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mardi 27 septembre 2011

Li-Ning, le « Nike » chinois, veut s'implanter en France - Ivan Letessier

Le Figaro, no. 20886 - Le Figaro Économie, mardi 27 septembre 2011, p. 26

La marque vient de débaucher un dirigeant de son concurrent pour débuter dans l'Hexagone.

Une nouvelle marque de chaussures et vêtements de sport s'apprête à débarquer en France en provenance de Chine.

À la différence de ses principaux concurrents (Nike, Adidas et Puma), fabriqués là-bas mais conçus aux États-Unis et en Allemagne, Li-Ning est une authentique marque chinoise. Fondée en 1990 par Li Ning, un gymnaste chinois qui a remporté six médailles aux JO de Los Angeles en 1984, elle se veut le « Nike » chinois. Son logo semble nettement inspiré du « swoosh », l'emblème du leader mondial. Coté à la Bourse de Hongkong depuis 2004, Li-Ning, qui a réalisé l'an passé un chiffre d'affaires proche d'1 milliard d'euros, a signé en janvier un accord avec le finlandais L-Fashion Group. Ce dernier concevra des collections Li-Ning spécifiques pour l'Europe et les y distribuera. Selon fashionmag.com, L-Fashion vient de débaucher le directeur national des ventes de Nike France, Alexandre Rolland, afin de lui confier ce projet pour l'Hexagone. Ouverture d'un flagship, présence de corners dans des distributeurs multimarques ou des boutiques branchées, la stratégie reste secrète. La commercialisation débutera au printemps 2012.

Ce n'est pas la première fois que le chinois, qui réalise 98 % de ses ventes dans l'empire du Milieu, où il compte 8 000 magasins, marche sur les plates-bandes du leader mondial. En 2007, il a ouvert un laboratoire de recherche aux États-Unis, à Portland (Oregon), berceau de Nike. Outre-Atlantique, il est distribué chez Champs Sports et Eastbay (groupe Foot Locker).

Sponsor de Shaquille O'Neal

Si les Chinois n'ont pas encore imposé de marques de luxe, ils ont réussi dans les vêtements de sports, avec Anta et surtout Li-Ning. Cette dernière a bénéficié d'un coup de pouce lors des JO de Pékin. Président et détenteur de 30 % du capital du groupe, Li Ning a été le dernier porteur de la flamme olympique lors de la cérémonie d'ouverture.

Le groupe, par ailleurs franchisé d'Aigle et Lotto en Chine, a connu alors son apogée. Depuis, victime de sa croissance rapide et de ses hausses de prix, il a du mal à écouler ses stocks. Du coup, ses ventes en Chine augmentent moins vite que celles de Nike et ont même baissé depuis janvier.

D'où le besoin de s'internationaliser et d'aller se battre contre ses concurrents occidentaux sur leurs terrains de jeux traditionnels. Comme eux, Li-Ning sous-traite sa production en Chine et se concentre sur la conception et la commercialisation. Comme eux, il embauche des stars de l'athlétisme (Asafa Powell), du basket (Shaquille O'Neal) et du tennis (Ivan Ljubicic) pour faire sa promo. Mais face à un géant comme Nike, dont les ventes dépassent les 20 milliards de dollars, les capacités d'investissement publicitaires sont encore faibles.

PHOTO - NEW YORK, NY - SEPTEMBER 13: Yoga enthusiast wear the latest in fashions at the Vivienne Tam & Li Ning Spring 2012 presentation during Mercedes Benz Fashion Week at Barclays Capital Grove - Lincoln Center on September 13, 2011 in New York City.

© 2011 Le Figaro. Tous droits réservés.

jeudi 2 juin 2011

Smalto voit grand sur le marché chinois - Florentin Collomp


Le Figaro, no. 20786 - Le Figaro Économie, mercredi 1 juin 2011, p. 21

La marque masculine française, tout juste redressée, prévoit d'ouvrir 135 magasins en Chine.

La griffe masculine Smalto part à l'assaut du vaste marché chinois. Elle vient de signer un accord de distribution avec un groupe local, Shanshan, qui prévoit d'ouvrir pas moins de 135 magasins à son enseigne dans le pays en six ans. Un peu tard, la marque suit les traces du leader du prêt-à-porter de luxe masculin, l'italien Zegna, très implanté en Chine depuis 1991.

Smalto cherche à prendre son essor hors des frontières de l'Hexagone. Pour l'heure, moins de 20 % de son activité vient de l'étranger. La marque a réalisé l'an dernier un chiffre d'affaires de 26 millions d'euros et sort de deux ans de réorganisation après des années de pertes.

La maison fondée en 1962 par le couturier d'origine italienne Francesco Smalto est, depuis 2001, entre les mains de l'homme d'affaires Alain Duménil. Alors que les Arnault et les Pinault se battaient pour acquérir les plus beaux fleurons du luxe, ce financier se prit à rêver de constituer lui aussi un groupe de luxe en rachetant des entreprises mal en point. Après Smalto, il met la main sur Stéphane Kélian, Jean-Louis Scherrer et le joaillier Poiray. À l'exception de ce dernier, ces affaires finissent par capoter. Pendant ce temps, il investit pour relancer Smalto et le replacer dans la mode contemporaine, avec la styliste Youn Chong Bak. Mais l'entreprise ne parvient pas à atteindre la rentabilité.

« Partenariat au Moyen-Orient »

En 2008, l'affaire est recapitalisée à hauteur de 32 millions d'euros, introduite en Bourse au marché libre et change de patron. Thierry Le Guénic lance une restructuration couronnée par un retour à l'équilibre l'an dernier.

Le projet chinois devrait servir d'exemple à une montée en puissance internationale. « Nous devrions développer ce modèle de partenariat au Moyen-Orient et dans les pays de l'Est », annonce Thierry Le Guénic. En propre, la marque ne possède que quatre boutiques en France, l'essentiel de ses ventes étant réalisées avec des détaillants multimarques et de grands magasins. Elle mise aussi sur son atelier de costumes sur mesure, qui emploie 28 ouvriers à Paris.

Un savoir-faire grâce auquel Smalto cherche désormais à conquérir aussi les femmes. Il leur propose depuis peu une collection de tailleurs et smokings.

© 2011 Le Figaro. Tous droits réservés.

lundi 11 avril 2011

Le marché des hommes, nouvelle cible clef de L'Oréal - Dominique Chapuis

Les Echos, no. 20909 - Industrie, lundi, 11 avril 2011, p. 23

Les ventes de soins pour hommes du groupe, en grande distribution, ont progressé de 22 % l'an dernier. Le signe selon L'Oréal d'un démarrage de ce marché stratégique. En vedette, sa marque de cosmétiques masculins Men Expert s'impose en Chine.

Cela fait vingt ans que le groupe en rêvait. « Cette fois, ça y est. Le marché des soins pour hommes est en train de décoller mondialement. » Pour Jean-Jacques Lebel, le responsable de la division des produits grand public de L'Oréal, la conquête du marché masculin est une priorité en 2011.

Les hommes constituent une des cibles privilégiées du champion mondial de la beauté pour atteindre son objectif de séduire 1 milliard de nouveaux consommateurs dans les dix ans. Un ajout précieux, car ils sont fidèles à leurs produits.

L'an dernier, les premiers signes d'un démarrage de ce marché se sont confirmés. Les ventes mondiales de produits de soins de la peau pour hommes ont atteint 1,6 milliard d'euros en 2010, soit un quasi-quadruplement en dix ans, selon Euromonitor. Un mouvement tiré par la zone Asie-Pacifique, où les ventes ont bondi de 19 % l'an dernier. Elle représente à présent plus de la moitié du total.

Ce marché des soins est encore modeste au regard de l'ensemble des produits de beauté pour hommes - déodorants, shampoings... -qui s'établit à 13,6 milliards d'euros (hors rasage et parfums). L'homme moderne et urbain prend soin de lui. Il n'y aura pas de retour en arrière, commente Jean-Jacques Lebel. En plus, il trouve aujourd'hui des réponses à des attentes particulières », que ce soient des crèmes pour peaux grasses ou des produits de blanchiment en Asie ou encore des soins pour peaux sensibles en Europe.

Cette évolution de l'offre a permis aux produits masculins vendus par L'Oréal en grande distribution de bondir de 22 % en 2010. De ses trois marques, Garnier, Mennen et Men Expert, c'est cette dernière, lancée il y a sept ans, qui a été la plus dynamique (+ 29 %). Elle a été la première du groupe dans les supermarchés à proposer une gamme étoffée de produits hydratants. Aujourd'hui, la marque Men Expert est vendue dans une cinquantaine de pays, avec pour premier marché la Chine, devant la Grande-Bretagne, l'Allemagne et la France.

En Chine, les ventes de Men Expert ont bondi de 30 % en 2010. Les Chinois aiment soigner leur apparence, signe d'ascension sociale. De plus, dès leur enfance, ils sont habitués à utiliser de la crème pour se protéger du soleil. L'achat de cosmétiques y est plus lié à la santé qu'à la beauté. Résultat, le marché masculin y a progressé en moyenne de 50 % par an ces années. Il atteindrait quelque 400 millions d'euros, dont 60 % pour les soins de la peau. Dernier succès de Men Expert en Chine : sa crème lavante Charcoal de couleur noire, fabriquée à base de charbon de bois. Elle est vendue l'équivalent de 4 euros, le double d'un produit de base usuel. L'Oréal veut pousser son avantage dans toute l'Asie. Déjà, les ventes de Men Expert dans la zone ont rattrapé en 2010 celles de l'Europe.

En France, le marché des produits masculins a progressé de 1,8 % l'an dernier, à 600 millions d'euros selon l'institut IRI, mais les soins pour hommes ont, eux, grimpé de 11 %. « Nous sommes à un moment clef, car ce sont les catégories techniques comme les soins et la coloration qui ont le plus progressé, relève Céline Brucker, directrice générale de L'Oréal Paris France. Le recul de l'âge de la retraite va nous aider. Les hommes vont devoir rester dans le coup plus longtemps, donc entretenir leur capital physique. »

Le fabricant a ainsi lancé l'an dernier une coloration pour cheveux blancs, facile à poser. Son « roll-on » pour atténuer les cernes a fait un tabac, avec plus de 200.000 unités vendues en un an.

Pour parler aux hommes, L'Oréal a choisi dans chaque pays des icones : Eric Cantona en Europe, les acteurs Gérard Buttler, Daniel Wu ou Nicholas Saputra ailleurs. En 2011, le groupe va continuer à élargir son offre masculine. « Notre objectif est d'augmenter de 20 % les ventes de Men Expert dans le monde », précise Jean-Jacques Lebel.

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.

vendredi 18 février 2011

Le raffinement selon Vera Wang - Joël Morio

Le Monde - Rendez-vous, samedi, 19 février 2011, p. 26

Chinoise d'origine, américaine de naissance, Vera Wang est pourtant la plus française des créatrices présentes à la Fashion Week de New York, qui a pris fin jeudi 17 février. " La France est mon deuxième pays, plus que la Chine ", lance, dans un français presque parfait, cette belle femme aux longs cheveux noirs. Par amour, tout d'abord : elle fut, dans sa jeunesse, la fiancée de Patrick Péra, un patineur double médaillé de bronze aux Jeux de Grenoble en 1968 et de Sapporo en 1972. Vera Wang fit avec lui la couverture de Paris Match.

Mais cet attachement à la France, et à sa mode, s'exprime surtout par son travail, délicat et exigeant. Lors de sa présentation, mardi 15 février, la créatrice a associé certaines pièces de sportswear avec des robes floues qui jouent toutes les formes de plissés.

Vera Wang utilise peu de noir cette saison, mais des couleurs fumées, poudrées. Elle s'est inspirée de l'esthétique du film britannique Reviens-moi (2007), de Joe Wright, dont l'action se passe dans les années 1930. Elle imagine une Américaine comme Wallis Simpson - pour laquelle Edouard VIII, roi d'Angleterre, a abdiqué afin de pouvoir l'épouser -, fascinée par l'aristocratie anglaise. " Si je devais avoir une muse, ce serait sans doute le mannequin Stella Tennant. Pour une femme, la création est toujours quelque chose de très personnel ", raconte cette mère de deux enfants à la soixantaine rayonnante.

Vera Wang baigne dans la mode depuis plus de quarante ans : " J'ai toujours adoré le travail des couturiers : le mélange de tenues folkloriques avec une touche française et japonaise chez Kenzo, la précision d'une épaule chez Yves Saint Laurent. " Enfant, elle accompagnait déjà sa mère pour les essayages de ses robes chez le couturier français : " Je me souviens encore de l'adresse : 30 bis, rue Spontini. "

Après une année d'études à la Sorbonne, elle souhaite intégrer une école de mode. Mais son père veut qu'elle fasse du droit. Alors, elle rentre aux Etats-Unis. Chez Vogue, elle est embauchée comme assistante, et devient à 23 ans la plus jeune rédactrice de l'histoire du magazine. Elle y reste seize ans.

En 1987, Vera Wang réalise son rêve : dessiner des vêtements et accessoires. Elle est recrutée par Ralph Lauren. Mais c'est finalement son mariage qui va la propulser sur le devant de la scène. Elle cherche une robe de mariée, rien ne lui plaît. " Mon père et moi avons jugé qu'il y avait une opportunité de créer une affaire, car personne ne se souciait des robes de mariée, dans la mode, à l'époque. " Vera Wang se lance en 1990.

Le succès est immédiat. Pourtant, cette réussite est aussi un handicap. " Le côté positif de l'histoire, c'est que cela m'a permis de m'exprimer de façon plus exacerbée qu'avec des pull-overs, des vestes ou des pantalons. Mais je suis devenue la créatrice qui fait des robes de mariée. "

Le style raffiné de la créatrice parvient à séduire les stars. Sharon Stone, Kate Blanchett sont ses premières clientes. En 1994, Vera Wang se fait remarquer en dessinant les costumes de la patineuse Nancy Kerrigan pour les Jeux de Lillehammer. C'est en 2004 que la créatrice lance une véritable collection de prêt-à-porter. Elle signe aussi des modèles plus accessibles pour de grands magasins, une ligne de linge de maison. Vera Wang possède toujours l'intégralité de son entreprise, une exception dans l'univers de la mode.

Son travail, qui a reçu le Prix du designer de l'année en 2005, ne correspond peut-être pas tout à fait à la culture américaine, où il s'agit d'abord de vendre. " Je ressens parfois une certaine frustration aux Etats-Unis. Car ici, on ne retrouve pas toujours l'enthousiasme pour la mode et les bonnes choses de la vie qui existe à Paris, observe-t-elle. Je ne prétends pas faire de l'art, mais je travaille avec mon coeur, sans trop me soucier de ceux qui me conseillent de faire ceci ou cela pour suivre la mode. " A son grand regret, la créatrice n'a pas de boutique à Paris, " mais je cherche ", précise-t-elle. Ses fans français devront, pour le moment, prendre l'Eurostar : elle ouvre, pendant la Fashion Week britannique (qui a commencé le 18 février), une boutique à Londres.

Joël Morio

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