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jeudi 19 mars 2015
jeudi 6 octobre 2011
Pascal Bruckner : "Les Verts voudraient passer les menottes à la planète"

L'Express, no. 3144 - L'entretien, mercredi 5 octobre 2011, p. 16-18,20
C'est, d'abord, un livre drôle, tant le bêtisier des ultras de l'écologie est digne de Bouvard et Pécuchet. C'est, ensuite, un livre impitoyable, parce que les prophètes de malheur pèsent sur les décisions politiques et sur le moral des peuples. C'est, enfin, un livre salutaire, parce qu'on intoxique autant les cerveaux de nos enfants avec l'idéologie que leurs corps avec la pollution. Pamphlet au poing, bien aiguisé sur le silex du bon sens, Pascal Bruckner part en guerre contre les cassandres nuisibles dans Le Fanatisme de l'apocalypse (Grasset). Ses arguments sont frappants, son ton est ludique, le résultat est jouissif. Mais le but du philosophe n'est pas de rejoindre les rangs des climato-sceptiques, des accros au CO2 ni des thuriféraires de l'industrie. Il a moins écrit une critique de l'écologie qu'une critique dans l'écologie. Afin que pousse l'écologie de raison, dont dépend notre salut collectif, il faut éradiquer l'écologie de divagation. Bruckner désherbe.
Christophe Barbier
Le fanatisme de l'Apocalypse - Pascal Bruckner
Vous dénoncez une "écologie de divagation", mais n'est-elle pas simplement le symptôme d'une société occidentale qui ne sait pas où elle va, et non la raison de cette errance ?
Le discours catastrophiste porté par l'écologie aujourd'hui est une angoisse de déplacement. Les pays occidentaux portent un regard négatif sur la planète pour justifier leur déclin. Le souci environnemental est universel, la maladie de la fin du monde est européenne et américaine. Expliquer que l'aventure humaine est close, que l'épopée industrielle arrive à son terme, est une manière de disqualifier le développement des pays émergents qui ont l'audace de nous battre sur notre propre terrain. L'ivresse apocalyptique compense la crise que nous traversons.
Retrouve-t-on dans cette écologie les malaises de civilisation que vous avez étudiés auparavant ?
Après la culpabilité vis-à-vis du passé colonial, que j'ai dépeinte dans Le Sanglot de l'homme blanc, et la repentance envers le présent, décrite dans La Tyrannie de la pénitence, je m'attaque ici au remords anticipé de l'avenir. Selon la vulgate verte, nous sommes déjà des criminels sans le savoir, puisque nous préparons un univers suffocant pour nos enfants. Comme dans Minority Report, on fait des générations actuelles les coupables d'un crime qu'elles risquent de commettre. Nous devons être punis pour des faits non encore advenus. Dans le passé, nous avons été des colons, dans le présent, nous sommes des exploiteurs et, dans le futur, des prédateurs. Les trois dimensions du temps sont saturées par un discours crépusculaire. L'homme est coupable, il doit payer.
"Nous n'héritons pas de la planète, nous l'empruntons à nos enfants", dit justement un proverbe indien...
Je suis d'accord : chaque génération doit transmettre un monde viable à la suivante. Ce n'est pas l'écologie en tant que telle que je critique, elle est indispensable, c'est sa dérive cataclysmique. Cette dérive est d'ailleurs visible dans les films catastrophes : on parle dans les instances internationales comme dans les superproductions hollywoodiennes, Independance Day, 2012, Terminator.
Pourtant, le catastrophisme ne fait plus recette, le film de Nicolas Hulot, Le Syndrome du Titanic, a échoué : n'est-on pas en révolte contre l'apocalypse ?
C'est l'effet heureux de la polémique des climato-sceptiques. Nous étions mûrs pour l'annonce d'un réchauffement durable de la planète, mais cela a été présenté comme un dogme face auquel aucune discussion n'était possible. L'affaire Claude Allègre a été un révélateur : si ce qu'il dit est insignifiant, il n'était pas nécessaire de l'attaquer aussi fortement ; la violence des critiques contre lui prouve qu'il a touché un nerf sensible, au-delà de ses erreurs factuelles. La pétition en 2010 de 400 savants demandant au gouvernement de faire taire Allègre est aussi insupportable que les républicains américains tentant de censurer les glaciologues et les climatologues.
Envisager le pire et demander aux sceptiques de faire la preuve que c'est faux, n'est-ce pas un progrès intellectuel, une prime aux cassandres ?
Scepticisme, mot flatteur jadis car il s'opposait à fanatisme, est devenu une injure. L'écologie contemporaine est ici en plein paradoxe : elle conteste la science, le progrès, mais elle veut qu'on reçoive certaines assertions scientifiques comme vérités d'Evangile. Il est légitime d'envisager le pire dans la prévention des catastrophes, mais le principe de précaution est devenu principe de suspicion et d'empêchement. Toute innovation est jugée dangereuse. A la veille de la guerre d'Irak, George Bush déclarait, à propos des armes de destruction massive de Saddam : "L'absence de preuve n'est pas la preuve de l'absence." C'est un sophisme absolu qu'on retrouve dans de nombreux discours. L'utopie d'une société sans risques méconnaît que la science, la médecine sont aussi des actes de confiance : vient un moment où il faut se lancer dans l'inconnu. Après tout, les éoliennes, les panneaux photovoltaïques et même le bio ont leur face dangereuse, comme l'a prouvé l'affaire dite du "concombre tueur". Je m'étonne à ce propos de n'avoir entendu aucun prosélyte du bio faire le moindre mea culpa.
Comment sort-on du principe de précaution ?
Par un concept déjà élaboré par les Grecs, la prudence, l'art de se diriger dans une histoire incertaine. Le principe de précaution voudrait que les générations futures ne connaissent jamais le gouffre du péril. C'est impossible, et nous devrons ajouter le "droit au risque" au principe de précaution.
Qui peut imposer le droit au risque ?
La réalité nous confronte chaque jour à une certaine adversité que nous ne pouvons éluder. Nous ne sommes pas seuls au monde. Les pays émergents n'ont pas le temps de s'enivrer de catastrophisme car leur premier souci est de sortir de la misère, de la faim.
Notre écologisme est-il une ruse pour les contrer ?
Il y a quatre ans, un jeune homme est venu me dire, après une conférence : "Le pire danger, c'est la Chine et l'Inde ; si elles quittent le vélo pour la voiture, nous sommes fichus." Nos nations, dominantes pendant quatre siècles, vivent mal d'être détrônées de leur hégémonie. Le défaitisme est la résidence secondaire des peuples privilégiés qui ont peur de perdre leurs avantages.
L'écologie profonde n'est-elle pas un avatar du rousseauisme ?
›Pour Rousseau, la décadence commence avec la découverte du blé et de la métallurgie. Le blé apporte la propriété privée, la richesse et l'envie. Mais il ajoute que l'état de nature est perdu à jamais. Les écologistes radicaux expliquant que la révolution industrielle est une monstrueuse aberration et qu'il faut choisir la décroissance se calquent sur le discours de la Genèse : l'homme est coupable d'avoir goûté au fruit de la connaissance, il a quitté l'Eden. Il doit régresser sous peine de châtiment suprême.
Etendre à la nature les droits établis pour les hommes, n'est-ce pas un nouvel humanisme ?
Parler de droit de la terre ou des arbres peut induire un contresens : les falaises, les animaux ne peuvent être défendus que par des hommes contre d'autres hommes. On n'a jamais vu un cochon porter plainte ! L'extension de la responsabilité humaine à l'ensemble des êtres vivants est le bon côté de l'écologie, qu'elle a hérité du romantisme. Mais quand Al Gore affirme que "Mère Nature parle haut et clair", il dérape : Mère Nature ne parle pas. C'est nous qui l'interprétons. Il y a une ubris écologique : quelles que soient les catastrophes, l'homme serait responsable de tout, tremblements de terre, tsunamis, inondations relèveraient de sa seule juridiction. C'est l'exact décalque inversé du discours cartésien de l'homme comme maître et possesseur de la nature.
La démographie n'est-elle pas la clef : ne sommes-nous pas trop nombreux dans un jardin trop petit ?
Le commandant Cousteau a dit : "C'est malheureux, mais il faudrait tuer 350 000 hommes par jour pour retrouver l'équilibre." Curieusement, les écologistes ne cessent de nous parler des générations futures, mais ils sont anticonception : Yves Cochet, qui prône la grève des ventres, nous assure qu'un enfant, c'est, en termes de pollution, 627 allers-retours Paris-New York.
La conduite écologique au quotidien n'est-elle pas vertueuse ?
Oui, elle participe d'un certain civisme. Ne pas imposer ses déchets à la communauté, c'est bien. Mais je relève une contradiction étrange dans les recommandations vertes : on dresse un bilan effroyable de la planète, nous serions à cinq ans de la fin du monde, et on nous dit : trie tes déchets, économise l'électricité, c'est bon pour Gaïa. Enormité du diagnostic, dérision des remèdes. La panoplie des petits gestes salutaires est une surestimation des pouvoirs de l'homme. Ma fille m'a dit un jour : "Papa, coupe l'eau quand tu te brosses les dents, sinon tu tues la planète." L'écologie est la prolongation du prométhéisme industriel par d'autres moyens.
La sobriété n'est-elle pas une sagesse ?
Remarquons que les Verts parlent aujourd'hui comme les marchés et les grands argentiers : il faut se serrer la ceinture, rentrer dans la rigueur en raison de la dette. Les premiers, qu'ils le veuillent ou non, sont les porte-parole des seconds, la "sobriété heureuse" de Pierre Rabhi et l'"austérité juste" de David Cameron sont les deux faces d'une même médaille. Une chose est de plaider pour la sagesse des limites ; une autre de la confondre avec la privation, l'éloge infâme de la pauvreté.
Alors, vive l'hyperconsommation ?
La société de consommation a beaucoup de défauts, mais elle est en même temps irréfutable. Quand vous avez manqué de tout, l'abondance des centres commerciaux est un rêve. Pour les Chinois, les Indiens, les Africains, la possibilité de disposer d'un grand nombre de produits et de manger à sa faim n'est pas négociable. Le souci de la qualité et du goût est un progrès des sociétés riches. Mais quand un hebdomadaire, au nom de la sécurité, titre "Manger tue" [Télérama], on a envie de demander aux Somaliens ce qu'ils en pensent.
Cette dérive n'est-elle pas le fait des soixante-huitards, qui ont profité de toutes les abondances et veulent nous en priver ?
L'écologie est devenue l'idéologie dominante dans toutes les générations, car elle rejoint l'angoisse de la survie, portée par l'individualisme démocratique. Nous voulons vivre longtemps, en bonne santé, prémunis de tous les aléas. Nos sociétés auraient semblé un paradis à nos ancêtres, nous sommes protégés du berceau jusqu'à la tombe. Pourtant, plus nous sommes gâtés, moins nous aimons notre monde.
Etre le survivant, le premier homme de la nouvelle ère postapocalypse, n'est-ce pas le nouveau fantasme ?
C'est le mythe de Robinson Crusoé, c'est aussi le survivalisme nord-américain, plutôt d'extrême droite, avec ses têtes brûlées cachées dans l'immensité des forêts et qui attendent la déflagration nucléaire. C'est le rêve d'être le Nouvel Adam, qui changera le cours de l'Histoire après la catastrophe.
Quel sens donnez-vous au choix des Verts pour la présidentielle : Eva Joly plutôt que Nicolas Hulot ?
Ces primaires marquent le triomphe de l'écologie de l'accusation sur l'écologie de l'admiration. Hulot nous a fait découvrir les beautés du monde avec Ushuaia, mais ce n'est pas un homme d'appareil ; avec Joly, on entre dans l'espace du procès. Le péché originel revient par l'empreinte carbone que nous laissons tous. Les Verts voudraient passer les menottes à la planète.
La gauche doit-elle rompre avec les écologistes pour rester fidèle au progrès social ?
Un mouvement qui refuse le progrès et prône ouvertement la régression est-il de gauche ? La question mérite d'être posée. Je remarque simplement que majorité et opposition sont tétanisées devant les écologistes. Regardez José Bové, toujours acquitté depuis qu'il ravage les champs d'OGM : il est intouchable aujourd'hui. Gaïa est sacrée, ses vestales sont à l'abri de tout.
Pascal Bruckner en 6 dates
1948 Naissance à Paris.
1977 Le Nouveau Désordre amoureux (en collaboration avec Alain Finkielkraut).
1983 Le Sanglot de l'homme blanc. Tiers-monde, culpabilité, haine de soi.
1995 La Tentation de l'innocence (prix Médicis).
2000 L'Euphorie perpétuelle. Essai sur le devoir de bonheur.
2006 La Tyrannie de la pénitence. Essai sur le masochisme occidental.
© 2011 L'Express. Tous droits réservés.
mardi 4 octobre 2011
Vincent Perrin : « Des technologies françaises intéressent la Chine »
Les Echos, no. 21030 - International, mardi 4 octobre 2011, p. 8
Vincent Perrin, Le directeur du bureau Ubifrance de Pékin
La Chine va-t-elle réellement augmenter son efficacité énergétique ?
J'ai eu la conviction que les choses changeaient, il y a un an, lorsque le maire de la ville de Wuxi (près de Shanghai) m'a spontanément parlé du bilan carbone de sa ville. Les officiels ne sont plus seulement évalués sur le PIB de leur territoire mais aussi sur l'efficacité énergétique de leurs industries. Et sur le terrain nous rencontrons des opérateurs qui savent très bien ce qu'ils veulent. Car la pénurie d'énergie devient un frein énorme à la poursuite du développement du pays. Mais cela traduit aussi un phénomène de ressenti des populations des grandes villes qu'il faut traiter politiquement.
Pékin a-t-il réellement l'intention de faire appel au savoir-faire étranger ?
Je crois que oui. Cela a été clair sur le plan politique lorsque la Commission nationale pour le développement et la réforme a demandé d'inclure un dialogue spécifique sur cette question dans le cadre du partenariat stratégique entre la France et la Chine. Pour les administrations chinoises, faire appel à l'expertise européenne, c'est se doter de moyens forts dans le dialogue avec les industriels. Les autorités que nous rencontrons veulent également changer les règles de gouvernance, afin notamment de mieux intégrer le calcul des coûts environnementaux. Or la France n'a pas seulement des bons ingénieurs : elle a aussi inventé les concessions de service public, qui, en faisant travailler ensemble le public et le privé, permettent à la population de bénéficier des technologies meilleures pour un prix acceptable.
Quel est l'objectif des rencontres professionnelles de France-Chine Ecocités ?
Nous pensons que la filière verte française pâtit de son manque de structuration. Les PME françaises ne sont pas assez souvent emmenées dans les bagages des grands groupes. Or, pour une PME, venir seule sur le marché chinois est coûteux. Il faut bien compter deux ou trois ans avant d'acquérir des références. Pourtant, la France regorge de petites sociétés extrêmement innovantes. Elles regardent souvent vers le Maghreb ou d'autres destinations proches alors que leur expertise pourrait intéresser fortement les Chinois. De l'éolien offshore aux couches minces de silicium, en passant par les instruments de mesure ultraprécis qui se développent autour de la faculté d'Orsay, la France a des technologies à vendre. Même si l'on fait l'hypothèse que 75 % du marché seront réservés aux entreprises chinoises, les 25 % restants devraient suffire à offrir de belles opportunités au savoir-faire made in France.
Propos recueillis par GABRIEL GRESILLON
© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.
lundi 3 octobre 2011
Ecologie : la France compte saisir sa chance en Chine
Lorsque Wen Jiabao, le Premier ministre, a présenté les grandes lignes du douzième plan quinquennal (allant de 2011 à 2015), il était logique d'opposer un certain scepticisme à ses promesses concernant le développement d'une économie plus verte au regard de ce qui avait été promis dans le cadre du plan quinquennal précédent. Cette fois, il s'agit de diminuer l'intensité énergétique de 16 % et l'intensité carbone de 17 %. Ce qui implique de réorienter la croissance économique vers un modèle plus qualitatif et moins intensif : le PIB est censé croître, en moyenne, de 7 % par an.
Six mois plus tard, la mue est peut-être en train de s'amorcer. L'assagissement de la croissance économique est en cours, même si l'objectif des 7 % semble encore hors d'atteinte. En matière énergétique, la Chine a lancé un vaste chantier pour diminuer la déperdition d'énergie sur son réseau électrique. Devant la perspective d'un doublement de la demande de courant entre 2010 et 2020, elle met les bouchées doubles pour développer des technologies de « réseau intelligent », et prévoit d'investir sur cinq ans l'équivalent de 270 milliards d'euros dans ce seul secteur. Ce qui fait aujourd'hui du marché chinois le nouveau centre du monde pour tous les industriels de ce qu'on appelle le « smart grid ».
Wen Jiabao vient par ailleurs d'effectuer des déclarations pour mettre la pression sur les gouvernements locaux, afin que ceux-ci convertissent réellement en actes les lignes stratégiques décidées par Pékin. Sur le terrain, les industriels qui rencontrent des fonctionnaires locaux sont unanimes : le message est en train de passer. Chaque commission pour le développement et la réforme locale se voit fixer des objectifs propres, déclinaisons du plan national. Et l'avancement de carrière des fonctionnaires chinois tient désormais compte de leur politique environnementale.
Opportunité
Dans ce contexte, la France compte bien pousser ses pions. Dans la production ou l'acheminement d'énergie, le traitement de l'eau ou des déchets, ses grands groupes se positionnent. A l'image d'Alstom, qui vient d'annoncer un partenariat avec le groupe chinois Datang pour développer, sur deux sites dans le nord du pays, des technologies de capture et de stockage du dioxyde de carbone. Chacun devra récupérer un million de tonnes métriques de gaz carbonique par an. Quant aux PME, elles devraient également pouvoir saisir cette opportunité. C'est en tout cas le pari que fait Ubifrance, en organisant pour elles, début décembre, des rencontres d'affaires dans trois villes chinoises (Shenyang, Chongqing et Chengdu). En espérant créer un effet d'entraînement dans toute la filière.
Gabriel Grésillon
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jeudi 22 septembre 2011
REPORTAGE - Nouveau conflit en Chine autour d'un site polluant
Les habitants de Hongxiao, petit bourg au sud-ouest de Shanghaï, pensent avoir remporté une bataille. L'usine de panneaux solaires qu'ils soupçonnent d'avoir pollué la rivière traversant leur village a suspendu son activité depuis lundi 19 septembre. Pour obtenir cet arrêt temporaire, il aura fallu en venir aux poings.
Les trois manifestations qu'ils ont organisées en fin de semaine, aux côtés des résidents des trois bourgs qui jouxtent l'imposant complexe de Jinko Solar, un exportateur coté à la Bourse de New York, ont dégénéré. Les pierres ont volé jusque dans la cantine de l'usine, les portes du bâtiment ont été forcées, quatre voitures de dirigeants de l'entreprise ont été retournées. Pour rétablir le calme dans cette zone mi-rurale, mi-industrielle où d'imposantes usines sont campées au beau milieu des rizières, le gouvernement a appelé des policiers antiémeute.
Dans le Zhejiang, province qui couvre le sud du très productif delta du Yangzi, les progrès économiques sont rapides mais présentent un coût écologique élevé. L'environnement devient une source de tensions politiques, comme l'illustre le soulèvement de Hongxiao. Et comme l'a illustré en août celui de Dalian, dans le nord-est du pays, où des habitants ont obtenu la fermeture d'une usine pétrochimique.
Le gouvernement local de Hongxiao a fini par intervenir, surtout après la découverte à la fin du mois d'août, de poissons morts dans la rivière. L'usine a admis lundi que des déchets contenant du fluorure, un produit toxique à haute dose, avaient été stockés à l'extérieur des bâtiments et qu'une " fuite ", pendant les pluies abondantes de la fin août, avait pollué le cours d'eau.
Aux employés de Jinko, les patrons avaient raconté une version différente. " Dimanche, les chefs de service ont réuni toutes les équipes et expliqué que la pollution avait été causée par une autre usine dont des employés sont venus en douce jeter les eaux usées chez nous ", explique un couple de travailleurs migrants originaires de la province du Henan.
La pollution de l'eau n'est pas la seule inquiétude. Les habitants racontent que les seize cheminées de l'usine, dont une partie a été installée il y a un an, dégagent une odeur nauséabonde. " Ça commence juste après minuit. Et lorsque le vent vient de l'est, c'est terrible. Il y avait d'ailleurs moins de moustiques cet été ", raconte une femme qui vit à quelques mètres du mur qui sépare l'usine du village.
Surtout, les habitants n'en pouvaient plus de n'obtenir aucune information fiable sur l'environnement de leur village. A 60 ans, atteint d'un cancer du poumon, Ma Gensheng n'a pas pu aller manifester. Mais il ne décolère pas : " Je ne saurai jamais si ma maladie est due à l'activité de l'usine mais beaucoup de voisins le pensent ", dit cet homme, enlevant sa casquette pour dévoiler un crâne nu. C'est le seul témoin à donner son nom sans crainte. Les médecins lui ont dit qu'il n'en avait plus que pour quelques mois. " Nous pensons que les produits qu'ils utilisent sont dangereux. L'air empeste et si les poissons sont morts dans la rivière, l'eau ne doit pas être bonne pour les rizières. En plus, l'école primaire est à 100 m de l'usine. " Sa conclusion ? " Jinko doit déménager ! "
Un de ses voisins, Yang Lihua, entrepreneur de 42 ans, fait partie de ceux qui ont été arrêtés pour avoir appelé les familles à se rassembler pour faire entendre leur colère. Les autorités de Haining, la municipalité à laquelle est rattaché le bourg, ont annoncé mardi que 31 personnes étaient en détention depuis les manifestations.
31 victimes de cancers
Un homme est retenu au commissariat pour avoir " répandu des rumeurs " : il aurait avancé le chiffre de 31 victimes de cancers dans les quatre villages environnants depuis 2006. Or bon nombre d'habitants sont persuadés que ce chiffre est réel, bien qu'ils ne parviennent pas à citer les noms de tous les malades.
" La police a arrêté des gens au hasard ce week-end. Pourquoi protège-t-elle l'usine et pas nous, les villageois, alors que nous avons plusieurs fois dénoncé cette pollution ?, s'énerve une jeune femme. C'est pour cela que nous nous en sommes également pris aux véhicules de police. " Chaque soir, des agents bloquent l'accès à la rue où se trouve l'entrée de l'usine, empêchant les journalistes chinois d'y accéder. L'explication est évidente aux yeux de cette femme : l'entreprise étant de loin le premier contribuable au budget du gouvernement local, les officiels se plient à ses demandes.
Zhang Longgeng, directeur financier de Jinko Solar, temporise : " En tant qu'entreprise cotée, nous assumerons nos responsabilités. Nous nous préoccupons de la santé des gens et coopérons pleinement avec le gouvernement local. " Il précise que l'entreprise dispose d'un système de traitement des eaux et ne relâche jamais ses eaux usées sauvagement.
" Quant au nombre de cancers, les autorités ont démenti, la personne qui a lancé la rumeur a été arrêtée, dit M. Zhang. Certains villageois veulent donner de l'importance à l'histoire des poissons morts. Nous ne savons pas pourquoi ils s'en prennent à Jinko. "
Harold Thibault
© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.
mercredi 7 septembre 2011
La Chine s'en prend à l'exploitant américain après une pollution pétrolière en mer
Trois mois après le début d'une fuite sur un champ pétrolifère en mer de Bohai, la Chine s'en prend à la compagnie américaine chargée de son exploitation : ConocoPhillips. L'administration des affaires océaniques avait donné jusqu'à la fin août au groupe pétrolier pour achever les opérations de nettoyage et colmater une fuite qui continuait de dégager du pétrole depuis un incident survenu le 4 juin sur Penglai 19-3, l'un des principaux champs au large du pays.
Après le déversement de 3 200 barils de pétrole dans ce golfe du nord-est de la Chine - selon les estimations de l'entreprise -, celle-ci annonçait, le 31 août, avoir rempli sa mission. Or, deux jours plus tard, les officiels chinois affirmaient avoir constaté, notamment par satellite et robots sous-marins, que " le fond marin - n'était - pas complètement nettoyé " et que " la nappe - continuait - de se déverser ".
En concluant que ConocoPhillips " n'a pas agi de manière responsable comme le doit un opérateur prudent et raisonnable ", l'Etat chinois a exigé l'arrêt immédiat de l'exploitation du champ.
Un porte-parole du groupe américain confirme que les opérations ont bien cessé, dimanche 4 septembre, suite à cet ordre, tout en estimant que l'entreprise avait fait preuve de transparence en informant au plus vite les autorités, ainsi que son partenaire, l'entreprise publique China National Offshore Oil Corporation (CNOOC). Cette dernière, actionnaire majoritaire de l'entreprise d'exploitation, estime la perte occasionnée à 62 000 barils par jour.
De moins en moins docile
Sous la pression de l'opinion publique, des organisations environnementales ainsi que de pêcheurs, qui commencent à établir la facture, l'Etat tient à montrer que la compagnie pétrolière a abusé de sa patience. L'administration aurait déjà choisi quatre cabinets d'avocats pour lancer une action en responsabilité civile et exiger une indemnisation supérieure à 11 millions d'euros.
Les journaux chinois s'en prennent, eux aussi, au géant américain. Parmi les plus virulents, Le Quotidien du peuple, lequel, dans son édition de lundi, accusait ConocoPhillips d'avoir dissimulé l'incident aussi longtemps que possible - le grand public a d'abord été informé grâce à un internaute anonyme -, puis d'avoir menti en annonçant que les nappes étaient " quasiment nettoyées ". " Le contraste est net entre la sensibilité de l'entreprise lorsqu'il s'agit de son image et sa légèreté concernant l'environnement maritime de la Chine ", estime l'organe du comité central du Parti communiste.
" L'attitude de ConocoPhillips a causé de gigantesques pertes aux pêcheurs, s'inquiète Liu Jinmei, du Centre d'assistance juridique aux victimes de la pollution. Mais certaines organisations non gouvernementales considèrent que, en tant qu'actionnaire à 51 %, CNOOC doit également, dans une certaine mesure, être tenu responsable. "
Or la virulente campagne médiatique lancée contre son partenaire américain épargne cet empire pétrolier chinois, propriété du gouvernement central. Pour Lin Boqiang, directeur du Centre de recherche en économie de l'énergie de l'université de Xiamen, la responsabilité principale incombe naturellement à ConocoPhillips, chargé des opérations d'exploitation de Penglai 19-3, mais CNOOC " est également engagé juridiquement et financièrement ".
Selon le professeur Lin, la fuite a mis en avant certaines failles au sein de l'Etat, qui n'a pas informé les citoyens avant la fin juin : " L'administration des affaires océaniques a aussi des torts, par exemple en termes d'information du public. Disons qu'elle manque d'expérience de la gestion de crise. " Pour l'avenir, l'universitaire suggère, non sans audace, de créer une agence de supervision indépendante de l'Etat.
Harold Thibault
PHOTO - This photo taken on July 26, 2011 shows Chinese officials inspecting a polluted beach in Leting, in northern China's Hebei province, after an oil sludge washed ashore. The US oil giant ConocoPhillips behind the huge spill off China said on September 5, 2011 it had halted production at the oilfield in line with a government order, as an influential Chinese newspaper accused it of a cover-up.
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lundi 29 août 2011
Le mauvais état des barrages chinois inquiète les experts
Le Monde - Environnement & Sciences, lundi 29 août 2011, p. 9
Des dizaines de milliers de digues et de barrages chinois, destinés pour la plupart à l'irrigation, sont en mauvais état et présentent une menace pour les récoltes, mais aussi pour les populations, a révélé, jeudi 25 août, l'hebdomadaire China Economic Weekly, qui dépend du très officiel Quotidien du peuple.
L'article fait état d'une accélération, depuis cet été, des efforts de rénovation en cours, programmés depuis 2008 dans le cadre d'un plan destiné à mieux protéger les ressources en eau.
Les 40 000 digues et barrages concernés, sur les 87 000 que compte la Chine, ont presque tous été construits dans les années 1950 et 1970. Dans 60 % des cas, la rénovation doit être financée par les gouvernements locaux. Or le manque de fonds ou le fait que les autorités locales considèrent qu'elles ont d'autres priorités, sans compter la corruption, sont un frein à ces opérations. Un quart des villes chinoises est situé en aval de ces " barrages fragiles ", alerte l'article.
Ce cri d'alarme, lissé par la censure, cache une réalité encore plus inquiétante. Début juillet, l'hebdomadaire Nanfang Zhoumo, qui parvient souvent à publier ses enquêtes avant les instructions de la propagande, avait révélé les préoccupations de certains experts chinois au sujet de l'état de plusieurs ouvrages, dont nombre de grands barrages hydrauliques construits ces dernières années.
Ces experts ont exposé leurs inquiétudes lors de la conférence annuelle du Comité national chinois sur les grands barrages, le 18 juin à Yichang, la ville où est situé le barrage des Trois-Gorges. Divers dysfonctionnements et incidents y ont été détaillés, à l'aide notamment de photos qui ont " choqué l'audience et les médias présents ", rapporte le Nanfang.
Ainsi, certains tunnels ou " bras de décharge " de plusieurs grands barrages ont été endommagés, ou complètement détruits, lors d'inondations ou dans d'autres circonstances, les rendant extrêmement vulnérables. C'est le cas du déversoir du barrage Sanbanxi, dans la province du Guizhou, qui s'est effondré treize heures seulement après sa mise en service, ce qui aurait pu conduire à une catastrophe en cas de crue.
Matériaux défectueux
Le barrage Jinghong, sur une section chinoise du Mékong, dans le Yunan, a vu un bras de décharge d'urgence (qui permet d'évacuer une crue) céder à deux reprises lors d'inondations. Selon Zhou Jianpiing, ingénieur en chef d'un bureau d'études, ces incidents sont le fruit de normes insuffisantes, de défauts grossiers de conception et de construction, de l'absence de supervision et de contrôle de qualité, et même de matériaux de construction défectueux.
D'autres experts indépendants tirent depuis des années la sonnette d'alarme, notamment au sujet des barrages géants du Haut-Yangzi. Non seulement plusieurs de ces ouvrages sont situés à proximité de failles sismiques, mais la complexité de l'environnement des contreforts du Tibet exige des études bien plus poussées que celles qui ont été effectuées, estiment-ils.
L'enquête du Nanfang Zhoumo critique la mentalité du " grand bond en avant " qui préside, entre autres, à la construction des grands barrages. Parallèlement, l'éditorialiste Hu Shuli, sur le site Caixin, dénonce " ce système malade qui a enfanté un tel modèle de développement du grand bond en avant ". Elle critique la fièvre qui a saisi le pays et s'est manifestée à travers l'exemple de l'accident du TGV chinois du 23 juillet. Il est temps, écrit-elle, de l'éradiquer, avant qu'elle ne frappe à nouveau.
Brice Pedroletti
© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.
mercredi 24 août 2011
Des produits toxiques dans des vêtements de marque - Aude Sérès
Le Figaro, no. 20857 - Le Figaro, mercredi 24 août 2011, p. 11
Quatorze grandes griffes prisées des ados sont accusées par Greenpeace d'utiliser des substances néfastes pour l'organisme dans la fabrication de leurs habits.
De quoi effrayer potentiellement les ados branchés et soucieux d'écologie ainsi que leurs parents. Hier, l'organisation écologiste Greenpeace a, publié une étude intitulée « Dirty Laundry 2 », pointant du doigt les vêtements de quatorze grandes marques, accusés de contenir des traces de substances chimiques toxiques susceptibles de porter atteinte aux organes de reproduction. Or la plupart de ces marques concernées sont réputées, chères et fort prisés par les jeunes : Calvin Klein, Adidas, Ralph Lauren, Abercrombie & Fitch, Lacoste, Converse... Il s'agit également de marques meilleur marché, mais tout aussi populaires, comme H & M ou Uniqlo.
Produit incriminé : l'éthoxylate de nonylphénol, détectés par l'organisation écologique dans deux tiers de ces échantillons produits en Chine et achetés dans 18 pays. Des produits chimiques fréquemment utilisés comme détergents dans de nombreux processus industriels et dans la production de textiles naturels et synthétiques. Mais une fois ces vêtements lavés, les produits déversés dans les eaux usées se décomposent en nonylphénol (NP), un sous-produit très toxique. « Le nonylphénol est un perturbateur hormonal », souligne Greenpeace, précisant que dispersé dans l'eau, il peut contaminer la chaîne alimentaire.
Les parents relativisent
En s'accumulant au sein des organismes vivants, ces produits menacent en effet leur fertilité, leur système de reproduction et leur croissance. « Rien ne permet de penser que les niveaux de NPE mesurés présentent un risque direct pour les personnes portant ces vêtements », rassure cependant Greenpeace. Il n'empêche, le risque pour l'environnement, notamment en Asie est réel, insiste l'organisation écologique, demandant une prise de conscience des marques concernées.
Clément, 20 ans, soucieux de l'environnement comme beaucoup de jeunes de son âge, s'inquiète, « Après les problèmes liés à la nourriture, voilà qu'on nous apprend que les vêtements que l'on porte peuvent potentiellement rendre stérile. » Et demande plus de communication de la part des marques avant d'abandonner ses vêtements favoris...
Même discours chez Valentine, 18 ans, qui estime que « si même les habits réputés de bonne qualité contiennent des substances toxiques, on ne sait plus à qui se vouer ! ». Plus sereins, les parents relativisent. Comme Stéphanie, mère de cinq enfants, dont plusieurs ados friands de ces marques... « L'information sur quatorze marques est perturbante, car elle laisse à penser que les autres marques sont aussi incriminées, souligne-t-elle. Certes, ils sont conscients des enjeux écologiques, mais dans ces cas-là, on ne peut plus rien porter ! Je préfère me concentrer sur des messages importants pour mes enfants, comme l'alcool ou la drogue. » Quant à Stéphane, père de deux ados, il refuse de sombrer dans la psychose et se dit « serein sur ce sujet et refuse de tomber dans la paranoïa générale. »
De leur côté, les marques déclarent prendre ce problème à coeur. Au siège d'Adidas en Allemagne, on affirme qu'il s'agit du problème de l'industrie textile dans son ensemble. « Nous avons entamé des discussions avec plusieurs grands groupes pour abaisser le taux de substances toxiques présentes dans les vêtements », explique un porte-parole du groupe. À la suite d'un premier rapport publié le mois dernier sur la pollution des fleuves chinois, Puma et Nike se sont engagés à éliminer de leurs processus de fabrication toute substance chimique toxique d'ici à 2020.
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jeudi 18 août 2011
En Allemagne, le secteur du solaire photovoltaïque pâtit de la concurrence chinoise
En Allemagne, le secteur du solaire photovoltaïque pâtit de la baisse des aides et de la concurrence chinoise
Le secteur photovoltaïque allemand pourrait être le grand perdant du tournant énergétique décidé par Berlin à la suite de l'accident nucléaire de Fukushima, le 11 mars.
La branche solaire, un des symboles de l'énergie verte dont le développement est encouragé par le gouvernement fédéral, subit actuellement une crise que l'annonce de la faillite du constructeur américain Evergreen Solar, mardi 16 août, a rendue plus tangible encore. L'ÖkoDAX, l'indice boursier des valeurs du secteur des énergies renouvelables, a accusé le jour même un repli de 2,8 %. Signe que les investisseurs craignent un effet de contagion sur le marché allemand.
L'un après l'autre, les constructeurs de technologies photovoltaïques ont en effet annoncé des résultats désastreux au deuxième trimestre. Notamment Q-Cells. Il y a quelques mois encore, cette entreprise basée en Saxe-Anhalt, dans l'est du pays, était considérée comme l'un des piliers de la branche, sacrée en 2009 " business de l'année ". Aujourd'hui, le groupe s'enfonce dans le rouge avec une perte de 335 millions d'euros entre avril et juin. Il a annoncé une réduction de 50 % de ses capacités de production en Allemagne et une délocalisation en Malaisie.
Ses concurrents ne se portent guère mieux. Le constructeur de modules solaires SOLON a accusé une perte de 63 millions au premier semestre. Phoenix Solar, dont les entrepôts débordent de marchandise invendue, a vu son chiffre d'affaires reculer de 60 % par rapport à 2010. Conergy, basé à Hambourg, a certes vu son chiffre d'affaires progresser de 40 %, mais il affiche une perte nette de 13,5 millions d'euros. Seul le groupe de Bonn, SolarWorld, revendique un bénéfice de 22,4 millions, mais encaisse une nette réduction de son volume d'affaires au premier semestre, passant de 608 à 535 millions d'euros.
Les fabricants invoquent une série de facteurs pour justifier ces mauvais résultats, eux qui devaient être les héros de la révolution verte allemande : hausse du coût des matières premières comme le silicium; baisse des subventions. Comme en France, les compagnies d'électricité allemandes sont tenues de racheter l'électricité produite par toutes les installations photovoltaïques à un prix fixé par l'Etat, le surcoût étant répercuté sur la facture du consommateur. Au début de l'année, Berlin a ramené ce tarif de rachat de l'électricité solaire de 33 à 28,74 centimes le kilowattheure.
Mais les constructeurs de panneaux solaires subissent surtout la concurrence venue de Chine, dans un contexte de ralentissement de la demande. L'Allemagne, premier marché photovoltaïque du monde, avec près de 54 % du total des panneaux installés, n'a pas pu résister à la pression des prix. Aujourd'hui, un panneau solaire sur deux installé en Allemagne est chinois. Selon une étude du cabinet IMS Research, d'ici à la fin de l'année, 85 % des cellules photovoltaïques fabriquées dans le monde devraient l'être en Asie.
Ce phénomène ne touche pas seulement l'Allemagne. Partout en Europe, les subventions accordées au secteur se révèlent trop coûteuses. La France a ainsi décidé une baisse du tarif de rachat de l'électricité d'origine solaire et un plafonnement des nouvelles capacités installées à 500 mégawatts (MW) par an jusqu'en 2020. Même chose en Espagne, qui a réduit en janvier de 30 % les primes accordées à l'industrie. L'Italie a également limité les aides.
Pour les experts, les entreprises allemandes, en crise, n'ont pas su anticiper les développements actuels. Grâce aux subventions et à la forte demande intérieure, elles ont pendant longtemps retardé la baisse de leurs coûts de production. Aujourd'hui, la restructuration forcée de la branche solaire pourrait bien perturber l'image du secteur des énergies renouvelables, considéré jusqu'ici comme un réservoir d'emplois dans le pays.
Une étude de l'Ecole supérieure de technique et d'économie de Berlin (HTW) a récemment douché les espoirs politiques de voir les emplois dans cette branche compenser les pertes du secteur des énergies conventionnelles.
Selon le professeur Wolfgang Hummel, auteur de l'étude, de plus en plus d'emplois liés aux énergies vertes sont transférés à l'étranger, alors que ceux de la filière conventionnelle ont commencé leur décrue à la suite de l'abandon programmé du nucléaire : jusqu'à 11 000 postes doivent être supprimés chez E.ON, le premier électricien allemand.
Cécile Boutelet
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mardi 16 août 2011
ÉDITORIAL - Quand une Chine verte s'éveillera
Le Monde - A la Une, mardi 16 août 2011, p. 1
Le président chinois, Hu Jintao, a beau s'être converti au développement durable et prôner la " civilisation écologique ", la réalité a du mal à suivre. La Chine n'est pas devenue, en quelques années, l'usine du monde sans faire payer à l'environnement un prix très lourd.
Marées noires, pollution des eaux et des fleuves, déchets toxiques de toutes sortes, traitement des ordures insuffisant, industrie minière et pétrochimie peu scrupuleuses témoignent sans cesse que l'écologie ne fait pas - encore - partie des priorités. En dépit des mises en garde de l'Agence chinoise pour l'environnement, les autorités se complaisent le plus souvent dans le déni, l'inaction et la dissimulation.
La victoire que viennent de remporter les habitants de Dalian, une ville de 6 millions d'habitants dans la province de Liaoning, n'en est que plus symbolique. Dimanche 14 août, des milliers de manifestants sont descendus dans les rues pour protester contre les risques liés à un vaste complexe chimique installé à quelques kilomètres du centre-ville et qui s'est trouvé menacé, voilà quelques jours, par une violente tempête tropicale. Les autorités ont ordonné la fermeture et le déménagement de l'usine.
Ce n'est pas tout à fait une première. S'ils sont le plus souvent censurés, des centaines de conflits et de manifestations ont lieu, chaque année, dans les zones rurales pour dénoncer les risques environnementaux et sanitaires d'une industrialisation à marche forcée. Des conflits similaires atteignent désormais les grandes villes, comme à Xiamen en 2007, à Shanghaï en 2008, à Canton en 2009.
Ces protestations sont menées par une classe moyenne, certes privilégiée, mais gagnée par un sentiment d'insécurité écologique croissant et par le syndrome Nimby : " Not in my backyard " (" pas dans mon jardin "). En outre, à Dalian, comme dans d'autres situations comparables, l'exaspération des habitants contre l'indolence ou la complaisance des pouvoirs publics est désormais explicite et publique.
La collusion entre industriels et responsables politiques, la corruption qui l'accompagne sur le plan local ou national et l'impunité dont elle bénéficie le plus souvent, ont suscité une suspicion généralisée. La tragédie ferroviaire du 23 juillet, tant bien que mal étouffée par les autorités, a achevé de convaincre l'opinion publique que le système continue de privilégier les investissements et la croissance à tout prix, sans se soucier de la santé ou de la vie des citoyens.
La fermeture et le déplacement du complexe pétrochimique de Dalian soulève déjà de nombreuses questions de faisabilité et de financement. Mais ce précédent - ajouté à la prise de conscience récente, en Chine, des risques de l'industrie nucléaire, après la catastrophe japonaise de Fukushima - va rendre plus difficile les nouvelles implantations de sites industriels. L'éveil de la " Chine verte " est trop lent, sans doute, pour les défenseurs de l'environnement. Mais elle se met en marche, à l'initiative des citoyens.
En Chine, des manifestants obtiennent la fermeture d'une usine pétrochimique
Plusieurs dizaines de milliers d'habitants se sont rassemblés dimanche 14 août vers 11 heures, au centre de Dalian, une métropole industrielle du nord-est de la Chine, afin d'exprimer leur colère face aux risques de pollution liés à un gigantesque complexe pétrochimique situé à moins de 20 km du centre-ville. Les photos diffusées sur Internet montrent beaucoup de jeunes, mais aussi des familles avec des enfants. Sur une image, une fillette vêtue d'un tee-shirt jaune, juchée sur les épaules de son père, brandit une feuille de papier où est écrit " PX out ! " (" dehors le PX ! ").
PX désigne le paraxylène, un dérivé du benzène très toxique qui entre dans la fabrication des polyesters. L'usine du géant local Fujia, un groupe privé très présent aussi dans l'immobilier, en produit 700 000 tonnes par an depuis 2009, en bordure de mer.
Cette éruption de colère citoyenne, qui semble avoir pris par surprise les autorités locales et a largement été censurée dans la presse, a été déclenchée par l'incident survenu lundi 8 août, lors du passage de la tempête tropicale Muifa sur la péninsule où se trouve l'ancienne Port-Arthur, en mer Jaune. Selon la presse chinoise, des vagues de 20 m de hauteur avaient alors éventré à deux endroits la digue à moitié construite qui protégeait l'usine de PX. Une vingtaine de réservoirs de produits toxiques étaient menacés par les eaux. La catastrophe avait été évitée de justesse grâce à la mobilisation d'un millier de pompiers et de soldats.
En moins d'une semaine, les réseaux sociaux en ligne se sont animés, appelant discrètement à une " promenade dominicale " comme celle qui avait rassemblé des milliers de personnes en 2007, dans la ville de Xiamen, à l'autre bout de la Chine : l'événement constitua à l'époque le premier cas en Chine, à telle échelle et dans une grande ville, du syndrome NIMBY, pour " Not in my backyard " (" pas de ça chez moi "). Or, les gens de Xiamen protestaient justement contre l'implantation d'une usine de PX à la périphérie de leur ville. Qu'ils avaient réussi à faire annuler.
Réveiller les consciences
" Avant la tempête, peu de gens à Dalian savaient ce qu'était le PX et quels étaient ses risques. Nous les avions pourtant signalés au gouvernement municipal en décembre 2010, qui n'a pas pris en considération nos suggestions ", explique l'animateur d'une association locale de protection de l'environnement, qui souhaite rester anonyme. Selon lui, ce genre de production doit en principe être situé à plus de 2 km des côtes, contre à peine 50 m dans le cas de Dalian.
L'explosion d'un oléoduc appartenant à Petrochina, en juillet 2010, dans une autre zone d'industrie pétrochimique de Dalian, ainsi que la catastrophe de Fukushima au Japon, ont elles aussi " réveillé la conscience des gens ", estime cet interlocuteur. L'incident de 2010 aurait pu être bien plus grave pour les riverains : le réservoir qui a pris feu était situé à quelques centaines de mètres d'une des principales réserves stratégiques de pétrole chinoises.
En outre, Greenpeace estime que la marée noire qui en a résulté fut 40 fois supérieure aux estimations officielles - la lumière n'a jamais été faite sur ce point. L'usine du groupe Fujia aurait, selon le quotidien Nanfang Dushi Bao de Canton, commencé sa production en juin 2009, alors même qu'elle n'a reçu l'approbation, pourtant obligatoire, de l'agence de l'environnement de la province qu'en avril 2010. Tout comme, signale un expert, un grand nombre de projets en Chine - et souvent les plus prestigieux et les plus coûteux.
Dimanche à Dalian, la pression de la rue a fait céder le gouvernement municipal : celui-ci a promis dans l'après-midi de faire arrêter immédiatement la production de l'usine et de la faire déménager. Avec, espèrent les écologistes, davantage de transparence. " C'est un processus compliqué, il faudra des procédures d'approbation du nouveau site, des négociations sur les indemnisations éventuelles pour l'usine. Cela peut durer longtemps ", prévient l'avocat Xia Jun, qui a tenté de défendre, en 2010, les pêcheurs sinistrés par la marée noire.
Brice Pedroletti
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lundi 13 juin 2011
REPORTAGE - A Taizhou, le recyclage très polluant des " e-déchets "

Le Monde - Environnement & Sciences, mardi 14 juin 2011, p. 10
Lorsque les villes de la province du Zhejiang se sont spécialisées chacune dans une industrie, Wenzhou a pris les chaussures. Taizhou a fait un choix plus malheureux en se focalisant sur le traitement des déchets, industriels et électroménagers tout d'abord, puis électroniques avec l'avènement de l'ordinateur. Une erreur dont elle paye aujourd'hui le prix écologique et sanitaire. Selon certaines estimations, plus de 2 millions de tonnes de " e-déchets " venus de Chine et du monde entier sont démantelés chaque année autour de cette ville, située à 400 kilomètres au sud de Shanghaï. L'activité ferait vivre 60 000 personnes.
Une étude réalisée par des chercheurs chinois et publiée mardi 31 mai dans la revue Environmental Research Letters, éditée par l'Institut de physique de Londres, apporte une nouvelle preuve des dangers du démantèlement de ces déchets électroniques. L'émission de polluants tels que des métaux lourds (plomb, cadmium, arsenic, etc.) lors du procédé expose à la contamination les sols, les cours d'eau environnants mais également l'air ambiant.
Les résultats de l'étude réalisée à Taizhou montrent que l'air inhalé provoque dans certains cas " des réactions inflammatoires et un stress oxydant qui peuvent endommager l'ADN et être à l'origine de cancers ", a expliqué l'un des auteurs de l'étude, le professeur Yang Fangxing, de l'université du Zhejiang. Le risque de maladies cardio-vasculaires est également évoqué.
" Les habitants de la zone doivent essayer de rester le moins possible au contact des polluantset les procédés utilisés par les industriels du recyclage être encadrés ", réclame le professeur Yang.
Le gouvernement de la province du Zhejiang a annoncé, lundi 30 mai, l'arrestation de 74 personnes au terme d'une opération de deux mois de lutte contre la pollution liée à ces unités de démantèlement, ainsi qu'aux usines de batteries électriques au plomb. Des violations des normes environnementales ont été constatées dans 148 entreprises.
L'opération a donné un coup de frein au recyclage sauvage, mais n'y a pas mis un terme. Dans le petit atelier de démantèlement d'ordinateurs et d'appareils électroménagers de M. Hu - qui, par prudence, préfère ne pas donner son nom intégralement -, l'activité poursuit son rythme. Les ouvriers démontent et trient à même le sol, sans masques, entre des piles de claviers, de cartes mères d'ordinateurs et les pièces détachées de tous les appareils électriques qui caractérisent le foyer moderne. " Les ordinateurs, dit-il, viennentde Chine, du Japon mais aussi d'Europe. "
Il a entendu parler d'un ouvrier empoisonné dans l'une des plus importantes usines, où l'on traite aussi bien l'écran d'ordinateur que le moteur de bateau. Mais à part cela, " l'information sur les dangers de mon métier reste quasi inexistante ", confie le jeune homme, arrivé voici un an de la province du Jiangxi pour créer sa petite entreprise avec un associé.
Des cartes-mères au wok
Les contrôles ont simplement incité les recycleurs à se faire plus discrets. Les monceaux de vieux ordinateurs, téléviseurs et autres qui ont fait le succès économique de Taizhou sont un peu moins visibles. Le manque de volonté des entrepreneurs dont l'enrichissement repose sur la pérennité de cette industrie polluante et le peu d'information fournie aux ouvriers plutôt préoccupés par la survie de leurs emplois sont un obstacle à un réel changement.
A quelques rues de l'atelier de M. Hu, des travailleurs s'affairent autour d'un camion surchargé de paille d'aluminium récupérée des mécanismes de climatiseurs. Deux d'entre eux ont grimpé au sommet à l'aide d'une échelle en bambou afin de tasser et si possible de charger l'engin un peu plus encore. M. Lou, 45 ans, aide aussi. Il sait bien que le gouvernement s'attaque ces temps-ci à l'étape du brûlage lors du recyclage, une source de pollution majeure à Taizhou, où il était encore commun jusqu'à peu de faire frire des cartes mères au wok afin d'en éliminer le plastique et de récupérer le cuivre.
" La pollution, c'est d'abord une question de catégories, professe-t-il, philosophe. Le gouvernement peut décider que faire fondre cet aluminium pollue mais moi, je ne le pense pas. " Grâce au brûlage de cette cargaison dans un four, dont M. Lou préfère garder l'emplacement secret, les mécanismes des climatiseurs démantelés deviendront peut-être des béquilles de motos.
Dans les petites unités de démantèlement de Taizhou, le " recyclage " ne répond à aucune norme précise. Et personne ne croit vraiment que cela pourrait changer. Les campagnes lancées par les autorités ébranlent temporairement l'activité. Mais il suffit de patienter. " De vieux ordinateurs en provenance de France ? Impossible d'en trouver ces temps-ci, mais essayez de revenir dans quelques mois ", suggère une ouvrière, d'un air entendu.
Harold Thibault
Le volume des ordures explose en Chine, leur traitement ne suit pas
Les autorités chinoises ne doivent pas seulement s'adapter aux nouveaux modes de consommation des ménages, elles doivent aussi faire face aux déchets qu'ils engendrent. Alors qu'en 1980 les municipalités chinoises collectaient 30 millions de tonnes d'ordures en une année, l'Association de l'industrie pour la protection de l'environnement estime que 238 millions de tonnes de déchets ménagers ont été produits dans le pays en 2009. Or la capacité des infrastructures de traitement n'a pas suivi et se limite pour l'instant à 112 millions de tonnes par année.
Dans son douzième plan quinquennal, adopté en mars 2011, la Chine s'est fixé pour objectif d'établir un " système de collecte et de recyclage des ordures triées ". Le gouvernement central s'est engagé à traiter 80 % des déchets ménagers d'ici à 2015. Dans les faits, la tâche se traduit par l'installation massive d'incinérateurs, plus efficaces mais plus onéreux que les décharges d'enfouissement. Leur construction se heurte fréquemment à l'opposition de populations locales inquiètes des émanations toxiques et des odeurs.
Manifestations
Le dernier conflit en date s'est déroulé à Wuxi, dans la province du Jiangsu, à l'est du pays, où des habitants ont monté des tentes devant un incinérateur dont la construction fut lancée en 2007. Son démarrage, d'abord le 13 janvier puis au mois d'avril pour une série de tests, a suscité des manifestations de résidents et de paysans inquiets des retombées de dioxine sur leurs champs. Sur le site Renren, un blogueur décrit des scènes de confrontation avec des policiers, tandis que des photos de manifestants en sang circulent sur le Web.
Un autre défi majeur est la gestion des déchets industriels et des gravats des chantiers dans un pays où l'immobilier est en pleine expansion. Avec deux milliards de mètres carrés bâtis chaque année, la Chine consomme 40 % du ciment et des métaux de construction de la planète. Zhang Renyu, le directeur de l'Institut des matériaux d'ingénierie de l'Académie chinoise de recherches sur la construction, expliquait récemment au Global Times qu'au moins 500 tonnes de gravats sont produites pour 10 000 mètres carrés construits.
Or si les gouvernements locaux désignent des décharges et usines de traitement, celles-ci sont trop éloignées des centres urbains au goût des promoteurs et de leurs cocontractants, qui préfèrent économiser sur le coût du transport. Zhang Renyu estime ainsi que le taux de recyclage des déchets de construction ne dépasse pas 20 % environ dans les grandes villes chinoises.
PHOTO - Guiya, e-dépotoir
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La Chine est devenue en 2010 le premier consommateur d'énergie de la planète
La demande mondiale a augmenté de 5,6 %, selon le rapport annuel de la compagnie pétrolière BP.
La Chine est devenue, en 2010, le premier consommateur d'énergie de la planète, devant les Etats-Unis. C'est l'un des principaux enseignements du rapport annuel de BP (« BP Statistical Review of World Energy 2011 ») publié, mercredi 8 juin, par la compagnie pétrolière britannique. Ce rapport annuel souligne aussi que la demande d'énergie primaire dans le monde a augmenté de 5,6 % - la plus forte progression en pourcentage depuis 1973 - en raison de la reprise économique qui a suivi la crise financière de 2008-2009.
Le combat des deux premières puissances économiques se lit aussi dans l'énergie, même si la consommation par habitant est encore quatre fois supérieure aux Etats-Unis. Ce fossé mettra encore du temps à se combler, mais la Chine l'a déjà fait au niveau global. En 2000, elle consommait deux fois moins que les Etats-Unis, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), qui estimait en 2010 qu'elle était déjà passée au premier rang.
En 2010, la demande de la Chine a grimpé de 11,2 % (3,7 % aux Etats-Unis), absorbant un cinquième de l'énergie consommée dans le monde (20,3 %), juste devant les Etats-Unis (19 %) et très loin devant la Russie (5,8 %) et l'Inde (4,4 %). Que son appétit pour les énergies fossiles (et aujourd'hui renouvelables) l'ait ainsi propulsée au premier rang n'est pas une surprise : elle était déjà devenue le premier émetteur de CO2, devant les Etats-Unis, en 2006; et la deuxième économie mondiale, devant le Japon, en 2010.
La croissance de la Chine n'explique pas tout. Son appareil productif n'a pas été totalement modernisé et son économie affiche encore une forte intensité énergétique (la consommation d'énergie par point de produit intérieur brut). Pékin s'est engagé dans une politique volontariste pour améliorer la situation et réduire ainsi ses émissions de CO2, notamment en remplaçant nombre de vieilles centrales au charbon par des chaudières plus performantes. Mais le pays consomme encore 48,2 % du charbon extrait dans le monde.
Le « boom » énergétique chinois ne doit pas faire oublier que la demande a été très soutenue ailleurs, surtout dans les pays émergents, rappelle le rapport de BP. Poussée par l'Inde, le Brésil et les autres économies montantes, la consommation de la zone hors Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a progressé de 7,5 %, deux fois plus que dans la trentaine de pays de l'OCDE (+ 3,5 %).
En dehors de l'hydroélectricité, les énergies renouvelables (éolien, solaire, biomasse, géothermie...) pèsent encore très peu dans la consommation (1,8 %) quand le charbon atteint 29,6 %, son plus haut niveau depuis 1970. La hausse de la demande de pétrole (+ 3,1 %), mais surtout de charbon (+ 7,6 %) et de gaz (+ 7,4 %) « suggère que les émissions de CO2 ont augmenté au rythme le plus élevé depuis 1969 », observent les auteurs du rapport. A ce rythme, a déjà prévenu l'AIE, il sera difficile de stabiliser à 2º la hausse moyenne de la température du globe en 2100.
Jean-Michel Bezat
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jeudi 9 juin 2011
En Chine, les jeunes refusent de manger de la soupe aux ailerons de requin
Une soupe qui divise la Chine
Pour le Chinois, c'est un mets exquis. Sauf s'il est défenseur de la nature. La soupe aux ailerons de requins divise Cantonais et Hongkongais, grands amateurs de ce délice : les plus âgés apprécient encore cette soupe qui, selon la médecine traditionnelle, consolide les os mais de plus en plus de jeunes refusent d'en consommer.
© 2011 © Rossel & Cie S.A. - LE SOIR Bruxelles, 2011
mercredi 8 juin 2011
WWF : Un panda très amical - Julie de La Brosse
En multipliant les partenariats avec les entreprises, l'antenne française de l'ONG mondiale assure faire progresser la cause écolo. Mais cette stratégie suscite de plus en plus de critiques.
Quel est le rapport entre un charmant panda et un vulgaire sac de ciment ? A première vue, aucun. Le premier sert d'emblème à la plus puissante association environnementale du monde, tandis que le second est accusé par les militants écologistes de favoriser le dérèglement climatique. En signant un partenariat avec Lafarge, en 2010, le WWF France a fini par accepter d'unir ces deux images a priori antinomiques. Dix ans après sa maison mère, qui, elle, n'avait pas eu les mêmes réticences. Aujourd'hui, l'élève pourrait bien dépasser le maître : l'antenne tricolore de l'ONG environnementale multiplie les partenariats stratégiques avec les entreprises. Elles sont désormais 14, et non des moindres - Carrefour, Castorama, Crédit agricole, Orange ou encore Pierre & Vacances -, à avoir conclu un accord avec le WWF France. En échange d'une somme d'argent très raisonnable - 400 000 euros par an pour le haut de la fourchette -, ces sociétés bénéficient de l'expertise et des conseils de la fondation pour réaliser les progrès auxquels elles se sont engagées. Surtout, elles profitent de la notoriété du célèbre panda, des 4,8 millions d'adhérents du WWF dans le monde et de l'image de la sympathique Isabelle Autissier, présidente de l'organisation en France. Un bon point marketing.
C'est en 1998 que le WWF France a commencé à prospecter du côté du CAC 40. "La seule façon de faire avancer les choses, c'est de parler avec ceux qui détiennent le pouvoir", explique Serge Orru, directeur général depuis 2006. Cet ancien pro du tourisme, fils de cheminot et passionné d'écologie, assume parfaitement la démarche. L'année dernière, grâce à ces partenariats, la fondation a engrangé 3 millions d'euros. Auxquels se sont ajoutés 1,6 million au titre des contrats de licences : une quarantaine d'entreprises ont ainsi le droit d'accoler le panda, qui sur un tee-shirt, qui sur un lave-linge, une imprimante ou une poêle ! Tout compris, cette manne représente 29 % du budget de la fondation... laquelle s'est engagée à ne pas dépasser le seuil de 30 % alimentés par les entreprises.
Des accusations de "green-washing"
Les partenariats produisent des résultats : Carrefour a retiré l'huile de palme sur un tiers de ses produits, arrêté la commercialisation du thon rouge et renoncé au bois non certifié pour le mobilier de jardin. Castorama a réduit de moitié son linéaire d'herbicides et Orange propose désormais à tous ses clients la facture dématérialisée et a allongé la durée de vie de ses mobiles...
Mais, depuis quelque temps, l'histoire d'amour entre l'ONG et les multinationales dérange. Surtout dans la sphère écologiste. Certaines associations dénoncent une "indécente proximité" avec les milieux économiques et politiques et accusent le panda de "green-washing". En clair, il permettrait aux vilains pollueurs de verdir leur image à peu de frais.
"Une fois qu'elles ont le panda, les entreprises n'ont plus aucun intérêt à faire des efforts pour l'environnement, déplore Sylvain Angerand, des Amis de la Terre. Nous sommes alors complètement bloqués dans nos actions et nos moyens de pression." Il y a quelques années, l'organisation écologiste avait lancé une campagne "Banques françaises, épargnez le climat", qui épinglait le Crédit agricole. Réponse de la banque ? Plutôt que de s'efforcer de coller au cahier des charges proposé par l'association, elle signait un partenariat avec le WWF.
Forte de l'emblème du panda, que le WWF assure délivrer avec beaucoup de parcimonie, l'entreprise peut chercher à se protéger contre les risques d'une mauvaise publicité. "Le WWF est un critical friend", résume Kareen Rispal, responsable du développement durable chez Lafarge. L'ONG alerte et critique, mais jamais en public. Au point de créer quelques tensions parmi les 93 salariés de la fondation, notamment entre les experts scientifiques, chargés des missions environnementales, et les responsables de partenariats, soucieux de préserver le client. "Nous ne sommes pas associés au processus de sélection en amont, explique un ancien expert. Résultat, il nous arrivait parfois de devoir travailler avec des entreprises pour lesquelles l'évolution des pratiques nous semblait impossible." Le WWF, qui se défend d'avoir jamais sombré dans la complaisance, se réserve le droit d'évincer ses partenaires, comme il l'a fait avec la Caisse d'épargne en 2009 ou GDF quand le gazier s'est rapproché de Suez. Et comme il pourrait bien le faire demain avec Pierre & Vacances.
"Le problème du WWF est qu'il dresse un constat dramatique de la situation sans jamais remettre en question l'origine du mal, c'est-à-dire le modèle des entreprises elles-mêmes", regrette Fabrice Nicolino, auteur de Qui a tué l'écologie ? (éd. LLL), un pamphlet contre l'action des associations écologistes. Depuis qu'il a signé avec l'ONG, le groupe Lafarge a réduit de 21,7 % ses émissions de CO2 par tonne de ciment produite. Mais il a été récemment accusé par le Réseau Action Climat d'Europe de financer des sénateurs américains climato-sceptiques. "Et le WWF ne trouve rien à y redire !" s'offusque le journaliste militant.
Là n'est pas la seule contradiction. Aujourd'hui, l'organisation s'interdit de discuter avec les pétroliers, les nucléocrates et a refusé un partenariat à Air France. Mais elle prête volontiers son panda à Aéroport de Paris, pourtant dans le même secteur. En 2009, alors que le monde traverse une crise historique, elle soutient le premier Salon du luxe et du développement durable. "Dès l'origine, le WWF s'est fondu dans les milieux capitalistes. Il ne s'est jamais opposé au modèle productiviste ou à la société de consommation, car sa mission première a toujours été la conservation de la nature", explique Denis Chartier, universitaire et auteur d'une thèse sur le sujet (voir l'encadré). Aux Etats-Unis, notamment, l'association siège dans des tables rondes sur le soja "responsable" aux côtés de firmes comme le géant des semences Monsanto.
180 000 donateurs dans l'Hexagone
Heureusement pour le WWF français, les attaques restent relativement circonscrites au cercle des écolos purs et durs. En l'espace de cinq ans, il a même recruté 50 000 donateurs supplémentaires et en compte désormais 180 000 dans l'Hexagone. Récemment, un rapport parlementaire sur la transparence du financement des organisations environ-nementales reprochait à la fondation Hulot ses liens troubles avec les entreprises, mais louait les partenariats du WWF. "Qui irait critiquer une ONG prête à la conciliation permanente ?" conclut Sylvain Angerand. "On ne reproche pas à la CGT de négocier avec le gouvernement", réplique, courroucé, Serge Orru. Le gentil panda sait aussi sortir ses griffes.
Encadré(s) :
Protéger la nature ou la planète ?
J. L. B.
En 1961, Sir Julian Huxley, un riche chasseur britannique soucieux de pouvoir laisser libre cours à sa passion, crée le World Wildlife Fund (Fonds mondial pour la nature). Son but ? Protéger la biodiversité et les systèmes naturels. Depuis cinquante ans, l'association est contrôlée non pas par des écologistes, mais par des dirigeants d'entreprise ou des personnalités issues de familles royales. Grâce à l'éminence de ses membres, le WWF participe aux réseaux politiques, économiques et internationaux, jusqu'à l'OMC ! Mais, à l'heure où certains scientifiques ne donnent pas plus de cent ans à la planète, l'idéologie "conservationniste" se voit contestée. Le WWF est en effet accusé d'avoir pour seul dessein le rachat des forêts à haute diversité biologique, pour y développer des parcs naturels sans se préoccuper du sort des populations locales. Il est aussi suspecté de ne pas partager les principaux combats écologiques, contre les OGM ou le nucléaire, ou encore de vanter les mérites des agrocarburants, pourtant jugés plus néfastes pour le climat que les combustibles fossiles.
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mercredi 1 juin 2011
Pékin relève le prix de l'électricité - Gabriel Grésillon
Après des semaines d'hésitation, Pékin semble s'être finalement résolu à l'inévitable : augmenter les tarifs de l'électricité. Citant un haut responsable de la Commission nationale pour le développement et la réforme (NDRC) tenu à l'anonymat, l'agence Bloomberg affirme que les prix du courant vont être revus à la hausse dans une quinzaine de provinces chinoises à partir d'aujourd'hui. Les particuliers ne seront pas concernés par ces changements de tarifs réservés aux industriels, aux agriculteurs et aux commerçants. D'après l'agence chinoise Xinhua, le kilowattheure va passer en moyenne, pour ces derniers, de, 0,47 à 0,49 yuan.
Les prix n'avaient pas bougé depuis novembre 2009. Or ceux du charbon, qui fournit presque quatre cinquièmes de l'électricité en Chine, se sont, eux, appréciés. Ils sont actuellement au plus haut depuis octobre 2008. Si bien que les producteurs d'électricité chinois ont vu leurs profits s'effondrer, jusqu'à déboucher sur une situation économiquement aberrante : produire à perte du courant. D'où le peu d'empressement dont ils ont témoigné, ces derniers mois, pour installer de nouvelles capacités de production, alors même que la demande ne cessait d'augmenter. Hier, l'annonce des nouveaux tarifs de l'électricité a fait bondir leurs actions à la Bourse de Hong Kong.
Sécheresse
Pékin n'avait plus réellement le choix. Car l'été s'annonce critique en matière d'approvisionnement électrique. Non seulement les centrales thermiques tournent au ralenti du fait du coût du charbon, mais il faut y ajouter une sécheresse considérée comme la plus grave depuis cinquante ans, qui pénalise la production hydroélectrique. D'après la société qui gère le réseau électrique chinois, on peut s'attendre, dans les mois qui viennent, à une différence de 40 gigawatts entre production et consommation, ce qui serait la pire pénurie jamais constatée en Chine.
Pour autant, la décision n'a pas été facile à prendre : elle risque d'abord d'accélérer la disparition des entreprises les plus vulnérables, qui subissent déjà de fortes pressions inflationnistes (main-d'oeuvre et hausse du yuan pour ce qui concerne les exportateurs) en même temps qu'une raréfaction du crédit. Surtout, augmenter le prix du courant va à l'encontre de l'objectif de Pékin de freiner la valse des étiquettes. D'où la décision d'épargner les ménages.
Gabriel Grésillon
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Un audit de sûreté des installations nucléaires en Chine - Pierre Cochez
L'Allemagne se donne dix ans pour sortir du nucléaire
VU DE PÉKIN : La Chine a lancé un audit de sûreté de ses installations nucléaires
La Chine concentre la grande majorité des projets de centrales nucléaires dans le monde. Elle entend ainsi résoudre une partie de ses problèmes de capacité énergétique et de pollution. Après l'accident de Fukushima, les autorités chinoises ont gelé une partie de leurs projets.
Après l'accident de Fukushima, les autorités chinoises ont décidé d'effectuer un audit de leurs centrales. Les résultats n'en sont pas encore connus. Engagée dans un colossal chantier nucléaire, la Chine veut se rassurer et rassurer le monde. Quatorze centrales fonctionnent actuellement, 27 sont en construction. Des dizaines d'autres sont en projet. Depuis le début de l'année, le pays a lancé 8 des 12 nouveaux chantiers mondiaux.
Avant la catastrophe japonaise, la Chine s'était fixé l'objectif d'obtenir une puissance de 90 gigawatts (GW) en 2020 avec l'énergie nucléaire (soit l'équivalent de 90 réacteurs de 1 000 mégawatts), 200 GW en 2030, 400 GW en 2040. Chaque province veut ses chantiers. La plupart des centrales existantes se situent sur les côtes, plusieurs des projets approuvés en 2010 se trouvent dans les provinces de l'intérieur, comme le Hunan, l'Anhui, ou le Hubei.
En 2008, à la suite du tremblement de terre au Sichuan, qui a fait plus de 80 000 morts, les médias chinois avaient soulevé la question de la construction de centrales en zone sismique. Quelques jours après l'accident de Fukushima, les autorités ont gelé les approbations de nouvelles centrales nucléaires. Le 28 mars, le gouvernement chinois a réduit sa cible de puissance installée à 80 gigawatts pour 2020.
La semaine prochaine, l'Agence pour l'énergie nucléaire (AEN), dont le siège est à Paris, devrait recevoir des responsables chinois pour évoquer l'audit de leurs centrales. Cet audit, comparable à celui entrepris en Europe, évalue la résistance des centrales aux événements extrêmes naturels - un feu, un tremblement de terre ou une inondation - et aux activités humaines comme le terrorisme. « La question est de savoir si les critères sélectionnés par l'ensemble des pays pour vérifier la résistance de leurs réacteurs sont suffisants. Cela peut être l'objet d'un débat », estime Serge Gaz, à l'AEN.
La Chine s'est lancée dans ce programme nucléaire pour trois raisons. Le nucléaire répond à la croissance exponentielle de ses besoins en énergie ; cette énergie a l'avantage de nécessiter peu d'approvisionnements extérieurs en matières premières ; et l'énergie nucléaire permet de réduire l'activité des centrales thermiques, première source de pollution. La part du nucléaire représente aujourd'hui moins de 2 % de la production d'électricité, et doit doubler d'ici à 2020.
Après Fukushima, le retour des questions de sûreté pourrait être favorable aux technologies nucléaires françaises et américaines. « Les Chinois peuvent être tentés d'acheter des technologies modernes, comme l'EPR d'Areva ou l'AP 1000 de Westinghouse, plutôt que d'avoir recours à sa technologie "maison", essentiellement inspirée du modèle français exporté dans les années 1980 », résume Serge Gaz. L'EPR bénéficie d'un système de confinement du coeur qui évite un relâchement à l'extérieur de la centrale. L'AP 1000 développe le concept de « sûreté passive », qui inclue un système de refroidissement automatique censé éviter une catastrophe de type Fukushima.
Un appel du président de la conférence des évêques de Corée du Sud
Dans un article à paraître en juillet, le président de la Conférence des évêques de Corée du Sud, Mgr Peter Kang U-il, évêque de Cheju, demande aux citoyens de prêter une attention particulière aux centrales nucléaires, qui peuvent être à l'origine de désastres majeurs. Il inclue dans les risques à prendre en compte le stockage des déchets radioactifs. Il s'était rendu à la mi-mai dans le diocèse de Sendai, pour marquer sa solidarité avec les populations japonaises touchées par la catastrophe de Fukushima.
PHOTO - Members from the environmental protection group Greenpeace dressed in hazard gear protest outside the Environmental Protection Department in Hong Kong on June 28, 2010. The group were protesting against nuclear power after a radioactive leak occured at Daya Bay nuclear plant in Southern China on May 23.
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Des émissions de CO2 record en 2010 aggravent le péril climatique
Si la crise financière mondiale avait pu laisser croire à un progrès sur le front du climat, la reprise des affaires s'est chargée de dissiper cette illusion. Les émissions de CO2 liées à la combustion d'énergies fossiles ont atteint un niveau record en 2010, d'après des estimations de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) publiées lundi 30 mai.
Les rejets de gaz carbonique ont culminé à 30,6 gigatonnes (Gt) en 2010, une hausse de 5 % par rapport à 2008, année du précédent record qui totalisait 29,3 Gt. " On s'attendait à un rebond, mais pas aussi fort ", commente le chef économiste de l'AIE, Fatih Birol.
Ces informations " constituent un revers sérieux pour nos espoirs de limiter la hausse de la température dans le monde à 2 0C ", estime M. Birol. Selon l'agence, les émissions de CO2 du secteur de l'énergie ne doivent pas dépasser 32 Gt en 2020 pour respecter la limite des 2 0C, adoptée par la communauté internationale. Pour respecter ce plafond, il faudra que les rejets de CO2 augmentent moins au cours des dix prochaines années qu'ils ne l'ont fait en seulement un an, entre 2009 et 2010. Une gageure.
" Les émissions de CO2 n'ont jamais augmenté si vite : 3 % par an en moyenne depuis dix ans, trois fois plus que lors de la décennie précédente ", observe le glaciologue et climatologue Jean Jouzel, membre du bureau du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). " On est sur la trajectoire des pires scénarios du GIEC ", souligne le scientifique.
En clair : sans inversion de la tendance, la planète subira un réchauffement moyen de 4 0C, et bien davantage par endroits. " Pour éviter cela, il faudrait que le niveau des émissions commence à baisser en 2015, puis chute très rapidement à partir de 2020 ", rappelle M. Jouzel. " On est loin du compte : il n'y a même pas de stabilisation. "
La décrue sera d'autant plus difficile à réaliser que 80 % des émissions de gaz carbonique du secteur électrique projetées pour 2020 sont d'ores et déjà irréversibles, venant de centrales en activité ou en construction, avertit l'AIE. " La remise en cause du nucléaire dans de nombreux pays risque de se traduire par davantage d'émissions liées au gaz ou au charbon, ajoute M. Birol. Les marges de manoeuvre sont très étroites d'ici à 2020, nous avons besoin de toute urgence d'un changement politique majeur. "
Une séance de négociations internationales sur le climat doit se tenir à Bonn, du 6 au 17 juin, dernière étape avant la conférence de Durban, en Afrique du Sud, en novembre. Ces chiffres sonneront-ils comme un " appel au réveil ", comme le souhaite l'économiste de l'AIE, mais aussi la responsable de l'ONU pour le climat, Christiana Figueres ?
Rien n'est moins sûr. Plus personne n'espère voir un accord international se conclure à Durban. Et, pendant la réunion du G8 à Deauville, les 26 et 27 mai, dont le communiqué final assure que " la lutte contre les changements climatiques est une priorité mondiale ", les Etats-Unis, la Russie, le Japon et le Canada ont répété en coulisses leur refus de s'engager dans une éventuelle deuxième période du protocole de Kyoto, après 2012.
" La publication de l'AIE va modifier l'atmosphère de la négociation ", veut pourtant croire l'ambassadeur de France chargé du climat, Serge Lepeltier. " Elle renforce la conviction que le protocole de Kyoto est une étape indispensable vers un accord global et montre aux pays émergents qu'ils doivent accepter de prendre des engagements plus volontaristes. "
Même si leurs rejets de CO2 par habitant restent modestes, les pays en développement, Chine et Inde en tête, sont à l'origine de 75 % de la hausse des émissions en 2010, selon l'AIE. " Les pays riches délocalisent leurs émissions au Sud, alors même que leurs propres émissions n'ont quasiment pas baissé depuis les années 1990 ", réplique Sébastien Blavier, de la fédération d'ONG écologistes Réseau action climat (RAC).
Les chiffres pourraient toutefois donner du grain à moudre à ceux qui estiment, dont les Etats-Unis et le Japon, qu'un accord juridiquement contraignant n'a de sens que s'il inclut les grands émergents, quand ceux-ci exigent des pays du Nord qu'ils fassent le premier pas, au nom de leur " responsabilité historique ".
Reste une certitude, partagée par tous : la somme des engagements pris n'équivaut qu'à 60 % des efforts que la science estime nécessaires pour maintenir le réchauffement sous la limite des 2 0C. Le RAC appelle donc l'Europe à montrer la voie en réhaussant son engagement de réduction des émissions d'ici à 2020 de 20 % à 30 %. La question doit être abordée lors d'un conseil des ministres de l'environnement, le 21 juin.
Grégoire Allix
PHOTO - An aerial view of a clearing at a forest is seen in Indonesia's Sumatra island in this August 5, 2010 file photo. Indonesian President Susilo Bambang Yudhoyono signed an order in May 2011 imposing a two-year ban on new licences to clear primary forests and peatlands, a key part of a $1 billion climate deal with Norway last year, according to reports on May 31, 2011. A landmark forest protection ruling by Indonesia might be good for investors trying to save carbon-rich forests, but only if a ban is enforced and progress is made in using the market to save the environment.
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mardi 17 mai 2011
Quelles batteries pour la voiture électrique ? - Chantal Houzelle
Automobile la technologie lithium-ion devrait s'imposer, mais avec deux options possibles. l'une est poussée par le japon et la corée, l'autre par la chine.
Quelle sera la technologie standard qui s'imposera demain pour les batteries des véhicules électriques ? La question devient cruciale à l'heure où le prix de l'essence flambe. En vue de donner un éclairage avisé sur le scénario le plus probable, une équipe de spécialistes de l'intelligence économique de l'Esiee Paris a passé au crible, dans une étude publiée en exclusivité par « Les Echos », les critères techniques, industriels, stratégiques et géopolitiques. Tous concourent à l'émergence de la filière lithium-ion comme la technologie standard à l'échelle mondiale. Un marché considérable, évalué à 20 milliards de dollars à l'horizon de2015.
Il va sans dire que ce choix technologique est primordial pour les constructeurs automobiles qui veulent prendre la pole position sur la voie électrique. Car, outre la difficulté de trouver le meilleur équilibre entre les performances et la sécurité, la batterie représente environ 40 % du coût global de ce type de véhicule.
Déjà prédominante dans l'électronique portable, la technologie lithium-ion tient le haut du pavé en raison de ses avantages. Moins encombrantes et nécessitant peu de maintenance, ces batteries ont une durée de vie plus longue (de cinq à huit ans) et une capacité de stockage d'énergie trois à quatre fois supérieure par unité de masse. Même s'il reste évidemment des points d'amélioration au niveau de la durée de charge ou de l'autonomie. Dans cette filière lithium-ion, 4 options technologiques sont actuellement en course pour les couples cathode-anode de la batterie : nickel-cobalt-aluminium (NiCoAl), nickel-manganèse cobalt (NiMnCo), manganèse (LiMn2O4) et fer-phosphate (LiFePO4). En dépit de leurs bonnes performances techniques, les deux premières solutions posent encore un problème de sécurité qui, s'il n'est pas résolu, risque de compromettre leur développement potentiel.
Le manganèse, standard actuel
C'est la 3e option, basée sur l'utilisation du manganèse (LiMn2O4), la mieux maîtrisée et moins coûteuse, qui a fait l'objet de la majorité des dépôts de brevets et de publications scientifiques à l'échelon mondial au cours de la dernière décennie. Malgré une usure plus rapide de la batterie, cette technologie est devenue la priorité des Japonais et des Coréens. Panasonic et NEC Tokin dominant le marché des batteries pour véhicules électriques, on peut considérer que c'est le standard actuel. « Nous avons la chance de bénéficier de cette technologie en interne grâce à notre alliance avec Nissan, qui a constitué un joint-venture avec NEC. Toutes les solutions ont leurs avantages et leurs inconvénients, mais le manganèse s'avère pour l'instant le meilleur compromis en termes de performances et de coût », estime Thierry Koskas, directeur du programme véhicule électrique de Renault.
La Chine choisit sa propre voie
Certes moins mature, la 4e option technologique utilisant le phosphate de fer (LiFePo) a néanmoins une longueur d'avance au niveau d'un point critique : la sécurité. « La dangerosité des batteries peut être en effet considérée comme un élément particulièrement important, car un seul incendie de voiture électrique pourrait conditionner l'opinion publique et ralentir le développement de ce marché », soulignent les auteurs du rapport constatant que les recherches se sont accélérées dans cette voie à partir de 2004.
La Chine en a d'ailleurs fait sa priorité. Plus de 60 % des brevets protégeant la technologie lithium-fer-phosphate ont été déposés auprès de l'office chinois de la propriété industrielle (Sipo) sur la période 2000-2010. « La part conquise par la Chine au cours des dernières décennies, montre une stratégie univoque de ce pays au niveau des batteries pour véhicules électriques. Le choix du champion national BYD dans ce secteur est un autre marqueur de cette orientation stratégique », soulignent les experts de l'Esiee Paris.
Un problème de brevets
Depuis 2007, le nombre de brevets déposés autour de cette technologie a même enregistré une accélération spectaculaire sous l'impulsion de la Chine, qui a engagé un vaste programme de développement. Mais les industriels chinois ne pourront pas propulser ce choix technologique comme un standard en dehors de leur marché domestique, sans avoir réglé au préalable un épineux problème de propriété industrielle. Comme l'explique Antoine Schoen, enseignant-chercheur à l'Esiee qui a dirigé cette étude : « Nos recherches nous ont amené à découvrir que les brevets fondateurs de cette technologie fer-phosphate ont été déposés par l'université de Montréal, Hydro Québec et par le CNRS. »
A ce stade, on ne sait pas encore si cette puissance industrielle reconnaîtra le caractère bloquant de ces brevets, mais le dénouement a priori imminent de ce dossier sera, selon lui, riche d'enseignements. « Il peut soit signer l'instauration d'un régime conflictuel entre l'Occident et la Chine sur le terrain technologique. Ou il peut annoncer une insertion de la Chine dans le concert des nations en matière de propriété intellectuelle .» Au-delà des royalties liées à une cession de licence d'exploitation, une issue favorable apporterait au CNRS une reconnaissance internationale de sa contribution à cette nouvelle voie technologique pour les véhicules électriques.
Chantal Houzelle
Les pistes de recherche en France
Lithium-ion : dans cette filière qui s'avère la plus prometteuse à moyen terme, la recherche française porte notamment ses efforts sur l'élaboration de nouvelles électrodes à base de nanosilicium. Le développement industriel de la seconde génération de ces batteries est attendu pour 2016-2020. Lithium-métal-polymère : cette nouvelle approche vise à améliorer la sécurité des batteries par le recours à un électrolyte sous forme de gel, moins volatil et moins inflammable qu'un liquide. Les performances attendues sont proches de la technologie lithium-ion. Lithium-air ou zinc-air : ces solutions sont explorées car elles promettent, en théorie, des performances beaucoup plus élevées que les batteries lithium-ion, comparables à celles des véhicules thermiques. Mais pour envisager leur déploiement industriel à plus long terme, il faudra passer par de vraies ruptures technologiques. Source : ministère de la Recherche.
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mercredi 11 mai 2011
DERNIER CHIFFRE - La Chine est devenue le leader des technologies propres
Selon une estimation du cabinet Roland Berger pour le WWF, la croissance dans ce secteur de la production chinoise atteint en moyenne 77 % par an, représentant la plus grande part de la croissance mondiale. Ce domaine génère 44 milliards d'euros, soit 1,4 % du PIB chinois. Selon cet indicateur, Pékin détient la deuxième place mondiale derrière le Danemark. Steven Chu, secrétaire d'Etat américain à l'Energie, ne cesse de dénoncer ces derniers mois le risque pour son pays de se faire distancer. Pour Roland Berger, le réchauffement climatique n'est plus considéré en Chine comme un sujet idéologique mais comme une réalité occasionnant un secteur en forte croissance.
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jeudi 5 mai 2011
REPORTAGE - La Chine fait face à une désertification accélérée - Harold Thibault
Le Monde - Environnement & Sciences, vendredi 6 mai 2011, p. 4
Assis au côté de son père dans la courette d'une vieille maison traditionnelle ouïgoure en briques ocre, Kalik se félicite : " Nous pouvons produire cinq cents kilos de raisin par jour ", dit-il. Ce rendement relève du miracle au regard des conditions climatiques auxquelles est soumise Turpan, oasis située en plein désert, dans la région du Xinjiang, à l'extrême nord-ouest de la Chine. Le sol est sec, souvent sableux. Les précipitations n'y dépassent pas 20 millimètres par an.
Le jeune homme sait qu'il doit la production qui fait vivre toute sa famille au canal qui passe à quelques pas de la propriété et a été creusé quatre siècles plus tôt. C'est l'une des artères des karez, un système d'irrigation remontant à plus de deux millénaires et qui a servi de ligne de vie à cette oasis, faisant office de halte pour les caravanes qui empruntaient l'ancienne route de la Soie. Ces canaux d'irrigation, ailleurs appelés " qanats ", se retrouvent dans plusieurs régions arides d'Asie centrale.
" L'eau est douce, elle provient directement des Tianshan ", explique Kalik, évoquant les Montagnes du ciel, la chaîne qui, à des kilomètres de Turpan, traverse la région. Le réseau de canaux souterrains permet de faire parvenir l'eau des montagnes jusqu'à cette dépression, tout en évitant l'évaporation dans cette zone où la température peut approcher les 50°C pendant les mois d'été.
Devant la maison fleurissent encore des cerisiers, mais le miracle est mis à rude épreuve depuis quelques années. A quelques rues de là, les ouvriers migrants s'activent sur les chantiers d'immeubles en béton, qui grignotent peu à peu les anciens quartiers traditionnels. Le système d'irrigation peine à suivre le rythme de la croissance. Turpan n'échappe pas à l'urbanisation massive et à la surexploitation des ressources naturelles. Pour une ville chinoise, elle reste de dimension modeste, mais la population de la préfecture dépasse aujourd'hui 600 000 habitants, alors qu'elle en comptait 67 300 en 1949.
Dans les nappes phréatiques
Si les habitants ont pu cultiver, au beau milieu du désert, un raisin devenu fameux à travers le pays, c'est grâce aux 5 000 kilomètres de canaux. Mais, surexploités et mal entretenus, ceux-ci s'assèchent. Seulement 300 des 1 237 karez répertoriés en 1957 sont encore en fonction. L'écosystème qui s'était organisé autour d'eux se dégrade.
Au même moment, la production des exploitations agricoles, principale source d'activité économique à Turpan, a décollé. La surface à irriguer est passée de 60 000 hectares en 1970 à 113 000 en 2008. Les karez ne fournissant plus suffisamment d'eau pour assurer les rendements et pour alimenter les habitations modernes, la municipalité a commencé à puiser directement dans les modestes nappes phréatiques.
Conséquence directe de cette décision, leur niveau baisse de 1,5 à 2 mètres par an, estime la Banque mondiale. " Avec la croissance économique rapide de ces dernières années, la consommation d'eau croît et dépasse les quantités disponibles, conduisant à une surexploitation sévère des nappes ", notait l'institution en 2010.
" Ces cinq dernières années, l'eau est moins abondante, cela se voit particulièrement en juillet et août ", constate Liu Daohong, un ouvrier agricole arrivé il y a dix ans de la province centrale du Henan. Il travaille dans un champ irrigué directement par les nappes phréatiques. Comme lui, nombreux sont les migrants Han, l'ethnie majoritaire en Chine, à venir s'installer à Turpan, attirés par la possibilité de trouver un emploi dans le secteur agricole, dans cette région où la majorité de la population appartient à l'ethnie ouïgoure.
A quelques kilomètres au sud de la ville, le constat est similaire dans le " jardin botanique ", en fait un laboratoire de recherche en pleine nature sur la capacité des plantes à résister en zone aride extrême et à servir de barrière naturelle contre la progression du désert. " Il y a dix ans, nous pouvions trouver de l'eau à 18 m de profondeur, mais aujourd'hui, il faut creuser entre 25 et 30 m. Nous préférons utiliser l'eau à une profondeur de 156 m, car elle est moins salée ", explique un professeur de l'Académie des sciences chinoise, spécialisée dans la lutte contre la désertification.
Prenant conscience de la menace qui pèse sur Turpan, la Chine s'est lancée dans d'importants travaux, dont le montant devrait être de 204 millions de dollars (137 millions d'euros). Trois retenues seront construites dans les montagnes proches, afin d'assurer l'approvisionnement en eau durant l'année, pour un coût de 142 millions de dollars (96 millions d'euros).
Sur le papier, ces projets mettent en avant le rôle historique des karez. Mais les autorités locales ne semblent pas réellement convaincues de l'avenir de ces canaux : sur le total des sommes débloquées, seulement 500 000 dollars seront consacrés à la réhabilitation d'un unique karez, un projet présenté comme une expérimentation.
Harold Thibault
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