime. On voudrait être sûr que, aujourd'hui, les chefs d'État qui, derrière Obama, cherchent à faire entrer l'Empire du milieu dans le nouvel ordre économique mondial voient avec la même lucidité le danger que le renouveau de la fascination exercée par la Chine sur les pays dits émergents fait peser sur le monde libre. Navrante est la constance avec laquelle, de plus en plus sceptiques à l'égard de l'avenir de la démocratie et mus par l'éternel besoin de se construire une nouvelle utopie, les Européens feignent de croire que la Chine sera le socialisme plus le capitalisme, de la même façon que leurs prédécesseurs reprenaient à leur compte le mensonge de Lénine, selon lequel le bolchevisme serait le marxisme, plus l'électricité.

À vrai dire, la Chine, convaincue d'être le centre du monde, n'a jamais été tentée par l'impérialisme - sinon sur ses marches, dans sa rivalité avec ses voisins russe et japonais, et à propos du vaste territoire du Tibet. Le vieux fantasme de l'invasion chinoise, ou d'une attaque nucléaire chinoise, inspire des craintes sans objet. Mais, pour reprendre le titre d'un essai de Jean-Luc Domenach (1), l'inquiétude au moins s'impose, quand on prend la mesure des besoins du futur milliard et demi de Chinois en énergie, minerais, et ressources vivrières. La compétition qui se dessine entre l'Empire du milieu et les démocraties en vue d'accéder aux ressources de la planète laisse mal augurer de l'avenir.

En témoigne déjà l'actuel break up de l'Afrique (2). On aurait tort de supposer que la présence chinoise sur ce continent, rivalisant avec celle des États-Unis, réponde seulement à un objectif commercial. Elle comporte aussi un projet politique. Nombre de dictatures africaines sont impressionnées par le système chinois, qui démontre à leurs yeux la compatibilité entre l'expansion capitaliste et l'encadrement de la société par un régime totalitaire. Dans son enthousiasme, le président du Niger s'est ainsi déclaré prêt « à suivre la Chine sur la Lune ». Mais l'influence va plus loin. Elle touche l'Amérique latine, le Proche-Orient, l'Asie centrale.

Bref, sur les décombres des idéologies du XXe siècle, et face au délabrement des démocraties européennes, la Chine, forte de sa prodigieuse expansion, et réinventant la fascination exercée jadis par le maoïsme, est en train de s'imposer comme le nouveau modèle. Certes, elle se sait embarquée dans la mondialisation. Elle sait qu'elle n'est pas à l'abri de la bulle financière mondiale, et le souci qu'elle manifeste en ce moment de contenir la chute de l'euro en est un signe positif. Mais, en dépit du changement radical de la donne planétaire, elle n'en prolonge pas moins la stratégie amorcée par Deng Xiaoping dès le début des années 1980. Cette stratégie tirait la leçon de l'échec des expériences antérieures.

Dans les années 1950, la Chine a d'abord joué le jeu de l'URSS, qui faillit lui coûter son indépendance. Au cours des années 1960, elle a cherché une réponse dans le tiers-mondisme qui, loin de favoriser son leadership, l'a presque totalement isolée. Dans les années 1970, elle s'est rapprochée des États-Unis pour se protéger des prétentions hégémoniques de l'Union soviétique, et cette politique lui a fait alors perdre une grande partie de son prestige dans le tiers-monde. À partir du début des années 1980, elle a compris la nécessité de jouer à la fois de ces trois ressorts sur le plan international : socialiste, tiers-mondiste et capitaliste. D'où la reprise des relations avec les États-Unis en 1984, et la relance des réformes économiques, accompagnée d'un resserrement des liens avec l'URSS. Depuis la chute de l'Union soviétique, la Chine a maintenu cet objectif d'équilibre, en maintenant un appui constamment révisable à la Corée du Nord et en faisant peser, avec le vote des sanctions, sa pression sur l'Iran. Ce faisant, elle vise moins à dominer qu'à maintenir son rôle d'arbitre dans le jeu international.

Mais le vrai problème, le principal motif d'inquiétude tient au fait que, depuis la révolte de la place Tian'an men, durement réprimée en 1989, elle n'a pas trouvé pour autant son équilibre interne, et que les conséquences d'une implosion politique de la Chine pourraient être incalculables.

(1) Jean-Luc Domenach, « La Chine m'inquiète », Perrin, 2008.

(2) Voir le remarquable dossier de la revue « Les temps modernes », janvier-mars 2010.

PHOTO - Visitors walk past a statue of the late Chairman Mao Zedong, in front of a building which was formerly a cinema, at the site of China's first nuclear weapons base in Haiyan county, Qinghai province April 13, 2010. China declassified its first nuclear weapons base in 2007 and has been inviting tourists to visit the site located in a remote part of the northwestern province of Qinghai, the official Xinhua News Agency reported. The Chinese characters on the statue read "Self-reliance and hard work".

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lundi 1 février 2010

CHINE-US - Trente ans de relations diplomatiques

Le Monde - International, mardi, 2 février 2010, p. 6

21 février 1972 Le président Richard Nixon se rend en Chine.

28 janvier 1979 Visite aux Etats-Unis du numéro un chinois Deng Xiaoping. Washington reconnaît l'existence d'une " seule Chine ", la République populaire de Chine.

10 avril Par l'adoption du Taiwan Relations Act, les Etats-Unis réaffirment leur alliance avec Taïwan et sont tenus par ce texte à l'aider à assurer sa propre défense.

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