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lundi 7 novembre 2011

«Le jour où Silvio Berlusconi quittera son poste devrait donner un signal positif»

Le Temps - Finance, lundi 7 novembre 2011

Le fonds Natixis euro souverain est investi sur les obligations souveraines de la zone euro sur un horizon de placement de trois ans minimum. Retour sur l'actualité récente de la crise de la dette souveraine avec son gérant, Olivier de Larouzière.

Le Temps: La crise de la dette est encore montée d'un cran avec l'annonce d'un référendum en Grèce, une idée ensuite abandonnée?

Olivier de Larouzière: En effet, les marchés sont de plus en plus inquiets avec l'arrivée de ces mauvaises nouvelles. La pression a atteint un paroxysme avec l'annonce surprise du référendum grec. Il s'agit de problèmes de nature politique qui influencent fortement la finance et qui empêchent les investisseurs d'avoir une quelconque visibilité.

- Quelle est votre analyse de la situation de la Grèce?

- Notre position sur la Grèce est claire et marquée depuis la fin 2009 où nous avions estimé qu'il n'y avait pas de risque de défaut sur ce pays à court terme. En revanche, nous étions déjà très méfiants par rapport à la présence d'un risque sur les fondamentaux. Aujourd'hui, nous sommes prudents car la situation devient très négative. Nous restons à l'écart de ce pays qui a besoin de réformes structurelles et de mesures d'austérité. Il s'agit de problèmes à traiter sur le long terme qui ne peuvent être résolus avec des propositions rédigées en urgence et déployées sur du court terme.

- La contagion peut-elle être évitée?

- La proposition de fin juillet sur un programme d'échange des titres grecs pour le secteur privé a créé un précédent dans la zone euro puisque cela constitue bien un défaut organisé sur une dette souveraine. Elle n'a pas abouti et nous restons dans l'attente de ce programme, ce qui créé toujours plus d'incertitude. La contagion a surtout été très forte dans le secteur bancaire depuis cet été. Nous savons que les banques réduisent leur exposition aux pays périphériques mais les marchés réagissent selon leur perception du risque et celle-ci va certainement rester très élevée dans les mois à venir.

- Dans un tel contexte, quels sont vos choix d'investissements?

- Dans notre analyse, nous avons l'habitude de travailler sur chaque pays, de manière individuelle. Nous établissons des anticipations de taux pour chaque Etat en fonction aussi des maturités. Ce point a toute son importance car les problématiques sont différentes, selon que les échéances soient à court terme ou long terme. Dans un climat où la volatilité est très forte, nous préférons naturellement l'Allemagne. Ces emprunts sont des valeurs refuge, pour la liquidité qu'ils offrent et pour leur solidité financière par rapport aux autres pays. La France et les Pays-Bas ont des fondamentaux stables mais offrent moins de rendement par rapport à l'Allemagne. Ces trois pays constituent 49% du portefeuille. Nous les préférons à l'Autriche et à la Belgique, dont les fondamentaux sont moins attractifs et les risques politiques plus élevés. Concernant l'Espagne et l'Italie, la méfiance est de mise et nous maintenons une position neutre. Le jour où Silvio Berlusconi quittera son poste devrait donner un signal positif. Le programme de rachat de la dette grecque avec une valeur fortement décotée des emprunts pourrait représenter une opportunité d'achat. Cependant, au vu des risques de volatilité élevés, nous préférons ne pas entrer sur ce marché et conserver plus de sécurité. Par ailleurs, les marchés obligataires souverains suisse et des pays du Nord offrent des opportunités de diversification limitées en raison de leur taille restreinte.

- Quel est l'intérêt d'acheter des titres obligataires de pays considérés comme sûrs et dont les rendements sont très faibles?

- Dans ce contexte macroéconomique européen, avec une tendance à la baisse sur les taux directeurs et un scénario possible de récession qui se précise, les obligations restent une classe d'actif sattractive. De plus, la courbe des taux est encore historiquement pentue et offre donc du potentiel d'appréciation malgré le fait que les taux longs soient sur des niveaux historiquement bas. D'ailleurs, malgré l'apparition de ces nouveaux risques sur les Etats, la classe d'actifs obligataires souverains a délivré de très bonnes performances ces dernières années en absolu et en relatif.

- Pourquoi ne pas favoriser les emprunts émergents?

- Les pays émergents ont un marché de la dette qui a bien tenu pendant la crise et qui a évité la contagion de la crise de la zone euro. Ils offrent donc un potentiel intéressant pour les investisseurs, à condition d'être sélectif avec les pays. En outre, les dettes obligataires restent encore peu développées dans ces régions émergentes en comparaison avec l'Europe. Si le Brésil offre un vrai marché de la dette, des pays comme la Chine et l'Inde en sont encore dépourvus. Il faut encore attendre quelques années.

Olivier de Larouzière, Gérant du fonds Natixis euro souverain.

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lundi 12 septembre 2011

La Chine au secours de l'Italie ?

La Tribune.fr - Actualités, Dette publique, lundi 12 septembre 2011 - 22:22

Et si la Chine volait au secours de l'Italie ? Selon le Financial Times, Rome aurait en effet demandé à Pekin de procéder à d'importants rachats de titres de sa dette souveraine, au moment même où les marchés réclament des taux élevés.

De hauts fonctionnaires italiens ont dit au FT que Lou Jiwei, le président de China Investment Corp (CIC), était à la tête d'une délégation qui s'est rendue à Rome la semaine dernière pour rencontrer le ministre des Finances Giulio Tremonti, ainsi que des responsables de la Cassa Dspositi e Prestiti.

Il y a deux semaines, une délégation italienne se trouvait à Pékin pour rencontrer des responsables de CIC et de l'administration publique des changes, chargée de gérer l'essentiel des réserves de change de la Chine, ajoute le FT.

Ce lundi, Rome avait dû concéder des taux d'emprunt en nette hausse à l'occasion de deux adjudications d'obligations à court terme, mettant un peu plus sa dette sous pression.

L'Etat italien a placé un total de 11,5 milliards d'euros de titres, dont 7,5 milliards de d'obligations à 1 an à un taux de 4,153%, contre 2,959% lors de la précédente opération similaire réalisée le 10 août. Sur les titres à 3 mois, le taux d'emprunt est ressorti à 1,907% contre 1,034% lors de la dernière émission de même échéance.

PHOTO - Italy's Finance Minister Giulio Tremonti (R) talks to Cabinet Undersecretary Gianni Letta, as Legislative Simplification Minister Roberto Calderoli (C) looks on, as they attend a debate before a vote at the Senate in Rome September 7, 2011.

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mardi 12 avril 2011

86 tonnes de déchets illégaux expédiés en Chine

Le Monde - 24 heures dans le monde, mercredi, 13 avril 2011, p. 2

Le service des douanes italiennes a annoncé, lundi 11 avril, avoir découvert un trafic illégal de 86 tonnes de résidus de plastique envoyées du port de Naples vers la
Chine. Le destinataire était une société commerciale. Les cinq conteneurs ont été saisis et le responsable de la société italienne a été déféré devant la justice.

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mardi 25 janvier 2011

Lampo Uomo, du sur-mesure chinois à l'italienne - Harold Thibault


Le Monde - Economie, lundi, 24 janvier 2011, p. 13

A peine débarqué du vol qui le ramenait d'Italie, Wu Jianwei exhibe les photos de lui aux côtés des plus grands : Calvin Klein, Hugo Boss ou Pierre Cardin, avec en musique de fond un opéra de Verdi. Dans le showroom attenant à son usine de Changzhou (province du Jiangsu), dans l'est du pays, où il emploie un millier d'ouvriers, ce gentleman chinois qui a réussi dans l'habillement pour hommes n'a que des mots de cartes postales italiennes à la bouche. Sauf lorsqu'il évoque son marché cible. Là, il ne s'agit plus que de la Chine, avec l'ambition de concurrencer les grands créateurs européens : « Le fossé qualitatif s'est considérablement réduit entre costumes chinois et occidentaux, mais il reste que nos marques manquent d'histoire. »

Un choix risqué

En lançant, en 1993, une enseigne qui utiliserait les mêmes tissus que des maisons renommées comme Ermenegildo Zegna et Loro Piana, Wu Jianwei faisait un choix marginal et risqué, celui de la qualité plutôt que de la quantité. Il se défend d'avoir choisi le nom de sa marque pour donner l'illusion de la consonance italienne. « Initialement, c'était Lam-lam-po-po en chinois, mais des Occidentaux m'ont dit que ça sonnait mal à l'international, alors j'ai opté depuis pour Lampo Uomo, raconte M. Wu. Je ne cache à personne que mes costumes sont faits en Chine, j'en suis fier. »

Pour acquérir l'expérience qui faisait tant défaut, l'entrepreneur de la province du Jiangsu fait chaque année appel à de coûteux designers, venus, comme ses tissus, d'Italie. En visitant le deuxième étage de l'usine, celui où des petites mains expérimentées s'affairent sur des modèles pour lesquels les clients ont donné leurs mesures, transmises par Internet depuis les 120 boutiques réparties dans 35 villes chinoises, beaucoup d'Européens lui confient leur sentiment : les grandes maisons n'ont qu'à bien se tenir. Wu Jianwei sait bien, cependant, qu'on ne remplace pas les trois siècles d'histoire de créateurs italiens en deux décennies d'ambition. D'ailleurs, les richissimes Chinois dépensent toujours leurs millions chez Gucci.

Cela n'empêche pas Lampo Uomo d'envisager 200 nouvelles ouvertures de magasin et de sortir 25 000 costumes de ses ateliers par an, dont un quart sur mesure. Il existe une niche, reposant sur un design « adapté à la physionomie des hommes asiatiques », et sur des costumes sur mesure autour de 30 000 yuans (3 345 euros), soit environ 1 100 euros de moins que les grands concurrents occidentaux, assure Wang Xiangxiang, la directrice du marketing.

Quant au marché européen, l'ingénieux M. Wu constate que les fournisseurs qu'il rencontre s'en détournent un peu ces temps-ci, les commandes chinoises prenant le dessus. Lui n'y songe même pas, ou peut-être un jour, en vendant sur Internet, et lâche : « Ici, tout est encore possible; l'Europe est un marché mûr. Que seraient les Galeries Lafayette sans les hordes de touristes chinois ? »

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jeudi 13 janvier 2011

ANALYSE - Inquiétude sur la dette des ménages italiens - Guillaume Delacroix


Les Echos, no. 20843 - Idées, vendredi, 7 janvier 2011, p. 16

En apparence, l'Italie a relativement bien résisté à la conjoncture économique dégradée de ces deux dernières années. Quelques jours avant Noël, la banque centrale du pays, gouvernée par Mario Draghi, a fait savoir que les ménages avaient à peu près réussi à préserver leur patrimoine au premier semestre 2010. Mieux : pendant la grave récession de 2009, ils se sont enrichis de 93 milliards d'euros, soit une progression supérieure à 1 %. Admirable, quand on sait qu'en France les familles parvenaient tout juste à sauver les meubles, avec une progression de 0,2 %. Comme chez nous, les produits financiers ont généré un rendement supérieur à la pierre, avec le recul des prix de l'immobilier. Aujourd'hui, le patrimoine des ménages italiens équivaut à 8,2 années de revenu net disponible, contre 7,3 en France et 4,8 aux Etats-Unis. On comprend que dans ces conditions, Rome se frotte les mains d'appartenir « à la partie la plus riche du monde » et de figurer « parmi les dix premiers pays en termes de richesse par tête » : les familles transalpines détiennent 5,7 % du patrimoine privé de la planète, alors que la richesse produite par leur pays ne pèse que 3 % du PIB mondial et la population seulement 1 % de l'humanité.

A y regarder de plus près, la réalité n'est pas aussi rose. En valeur absolue d'abord, le patrimoine des ménages atteint 8.600 milliards d'euros quand en France, à nombre d'habitants équivalent, il représente 9.300 milliards d'euros. Ensuite, cette richesse demeure extrêmement concentrée, à l'image du patrimoine du président du Conseil, Silvio Berlusconi, soixante-quatorzième fortune mondiale avec 9 milliards d'euros, numéro trois en Italie derrière l'inventeur du Nutella, Michele Ferrero (17 milliards) et le fondateur de Luxottica, Leonardo Del Vecchio (10,5 milliards). Les 10 % des ménages les plus riches concentrent à eux seuls 45 % de la richesse nationale, tandis que la moitié la plus pauvre de la population de la péninsule n'en possède qu'à peine 10 %. Quant à la proportion de ceux qui croulent sous les dettes - la Banque d'Italie parle de « richesse nette négative » -, elle n'a pas cessé de croître au cours des dix dernières années, pour frapper désormais plus de 3 % des gens. Des écarts « incommensurables » qui font penser « aux pays pauvres dotés de régimes autoritaires, où un petit nombre s'approprie le plus gros des ressources », dénonçait récemment le quotidien d'opposition « La Repubblica ». C'est parfois vrai au sein d'une même entreprise : chez Fiat, où Sergio Marchionne est de plus en plus impopulaire, l'ouvrier en bas de l'échelle salariale gagne quatre cents fois moins que le patron. Il y a quinze jours, l'Institut national de la statistique (Istat) a complété ce diagnostic en indiquant que, entre 2005 et 2009, la proportion d'Italiens vivant en état de « pauvreté absolue » est passée de 4 % à 4,7 %. Le taux est supérieur à 9 % dans les familles comptant plus de cinq membres et il est particulièrement élevé dans la tranche des 35 à 44 ans, ainsi qu'au-delà de 65 ans.

Si le phénomène de concentration des richesses existe aussi en France, il se double, en Italie, d'inégalités très fortes d'une région à l'autre. En clair, les écarts entre riches et pauvres sont encore plus criants à Naples qu'à Milan, à Palerme qu'à Venise, à Bari qu'à Turin. Cela n'existe nulle part ailleurs dans les pays développés, souligne la Banque d'Italie. En outre, l'ascenseur social ne fonctionne que pour une minorité. Ici, plus que dans les pays voisins, la destinée des jeunes dépend la plupart du temps des ressources de la génération précédente, rendant les inégalités en quelque sorte héréditaires. Une réalité à mettre en parallèle, évidemment, avec la montée inexorable du chômage. L'Istat a récemment sonné l'alarme à ce sujet. Non seulement la part de la population active actuellement sans emploi a encore grimpé en octobre, à 8,7 %, un score qui n'avait pas été atteint depuis janvier 2004. Mais en plus, les jeunes en ont été une nouvelle fois les premières victimes. Chez les 15-24 ans, le taux de chômage approche maintenant les 25 %, avec des pointes locales à 36 %. Dramatique, quand on sait que l'Italie ne comptabilise ni les salariés en chômage technique ni ceux qui ont renoncé à pointer à l'assurance-chômage. Chez les moins de 35 ans, on compte 2,25 millions de « ni-ni », des jeunes qui ont abandonné toute idée d'étudier ou de travailler, ajoute le centre de recherche Censis dans son rapport annuel sur la situation sociale du pays. Un document qui montre qu'en Europe, l'Italie présente, avec Malte et la Hongrie, le plus bas taux d'emploi de la population en âge de travailler (57,5 %, contre 64,2 % en France).

Ceci expliquant peut-être cela, l'endettement des ménages s'envole. Entre septembre 2008, date de déclenchement de la crise, et septembre 2010, celui-ci a enregistré un bond de 29 %, calcule le Centre d'études de l'artisanat et des PME de Mestre (CGIA). Les foyers italiens, qui étaient jusqu'alors très peu exposés, ont dorénavant sur le dos 19.500 euros de dette en moyenne. C'est un très mauvais signe. Et sans aucun doute, au-delà de l'atonie persistante de la croissance, le sujet de préoccupation majeur du gouvernement pour cette année. Car c'était jusqu'à présent le grand dada de Giulio Tremonti que de masquer le poids astronomique de la dette publique en y agrégeant la dette privée, faisant de l'Italie l'un des meilleurs élèves d'Europe avec un taux global de 236 % du PIB, contre 238 % en France ou 295 % au Royaume-Uni. En 2011, les marchés en demanderont davantage pour être rassurés.

Guillaume Delacroix est correspondant des « Echos » à Rome. Cette analyse est la deuxième d'une série de six consacrées à la situation économique et politique dans les grands pays.

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.

jeudi 18 novembre 2010

REPORTAGE - « Made in Italy » à la chinoise - Dominique Dunglas

Le Point, no. 1992 - Monde, jeudi, 18 novembre 2010, p. 78,80,82

Textile. Comment les Chinois ont implanté en Toscane une ville-usine.

Le kiosque à journaux ne vend que le Wan Li (rédigé en cantonais), dans les restaurants, les tagliatelle ont cédé la place aux noodles. Toutes les enseignes ignorent la langue de Dante au profit des idéogrammes, et seuls des Asiatiques peuplent la rue Pistoiese, le coeur du Chinatown de Prato, en cet après-midi de début d'automne. « Bienvenue en Chine ! » s'amuse Matteo Lee, arrivé de Wenzhou, une ville du sud-est de la Chine, en 1990. « La Chinatown de Prato ne ressemble pas à celles des autres capitales européennes, à la fois mixtes et folkloriques, explique notre guide. Ici, on est comme dans un morceau de Chine profonde transportée en Italie. »

Si la communauté chinoise de Prato est la troisième d'Europe après celles de Londres et de Paris avec 45 000 personnes, la deuxième ville toscane ne compte que 180 000 habitants. Un Pratésien sur quatre est donc chinois, comme 40 % des bébés qui naissent à l'hôpital.

L'implantation chinoise à Prato, à une quinzaine de kilomètres au nord-ouest de Florence, remonte aux années 90. Les premiers arrivés provenaient de Wenzhou pour travailler dans le secteur textile, à l'époque l'un des plus florissants de la péninsule. Mais rapidement certains d'entre eux se mirent à leur propre compte pour prolonger la filière en fabriquant des vêtements alors que les industriels locaux se limitaient aux tissus. Le fast fashion(mode rapide) venait de naître.« Nous sommes les plus rapides au monde, note Xu Qiu Lin - Giulini pour ses amis italiens -, dont l'entreprise Giupel fait officiellement 15 millions d'euros de chiffre d'affaires.Nous répondons à n'importe quelle commande en moins de trois jours alors qu'il faut trois mois pour faire fabriquer en Chine et transporter en Europe. Et nous bénéficions du label made in Italy qui est un atout sur tous les marchés. » Les plus rapides mais aussi parmi les moins chers. Toutefois, arrivant du nord de la Chine, la dernière vague d'immigration est très peu qualifiée et le fast fashion chinois made in Italy est souvent de moins bonne qualité que la production made in China. Paradoxe de la mondialisation.

Reste que, en vingt ans, Prato a détrôné Paris pour la confection de basse qualité, principalement destinée aux marchés ambulants : 3 400 entreprises de confection, 40 000 ouvriers (entre réguliers et clandestins), 360 millions de pièces produites par an, un chiffre d'affaires estimé à 2 milliards d'euros - dont la moitié au noir - et une clientèle qui provient de toute l'Europe mais aussi d'Afrique, du Proche-Orient ou d'Amérique du Sud.

« Nouvel esclavage ». Ainsi, après minuit, la zone industrielle de 175 hectares du Macrolotto est encore illuminée a giorno et bourdonnante d'activités. Les portants sortent des hangars pour exposer la marchandise. Frêles silhouettes, des centaines de Chinois parcourent à bicyclette et clope au bec les innombrables allées. Partout, des fourgons aux immatriculations les plus variées chargent et déchargent. Le camion snack-bar ambulant distribue des barquettes de riz cantonais. Et de grosses Mercedes, Audi ou Porsche Cayenne indiquent que les laoban(les patrons) ne sont pas loin.

Signe de cette vitalité économique, en 2009, les Chinois de Prato ont envoyé dans leur pays 464 millions d'euros grâce aux 248 (!) officines de transfert d'argent installées dans la ville.

Un trésor basé sur le travail des clandestins, qui sont entre 30 000 et 35 000 selon les autorités. Chaque descente des enquêteurs dans les ateliers offre le même spectacle : ouvriers dormant, cuisinant et travaillant seize heures par jour et sept jours sur sept dans des entrepôts sordides et insalubres. Evoquant les laoban qui confisquent les passeports des nouveaux arrivés jusqu'au remboursement de leur voyage (de 20 000 à 30 000 euros), le maire de Prato, Roberto Cenni, parle d'un « nouvel esclavage ».« Quel esclavage ? rétorque Giulini.Chez eux, ils gagnent 80 euros par mois, ici 800. En deux ans, ils peuvent s'acheter une maison. Prato est un mirage pour eux. » D'ailleurs, la force de travail ne manque jamais à Prato. En cas de surchauffe, un coup de fil, et des ouvriers rappliquent instantanément de Rome ou Milan.

Une situation qui n'est pas près de changer, car les autorités chinoises refusent de rapatrier les clandestins dont l'identité n'est pas établie. Ainsi, en 2009, sur les 985 clandestins verbalisés par la police, 7 seulement ont été reconduits aux frontières.

L'illégalité ne se limite pas au travail au noir. Outre les contributions sociales et la TVA qui semblent facultatives, une grande partie du tissu arrive de Chine à 58 centimes le mètre quand celui fabriqué à Prato coûte... 5 euros.« En plus des systèmes de triangulation avec des sociétés en faillite ou de la contrebande pure et simple, les Chinois ont un stratagème qui évite les contrôles sur les tissus : ils facturent en kilogrammes quand nos douaniers raisonnent en mètres », explique Silvia Pieraccini, auteur de la plus complète enquête sur les Chinois de Prato. Les pauvres gabelous transalpins en perdent leur latin ! Ils ne sont pas les seuls. Lorsqu'une administration veut signifier une contravention à une entreprise, elle se heurte au mur des homonymies. Au registre du commerce, il existe actuellement 10 entreprises intitulées Confection Antonio , 12 Confection Francesca et 15 Confection Giulia. Pour compliquer les choses, la majorité de ces entreprises disparaissent au bout de quelques mois pour renaître sous un autre nom.

Le système est économiquement génial, global - les Chinois ont mis sur pied tous les services dont ils ont besoin : agences de voyages, entreprises de transport, taxis, pompes funèbres, restauration, etc. - et impénétrable.

Ballon d'oxygène. Après soixante-cinq ans d'hégémonie de la gauche, Roberto Cenni a emporté la mairie de Prato en faisant campagne contre l'illégalité de la communauté chinoise et avec le soutien de la Ligue du Nord.« Ce sont les habitants les plus modestes qui souffrent de la présence des Chinois. Il y a jusqu'à 40 % d'enfants d'immigrés dans les écoles publiques, et le service des urgences de l'hôpital est saturé à cause d'eux. Le prix de l'immobilier dans Chinatown a chuté. Ceux de mes concitoyens qui y vivent ne peuvent plus vendre leur appartement. L'illégalité diffuse contamine tout le tissu économique de la ville, et nous redoutons l'installation de la mafia chinoise. »

Comme pour confirmer les inquiétudes du maire sur la criminalité, trois Chinois ont été assassinés - deux à coups de machette et le troisième d'une balle dans la tête - en pleine rue et en plein jour durant notre séjour sans que personne s'aperçoive de rien. Comment dit-on omerta en chinois ?

Pourtant, Prato ne peut pas vivre sans la communauté chinoise. Alors qu'ils ne sont en rien responsables de la crise du secteur traditionnel du tissu, les Chinois ont apporté un ballon d'oxygène à la ville : 120 millions d'euros par an pour la location des entrepôts, 40 millions pour celle des appartements, 35 millions chez les concessionnaires automobiles, etc. Et de nombreuses entreprises chinoises emploient désormais des Italiens pour la création des collections, la vente ou l'administration.« J'aurais préféré qu'ils ne s'installent pas à Prato, mais, s'ils s'en allaient maintenant, ce serait une catastrophe », reconnaît Carlo Longo, le président de la chambre de commerce. Les milieux d'affaires ne s'y sont pas trompés et ils ont ouvert les portes du très sélect club de golf local à une dizaine de patrons de l'empire du Milieu.

« Sortir de l'illégalité ». La politique de contrôles coups de poing de la nouvelle municipalité, avec grand déploiement de forces de l'ordre et hélicoptères, a montré ses limites et aggravé l'incompréhension entre les deux communautés. Pourtant, comme les Italiens, Matteo Lee comprend la nécessité de sortir de l'illégalité.« Il nous faut un peu de temps pour nous adapter. Mais il nous faut des règles simples, claires et qu'elles soient appliquées. »« Les Italiens arrêtent les clandestins puis les relâchent, autant ne rien faire ! » lui fait écho le professeur Junyi Bai, qui ne cache pas son mépris à l'égard de la schizophrénie de nos molles démocraties. Une impasse ?« Non, affirme Giulini, qui fut le premier Chinois à s'inscrire à la Confindustria, le Medef transalpin.On produit encore 20 % plus cher qu'en Chine mais dans cinq ans on sera meilleurs que les Chinois de Chine. On pourra alors agrandir nos entreprises, augmenter la qualité, travailler avec les tissus de Prato et sortir complètement de l'illégalité. »

Le même projet que celui du maire, qui, au-delà des déclarations belliqueuses, rêve de fondre le secteur traditionnel du tissu et le fast fashion chinois en une centrale européenne de la confection. L'intégration culturelle et sociale sera, elle, l'affaire de la seconde génération.

Nés dans la péninsule, les enfants de Giulini vendraient père et mère pour la Fiorentina... l'équipe de foot de Florence


Coût à la production d'une veste à 3 boutons pour homme

30 centimes d'euro pour la coupe

2,30 euros pour la couture

45 centimes pour les boutons

80 centimes pour le repassage et une marge de 50 centimes pour le façonnier.

Un total de 4,35 euros sans le tissu.

© 2010 Le Point. Tous droits réservés.


LIRE AUSSI : Made in Italy à la chinoise

jeudi 4 novembre 2010

Made in Italy à la chinoise - Philippe Ridet

Le Monde - Jeudi, 4 novembre 2010, p. 17

Il fallait que cela arrive ici. Comme pour ajouter l'ironie à la plus grande conquête économique de la Chine en Europe. En Italie, pays de la mode et de Marco Polo. Au coeur de la Toscane " rouge ", longtemps dominée sans partage par le Parti communiste puis par le centre gauche. Dans cette ville de Prato, joyau médiéval de 180 000 habitants, concentré d'italianité : architecture ancienne, politique sociale avancée. Dans ce quartier dont les rues bordées de pins parasol portent les noms des régions de la Péninsule, rue du Piémont, de Vénétie, du Frioul.

C'est là qu'ils ont débarqué. Une centaine en 1989, aujourd'hui 40 000, peut-être davantage, et pour moitié clandestins, tous Chinois, tous originaires de Wenzhou (au sud de Shanghaï), tous employés dans l'industrie de l'habillement.

" C'est une histoire absolument géniale. Ce ne sont pas seulement des immigrants chinois qui se sont installés à Prato faisant naître une des plus importantes communautés d'Europe, mais c'est la Chine et son modèle économique qui ont pris leurs quartiers en Toscane ", s'étonne encore Silvia Pieraccini, journaliste résidant à Prato et auteure de L'Assedio cinese (" L'assaut chinois ", Edition Gruppo24Ore, 2010, non traduit), indispensable lampe de poche pour tous ceux qui désirent éclairer leur chemin dans cette jungle de façonniers, de grossistes, de détaillants qui ont inventé le business du prêt-à-porter low cost.

" A Prato, la Chine s'est rapprochée de 15 000 kilomètres du marché européen, explique encore la journaliste. Alors qu'auparavant un grossiste ou un détaillant de Bologne ou de Munich attendait sa commande en provenance de Shanghaï pendant deux mois, ils sont désormais livrés en deux jours. Ici, on peut encore passer des commandes à 20 heures et récupérer la marchandise le surlendemain. Les Chinois peuvent même se charger du transport pour un prix de 50 % inférieur. " Juste quelques chiffres. Chaque jour, un million de pièces d'habillement sont produites par les 4 500 entreprises chinoises de Prato. Le tissu provient également de Chine. Prix au mètre : 58 centimes d'euros (le tissu italien se négocie autour de 4,50 euros pour la même longueur). Sortie d'un atelier de confection, une veste revient à 4,50 euros (sans compter l'étoffe) : 30 centimes pour la taille, 45 pour les boutons, 80 pour le repassage et 2,30 euros pour la couture. Compter 15 euros pour un manteau.

Le samedi soir et le dimanche, c'est la cohue dans les rues des zones industrielles de Iolo et de Macrolotto. Fourgonnettes, breaks et 4 × 4 immatriculés en Slovénie, en Pologne, en Allemagne ou en France embarquent la marchandise. Elle sera revendue 10 à 20 fois ce prix sur un marché de Palerme, dans une boutique de Ljubljana, de Bucarest ou dans une " Foire aux vêtements " de Bourg-en-Bresse.

Les vêtements sont de piètre qualité - laine acrylique, acétate et polyester -, mais ils portent une étiquette qui fait rêver dans le monde entier : made in Italy.

Chiffre d'affaires estimé de cette industrie : 2 milliards d'euros par an, dont la moitié au noir. Chaque jour, 1 million d'euros repartent dans les banques de Wenzhou. En 2009, année où l'Italie a connu une croissance négative (- 1 %), les Chinois de Prato ont décroché la lune : + 13 %.

Bien sûr, pour parvenir à de telles performances, il faut travailler " à la chinoise " : quinze ou seize heures de labeur quotidien, sept jours sur sept, sommeil et repas sur place, dans un atelier surchauffé ou dans des hangars balayés de courants d'air. Les droits des travailleurs ? Oubliés, seul le marché commande. " Ici vivent 30 000 esclaves ", déplore le maire, Roberto Cenni, lui-même entrepreneur dans l'industrie du vêtement.

Elu en juin 2009, il a mis fin à soixante-trois ans de domination de la gauche sur la ville après avoir mené une dure campagne contre les Chinois, " leurs bruits et leurs odeurs ". " Personne n'est attaché à sa machine à coudre, dément Roberto Wang, président de l'association Deuxième génération chinoise. Si un syndicaliste entrait dans un atelier en disant : "Je veux vous libérer de vos chaînes", on lui répondrait : "Mais de quoi tu parles ? Le Chinois travaille pour sa famille, pour économiser et se mettre un jour à son compte en exploitant d'autres compatriotes". "

" Pourquoi dénoncer aujourd'hui un esclavage alors que tout le monde se tait quand, à Naples, des Italiens triment dans les mêmes conditions pour des couturiers de Milan ?, s'interroge Fabiano Maggi, directeur du mensuel gratuit et bilingue It's China. Les Chinois n'ont fait que s'adapter à un modèle économique qui existait déjà. On les dénigre parce qu'ils sont à leur compte et ont créé une industrie qui, avant eux, n'existait pas. "

" En France, un Chinois est devenu Prix Nobel de littérature - le franco-chinois Gao Xingjian, en 2000 - ; en Italie, il passerait pour un délinquant et un fraudeur du fisc ", se plaint Roberto Wang.

Mais au fait, pourquoi Prato ? Les premiers arrivants ont d'abord travaillé pour les entreprises italiennes de vêtements présentes dans la province. Mais Prato, c'était avant tout la cité du textile. Environ 10 000 ateliers y étaient installés à l'époque où sont arrivés les premiers immigrants chinois. Le début des années 2000 marque le déclin de l'industrie textile locale, sous l'effet de la concurrence extrême-orientale.

Les entreprises ferment, libérant des milliers de mètres carrés d'entrepôts où les Chinois, qui commencent à se mettre à leur compte, s'installent. Là encore, les chiffres sont éloquents. En 1991, la province comptait 8 141 manufactures de textile contre 2 000 entreprises de vêtements. En 2009, les premières ne sont plus que 3 300, les secondes ont plus que doublé. Du coup, les habitants de Prato se croient victimes d'une double peine infligée par l'empire du Milieu : d'abord la quasi-disparition de l'activité qui avait fait leur fortune, puis l'assaut chinois. Deux événements contemporains mais indépendants l'un de l'autre.

Aujourd'hui, la ville fait face à un très gros problème. Comment rapprocher les " Toscans de souche " et les nouveaux venus de Wenzhou, qui prospèrent en vase clos ? Alors que le parti anti-immigrés de la Ligue du Nord a plus que doublé ses voix entre 2009 et 2010, passant de 4 % à 10 % des suffrages dans la ville, le maire privilégie le bâton. Edicté en septembre, un arrêté municipal oblige les commerces de bouche chinois à arborer une enseigne bilingue et à respecter un couvre-feu à minuit sous peine d'une amende de 500 euros par infraction constatée. M. Cenni a promis de contrôler un atelier par jour. Cent cinquante-deux ont été visités par des forces de police conjointes (brigades financières, douanes et carabiniers) qui ont constaté... 152 effractions. A ce rythme, il faudra dix ans pour inspecter tous les ateliers, les halls d'expédition et les hangars de livraison.

Et après, que faire ? Le consulat de Florence et l'ambassade de Rome traînent des pieds pour certifier l'identité d'un de leurs ressortissants mis en cause, empêchant la mise en oeuvre de tout arrêté d'expulsion, et dénoncent, dans une comparaison osée, les " méthodes nazies " des autorités italiennes. La menace de mise sous séquestre des entreprises est souvent vaine. A peine soupçonnée - au choix ou tout ensemble - de fraude douanière, d'évasion fiscale, d'entorse au droit du travail, une entreprise vend son stock, disparaît et renaît sous un autre nom, avec, à sa tête, le frère, le cousin, l'oncle du précédent propriétaire. A Prato, deux entreprises meurent ainsi chaque jour, échappant aux contrôles.

Il y a bien le chemin du dialogue, mais il est ardu. " C'est la base de tout. Les Italiens doivent d'abord comprendre la mentalité chinoise ", explique le sinologue Giorgio Trentin. " Je veux bien dialoguer, mais avec qui ? ", se plaint M. Cenni, qui attend que les autorités chinoises en Italie lui fournissent une liste d'interlocuteurs. Son ambition : convaincre les Chinois de monter leur production en gamme, d'acheter du tissu made in Prato, afin de créer " une coopération vertueuse toscano-chinoise ".

Reste la deuxième génération. Tous les espoirs reposent sur elle. Mieux intégrée, scolarisée, parlant l'italien, elle peut être le trait d'union entre les deux communautés. Mais dans un pays où prévaut le droit du sang, aucun ressortissant chinois de la première comme de la deuxième génération n'a encore acquis la plus petite forme de visibilité institutionnelle en Toscane.

Symbole de cette incommunicabilité : quand trois Chinoises sont mortes, au mois de septembre, noyées dans leur voiture coincée dans un passage souterrain inondé par la pluie, les associations et le centre gauche ont demandé au maire que soit déclaré un jour de deuil municipal, comme un signal de sympathie envoyé à la communauté chinoise. M. Cenni a refusé.

Xu Quilin sera peut-être le symbole d'une future réconciliation des deux mondes. Arrivé à Prato au début du flux migratoire, il se sent Italien et dit n'avoir aucune intention de finir ses jours à Wenzhou. A la tête de la marque Giupel, vêtements de moyenne gamme, il a pris à rebours le chemin suivi par nombre de ses compatriotes. Il a italianisé son nom en " Guilini ", paye - dit-il - ses impôts en Italie, s'est inscrit à la Confindustria (l'organisation patronale italienne) et exporte en Chine.

Le président de la province de Prato en a fait son " conseiller spécial " pour les affaires chinoises. Tout journaliste qui passe par Prato le visite, comme un monument. " Beaucoup de Chinois sont prêts à suivre mon exemple, récite-t-il. Ils se rendent compte qu'on peut aussi devenir riche dans la légalité. " Devenir riche... C'est le rêve des Chinois de Prato. Beaucoup y sont parvenus. Ils sillonnent les rues du Piémont, de Vénétie ou du Frioul à bord de puissantes Audi, Mercedes ou BMW invariablement noires.

Philippe Ridet

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