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vendredi 3 juin 2011

Le Pentagone pourrait assimiler les cyberattaques à des " actes de guerre "

Le Monde - International, vendredi 3 juin 2011, p. 5

Google a annoncé, mercredi 1er juin, que des centaines de comptes de sa messagerie électronique Gmail appartenant à des membres du gouvernement américain, des hauts fonctionnaires, des officiers supérieurs et des journalistes américains, ainsi qu'à des dissidents chinois et des dirigeants politiques asiatiques, ont été piratés.

La société informatique a assuré que cette intrusion de grande ampleur est initialement partie de la ville de Jinan, dans l'est de la Chine. Elle dit avoir " mis un terme " à cette pratique et " protégé les comptes " des victimes, qui ont été informés de cette fraude. En janvier 2010, Google déclarait déjà avoir été victime d'une attaque importante que des diplomates américains - selon le site WikiLeaks - ont attribuée dans des notes transmises à Washington aux autorités chinoises.

L'affaire survient alors que la Maison Blanche finalise la rédaction d'un document intitulé " Stratégie de défense pour les opérations dans le cyberespace " - en résumé Cyber 3.0 - qui constituera sa nouvelle doctrine en ce domaine. Selon le porte-parole du ministère de la défense, le colonel David Lapan, il devrait être présenté dans deux à trois semaines. Le Wall Street Journal, qui a eu accès à un texte préparatoire, indique que seule une version édulcorée (12 pages sur 30) sera rendue publique.

Rétorsion armée

Ce document est d'autant plus attendu que, peu avant la nouvelle affaire Google, de grands conglomérats oeuvrant aux Etats-Unis, tels que Sony et l'avionneur Lockheed Martin, ont aussi été victimes d'attaques contre leurs systèmes informatiques. Le 28 mai, Lockheed, qui fabrique, entre autres, les avions de combat F-16 et F-22 et les missiles Trident de l'armée américaine, a fait état d'une agression " significative et tenace ", bien qu'elle n'ait causé, aux dires de Jay Carney, porte-parole de la Maison Blanche, que des " dégâts minimes ". Cette attaque aurait mis en lumière des faiblesses dans les systèmes de sécurité et d'authentification qui équipent le système central de l'avionneur et qui lui sont fournis par la société RSA, filiale du numéro un mondial du stockage sécurisé d'archives, EMC.

Le document du Pentagone mettrait l'accent sur la notion d'" équivalence " : si une cyberattaque générait une paralysie ou destruction partielle du fonctionnement de l'Etat, de l'économie ou des systèmes civils collectifs (distribution de la nourriture, activités hospitalières, etc.), elle serait considérée comme un " acte de guerre ", cette définition ouvrirait la voie à de possibles mesures de rétorsion de l'ordre de celles prévues en cas d'attaque armée. La nouvelle doctrine insisterait aussi sur la nécessité d'une coopération accrue entre alliés, dans le cadre de l'OTAN, l'efficience d'une stratégie menée à l'échelle d'un seul pays, fût-il les Etats-Unis, ne pouvant qu'être limitée s'agissant d'un cyberconflit. Reste le cas de menaces non étatiques - bien que les stratèges du Pentagone tendent à considérer qu'aucune cybermenace d'envergure ne pourrait être menée sans le soutien d'un Etat.

Sans connaître l'origine de l'attaque, de quelle " rétorsion " armée pourrait-il s'agir ? Plus généralement, les autorités de la défense américaine insistent sur le fait que les moyens de dissuasion et de rétorsion restent " multiples " et que l'usage de la force n'interviendrait " qu'en dernier recours ".

Les cybermenaces n'inquiètent pas que Washington. A Londres s'est tenue cette semaine une conférence internationale sur la sécurité des réseaux organisée par l'Institut européen Est-Ouest. La directrice de la société de logiciels antivirus Lab Zao, Natalya Kaspersky, a estimé qu'environ 70 000 nouveaux " programmes malins " apparaissent sur le Web chaque jour, dont certains peuvent s'avérer d'une puissance insoupçonnée.

Dans tous les débats de ce type, un cas revient de manière récurrente : l'affaire Stuxnet, ce virus espion destructeur attribué aux Israéliens ou à une coopération américano-israélienne, que l'on soupçonne de s'être introduit à l'été 2009 dans le dispositif militaire nucléaire iranien, parvenant à l'endommager.

Que se passerait-il si, demain, des organisations criminelles ou des Etats voyous se rendaient capables à leur tour de causer des dégâts d'une ampleur encore insoupçonnée ? Il n'est " plus exagéré de considérer possible de mettre un Etat à genoux sans tirer un coup de feu ", a déclaré, lors du colloque londonien, le président de British Telecom, Michael Rake. Il a appelé, en conclusion, à la constitution d'une " sorte de traité de non-prolifération cybertechnologique ", sur le modèle de celui existant au plan nucléaire, pour parer aux menaces croissantes de cyberattaque.

Les Américains pourraient trouver un motif d'intérêt accru si un tel projet progressait : le financement des agences publiques luttant contre les cybermenaces devrait en effet être affecté par le plan décennal de réduction des dépenses publiques de l'administration Obama.

Sylvain Cypel

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lundi 25 avril 2011

REPORTAGE - Guam, forteresse américaine en Asie - Arnaud de la Grange

Le Figaro, no. 20752 - Le Figaro, vendredi, 22 avril 2011, p. 2

Nul endroit mieux que cette île de l'archipel des Mariannes ne symbolise la présence américaine en Asie-Pacifique. Les défis posés par l'émergence chinoise ne sont pas étrangers à sa montée en puissance.

Sur les plaques minéralogiques des voitures de l'île ou sur les tee-shirts prisés par les touristes, on peut lire : « C'est ici que le jour américain commence. » Une affirmation à prendre au premier degré. Guam est le territoire américain le plus occidental, à sept heures de vol de Hawaï, mais un jour plus tôt. Cette « forteresse américaine avancée en Asie-Pacifique », comme le titre une étude de l'US Army War College, va devenir la grande base des États-Unis dans la région.

C'est de Guam, pendant la Deuxième Guerre mondiale, qu'un bon millier de bombardiers B-29 sont allés déverser leurs bombes sur l'archipel nippon. À l'époque, plus de 500 000 GI étaient stationnés au bord de ces lagons, prêts à monter à l'assaut d'Okinawa ou Iwo Jima. C'est aussi de cette même Micronésie, de l'« île soeur » de Tinian, qu'ont décollé les avions emportant les bombes atomiques qui allaient dévaster Hiroshima et Nagasaki. C'est encore de Guam et des îles voisines que des centaines de B-52 sont partis larguer leurs mortelles cargaisons sur le Vietnam.

L'histoire de Guam est étonnante. Sur les hauteurs de quelques criques où les galions venaient mouiller pour refaire vivres et eau, on trouve encore les vestiges de quelques fortins espagnols. Découverte par Magellan en 1521, l'île resta pendant plus de trois siècles et demi sous tutelle hispanique, avant que quelques coups de canons ne la fassent passer sous domination américaine en 1898. Pendant un demi-siècle, Guam reste essentiellement un point avancé de ravitaillement en charbon pour l'US Navy. L'histoire y débarque de nouveau avec les troupes japonaises qui s'emparent de l'île en 1941. Guam se singularisera, en étant le seul morceau de territoire américain occupé, pendant deux ans et demi.

Aujourd'hui, on ne parle plus que de la « superbase » dont l'Amérique va bientôt disposer au coeur de cette si stratégique Asie-Pacifique. Le général John Doucette, commandant de la base aérienne d'Andersen, dans le nord de l'île, montre la carte accrochée au mur. « Si on trace un cercle depuis Guam, dit cet ancien pilote de chasse aussi carré qu'affable, on peut voir que toutes les zones sensibles sont à moins de six heures de vol. » Cette île de l'archipel des Mariannes est merveilleusement située sur la lisière maritime de l'Asie. À égale distance du Japon et des Philippines, soit moins de trois heures de vol. Et, bien sûr, à distance fort intéressante de la Chine et de la Corée du Nord.

Le document donnant le feu vert à la montée en puissance militaire de Guam a été paraphé l'été dernier et les premiers contrats signés en octobre 2010. L'objectif officiel est d'avoir terminé l'opération en 2014. Les premiers marines doivent arriver du Japon en 2012. L'entreprise est placée sous la houlette de l'US Navy, John Jackson en est le grand ordonnateur. « Le processus va être long, mais le train a déjà quitté la gare. Le rythme dépendra des financements du Congrès et de l'avancement des infrastructures de l'île », reconnaît cet ancien colonel des marines, au verbe aussi net que sa chemise hawaïenne est flottante. En fait, l'affaire devrait se prolonger sur une dizaine d'années supplémentaires. L'homme gère un projet chiffré à plus de 10 milliards de dollars. « Et ce sera plus, avec les dépenses que les unités militaires devront assurer sur leurs implantations », précise-t-il. Le Japon financera le transfert à hauteur de 6 milliards de dollars.

Aujourd'hui, ce « territoire non incorporé » des États-Unis abrite quelque 7 500 militaires américains, auxquels il faut ajouter 8 500 membres de leurs familles. Des chiffres qui, dans le futur, devraient passer à près de 18 000 militaires et plus 19 000 proches. Le principal et plus symbolique mouvement concerne le transfert de 8 500 marines d'Okinawa; 10 000 d'entre eux y resteront tout de même stationnés. Les remous suscités au Japon par la présence massive des soldats américains, à Okinawa essentiellement, ont précipité le mouvement sur Guam. Il s'agit de « réduire l'empreinte américaine » dans l'archipel nippon. Ces marines disposeront d'une base flambant neuve à Finegayan, et d'un site dédié pour leurs navires dans le port militaire.

« On est chez nous, c'est inestimable »

La Navy prévoit aussi de gros travaux dans Apra Harbour. Depuis 2004, le port abrite cinq submersibles, trois sous-marins nucléaires d'attaque et deux autres sous-marins nucléaires stratégiques transformés pour lancer des missiles de croisière Tomahawk. « Nous sommes ici en soutien de la Flotte du Pacifique et plus d'une centaine de bâtiments passent annuellement, explique le commandant Richard Wood, patron la base navale. Nous allons construire un nouveau quai permettant d'accueillir pour de longues durées nos porte-avions. Ils pourront y faire de la maintenance pointue ici, y compris sur leur propulsion nucléaire. » Des opérations sensibles plus faciles à effectuer ici qu'au Japon. Cette absence de contraintes est l'un des grands atouts de Guam. « Ici, au moins, on est chez nous, c'est inestimable », confie un officier.

Côté air, la base aérienne va seulement accueillir une unité d'hélicoptères des marines. Pour le reste, elle est déjà surdimensionnée. Depuis longtemps. Dans les couloirs du QG, des photos d'archives montrent jusqu'à 155 bombardiers géants parqués sur les pistes à l'époque de la guerre du Vietnam ! « Depuis le milieu des années 1990, l'activité n'a cessé de se renforcer ici, avec la présence continuelle de bombardiers depuis 2004 », explique le général John Doucette. Une demi-douzaine de B-52 toute l'année, mais aussi des F-22 les trois quarts du temps. En septembre dernier, le premier Global Hawk est arrivé sur l'île, qui en héberge deux et à terme quatre. Ces drones stratégiques peuvent voler pendant plus de trente heures à 20 000 mètres, soit deux fois l'altitude d'un avion de ligne, et sur une distance de 20 000 km, la moitié de la circonférence terrestre.

Les Japonais débarquent de nouveau en vagues serrées sur les plages de Guam, sous la forme de bataillons d'« office girls », jeunes employées qui voyagent à trois ou quatre. Elles partent à l'assaut des duty free géants et autres magasins Vuitton. Si la fibre historique les titille, elles peuvent visiter la grotte de Yokoi, ce soldat japonais qui ne voulait pas croire que la guerre était finie et a vécu caché dans la jungle de l'île jusqu'en 1972 ! Mais la grosse affaire, ce sont les mariages. « Au Japon, cela coûte très cher, ici, c'est exotique, explique Gerald Perez, directeur du Guam Visitors Bureau. Cela fait venir 200 000 personnes par an et nous assurons un tiers des mariages japonais à l'étranger. C'est intéressant car ils viennent à dix ou quinze. Et ils dépensent pour les limousines, la chapelle, la musique... »

Les Japonais forment 75 % des touristes, les Coréens viennent ensuite avec 10 %. Les visiteurs chinois sont en ligne de mire, même si les visas restent un problème. Le tourisme est la deuxième activité économique de l'île. L'image « kaki » de l'endroit n'est pas un handicap. Au contraire, pour Gerald Perez, la montée en puissance de Guam lui donne « une dimension encore plus internationale et va développer des infrastructures dont tout le monde va bénéficier ». Même si un immense champ de tir, par exemple, va occuper un site paradisiaque face à la mer, alors que les militaires possèdent déjà près de 30 % de l'île.

Les ambitions du Pentagone à Guam suscitent bien quelques remous. Des opposants, minoritaires, s'inquiètent du poids sur les infrastructures, si les budgets ne suivent pas, et des atteintes à l'environnement. Des rapports de plusieurs agences fédérales leur ont donné des munitions. Des chiffres ont fait peur. On parle d'une augmentation rapide et déstabilisante de 45 % de la population, avec l'arrivée de 79 000 personnes. « En fait, ces projections étaient exagérées, assure John Jackson, cela devrait tourner autour de 40 000 résidents supplémentaires. » Ici, on espère beaucoup que Barack Obama, avec son « tropisme Pacifique », puisqu'il est né à Hawaï et a grandi en Indonésie, plaidera pour Guam. Certains voudraient aussi renforcer l'identité « chamorro », l'ethnie originelle et principale, qui constitue 40 % de la population. Le gouverneur sortant Felix Camacho a proposé que l'île soit rebaptisée « Guahan ». L'antimilitarisme n'est cependant pas de mise sur l'île. Elle est régulièrement en tête des 54 États et territoires américains pour le recrutement de soldats. Et, dans les conflits récents, a eu quatre fois plus de morts au combat que le continent.

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lundi 17 janvier 2011

DÉBAT - Le missile chinois change la donne en Asie - M. Duchâtel et A. Sheldon-du-Plaix

Le Figaro, no. 20669 - Le Figaro, samedi, 15 janvier 2011, p. 18

Chercheurs respectivement à l'Asia Centre et au service historique de la Défense, les auteurs analysent la signification du récent effort de militarisation de l'empire du Milieu.

La visite cette semaine du secrétaire à la Défense des États-Unis, Robert Gates, en Chine restaure des relations militaires sino-américaines rompues par Pékin il y a un an pour protester contre les ventes d'armes de Washington à Taïwan. La réception de celui-ci à l'état-major des forces stratégiques chinoises - la seconde artillerie - est un geste fort pour améliorer la confiance de ce dialogue, mais sans doute insuffisant pour apaiser les inquiétudes américaines à l'égard des ambitions régionales de Pékin.

Car, dans le même temps, la Chine, réputée cachottière sur ses réalisations militaires, laisse filtrer l'information sur ses nouveaux matériels : photographies des essais en vol du chasseur furtif J-20 qu'aucun observateur étranger ne pensait à ce stade de développement; achèvement d'un ex-porte-avions soviétique ignoré obstinément par les États-Unis et qui devrait entrer en service en 2012; articles et déclarations concernant un missile balistique antinavires qui pourrait menacer le déploiement des porte-avions américains dans le Pacifique occidental, c'est-à-dire les capacités de projection des États-Unis pour défendre l'allié japonais ou le protégé taïwanais. En décembre dernier, l'amiral américain commandant le théâtre Pacifique a estimé que ces missiles ont atteint une « capacité opérationnelle initiale » et que le système pourrait être opérationnel en 2015.

L'emploi de missiles balistiques contre des porte-avions paraissait utopique pendant la guerre froide. Moscou explore cette voie dans les années 1970 avec le missile R27K lancé par sous-marin, et qui monte à plus d'une centaine de kilomètres, mais y renonce en raison de son imprécision. Aujourd'hui encore, alors que les pays recourent plutôt aux missiles de croisière qui rasent l'eau pour neutraliser les navires ennemis, le programme chinois apparaît toujours révolutionnaire.

En Chine, la réflexion sur l'emploi de missiles balistiques antinavires débute à la même époque qu'en URSS. Mais c'est la crise de mars 1996 dans le détroit de Formose qui pousse la République populaire à franchir le pas. Le président Bill Clinton ordonne le déploiement de deux groupes aéronavals pour soutenir les premières élections présidentielles au suffrage universel direct sur l'île, sur fond de tirs d'intimidation de missiles chinois. Face au scénario d'un glissement taïwanais vers l'indépendance soutenu par la puissance militaire américaine, la commission militaire centrale donne la priorité aux capacités asymétriques d'interdiction maritime, impulsant ce nouveau programme.

Jusqu'à la déclaration de l'amiral américain, la mise au point par la Chine d'un missile balistique de théâtre capable de frapper deux terrains de football se déplaçant à plus de 70 km/heure à une distance de 2 500 kilomètres paraît incroyable. Elle exige l'intégration des moyens de guidage pour ajuster la trajectoire du missile en phase de descente et permettre à ses senseurs de retrouver le porte-avions. Il pourrait larguer des sous-munitions conventionnelles, non pour couler le porte-avions, mais pour paralyser son pont d'envol.

La transparence de ce programme semble alors relever du stratagème et de la dissuasion du faible au fort. Encore virtuel, le missile modifie déjà de manière subtile les règles du jeu stratégique, sur un terrain d'abord psychologique. En l'absence de confrontation, c'est la détermination de Washington à assumer le risque de déployer un groupe aéronaval en cas de crise régionale qui est visée, à l'heure où l'Asie maritime renoue avec les tensions militaires.

Car les implications de ce programme dépassent la question de Taïwan pour toucher toute l'Asie orientale. Il appuie la stratégie de sanctuarisation des mers comprises entre le littoral chinois et la première chaîne d'îles qui relie le Japon, Taïwan, les Philippines à l'Indonésie, tous partenaires des États-Unis. Tous les conflits territoriaux de la Chine s'y concentrent : les îles Diaoyu/Senkaku et les champs de gaz Chunxiao disputés avec le Japon; les îles Spratly revendiquées et occupées en partie par le Vietnam, la Malaisie, les Philippines. En impressionnant par ses prouesses techniques tout en réaffirmant la priorité au développement pacifique, Pékin neutralise les velléités de ses voisins.

Mathieu Duchâtel et Alexandre Sheldon-du-Plaix

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mercredi 12 janvier 2011

L'armée chinoise alarme Washington - Brice Pedroletti

Le Monde - International, mardi, 11 janvier 2011, p. 9

A Pékin, le secrétaire à la défense Robert Gates relance un difficile dialogue stratégique

Trois ans après son premier déplacement en Chine comme secrétaire américain à la défense, Robert Gates est à Pékin depuis dimanche 9 janvier pour une visite de trois jours destinée à renouer un dialogue stratégique militaire à haut niveau sans cesse repoussé par les Chinois. M. Gates, qui avait prévu de se rendre à Pékin en juin, avait alors essuyé une rebuffade de la part de la Chine, le gouvernement chinois ayant jugé les discussions « inopportunes ».

Les réticences chinoises avaient été mises sur le compte de représailles à un contrat d'armes américaines à Taïwan de plus de 6 milliards de dollars (4,65 milliards d'euros). Cette fois, l'aménité de Pékin, que certains jugent provisoire, est interprétée comme un signe de bonne volonté avant le voyage officiel du président chinois Hu Jintao à Washington, du 19 au 21 janvier.

M. Gates, qui se rendra ensuite à Séoul et Tokyo, souhaite promouvoir des liens plus étroits entre les deux armées, et surtout pousser Pékin à plus de transparence sur ses programmes militaires et ses intentions : « Ils ont clairement le potentiel de mettre en danger certaines de nos capacités [militaires]. Et nous devons faire attention à cela, nous devons trouver des réponses appropriées à travers nos propres programmes », a-t-il expliqué aux journalistes qui l'accompagnaient au sujet des capacités stratégiques de l'armée chinoise. « Ce que j'espère, c'est que grâce au dialogue dont je parle, peut-être leurs besoins de certaines capacités [militaires] peuvent-ils être réduits », a-t-il ajouté.

Le budget de défense chinois était officiellement de 75 milliards de dollars en 2010, soit moins de dix fois celui des Etats-Unis. Washington considère ce chiffre sous-évalué. Il s'agirait donc pour les Etats-Unis de prévenir une course aux armements avec la Chine, alors que quelques jours avant la visite de M. Gates, l'armée populaire vantait les atouts de son avion furtif, qui n'a réalisé d'essais qu'au sol, et finalise son missile antiporte-avions.

Le Pacifique ouest est le principal théâtre de ces jeux d'influence. La Chine y a adopté les positions les plus dures, notamment vis-à-vis du Japon, mais aussi sur le dossier des territoires disputés avec d'autres pays asiatiques en mer de Chine du Sud.

L'invitation américaine à plus de transparence reste néanmoins suspecte aux yeux des Chinois : « Le fait est que la Chine a une question à poser : quelles sont donc les intentions stratégiques des Etats-Unis à vouloir maintenir leur supériorité militaire absolue dans le Pacifique ouest ? », interroge ainsi un éditorial du quotidien chinois nationaliste Global Times.

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mercredi 27 octobre 2010

Une certaine idée de la sécurité - Fabio Liberti


Le Monde diplomatique - Novembre 2010

Au nom de la paix en Europe

L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) est l'une des organisations internationales qui participent à la sécurité du continent européen. Les autres sont l'Alliance atlantique (Organisation du traité de l'Atlantique Nord, OTAN) et l'Union européenne. Elle est cependant la seule à regrouper cinquante-six Etats (1), depuis les Etats-Unis jusqu'aux Etats d'Asie centrale en passant par la Russie et les pays européens. Cela fait d'elle la plus importante organisation de sécurité régionale au monde. Pourtant, ses activités et son rôle demeurent entourés de mystère : pratiquement inconnue de la grande majorité des citoyens, l'OSCE est même souvent confondue avec l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

L'OSCE a cependant été pionnière à bien des égards. Sa conception et sa naissance ont joué un rôle majeur dans la propagation des mouvements de défense des droits humains dans les Etats d'Europe centrale et orientale tout au long de la guerre froide, participant ainsi activement à l'écroulement du bloc soviétique et à la fin de l'antagonisme Est-Ouest. L'OSCE a de même été la première organisation internationale à mettre en pratique l'approche globale de la sécurité (police, armée, économie, droits fondamentaux, etc.), si chère aujourd'hui à l'Union. C'est de cette notion que le secrétaire général de l'OTAN aimerait faire bénéficier l'Alliance lors du prochain sommet de Lisbonne, à la fin de l'année 2010, où sera adopté un nouveau concept stratégique.

L'OSCE est officiellement née en 1975. Créée par l'Acte final de la conférence d'Helsinki, elle avait à cette époque pour nom Conférence pour la sécurité et la coopération en Europe (CSCE). Elle est en partie le fruit du souhait de l'Union soviétique, des pays non-alignés qui voulaient se faire entendre et de la politique étrangère du secrétaire d'Etat américain Henry Kissinger. Ce dernier, après avoir amorcé la détente entre les Etats-Unis et la Chine - en 1972, le voyage du président Richard Nixon à Pékin marqua la reprise des relations économiques entre les deux pays -, s'était attelé au retrait américain du Vietnam et à une politique de répression de tout mouvement de gauche en Amérique latine. Cet activisme a connu son point culminant avec le coup d'Etat au Chili en septembre 1973. A la suite de la démission de Nixon, en 1974, M. Kissinger perdit son rôle de conseiller à la sécurité nationale tout en restant secrétaire d'Etat du nouveau président, Gerald Ford. C'est à ce poste qu'il mit en place la stratégie de la détente avec l'Union soviétique, qui repose sur deux piliers.

Troc entre deux camps

Le premier est constitué par les accords sur les armes stratégiques SALT 1 et 2 (Strategic Arms Limitation Talks). En réduisant l'installation de systèmes antimissile, SALT 1 a assuré l'équilibre de la terreur (Mutually Assured Destruction, MAD) - un pas significatif dans la mesure où, pour la première fois de l'histoire, Washington reconnaissait l'égalité stratégique entre les deux superpuissances. Les Etats-Unis, affaiblis par le Vietnam et en tension avec les alliés européens du fait de l'abandon unilatéral de la parité dollar / or, ont également accepté une deuxième et ancienne proposition soviétique : la tenue d'une conférence et l'élaboration d'un pacte de sécurité et de coopération en Europe - la CSCE.

De par son contenu, cette CSCE est devenue le second pilier de la stratégie de M. Kissinger. En effet, précédé de deux mille quatre cents réunions internationales tenues à Genève, l'Acte final d'Helsinki, tout en étant une simple déclaration de principe souscrite par trente-cinq Etats, consistait en un " troc " entre les deux camps sur deux questions très sensibles. Les pays occidentaux admettaient le principe, défendu depuis des années par Moscou, de l'intangibilité des frontières, certifiant ainsi la division de l'Allemagne et les acquis soviétiques en Europe centrale et orientale. En contrepartie, les Soviétiques acceptaient l'affirmation de l'importance de la défense des droits de l'homme et des libertés fondamentales - confortant par là ceux qui, comme le Prix Nobel Andreï Sakharov, menaient cette bataille depuis des années à l'intérieur même de leur camp.

Aujourd'hui, l'OSCE est une organisation de sécurité régionale, reconnue comme accord régional au sens du chapitre VIII de la Charte des Nations unies. Son action repose sur une approche dite globale de la sécurité, les mesures qu'elle adopte étant organisées en trois " paniers " coordonnés : la dimension politico-militaire (activité de police, contrôle des armements, prévention des conflits, gestion des frontières, etc.) ; la dimension économique et environnementale (lutte contre le blanchiment des capitaux, promotion de la gestion intégrée des ressources en eau, soutien à l'élimination des déchets dangereux) ; la dimension humaine (droits de l'homme, droits des minorités, égalité des sexes, liberté des médias).

L'OSCE a beaucoup évolué depuis sa naissance. A la fin de la guerre froide, lors du sommet de Paris, en 1990, les Etats participants ont adopté la Charte de Paris pour une nouvelle Europe, dans laquelle ils prenaient acte de la nouvelle situation de sécurité sur ce continent et consacraient la fin de l'affrontement entre les deux blocs. Ils dotaient la CSCE de moyens supplémentaires, en particulier des institutions permanentes (secrétariat, bureau des élections, Centre de prévention des conflits) et des capacités opérationnelles, afin d'être prêts à répondre à d'éventuelles crises. En 1992, les premières missions de terrain étaient installées, au Kosovo, au Sandjak, en Voïvodine ainsi qu'en Macédoine. En 1994, la transformation de la CSCE en OSCE a institutionnalisé sa présence dans le panorama de sécurité européen.

Dans les années 1990, l'OSCE joue un rôle important dans les conflits balkaniques, bien avant l'OTAN, étant donné la réticence des Etats-Unis à intervenir militairement dans la région. Les accords de Dayton de 1995, qui mettent fin au conflit en Bosnie-Herzégovine, mandatent notamment l'ONU, l'OSCE et l'OTAN afin de veiller activement à leur respect sur le terrain. L'OSCE se voit confier l'établissement de mesures de " confiance et sécurité " en Bosnie, mais également l'élaboration d'un accord de contrôle des armements dans la région. Ce type de mesures est destiné à renforcer la confiance entre Etats, notamment en organisant l'échange d'informations militaires. L'OSCE est aussi chargée de promouvoir des négociations politiques entre les différents protagonistes qui s'affrontent durement en Bosnie-Herzégovine.

Une efficacité reconnue

Au sortir de la guerre froide, la Russie voit avec suspicion et inquiétude les manoeuvres visant à accueillir au sein de l'Union et de l'OTAN ses anciens pays satellites d'Europe centrale et orientale. Affaiblie, humiliée par la dégradation de sa situation économique et sociale, elle ne peut rien faire pour s'y opposer. Après une décennie de relations en demi-teinte, il faudra l'arrivée au pouvoir de M. Vladimir Poutine, en 1999, pour que la Russie renoue avec une dialectique nationaliste tendant à réaffirmer le pays comme puissance régionale et mondiale. Alors même que ses relations avec l'Union et l'OTAN se dégradent, la Russie bénéficie de son statut d'" Etat participant " de l'OSCE - organisation qui, de surcroît, fonctionne par consensus. Ainsi, à partir de 1990 et sous tous les gouvernements, Moscou a toujours milité pour que l'OSCE soit chargée de la sécurité européenne.

Au début des années 1990, l'OTAN, organisation de défense mutuelle créée par les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux dans le cadre de la guerre froide, se cherche une nouvelle raison d'être. Elle la trouve justement dans les Balkans, à travers des opérations de maintien de la paix, après des années d'atermoiements. L'Union européenne, quant à elle, ne dispose d'aucun instrument " sécuritaire ". Les pays européens ne se dotent qu'en 1992, avec le traité de Maastricht, d'une politique étrangère et de sécurité commune (PESC) censée faciliter la coordination des diplomaties des Etats membres. Celle-ci montrera son inefficacité au cours des crises des Balkans, tout au long des années 1990. MM. Jacques Chirac et Anthony Blair, avec la déclaration de Saint-Malo en 1998, qui sera reprise par le Conseil européen de Cologne en juin 1999, donnent le coup d'envoi de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD), transformée en politique de sécurité et de défense commune (PSDC) avec le traité de Lisbonne en 2008. Cette politique met graduellement les Etats européens en condition de lancer des missions autonomes de maintien de la paix, pour tenter de pallier leur impuissance répétée en Bosnie, puis au Kosovo - cette impuissance s'étant traduite par l'appel aux Etats-Unis et aux structures de l'OTAN afin de faire cesser les combats dans une région pourtant au coeur de l'Europe.

Au début des années 1990, l'OSCE a donc su profiter d'un " vide " politico-militaire pour imposer sa présence, sous le regard bienveillant de la Russie ; mais il n'en reste pas moins que la sécurité européenne ne peut faire l'impasse d'une action coordonnée entre l'OTAN, l'Union et l'OSCE.

L'OSCE assure à présent dix-huit missions de terrain dans des régions telles que les Balkans occidentaux, l'Europe de l'Est (Ukraine, Moldavie), l'Asie centrale ou le Caucase du Sud. Sa surveillance des opérations de vote et son soutien au renforcement des institutions nationales sont d'une efficacité unanimement reconnue. Pourtant, l'organisation paraît traverser une crise. Les chefs d'Etat et de gouvernement ne se réunissent plus en sommet depuis 1999, la laissant sans vision stratégique à terme. Les grands succès de la déclaration d'Helsinki - qui a pour la première fois permis de considérer les droits humains comme une question internationale, et non interne -, ou encore les missions dans les Balkans donnent l'impression de ne plus être qu'un lointain souvenir, en raison notamment des différends entre les pays occidentaux et la Russie, exacerbés tout au long des présidences de M. George W. Bush, ainsi que de la montée en puissance de l'Union et de l'OTAN comme acteurs de la gestion de crise.

Au-delà de l'OTAN

Le conflit russo-géorgien de l'été 2008 et la proposition du président russe Dmitri Medvedev d'un nouveau traité sur la sécurité paneuropéenne ont toutefois remis en exergue la nécessité de penser la sécurité en Europe, donnant ainsi toute sa place à l'OSCE. Ils devaient aussi favoriser une réflexion plus large sur l'architecture de la sécurité continentale, au-delà du binôme Union / Alliance.

L'OTAN est largement identifiée par les opinions publiques mondiales et par un grand nombre de gouvernements comme étant une institution dominée par les Etats-Unis. Le discrédit jeté sur ce pays par les erreurs de l'administration Bush - en particulier l'invasion de l'Irak et les difficultés croissantes rencontrées présentement en Afghanistan, où la situation ressemble de plus en plus au Vietnam des années 1960 et 1970, avec des forces armées occidentales engluées dans un conflit impossible à perdre comme à gagner - a des répercussions très graves pour le rôle futur de l'Alliance atlantique.

Le nouveau concept stratégique à adopter par cette Alliance à Lisbonne, ce mois-ci, devrait être un texte équilibré et largement inspiré par le rapport du groupe d'experts que préside l'ex-secrétaire d'Etat américaine Madeleine Albright. Il abandonne toute velléité de faire de l'OTAN une sorte de " gendarme mondial " ou d'alliance des démocraties à l'échelle planétaire. Car l'image de cette organisation est fortement écornée. Imaginer sa présence dans certaines régions du monde, comme en Afrique du Nord ou au Proche-Orient, ou encore à l'intérieur de la sphère d'influence de la Russie, est du domaine de l'impensable. Les conflits au Liban et en Géorgie, par exemple, ont montré que la médiation des pays européens et leur présence militaire constituaient le seul scénario acceptable.

De son côté, malgré le traité de Lisbonne et en raison des divergences entre ses Etats membres, l'Union ne dispose pas encore de vision commune en matière de défense et de sécurité ainsi que de politique étrangère. Les relations avec la Russie ou avec les Etats-Unis ne sont pas perçues de la même manière à Tallinn, Paris ou Londres, malgré un certain rapprochement des positions observé ces derniers mois. De plus, si la crise va sans doute avoir pour conséquences de nouvelles réductions budgétaires dans le domaine de la défense, les gouvernements ne devraient pas pour autant se décider à mettre en commun leurs moyens et à affecter à d'autres priorités politiques les fonds épargnés par ce biais.

Face à ces questions qui concernent la sécurité de tout le continent, des mesures s'imposent - et notamment une vraie réflexion sur le rôle et l'action de l'OSCE, de l'OTAN et de l'Union en matière de sécurité. Si le monde devient multipolaire, en raison de l'affaiblissement considérable des Etats-Unis, il n'est pas pour autant plus sûr, loin s'en faut. L'OSCE a lancé en 2009 le processus de Corfou afin de réfléchir à la nouvelle architecture de sécurité européenne découlant du conflit russo-géorgien, celui-ci ayant souligné la nécessité d'un forum permanent politique et militaire. Dans ce cadre, les Etats participants mettent l'accent sur les menaces transfrontalières (terrorisme, nouvelles technologies), trafics d'armes et de drogue, etc. La tenue d'un sommet des chefs d'Etat et de gouvernement à Astana, au Kazakhstan, début décembre 2010, traduit en outre la volonté d'ancrer l'Asie centrale, zone stratégique, dans le concept de sécurité de l'OSCE.

La proposition d'un traité paneuropéen sur la sécurité du continent faite par M. Medvedev semble cependant n'avoir aucune chance d'aboutir, le président russe désirant entre autres bloquer par là tout nouvel élargissement de l'Union ou de l'OTAN vers les zones d'influence de son pays ; mais, sans être d'actualité, il s'agit là d'une question sur laquelle les gouvernements occidentaux ne veulent rien s'interdire. La préoccupation de base qui anime M. Medvedev, celle d'une Europe coupée en deux avec, d'un côté, une partie garantie militairement par l'OTAN et, de l'autre, des régions qui risquent de sombrer dans le chaos apparaît pertinente.

La meilleure solution passerait peut-être par un retour à une logique fonctionnaliste qui prendrait en considération tous les acteurs : l'ONU, l'OTAN, l'Union et l'OSCE. Aujourd'hui, le Kirghizstan ressemble de plus en plus à un Etat failli (" failed State "), alors que l'Alliance et l'Union n'ont aucune présence sur place et aucune légitimité à intervenir. Afin d'éviter toute dégradation de la situation, l'OSCE se doit donc de s'impliquer davantage. Son prochain sommet, pour la première fois depuis onze ans, à Astana, au Kazakhstan, début décembre, aura notamment comme objectif d'élaborer un plan de travail, dans la suite du processus de Corfou (lire " Un sommet stratégique "). Mais il ne pourra être un succès que si les Etats-Unis et les pays européens sortent d'une certaine indifférence à l'égard de l'OSCE. Celle-ci traduit une tension dans les relations internationales elles-mêmes, affectées par le nouveau jeu des puissances des années 2000-2010 (2). Dans cette perspective incertaine, l'OSCE constitue un vaste forum stratégique où cinquante-six pays peuvent échanger leurs approches spécifiques en matière de sécurité. L'organisation multiplie à cette fin les réunions d'experts dans le but de forger une vision commune facilitant la prévention des conflits.

De façon plus générale, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Europe devraient décider si des structures comme l'OSCE, l'Union et l'OTAN sont, en l'état actuel des choses, aptes à assurer la sécurité de tous ; et, de même, quelle contribution ils pourraient apporter à cette sécurité, au plan européen comme mondial.

Note(s) :

(1) Albanie, Allemagne, Andorre, Arménie, Autriche, Azerbaïdjan, Belgique, Biélorussie, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Canada, Chypre, Croatie, Danemark, Espagne, Estonie, Etats-Unis, Finlande, France, Géorgie, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Kazakhstan, Kirghizstan, Lettonie, Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg, Macédoine, Malte, Moldavie, Monaco, Monténégro, Norvège, Ouzbékistan, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Russie, Saint-Marin, Serbie, Slovaquie, Slovénie, Suède, Suisse, Tadjikistan, Turkménistan, Turquie, Ukraine, Vatican.
(2) NDLR. Lire André Bellon, " Le puzzle des alliances naissantes ", Le Monde diplomatique, juin 2010.

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mardi 30 mars 2010

Le dilemme nucléaire du président Barack Obama - Selig S. Harrison

Le Monde diplomatique - Avril 2010, p. 12 13

Surenchères du Pentagone, pressions des " faucons " japonais

Une dizaine de mots éloquents auront suffi au président Barack Obama pour s'avancer vers l'obtention du prix Nobel de la paix et devenir, à la fois, le héros des militants du désarmement et la bête noire des fanatiques du nucléaire. Lorsqu'il a promis de renouveler et d'étendre les accords conclus avec la Russie sur le contrôle des armes nucléaires - connus sous le nom de traités de réduction des armes stratégiques (Strategic Arms Reduction Treaty, Start) (1) -, qui diminueraient modestement les arsenaux des deux pays, ces derniers n'ont pas été surpris (2). Mais ces croyants acharnés se sont inquiétés lorsqu'il a déclaré, à Prague, le 5 avril 2009 : " Nous réduirons le rôle des armes nucléaires dans notre stratégie de défense nationale. " D'autant plus que le président venait d'entamer la très officielle analyse critique de la position nucléaire (Nuclear Posture Review, NPR) établie à l'arrivée de toute nouvelle administration. Quand il a répété cette déclaration, au mot près, dans son discours du 23 septembre 2009 devant l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations unies (ONU), ils ont manifesté leurs craintes quant à plusieurs questions essentielles :

- La nouvelle doctrine implique-t-elle pour les Etats-Unis de renoncer à l'emploi en premier d'armes nucléaires, comme la Chine et l'Inde l'ont déjà fait et comme l'administration Clinton l'avait promis dans l'accord controversé de 1994 avec la Corée du Nord, certes abrogé par l'administration de M. George W. Bush (lire " Pyongyang dans le collimateur ") ?

- Dans l'éventualité d'une attaque chimique ou biologique, les Etats-Unis excluront-ils une riposte nucléaire ?

- M. Obama acceptera-t-il, comme le lui a récemment demandé Berlin, de retirer d'Allemagne, d'ici quatre ans, les armes nucléaires américaines contrôlées par l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) ? En fera-t-il de même avec les autres armes nucléaires tactiques stationnées en Europe ?

- Plus important pour les industries de la défense, limitera-t-il le nombre de bombardiers nucléaires, de sous-marins lanceurs de missiles Trident, de missiles balistiques intercontinentaux ?

Irrésistible déferlante de l'armée rouge

Pour justifier son choix, le comité Nobel norvégien a expliqué qu'il avait " attaché une importance particulière à la vision et à l'action de M. Obama en faveur d'un monde sans armes nucléaires ". Mais il ressort de conversations avec des fonctionnaires et des conseillers étroitement impliqués dans la NPR qu'il donnera sans doute toute satisfaction aux " vrais croyants " du Pentagone dans le texte qui devait être publié le 1er avril 2010. Et ce, malgré les batailles acharnées qui se sont déroulées jusqu'au dernier moment au sein de son administration et qui affectent directement la position américaine dans les négociations en cours avec Moscou sur l'accord Start. Il est d'ores et déjà acquis que le rôle des armes nucléaires dans la stratégie de défense américaine ne sera pas réduit de manière significative.

Durant la guerre froide, les Etats-Unis avaient affirmé leur droit à les utiliser en cas d'attaque conventionnelle. A l'époque, le bloc soviétique jouissait sur le théâtre européen d'un avantage écrasant en forces armées et en puissance de feu, et l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) prédisait même une déferlante irrésistible de ses troupes en cas de conflit. Un raisonnement semblable a été utilisé pour justifier la menace d'emploi en premier dans le cas de la Corée du Nord.

Mais, pour reprendre l'argument de l'ancien ministre des affaires étrangères allemand Joschka Fischer, " il n'y a plus de division blindée qui puisse traverser notre frontière en moins de quarante-huit heures. La politique d'emploi en premier était une réponse à une situation qui a fondamentalement changé (3) ". Quant à la Corée du Nord, son imposante armée d'hier ne peut plus se mesurer aux forces militaires de la Corée du Sud qui se sont développées grâce à l'aide américaine.

Les propositions de renoncer à l'emploi en premier sont souvent écartées comme des rêves naïfs de bonnes âmes qui ne comprennent rien aux dures réalités de la politique internationale. Mais s'en tenir au principe inverse ne paraît pas plus réaliste. " Si nous prenons au sérieux la non-prolifération, fait ainsi observer M. Fischer, les puissances nucléaires actuelles doivent créer un climat de désarmement à même de freiner l'aspiration d'autres pays à passer au nucléaire. " L'article 6 du traité de non-prolifération des armes nucléaires (TNP), signé en 1968, prévoyait la diminution des arsenaux existants (notamment ceux des membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies), en contrepartie du maintien " hors nucléaire " des autres puissances. Mais le rythme infinitésimal de réduction des armements concernés et la menace d'emploi en premier risquent d'amener des Etats à ne plus se sentir liés par le traité.

Un fonctionnaire du Pentagone nous affirme par exemple que " les armes nucléaires doivent dissuader et constituer une réponse à l'utilisation d'armes de destruction massive, contre les Etats-Unis ou leurs alliés ", mettant ainsi dans le même sac le chimique, le biologique et le nucléaire. La Maison Blanche, quant à elle, cherche une formulation suffisamment ambiguë pour suggérer une réduction du rôle des armes nucléaires, comme il a été promis à Prague, tout en laissant ouvertes de larges possibilités d'usage de la force. Certains ont proposé d'écrire que le but unique de ces dernières est d'exercer des représailles, en cas d'utilisation d'armes de ce type par d'autres pays contre les Etats-Unis ou leurs alliés. Le choix du terme " représailles " équivaut ici à une limitation claire de l'action à une riposte.

Plusieurs compromis ont donc été proposés : le droit d'utiliser l'arme nucléaire contre une attaque conventionnelle ou chimique provenant d'un pays qui, comme la Corée du Nord, viole le TNP ; le remplacement de " exercer des représailles " par " répondre à ", expression qui implique qu'une attaque pourrait éventuellement être déclenchée dès que les préparatifs d'une offensive ennemie sont découverts.

Après le discours de Prague, une délégation de " faucons " influents du ministère de la défense japonais a entrepris de faire pression sur l'administration et le Congrès américains. Elle a averti que Tokyo développerait ses propres armes nucléaires si les Etats-Unis excluaient l'emploi en premier contre la Chine et la Corée du Nord ou ne déployaient pas ce que le Japon considère comme des forces nucléaires suffisantes.

La délégation a notamment demandé que les missiles de croisière Tomahawk, dotés d'ogives nucléaires, continuent d'être installés. Or il est prévu de les retirer en 2013 : la marine américaine estime suffisante l'efficacité des sous-marins nucléaires lanceurs de missiles Trident et des bombardiers à longue portée dédiés à la protection du Japon. Huit de ces sous-marins patrouillent constamment le Pacifique nord à portée de cibles désignées, 7 d'entre eux étant en permanence en " alerte rouge " avec un temps de réponse prévu de douze minutes.

" Le vrai gouvernement allemand "

Autant les " vrais croyants " du Pentagone que les faucons de Tokyo veulent que le parapluie nucléaire soit basé sur le concept de " dissuasion élargie " par laquelle les forces américaines ripostent au moyen d'armes de ce type à n'importe quelle attaque, qu'elle soit menée par des vecteurs nucléaires, chimiques, biologiques ou conventionnels. Cette doctrine exprime une ligne dure à l'égard de la Chine et de la Corée du Nord, défendue par le Parti libéral-démocrate (PLD), qui a dirigé le Japon durant les cinq dernières décennies.

L'alternance politique d'août 2009 modifie la situation, le Parti démocrate (PD) partageant plutôt la vision de M. Obama telle qu'elle s'est exprimée à Prague. Le ministre des affaires étrangères Okada Katsuya a plusieurs fois manifesté ce soutien. Lors de la présentation du cabinet, le 16 septembre 2009, il s'est demandé " si les pays qui déclarent leur volonté d'utiliser les armes nucléaires en premier ont encore le droit de parler de non-prolifération nucléaire ". Le 16 octobre, au cours d'une rencontre avec le ministre américain de la défense Robert Gates, M. Okada a émis le souhait de discuter de la question. M. Gates a évité le sujet, mais, lors d'une conférence de presse, il a exprimé le besoin d'une " dissuasion flexible ". Le même jour, à Kyoto, M. Okada a souligné une contradiction dans la politique passée de son pays. " Jusqu'ici, a-t-il noté, le gouvernement japonais a dit aux Etats-Unis : "Nous ne voulons pas que vous excluiez l'emploi en premier parce que cela affaiblirait la force de dissuasion nucléaire." Le Japon n'est pas cohérent quand il appelle au désarmement nucléaire dans le monde tout en exigeant le droit à l'emploi en premier pour lui-même (4). " Répondant aux critiques, M. Okada a déclaré que, si Washington renonçait à l'emploi en premier, " cela ne signifierait pas que le Japon serait à l'extérieur du parapluie. Dans l'éventualité malheureuse où le Japon subirait une attaque nucléaire, nous n'excluons pas une réponse de ce type ".

M. Okada a également scandalisé des faucons, tant à Tokyo qu'à Washington, en déclarant, à propos de la menace de la Corée du Nord, que " des armes conventionnelles suffisent pour y faire face " et qu'une " zone dénucléarisée en Asie du Nord-Est " serait souhaitable. Certes, le premier ministre Hatoyama Yukio s'est montré plus circonspect que M. Okada, et il n'est pas certain que le ministre des affaires étrangères exprime l'opinion de M. Ozawa Ichiro, le dirigeant de son parti, plus belliciste. Des divisions profondes traversent cette formation comme la société dans son ensemble. Un grand nombre de faucons, qui privilégient la dissuasion élargie, sont aussi partisans d'une force nucléaire japonaise indépendante, et ils se saisiraient volontiers d'une divergence avec l'administration Obama pour renforcer leurs arguments.

Aucun va-t-en-guerre à Washington ne prend au sérieux ni M. Okada ni M. Guido Westerwelle, le ministre des affaires étrangères allemand, qui a appelé à plusieurs reprises au retrait des armes nucléaires tactiques américaines de son territoire. Ils regardent les deux hommes comme des figures politiques provisoires qui seront tôt ou tard rejetées. Alors président du conseil de planification politique du département d'Etat dans l'administration de M. William Clinton, M. Morton H. Halperin nous avait confié qu'un haut fonctionnaire de son ministère avait balayé ces déclarations politiques en affirmant : " Ce n'est pas le vrai gouvernement allemand. " Une attitude similaire s'exprime à propos des nouveaux dirigeants japonais.

D'après M. Hans Kristensen, de la Fédération des scientifiques américains, les Etats-Unis conservent " 10 à 20 " bombes nucléaires B-61 à chute libre dans la base militaire de Büchel, dans l'ouest de l'Allemagne, et possèdent un total de 150 à 240 têtes nucléaires en Allemagne, en Belgique, en Italie, aux Pays-Bas et en Turquie. On s'attend à ce que la NPR écarte tout retrait pour deux raisons : la Turquie veut les conserver pour dissuader l'Iran d'une éventuelle attaque nucléaire, et le Pentagone soutient que, puisque l'OTAN doit réviser sa stratégie l'année prochaine, il serait prématuré de les abandonner unilatéralement.

Un autre argument utilisé est que le futur accord Start ne concernera que les arsenaux stratégiques. Il laissera donc un avantage tactique à la Russie dans la mesure où les évaluations font habituellement état de 500 à 1 200 armes nucléaires tactiques américaines, y compris celles présentes en Europe, contre environ 2 000 déployées par la Russie. Moscou en aurait jusqu'à 6 000 en réserve. Ces équipements ont une portée de 450 à 600 kilomètres.

La recherche par l'administration Obama d'une réduction, dans le cadre de l'accord Start, du nombre de têtes nucléaires stratégiques - entre 1 500 et 1 675, contre 2 200 actuellement - a déçu les partisans du désarmement. En effet, la Russie a signalé qu'elle était prête à descendre à 1 000 afin de réduire son budget consacré à la défense, et il existe un consensus ancien, à Washington, sur le fait que ce serait là un bon niveau de sécurité. Même l'intransigeant John Deutch, qui a dirigé la NPR de l'administration Clinton, a défendu cet objectif.

Cependant, aux yeux des experts, la manière dont la " triade " nucléaire (nombre de bombardiers stratégiques, de missiles sur terre et sur mer) sera répartie importe plus que la question des ogives nucléaires. Une lutte acharnée a été menée pour décider s'il fallait réduire la quantité de bombardiers, celle des missiles balistiques intercontinentaux ou celle de sous-marins porteurs de Trident, divergences qui ont retardé la définition de la NPR.

Etonnamment, même l'Air Force Association, qui défend les intérêts de l'armée de l'air, a recommandé que les 114 bombardiers nucléaires B-52 et les B-2 en service soient éliminés progressivement au profit de missiles balistiques intercontinentaux et de sous-marins. En effet, ces derniers seraient plus à même de résister à une première frappe. Cette recommandation a cependant peu de chances d'être retenue, et le nombre de missiles balistiques intercontinentaux - actuellement 450 - va probablement être réduit dans le cadre de l'accord Start. Seuls les 13 sous-marins nucléaires, portant chacun 24 missiles Trident, seront probablement maintenus.

Les membres du Congrès alliés aux " vrais croyants " du Pentagone sont mécontents des réductions prévues. Ils ont menacé de retarder la ratification de l'accord Start s'ils n'obtiennent pas satisfaction sur le projet de loi de modernisation des armes nucléaires américaines. L'administration Bush avait tenté en vain de faire passer un programme controversé, nommé " ogive de substitution fiable ", dont l'objectif était de renouveler l'arsenal des Etats-Unis. M. Obama propose simplement de remettre à neuf les armes existantes (Stockpile Stewardship and Management Program). Mais les 40 sénateurs républicains d'alors, plus le sénateur indépendant Joseph Lieberman, lui ont, le 17 décembre 2009, envoyé une lettre : " Nous ne croyons pas que les nouvelles réductions prévues par le programme Start puissent être dans l'intérêt de la sécurité nationale des Etats-Unis, en l'absence d'un programme significatif de modernisation de notre force de dissuasion nucléaire. " Ils ont notamment demandé une rénovation rapide des ogives nucléaires B-61 et W-76.

La très respectée Arms Central Association a annoncé que le Strategic Command (Stratcom), organe de contrôle militaire des armes nucléaires, et la National Nuclear Security Administration (NNSA) " insistent sur la capacité de concevoir de nouvelles ogives ". L'an dernier, une fuite de la NNSA a révélé un plan destiné à développer les capacités de fabrication de plutonium, au sein des installations de Los Alamos (Nouveau-Mexique), Oak Ridge (Tennessee) et Kansas City (Missouri). La NNSA recherche l'appui du Congrès pour mettre en oeuvre ce programme, qui, s'il était mené à son terme, permettrait aux Etats-Unis de quadrupler leur production annuelle de 20 à 80 unités.

Un emploi tranquille au sein de l'OTAN

Jusqu'ici, le plan de la NNSA n'a pas été soumis au Congrès, mais le simple fait qu'il existe donne une idée de l'importance des intérêts que M. Obama aurait à affronter s'il cherchait à concrétiser sa vision du désarmement nucléaire. Le président semble avoir sérieusement sous-estimé ses ennemis au sein du complexe militaro-industriel, comme il l'avait d'abord fait avec le lobby des assureurs de santé et avec les banques. Non seulement il a conservé M. Gates comme ministre de la défense, mais il n'a pas nommé de civils favorables à ses thèses à des postes-clés du Pentagone, abandonnant la NPR aux faucons. Il a maintenu à son poste le directeur de la NNSA, issu de l'administration Bush, ainsi que tout le personnel responsable du plan de quadruplement des capacités de production de plutonium. A la Maison Blanche, le meilleur avocat du désarmement nucléaire parmi ses conseillers, M. Ivo Daalder, a été relégué avec son approbation à un emploi tranquille au sein de l'OTAN, afin de laisser la voie libre aux membres de la sécurité nationale qui ont les faveurs du Pentagone.

A partir du moment où M. Obama a commencé à multiplier les déclarations sur le besoin de " maintenir une dissuasion forte aussi longtemps qu'existera l'arme nucléaire ", il a perdu la bataille du désarmement nucléaire au profit du belliqueux général Kevin Chilton, commandant de la Stratcom. Le 11 novembre 2009, cet officier a prédit que les Etats-Unis auraient encore besoin d'armes nucléaires dans quarante ans.

Le 15 décembre 2009, à Omaha (Nebraska), lors d'une conférence organisée avec le soutien financier de la Stratcom, par le programme d'information nucléaire, à laquelle participaient 105 experts militaires et spécialistes du contrôle des armements, il s'est montré encore plus clair : " Nous aurons besoin d'armes nucléaires tant que les Etats-Unis existeront. "

Note(s) :

(1) Les accords Start I puis Start II ont été signés au début des années 1990. Ils prévoyaient une réduction substantielle des arsenaux stratégiques des deux Supergrands.
(2) Lire Olivier Zajec, " Subtile partie d'échecs entre Moscou et Washington ", Le Monde diplomatique, avril 2008.
(3) Süddeutsche Zeitung, Munich, 27 novembre 1998.
(4) Masa Takubo, " The role of nuclear weapons : Japan, the US, and "Sole Purpose" ", Arms Control Today, novembre 2009.

PHOTO - US President Barack Obama walks out of the Oval Office at the White House to board the Marine One helicopter to leave for Camp David in Washington on March 26, 2010. Obama and his Russian counterpart Dmitry Medvedev on March 26 finalized a historic new deal to cut long-range nuclear arms, slashing the number of deployed warheads by a third. After months of intense negotiations, they sealed what Obama called 'the most comprehensive arms control agreement in nearly two decades,' as they hailed improved ties that hit a low under US President George W. Bush.

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lundi 11 janvier 2010

Pékin menace Washington de représailles économiques - Yann Rousseau

Les Echos, no. 20589 - International, vendredi, 8 janvier 2010, p. 6

Après l'annonce de la vente de missiles Patriots à Taiwan, un responsable chinois propose des sanctions contre les groupes américains impliqués.

Malgré la menace d'une nouvelle crise diplomatique et commerciale avec la Chine, Washington a définitivement approuvé, mercredi soir, la vente à Taiwan de 253 missiles Patriots produits par le groupe Lockheed Martin. Ce contrat de 968 millions de dollars doit permettre à Taipeh de moderniser son système de défense contre une éventuelle attaque du régime chinois qui, considérant toujours le pays comme une partie intégrante de son propre territoire, a déployé plus de 1.500 missiles sur ses côtes faisant face à l'île « rebelle ».

Pour tenter de faire dérailler ce contrat, qui fait partie d'un plus large accord de 6,5 milliards de dollars, comprenant notamment des hélicoptères Apache, négocié lorsque George W. Bush était encore à la Maison-Blanche, Pékin avait considérablement accru ses derniers mois la pression sur l'équipe d'Obama. Hier soir, Jiang Yu, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a rappelé la ferme opposition de son pays à ce projet américain. « La Chine a appelé les Etats-Unis à annuler ses ventes d'armes prévues afin d'éviter de compromettre la coopération sino-américaine », a expliqué la responsable.

Commentaires menaçants

En 2008, lors de la présentation de ce contrat de 6,5 milliards de dollars, Pékin avait décrété une suspension immédiate des échanges militaires avec les Etats-Unis. Relayant le courroux officiel, les médias d'Etat ont eux aussi largement multiplié les commentaires menaçants ces dernières semaines. A la mi-décembre, l'influent « Global Times », proche du Parti communiste, avait titré son article rendant compte de la remise du Nobel de la paix à Barack Obama par les mots : « Le vainqueur du prix de la paix va vendre des armes. »

Très remonté, le vice-amiral Yang Yi affirmait hier que son pays ne pouvait pas se montrer conciliant dans cette affaire. Pointant les ambitions sur le marché civil chinois des grands groupes américains impliqués dans des ventes d'armes à Taiwan, il a proposé des éventuelles sanctions économiques. « Pourquoi ne prendrions-nous pas des contre-mesures défensives contre ces sociétés ? En plus des protestations au gouvernement américain, nous pourrions punir ces fauteurs de troubles », a lancé le militaire dans une interview à l'agence de presse officielle Xinhua.

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mercredi 22 avril 2009

Aux Etats-Unis, les programmes militaires ciblés par l'espionnage informatique

Le Monde - International, jeudi, 23 avril 2009, p. 6

Un porte-parole du département de la défense américain a implicitement confirmé, mardi 21 avril, les informations rapportées le matin par le Wall Street Journal : des pirates informatiques ont infiltré des programmes de construction du chasseur américain le plus sophistiqué au monde, le futur F-35 Lightning II, dont des premiers tests en vol ont commencé. Selon les indiscrétions recueillies par le quotidien au secrétariat à la défense, le bénéficiaire du piratage serait la Chine.

Selon un représentant du Pentagone, les tentatives d'infiltration des réseaux informatiques liés aux programmes de défense ont " plus que doublé " au dernier semestre. Mais, interrogé par la chaîne CBS, le secrétaire américain à la défense, Robert Gates, a minoré l'affaire : " Nous sommes sujets à des cyber-attaques quasi quotidiennes. Mais nous contrôlons très bien nos informations sensibles. " Il a cependant indiqué que son ministère allait augmenter de 80 à 250 le nombre de ses experts chargés de protéger le cyberespace américain.

Le programme supposément espionné, nommé Joint Strike Fighter, est mené sur le plan industriel par la société américaine Lockheed Martin, avec l'Américain Northrop Grumman et le Britannique BAE Systems pour partenaires. Il est techniquement le plus avancé au monde à ce jour dans l'aéronautique ; le plus coûteux aussi (300 milliards de dollars, soit 230 milliards d'euros). Selon le Wall Street Journal, les espions auraient " copié et siphonné " des données concernant sa conception et ses systèmes électroniques " de manière répétitive - depuis - au moins 2007 ".

" GUERRES ÉMERGENTES "

" On n'a jamais rien vu de tel ", estime un fonctionnaire de la défense, pour qui ces éléments s'inscrivent dans " une escalade " d'espionnage informatique portant sur " tout ce qui fait marcher ce pays ". Aucun détail n'a été divulgué sur l'identité des hackers ni les dommages potentiels financiers et sécuritaires de leur activité. Mais, écrit le Journal, " d'ex-responsables du Pentagone disent que ces attaques semblent provenir de Chine ". Début avril, des officiels avaient déjà impliqué Pékin dans une tentative d'infiltration du système de contrôle américain de la distribution d'électricité. Pékin avait formellement nié et constaté que la Maison Blanche n'avait accordé aucun crédit à ces informations. Mais, dans des affaires similaires récentes, des enquêtes du Pentagone auraient confirmé " avec un haut degré de certitude " la piste chinoise.

La publication de ces informations s'inscrit dans un contexte de réévaluation budgétaire des priorités de l'armée américaine et de débats, dans les milieux sécuritaires, sur la réalité de la " menace " militaire chinoise. Début avril, M. Gates a annoncé des coupes claires dans certains systèmes d'armement afin de favoriser les moyens alloués aux " guerres émergentes ", du type Afghanistan. Il entend cesser la production du chasseur F-22 une fois livrée la première tranche de 187 appareils, au lieu des 400 qu'espérait l'armée de l'air. Mais M. Gates a jugé cet avion excessivement cher et " inadapté " aux conflits non conventionnels. En revanche, le F-35 avait la faveur du Pentagone. Son coût de fabrication de 2 400 appareils sur trente ans dépasserait les 1 000 milliards de dollars.

Pour justifier leur hostilité à l'abandon de la production des F-22, des lobbyistes liés à l'armée de l'air et à la marine avaient projeté le spectre d'un accroissement vigoureux et masqué du potentiel militaire chinois. Ils pourraient espérer d'une " affaire " d'espionnage portant sur les programmes du F-35 que M. Gates reconsidère sa décision. Les débats sur " l'espionnage chinois " sont récurrents aux Etats-Unis dans les milieux de la défense, entre ceux qui soupçonnent Pékin de développer des ambitions militaires au-delà de son affichage public et ceux pour qui le retard chinois reste trop important pour s'alarmer.

Les premiers notent que le budget officiel du ministère chinois de la défense - 60 milliards de dollars en 2008 - serait très inférieur à la réalité de ses dépenses, estimées entre 105 et 150 milliards. Il y a deux semaines, Joël Brenner, chef du Bureau exécutif du contre-espionnage américain, déclarait lors d'une conférence devant des industriels du secteur au Texas : " Les Chinois ne s'arrêtent jamais et semblent se moquer de se faire attraper. (...) Suis-je inquiet ? Et comment ! "

A l'inverse, beaucoup d'experts jugent ces craintes exagérées et souvent liées aux intérêts de lobbies. Le rapport annuel sur la Chine, publié en mars par le Pentagone, jugeait qu'il faudrait beaucoup de temps pour que Pékin constitue " la puissance militaire formidable que certains lui attribuent ".

Sylvain Cypel

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lundi 13 avril 2009

Et la Chine gagne au jeu du Pentagone - Maria Pia Mascaro

Libération, no. 8688 - Monde, lundi, 13 avril 2009, p. 6

Hauts fonctionnaires et patrons de fonds spéculatifs ont joué à la guerre économique mondiale sous l'égide du ministère de la Défense américain.

C'était son premier exercice du genre. Le mois dernier, le Pentagone a mené une simulation de guerre économique entre plusieurs pays, a rapporté jeudi le site d'information www.politico.com. Contrairement aux traditionnelles mises en scène du département militaire américain, les participants à ce jeu de rôle n'avaient rien des conventionnels généraux, stratèges militaires et autres spécialistes de la guérilla urbaine. Le Pentagone avait réuni des hauts fonctionnaires de l'administration Obama, des patrons de fonds spéculatifs d'au moins une grande banque et des professeurs d'économie. L'exercice a eu lieu les 17 et 18 mars au laboratoire de physique appliquée de l'université John Hopkins, à Laurel, dans le Maryland, a confirmé à Libération Helen Worth, du service de presse de l'université. Pendant ces deux jours, les invités se sont mis dans la peau d'ennemis potentiels des Etats-Unis pour réagir à différents scénarios qui pourraient menacer l'équilibre économique mondial. Le Pentagone ne confirme ni n'infirme l'information. Un porte-parole, le commandant Darryn James, s'est borné à dire qu'il n'était «pas au courant de l'exercice».

Juge et arbitre. A en croire Politico, l'événement avait été planifié bien avant l'effondrement des marchés, l'automne dernier. Reste que le script imaginé par le Pentagone, qui s'inspire très librement de la crise économique actuelle, donne un éclairage des préoccupations qui agitent les militaires américains. D'abord, les pays ou groupes de pays représentés à la table étaient au nombre de six : les Etats-Unis, la Chine, la Russie, l'Asie du Sud-Est, l'Union européenne et le reste du monde. «Les participants devaient réagir à une série de catastrophes et de situations de crise, parmi lesquelles l'effondrement de la Corée du Nord, la manipulation des prix du gaz naturel par la Russie et une escalade des tensions entre la Chine et Taïwan», a précisé l'un des participants, Paul Bracken, professeur d'économie à Yale, spécialiste des stratégies économiques en temps de crise. Aux côtés des participants, une «cellule blanche» officiait au titre de juge et arbitre, donnant des points à chaque décision prise par les équipes en place.

Comme le souligne Politico, le résultat de ces guéguerres a «refroidi» les Etats-Unis. Le grand vainqueur a été la Chine, apparemment parce que les Etats-Unis et la Russie avaient passé trop de temps à s'affaiblir l'un l'autre, laissant le champ libre à Pékin. Paul Bracken s'est surtout interrogé sur les partis pris des participants. Ainsi, personne n'était prêt à envisager un lâchage du dollar par Pékin, arguant qu'une telle mesure serait trop préjudiciable à l'économie chinoise. Toutes leurs stratégies s'appuyaient sur ce pseudo-acquis. Mais ce professeur est convaincu que les Chinois pourraient parfaitement choisir une option médiane qui consisterait à vendre leurs dollars par étapes, augmentant l'instabilité économique des Etats-Unis sans mettre à mal leurs propres réserves.

Coups bas. «La mise en scène de ce jeu de rôle était particulièrement réaliste», a poursuivi Paul Bracken. Le campus de Laurel accueille régulièrement les hauts gradés de l'armée pour leurs simulations de stratégies militaires. Pour les familiers de l'endroit, la technologie et les moyens mis à disposition étaient impressionnants. Les participants étaient assis autour d'une table en forme de V, entourés d'écrans diffusant toutes sortes d'indicateurs économiques. Des hauts fonctionnaires du Pentagone et de la CIA, l'agence américaine de renseignement, observaient les stratégies, coups bas et autres tentatives de relance, imaginés par les invités. «C'était étonnamment réaliste», selon l'un des participants cité par Politico. Parmi eux, des cadres de l'UBS, un détail qui n'a pas échappé à des dizaines d'internautes, depuis que la blogosphère s'est emparée de cette histoire, alors que la banque suisse est soumise actuellement à rude pression de la justice américaine pour avoir consciemment aidé des citoyens américains à échapper au fisc de leur pays.

«Pardon ? Pour quelles raisons les Etats-Unis voudraient-ils avoir une banque étrangère comme l'UBS dans une telle réunion, alors que celle-ci s'est mouillée jusqu'au cou en aidant des gens illégalement à transférer leurs avoirs dans leur banque pour éviter d'avoir à payer des impôts ? Ont-ils perdu la tête ?», écrit TX Femmon sur Huffingtonpost.com, l'un des nombreux sites d'information avant relayé l'article de Politico. D'autres se gaussent de l'exercice dans son ensemble : «C'est hilarant. L'existence même des militaires dépend des prêts de la Chine et de la Russie à notre pays et ils causent de guerre économique ? Nous avons vraiment atteint des sommets stratosphériques d'absurdité», écrit StupidasStupidDoes, également sur Huffingtonpost. Et plusieurs internautes de noter qu'il est inutile d'aller se chercher des ennemis ailleurs quand les responsables de la crise sont à New York et Washington. «Un peu tard tout ça, non ? Avec l'assureur AIG et neuf banques sous la protection de Paulson [Henry, secrétaire du Trésor de George Bush, ndlr] et Geithner [Tim, secrétaire au Trésor actuel, ndlr], qui a besoin d'aller se chercher des ennemis étrangers ?», demande Hamletsmill.

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mercredi 18 mars 2009

Taïpeh coupe dans ses budgets militaires - Arnaud de la Grange

Le Figaro, no. 20103 - Le Figaro, mercredi, 18 mars 2009, p. 6

TAÏWAN Les effectifs de l'armée seront réduits de 16 % au cours des cinq années à venir. Un signe que l'île rebelle évalue à la baisse la menace chinoise.

AU SEIN d'une Asie qui s'arme massivement, les dernières nouvelles venues de Taïwan semblent dénoter. L'« île rebelle » vient d'annoncer qu'elle taillait dans les rangs de ses troupes. Les effectifs seront réduits de 16 % au cours des cinq années à venir. Les forces taïwanaises, qui ont compté jusqu'à 600 000 hommes durant la guerre froide, ne devraient plus en aligner que 210 000 en 2014. À cette date, l'armée ne sera d'ailleurs plus formée que de professionnels et de volontaires, Taïwan ayant aussi décidé de mettre fin à la conscription à partir de 2011.

Cette cure d'amaigrissement est motivée par des soucis d'économie, mais aussi par une perception de la menace chinoise qui ne cesse de diminuer. La fréquence des fameux grands exercices annuels à tirs réels a déjà été réduite, puisqu'ils n'auront plus désormais lieu que tous les deux ans. Le budget de la défense 2009 a, lui aussi, été resserré. Sur le plan de la posture stratégique, petite révolution aussi. Les termes de « défense active » et de « frappes préventives » vont disparaître de la doctrine. En substance, Taïwan se réservait le droit d'attaquer des installations stratégiques chinoises en premier, si la guerre paraissait inévitable. Prônée sous la précédente présidence pro-indépendantiste, cette ligne fait place à la « défense défensive »...

Les dernières annonces taïwanaises sont un signe de plus du spectaculaire rapprochement entre Pékin et Taïpeh.

Pekin prêt à des discussions

Lors de l'ouverture de la session annuelle du Parlement chinois, le premier ministre, Wen Jiabao, a déclaré que Pékin était prêt à des discussions politiques et militaires, permettant d'aboutir à un « accord de paix ». Pour autant, et même si des « mesures de confiance » militaires sont à l'étude entre Pékin et Taïpeh, l'île ne désarme pas. L'état-major affirme viser plus la qualité que la quantité, et vouloir moderniser l'armée. La presse de Hongkong affirmait ainsi hier que Taïwan avait relancé auprès de l'Administration Obama une demande d'achats de chasseurs F16 de dernière génération. Et étudiait même l'acquisition de chasseurs américains F35, voire d'autres avions modernes. George Bush avait refusé cette vente de F16, même si une autre commande portant notamment sur des hélicoptères et des missiles avait été acceptée à l'automne dernier, conduisant Pékin à suspendre les relations militaires avec Washington. Elles viennent d'être renouées.

Selon une récente étude de Frost and Sullivan, la région sera d'ici à 2016 celle qui totalise les plus importants budgets militaires. Et ce en raison des efforts de défense de la Chine (+ 14,9 % en 2009) et de l'Inde (+ 24 % en 2009). Le cabinet de conseil estime que le budget réel de la défense chinoise passera ainsi de 120 milliards de dollars en 2007 à 255 milliards en 2016.

À cette date, l'Asie totalisera 32 % des dépenses militaires mondiales, la part de l'Amérique du Nord passant de 39 % à 29 %. Un signe de plus du basculement du monde...

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vendredi 6 mars 2009

Le soldat idéal de l'Armée du peuple bivouaque avec les philosophes

Le Figaro, no. 20093 - Le Figaro, vendredi, 6 mars 2009, p. 6
Alors que son budget est en augmentation de près de 15 % en 2009, l'armée chinoise cherche à améliorer son image.

AUX YEUX de ses soldats, Liu Yucheng est la « perfection faite homme ». Un combattant d'élite et un officier au grand coeur, un maître ès technologies qui bivouaque à ses heures avec les philosophes.

Le très officiel China Daily a brossé récemment le portrait du nouveau soldat idéal de l'Armée populaire chinoise (APL). Une prose exaltée mais qui montre assez bien quel virage la Chine veut voir prendre à son armée, quelle image elle veut envoyer au monde aussi. Et ce à l'heure d'une montée en puissance maintenue : Pékin a annoncé mercredi que son budget militaire s'élèverait à 56 milliards d'euros en 2009, soit une hausse de 14,9 % par rapport à 2008. Une augmentation qualifiée de modeste, comparée à celle de l'année dernière, qui était de 17,6 %, mais qui reste des plus conséquentes. Les experts estiment d'ailleurs que le budget réel de la défense chinois - tenant compte notamment des achats d'armements et de la recherche - est deux ou trois fois supérieur à celui annoncé.

Le guerrier parfait est commissaire politique d'une force militaire spéciale appartenant au 42e Groupe de l'armée de terre. Liu Yucheng, qui passe 300 jours par an en dehors de chez lui, maîtrise « toutes les techniques de combat ». L'entraînement est très « risqué », quand il s'agit de nager dans une « mer infestée de requins ». Éprouvant aussi, puisque tous les hommes de sa brigade doivent pouvoir « courir 34 kilomètres lourdement armés, parcourir 20 kilomètres en bateau et nager 10 kilomètres avec armes » la semaine. Plus de 80 % des soldats sont capables de passer d'une spécialité à l'autre. Enfin, 68 d'entre eux ont reçu une formation à l'étranger, 23 ont fait des études supérieures et plus de 300 autres « ont été récompensés dans des compétitions d'arts martiaux ».

Mais le chef militaire est aussi doté d'une profonde empathie pour ses semblables. Il a « aidé des dizaines de soldats dont les familles étaient en difficulté » et « aidé une centaine d'autres à trouver un travail » une fois l'uniforme quitté. Depuis une décennie, Liu Yucheng s'occupe ainsi de la veuve d'un soldat « tué au combat », faisant tous les ans le voyage de Canton jusque dans le Hunan pour lui apporter ce dont elle a besoin.

« La puissance de la pensée »

Mais l'officier est persuadé que la victoire sur le champ de bataille « ne repose pas seulement sur les prouesses militaires ». Et là, on se prend à rêver qu'à l'instar de Liu les officiers de nos vieilles armées enseignent à leurs recrues « les idées philosophiques de René Descartes, Emmanuel Kant et Ernst Cassirer ». Ces auteurs ont donné à la troupe « la puissance de la pensée », et l'aident « à s'adapter aux évolutions de l'art de la guerre contemporain ». Liu, comme l'état-major chinois, a en effet désormais comme priorité les technologies de l'information.

Côté numérisation du champ de bataille, les militaires chinois ont en effet un petit complexe face aux armées occidentales. Un chercheur américain vient ainsi de prédire que la moitié de l'armée des États-Unis serait « robotique » d'ici à 2015. Mais ces unités mi-hommes mi-machines risquent d'être incapables de recevoir le précieux enseignement de Kant.

De La Grange, Arnaud

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lundi 2 mars 2009

Matières premières, M. Hu et le métal rouge - Alain Faujas

Le Monde - Economie, lundi, 2 mars 2009, p. 10

Est-ce parce que Hu Jintao, le président chinois, a arpenté le continent africain début février pour la quatrième fois en cinq ans (en jurant ses grands dieux qu'il n'y venait pas pour ses matières premières et notamment pour le cuivre) ?

Est-ce parce que Pékin s'échine à sauver feu sa belle croissance, en dépensant 450 milliards d'euros notamment dans la construction d'infrastructures (grandes consommatrices de tuyaux et de câbles électriques, donc de cuivre) ?

Est-ce parce que le président Obama essaie de faire pareil aux Etats-Unis en misant 787 milliards de dollars (618,5 milliards d'euros) dans la construction de ponts, de routes, d'écoles, etc. (donc avec du cuivre) ?

Toujours est-il que les marchés se sont mis à regarder avec de tout autres yeux le " métal rouge " qu'ils avaient allégrement massacré au quatrième trimestre 2008, faisant tomber son cours de 6 000 à 3 000 dollars la tonne.

Et si cette avalanche de centaines de milliards de yuans, d'euros, de yens et de dollars parvenait à dégripper le moteur économique mondial ? Et si la demande de câbles électriques et de circuits électroniques repartait comme naguère ? La société Trafigura Beheer, par exemple, s'attend à ce que la Chine, premier consommateur mondial de cuivre, augmente de 37 % ses importations en 2009.

Il a suffi que la rumeur de la fin du destockage chinois en matière de cuivre hante les marchés pour que les prix reprennent 14 % depuis le début de l'année... pour s'affaisser périodiquement, comme vendredi 27 février, où à Londres, la tonne à trois mois est retombée à 3 375 dollars.

" Il est vrai que le cuivre connaît un rebond depuis le début de l'année, reconnaît Hervé Lievore, stratégiste chez Axa Investment Managers, à Londres. En fait, il s'agit d'un retour à la normale après la forte correction d'octobre à décembre. Mais parier sur le plan de relance chinois serait hasardeux. " Car partout, l'immobilier, la voiture et l'électronique se trouvent mal en point.

" Certes, le bureau chinois des réserves stratégiques profitera des bas prix pour faire son marché et reconstituer ses stocks, mais d'autres acteurs se retireront, poursuit M. Lievore. En outre, Pékin va rationaliser ses groupes métallurgiques, ce qui réduira la demande de cuivre. Au mieux, les divers plans de relance maintiendront la demande de ce métal au niveau de 2008. "

L'étonnante vitalité du communisme de M. Hu ne sauvera pas le métal rouge pour l'instant.

Alain Faujas

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dimanche 22 février 2009

VIDÉO - Chine-USA, une guerre sans limite

Un film écrit par Anthony Dufour et Olivier Chopin. Hikari Productions avec la participation de France 5.
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jeudi 19 février 2009

Pékin et Moscou scellent un accord pétrolier de 25 milliards de dollars - Yann Rousseau

Les Echos, no. 20367 - International, jeudi, 19 février 2009, p. 9

La Russie a accepté de livrer, pendant au moins vingt ans, 301.000 barils de brut par jour à la Chine. Une banque publique chinoise va en échange débloquer des crédits pour aider les groupes russes Rosneft et Transneft.

Les groupes pétroliers publics russes ont accepté un prêt à un taux entre 5 et 5,5 % en échange de livraisons évaluées à 160 milliards de dollars.

A quelques jours seulement de l'expiration du délai des négociations, Moscou et Pékin ont réussi à boucler, mardi soir, un accord énergétique crucial, prévoyant la livraison annuelle à la Chine de 15 millions de tonnes de brut russe (301.000 barils par jour) pendant vingt ans en échange de prêts chinois de 25 milliards de dollars. « Les livraisons se feront à des conditions de financement qui conviennent aux deux parties », a soufflé, le vice-Premier ministre russe Igor Setchine à l'issue de sa rencontre avec Wang Qishan, son homologue chinois.

Multiplié les contacts

Les équipes des deux hommes avaient multiplié les contacts ces derniers mois pour tenter de valider dans les temps le volet financier de l'accord évoqué par les deux capitales depuis près de dix ans. Ayant profité de l'envol du prix du baril, la Russie, deuxième plus gros exportateur mondial de brut derrière l'Arabie saoudite, n'avait, pendant longtemps, pas montré grand entrain à débloquer les pourparlers avec son voisin chinois. La Chine cherchait, elle, à renforcer son accès aux réserves russes - elle ne profite pour l'instant que de coûteuses livraisons notamment effectuées par train - pour casser sa dépendance au pétrole du Moyen-Orient (Arabie saoudite et Iran) et d'Afrique (Angola, Soudan). Jusqu'à l'automne 2008, les tarifs et les conditions de crédits offerts par les Chinois étaient, par ailleurs, jugés peu attractifs à Moscou. Depuis, la crise économique et la chute des cours du pétrole ont bouleversé la donne. Très endettés et moins aidés par un Etat confronté à une grave récession, les groupes pétroliers publics russes, qui ne trouvent plus de crédits pour financer le développement de leurs nouveaux projets, ont été contraints de se tourner vers leurs clients potentiels chinois qui peuvent, eux, accéder aux gigantesques réserves de liquidités du pays. Mardi, la partie russe a ainsi accepté un prêt sur vingt ans à un taux évoluant, selon Reuters, entre 5 et 5,5 % en échange de livraisons évaluées au total à 160 milliards de dollars, sur une estimation moyenne du prix du baril fixée à 72,76 dollars.

Projets énergétiques

Les 25 milliards de dollars de prêts débloqués par China Development Bank, la banque d'Etat finançant la plupart des grands projets énergétiques du pays à l'étranger, vont être immédiatement répartis entre les deux géants russes du secteur. Rosneft, le plus grand groupe pétrolier du pays, devrait investir sa part - 15 milliards de dollars - dans ses nouveaux champs sibériens et dans des raffineries. Avec ses crédits chinois de 10 milliards de dollars, Transneft, un opérateur de pipelines, devrait lui accélérer la construction de l'oléoduc géant reliant la Sibérie au Pacifique et ajouter un tronçon de 67 kilomètres entre Skovorodino, dans la région russe de l'Amour, et les installations chinoises de Daqing, où China National Petroleum Company (CNPC) attend les nouvelles livraisons russes d'ici à 2010.

A terme, ce brut sibérien livré par pipeline pourrait couvrir près de 5 % des besoins totaux de la Chine qui, malgré le ralentissement économique, continue de multiplier, partout dans le monde, les prises de contrôle de ressources naturelles pour garantir l'approvisionnement de sa future croissance.

YANN ROUSSEAU DE NOTRE CORRESPONDANT À PÉKIN.

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