dimanche 1 août 2010

LITTÉRATURE - La cithare nue par Shan Sa



Les quatre ans de silence romanesque n'ont pas changé la troublante Shan Sa (photo). Poétesse précoce à Pékin, exilée à 17 ans à Paris après les événements de Tiananmen, écrivain célébré (Goncourt des lycéens 2001), plébiscité (100 000 exemplaires vendus pour « La joueuse de go ») et controversé (elle fit l'objet d'une âpre bataille entre Grasset et Albin Michel), la belle offre aujourd'hui une nouvelle variation exotique sur la Chine éternelle. Après le go, place à un autre art éminent de la civilisation chinoise : la cithare. L'instrument fétiche de Confucius, conçu par le dieu Fu Xi pour reproduire le chant du phénix, sert de fil rouge à deux intrigues jumelées. D'un côté, une aristocrate issue de la caste des Hautes Portes, qui va bien malgré elle devenir impératrice. De l'autre, un modeste luthier, pilleur de tombes à ses heures. Deux cents ans séparent ces héros. Une broutille pour la plume onirique de Shan Sa. Mais, plus que cette histoire d'amour impossible, c'est la plongée dans la Chine des Ve et VIe siècles qui envoûte. En proie aux invasions de tribus nomades, l'empire du Milieu est alors un pays où les guerres intestines, les manoeuvres politiques et les dynasties se multiplient. Shan Sa semble prendre un malin plaisir à dépeindre le caractère dérisoire des luttes de pouvoir, en contraste avec la beauté intemporelle de la musique. Le jeu de cithare plus fort que les jeux d'ego ?

Elle est issue d’un illustre clan de la plaine du Milieu. Dans ses veines coule le sang des plus hautes castes. Otage d’un capitaine de guerre, elle le suit à travers un pays ravagé, de champs de bataille en cités détruites jusqu’aux portes de la Cité Interdite, du trône impérial.
Il est orphelin, pauvre, mais le seul luthier en ces temps d’invasions et de violence à pouvoir fabriquer la fabuleuse cithare aux sept cordes de soie inventée par le dieu Fu Xi. Sous ses doigts, le bois précieux du sarcophage de l’impératrice oubliée se transforme en musique, et l’amour renait, au-delà des siècles.
Shan Sa poursuit une œuvre singulière et puissante centrée sur la Chine où elle est née, qu’elle soit celle des grandes dynasties d’Impératrice ou plus contemporaine de La Joueuse de go, elle y évoque des héroïnes fortes et fragiles qui, face aux aléas de la réalité, vivent la mélancolie et la beauté du monde comme seule source d’harmonie.

Source : Albin Michel

La cithare nue

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