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lundi 13 avril 2015
jeudi 19 mars 2015
lundi 3 octobre 2011
Combat de titans dans l'e-commerce chinois - Julie Desné
Tencent s'attaque au pré carré d'Alibaba.
Largement dominé par le numéro un en titre Alibaba, le secteur chinois de l'e-commerce va voir débarquer un autre mastodonte de la Toile le mois prochain. Tencent, poids lourd de la messagerie instantanée et des jeux en ligne en Chine avec 700 millions de comptes, s'apprête à ouvrir sa plate-forme de commerce en ligne.
QQ Wang Gou (littéralement « QQ achat en ligne ») proposera à partir du 11 octobre des marchandises aux internautes de la province du Guangdong, dans le sud du pays, région du siège de Tencent basé à Shenzhen, à côté de Hongkong. Le calendrier pour l'extension du site à l'ensemble du pays n'a pas encore été fixé. Mais c'est un premier pavé jeté directement dans la grande mare de Taobao, filiale du groupe Alibaba aux 370 millions d'abonnés et 49 % de parts de marché, dont presque tous les services seront ainsi concurrencés : de la vente de biens en ligne aux ventes entre particuliers en passant par les achats groupés. Tencent détient également un site de paiement en ligne Tenpay, rival encore modeste d'Alipay d'Alibaba.
De son côté, la start-up devenue grande de Hangzhou, à côté de Shanghaï, ne dort pas sur ses lauriers. Après avoir annoncé cette année une entrée en fanfare sur le segment des téléphones portables, avec la mise au point d'un service de partage de données, Alibaba cherche à consolider ses positions sur son coeur de métier : l'e-commerce. La semaine dernière, Taobao proposait à trente-huit sites chinois de vente en ligne des vitrines virtuelles sur son site Taobao Mall, montrant pour la première fois un intérêt marqué pour des petits acteurs du secteur. Une façon sans doute de commencer à assurer ses arrières face à une concurrence grandissante. Les ambitions sont claires : doubler le chiffre d'affaires du site entre 2011 et 2012 pour atteindre 23 milliards d'euros l'an prochain.
Coup d'accélérateur
Le groupe Alibaba est, par ailleurs, en train de lever 1,6 milliard de dollars auprès d'investisseurs chinois et étrangers, dont le fonds souverain singapourien Temasek, le fonds de Jack Ma, charismatique PDG d'Alibaba, Yunfeng ou encore le fonds de private equity américain Silver Lake. Cette cession de titres détenus par les employés pourrait valoriser la compagnie à 32 milliards de dollars.
Mais l'avenir de l'e-commerce chinois ne se résume pas à un duel Alibaba-Tencent. Sur un marché qui a progressé au deuxième trimestre de l'année de 77 % par rapport à la même période l'an dernier, note l'institut chinois iResearch, en totalisant 21 milliards d'euros, d'autres stars montantes du secteur se sont déjà taillé une place de choix. Certaines sont également décidées à mettre un coup d'accélérateur à leur développement, comme le site 360buy.com, numéro deux des ventes en ligne en Chine avec 18 % de parts de marché. Le Wall Street Journal évoquait récemment l'intention de la maison mère du site, Jingdong, de s'introduire en Bourse aux États-Unis, dans l'espoir de lever jusqu'à 5 milliards de dollars.
© 2011 Le Figaro. Tous droits réservés.
vendredi 23 septembre 2011
Les cadrans du Parti se montrent en Chine - Philippe Grangereau
Un blogueur, vite censuré, a dénoncé le port de Rolex et autre Jaeger par nombre d'officiels. Une preuve de plus de la corruption sévissant dans le pays.
Un passionné d'horlogerie a fait sensation la semaine dernière en postant sur Internet le résultat de ses méticuleuses recherches. Celles-ci ont embarrassé au plus haut point le gouvernement chinois, qui a depuis fait supprimer le microblog du séditieux expert en montres de luxe. Ordre a aussi été donné aux médias d'arrêter de parler de sa sulfureuse enquête.
«Constellation». Daniel Wu, le chasseur de montres, avait effectivement levé un gros lièvre. En examinant les photos officielles de hauts responsables du Parti, il s'était rendu compte que pléthore d'entre eux portent au poignet des montres haut de gamme, généralement suisses, dont la valeur excède considérablement le revenu supposé de leur propriétaire. La directrice adjointe du bureau d'inspection de la qualité de la province du Jilin, dont le salaire ne doit guère dépasser 1 000 euros mensuels, arborait ainsi une «Constellation avec diamants» à 96 600 yuans (11 230 euros) lors d'une réunion du Parti; le directeur de la (très officielle) Fédération des organisations caritatives de la province du Shandong affiche, lui, une Rolex modèle 116233; et un chef de l'organisation du Parti d'une municipalité exhibe une Jaeger-LeCoultre à 80 000 yuans (9 300 euros) lors d'une distribution caritative de denrées dans un bidonville de travailleurs migrants. L'horloger, qui s'est aussi mystérieusement baptisé «secrétaire général de la montagne des fleurs» sur son défunt blog, a également épinglé le directeur du bureau de l'immobilier de Nankin, qui avait à son poignet une Vacheron Constantin à 12 000 euros, ainsi qu'une assez longue liste d'autres officiels qui ne s'attendaient sûrement pas à ce qu'on détecte aussi aisément cet indice assez flagrant de leur vénalité.
Daniel Wu, qui se dit amateur d'horlogerie depuis l'enfance, raconte avoir eu l'idée de son enquête en regardant une photo du ministre des Chemins de fer inspectant les lieux de l'accident d'un TGV, le 23 juillet. L'un des officiels qui l'accompagnait portait une Rolex, et, en examinant d'autres photos, il est apparu que cet homme possède toute une collection de montres hors de prix. La même série de clichés a aussi permis de détecter l'aplomb insolent du ministre des Chemins de fer, Sheng Guangzu. Sur les charbons ardents puisque son prédécesseur a été limogé pour corruption voici six mois, Sheng passe malgré tout à son avant-bras, selon l'humeur, d'ostentatoires Rolex, Piaget et Omega d'une valeur totale de 50 000 euros.
Rien ne prouve bien entendu que ces chefs-d'oeuvre de l'artisanat suisse soient authentiques, mais aucun commentateur du microblog de l'horloger n'a évoqué cette éventualité, trop improbable sans doute quand on sait à qui on à affaire. Grâce à un scrupuleux travail d'observation qui l'a amené à examiner des milliers de clichés, l'attentif Sherlock Holmes s'est rendu compte que la coutume de la montre de luxe est si répandue chez les mandarins qu'elle respecte scrupuleusement la hiérarchie. Lors des réunions, un subalterne ne portera jamais un bracelet-montre d'un prix plus élevé que son supérieur : «si un gouverneur de province porte un modèle à 30 000 yuans (3 480 euros), un maire se contentera d'un spécimen à 20 000». La caste des manitous du Parti attache donc une importance particulière à ce désuet symbole de réussite. L'idée étant : «Je suis le chef, je porte une Patek Philippe», note le limier.
Mouchardage. Avant que la censure ne lui assène le coup de grâce, Wu avait reçu les hommages d'un journaliste de l'agence Chine nouvelle. Appelant les organes anticorruptions du pays à «suivre son exemple», le journaliste remarquait «qu'une simple montre peut être le révélateur de la corruption chez les officiels cupides». L'enquête de ce hardi investigateur est loin d'être la première tentative citoyenne d'exposer l'étendue de la corruption. Cet été, quatre sites internet de mouchardage vertueux sont apparus, pour être aussitôt censurés. Calquant le succès retentissant du site indien «I paid a bribe» (1) («j'ai payé un pot-de-vin»), ils invitaient à dénoncer l'officiel qui avait exigé un bakchich.
En avril 2010, plus d'un millier d'habitants de la ville de Zhuanghe (province du Liaoning) s'étaient agenouillés de l'aube au crépuscule sur les marches du palais de la mairie pour supplier l'édile de mettre un terme à la corruption des officiels. Pratique très courante, ces derniers accaparaient les terrains en chassant de force les habitants. Les parcelles étaient ensuite vendues à bas prix contre un pot-de-vin à des promoteurs qui sont des proches de ces mêmes officiels. «On a attendu longtemps à genoux, raconte un habitant, mais personne n'est sorti pour nous parler.»
(1) http://ipaidabribe.com/.
© 2011 SA Libération. Tous droits réservés.
mardi 20 septembre 2011
Google+ peut-il faire de l'ombre aux start-up liées à Facebook ?
Réseaux sociaux facebook a fait naître une multitude de jeunes pousses. doivent-elles changer de stratégie ?
Depuis deux ans, les start-up françaises de jeux et de contenus sociaux sont les chouchous des investisseurs, qui ont déjà misé une quarantaine de millions d'euros sur leur potentiel. La plupart d'entre elles ont bâti leur modèle économique sur leur interaction avec la star du secteur : Facebook, riche de 750 millions d'utilisateurs. Le lancement fin juin par Google d'un concurrent direct de Facebook, Google+, remet-il en cause le modèle économique de ces start-up ? Et quelles sont, aujourd'hui, leurs perspectives de développement, en France comme à l'international ?
Une des particularités de Facebook est qu'il s'est développé en s'appuyant sur un important réseau de partenaires de toutes tailles. Cet « écosystème » comprend pêle-mêle des éditeurs de jeux, comme Zynga (ou, en France, Kobojo et Iscool Entertainment), des sites d'achats groupés comme Groupon, des distributeurs de musique (Spotify et Deezer) ou de télévision (Canal + et TF1 en France, Hulu outre-Atlantique), des sites de voyages... « Nous essayons de créer une plate-forme où rien n'est exclusif, où tous sont traités de la même manière : grandes entreprises qui veulent devenir " sociales " , start-up sociales qui deviendront des grandes sociétés », explique Julien Codorniou, directeur du développement de Facebook en France.
De multiples start-up
Cette ouverture, alliée à la promesse de pouvoir tirer profit du succès phénoménal des réseaux sociaux, a fait naître une multitude de start-up en France. « Les modèles économiques qui croisent contenu et microtransactions sont très rentables sur Facebook : ils demandent relativement peu de capitaux pour être déployés sur tout le réseau », analyse Guillaume Lautour, du capital-risqueur Idinvest, qui a notamment financé un éditeur de solutions de fidélisation sur Facebook, IFeelGoods, et les éditeurs de jeux Kobojo et Pretty Simple. Résultat, on trouve désormais des start-up liées à Facebook dans à peu près tous les domaines : des régies et des agences de développement d'applications pour des marques, comme MakeMeReach, qui a levé avant l'été 3 millions d'euros, des contenus proches des médias, de la vidéo à la demande, des sites de rencontres, du tourisme... Une variété qui ne cesse de croître et sur laquelle Facebook entend bien garder son avance : Mark Zuckerberg doit annoncer après-demain l'arrivée de nouveaux services à l'occasion de la conférence mondiale des développeurs.
Pour l'heure, Google n'affiche pas la même volonté de créer un « écosystème ». Seuls quelques partenaires triés sur le volet, comme Zynga, ont pu prendre pied sur Google+, qui reste pour l'instant fermé aux start-up. Et son interface de programmation d'applications (API), indispensable pour développer des services compatibles n'a été présentée qu'en fin de semaine dernière, dans une version non définitive. Quant à son audience, Google+ est encore trop jeune pour qu'elle soit significative : en août, le site de mesure Comscore l'évaluait à 25 millions de personnes dans le monde.
Implantations locales
En attendant de savoir s'ils pourront ou pas monter à bord de Google+, les éditeurs d'applications français pour réseaux sociaux peuvent adopter une autre stratégie pour se développer : se tourner vers des réseaux fortement implantés localement. La prédominance de Facebook dans les réseaux sociaux n'est en effet pas universelle. « Il est probable que le principal concurrent de Facebook viendra de Chine, où le marché est encore très atomisé », analyse Frédéric Tardy, qui dirige l'Atelier BNP Paribas à San Francisco. Par exemple, Kobojo veut déployer une stratégie « hyperlocale » en renforçant l'identité culturelle de ses prochains jeux. Pour ce faire, il prévoit de s'implanter dans Mail.ru, le principal réseau en Russie, mais aussi dans QZone et PapayaMobile en Chine, VZ en Allemagne, le réseau mobile OpenFeint aux Etats-Unis...
L'Internet mobile représente en effet une faiblesse de Facebook, où des services rivaux comme Twitter et des jeux sociaux comme Foursquare se développent rapidement. Et où, grâce à Android et au rachat de Motorola, Google est déjà solidement implanté. Celui-ci a laissé entendre que son réseau social ne forme que le début d'une initiative plus importante. Elle vise à se rapprocher de l'internaute, en lui permettant d'insérer dans l'interface virtuelle des éléments de sa vie réelle : ce que l'on résume, dans la Silicon Valley, par l'expression de « Web au carré », successeur du Web 2.0.
Des acquisitions, comme celle des guides gastronomiques Zagat la semaine dernière, signalent en tout cas que Google a adopté une stratégie de contournement par l'Internet mobile et l'information locale, les deux talons d'Achille de Facebook. Le géant sait qu'il lui faudra changer les règles du jeu pour réussir. Et il s'y est attelé.
JEAN ROGNETTA
© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.
mardi 13 septembre 2011
Le site chinois de e-commerce Jingdong veut entrer à Wall Street
Jingdong Mall, un détaillant chinois en ligne, compte sur son introduction à la Bourse de New York pour lever 5 milliards de dollars (3,45 milliards d'euros). Par sa vitesse et son ampleur, la croissance de cette société est certes alléchante. Mais il existe d'autres " Amazon version chinoise " - sans compter qu'Amazon est aussi présent en Chine. Et la concurrence n'est pas propice aux marges. De plus, les incertitudes qui pèsent sur les stars chinoises du Net risquent de freiner l'appétit des investisseurs. Les normes comptables et les droits à la propriété, entre autres, suscitent des interrogations.
L'inefficacité des réseaux de distribution classiques a renforcé l'attrait des ventes sur le Net. Les offres à bas coût plaisent aussi aux Chinois, sourcilleux en matière de prix. Les ventes en ligne ne représentent en Chine que 3 % du commerce de détail, ce qui ouvre des perspectives de croissance. Selon le cabinet Forrest Research, le montant total des ventes au détail devrait s'y élever à 285 milliards de dollars en 2014, contre 249 milliards aux Etats-Unis. De 2011 à 2012, celles de Jingdong devraient doubler à 10 milliards de dollars, prévoit SFG Research.
Mais la concurrence est rude, et Jingdong, qui vend un peu de tout - des livres jusqu'aux appareils électroniques - n'est pas le leader dans son secteur. Le pionnier, Taobao, qui appartient au groupe Alibaba, capte 69 % des ventes de détail en ligne, selon iResearch, contre 4 % pour Jingdong, installé sur la deuxième marche du podium, 0,8 % pour Vancl, un spécialiste de la vente de vêtements en ligne; Joyo, le site d'Amazon, se contente de quelques miettes.
Les intervenants de second rang doivent batailler sur les prix pour attirer les clients. Or, Jingdong est pénalisé par une faible différenciation des produits. Vancl en revanche, parce qu'il distribue sa propre marque de vêtements, a des marges plus confortables - le groupe espère que son entrée à la Bourse de New York en 2011 lui permettra de lever 1 milliard de dollars.
Le choix de la logistique
La priorité donnée par Jingdong à la logistique des commandes lui confère toutefois un avantage. Pour toute commande, le groupe offre une livraison gratuite. Installé à Pékin, il a ses propres sociétés de transport. Et les clients peuvent régler leurs achats en espèces ou par carte de crédit à la livraison. Dans un pays où la fiabilité des livraisons et des paiements en ligne n'est pas garantie, c'est un atout. Et la société, qui investit plus dans les infrastructures que ses rivaux, pense à construire plus de 300 entrepôts dans tout le pays.
Jingdong a donc d'excellentes raisons d'augmenter ses capitaux. Mais les investisseurs étrangers devront être rassurés pour les convaincre de placer leurs fonds dans cette société.
Wei Gu
© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.
mardi 6 septembre 2011
Pékin " clarifie " l'entrée en Bourse des sociétés Internet chinoises
Une nouvelle réglementation clarifie la manière dont la Chine traite des introductions en Bourse et des fusions et acquisitions. Depuis le 1er septembre, les investisseurs étrangers ne peuvent plus utiliser des structures, obscures et juridiquement floues, telles que les accords de contrôle, pour échapper à la vigilance des autorités. Résultat, les sociétés Internet de Chine continentale devront " évoluer " si elles souhaitent entrer en Bourse dans le pays, voire conserver leur permis d'exploitation sur le territoire national.
Le nouveau cadre réglementaire met fin à une décennie de silence officiel sur les entités qui permettaient aux entreprises privées chinoises de lever des capitaux à l'étranger. Les règles encadrant les rachats par des firmes étrangères sont destinées essentiellement à renforcer le contrôle de l'Etat sur des transactions susceptibles d'affecter la sécurité nationale, une notion très " large " en Chine qui peut englober les sociétés Internet.
Les nouvelles règles donnent à penser que Pékin adoptera une position plus stricte sur les accords concernant les entités à détenteurs de droits variables (variable interest entity, ou VIE). Ces structures ont vocation à utiliser des permis d'exploitation, souvent détenus par des citoyens chinois, par exemple le fondateur de l'entreprise ou un membre de sa famille. Elles donnent aux sociétés étrangères une grande influence sans qu'elles soient ouvertement propriétaires.
Des firmes comme Sina et Baidu se servaient de ce genre d'accords de contrôle pour donner aux actionnaires de sociétés cotées à l'étranger des droits contractuels sur des permis d'opérer en Chine et sur les revenus qui en sont tirés. Pékin n'a pas interdit catégoriquement cette pratique, mais les autorités la voient de plus en plus d'un mauvais oeil. D'autant plus que la Toile exerce une influence politique et économique considérable dans le pays.
Dans le pire des cas, ce durcissement risque de coûter aux entreprises Internet chinoises leurs précieux permis d'exploitation. Les autorités vont examiner à la loupe les opérations dans ce secteur, notamment la toute récente prise de participation par Sina dans le capital de la firme de vidéos en ligne Tudou. Les récentes passes d'armes entre Yahoo! et son partenaire chinois, le géant du commerce électronique Alibaba, sur leur système de paiement en ligne mettent en évidence les risques réglementaires encourus par les investisseurs étrangers en Chine.
Prudence
Les nouvelles règles rendront plus difficile pour ces sociétés le fait d'obtenir leur introduction en Bourse en Chine continentale. Baidu figure parmi celles qui se disent intéressées par une entrée sur le marché international de Shanghaï dès l'ouverture de celui-ci. Le groupe veut lever des capitaux et se faire mieux connaître dans le pays.
Mais, comme les groupes étrangers ne sont pas censés obtenir un permis d'opérer sur Internet en Chine, les firmes chinoises qui voudront être cotées dans le pays devront " racheter " leurs investisseurs étrangers, ce qui sera exorbitant. Les grands du Web en Chine doivent être très prudents.
Wei Gu
© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.
lundi 22 août 2011
Le fulgurant succès de Weibo, le " Twitter " chinois - Brice Pedroletti
C'est la réponse de la Chine à Twitter, et elle fait un tabac. Proposé par le portail Sina depuis août 2009, le service Weibo (littéralement " microblog ") a dépassé, jeudi 18 août, les 200 millions d'utilisateurs - soit près d'un internaute sur deux en Chine, qui en compte 485 millions.
Le succès de la plus populaire plate-forme de " microblogging " (échange de messages courts) chinoise est à double tranchant pour le gouvernement : il a permis à la Chine, dont les systèmes de censure bloquent l'accès à Twitter, Facebook et YouTube et à ses géants d'Internet, de ne pas rester en marge des derniers développements technologiques et économiques du Web.
Tout en l'immunisant contre les effets les plus brutaux d'un outil de ralliement et de transmission de l'information, extrêmement rapide et incontrôlable, Sina Weibo pratique, comme toutes les sociétés Internet en Chine, une censure assez tatillonne de ses contenus et verrouille régulièrement le compte des utilisateurs jugés indésirables. Mais l'effet de masse que procure un tel réseau, et les spécificités techniques apportées par Sina - comme la possibilité d'insérer dans le message même des photos et des vidéos - ont largement contribué à élargir l'espace du débat public en Chine.
Dirigé par Charles Chao (Cao Guowei en chinois), Sina est coté au Nasdaq américain. La valeur de son action a doublé en un an, et Weibo représenterait la moitié de la capitalisation actuelle du groupe (6,1 milliards de dollars), selon les analystes. Sina a toutefois dû procéder à des investissements très lourds en publicité et en ressources humaines pour assurer le développement de son service de microblogging.
Ses revenus nets au deuxième trimestre ont été divisés par 2,5, comparé au même trimestre en 2010; mais son chiffre d'affaires a bondi de 20 %. Charles Chao souhaite désormais " monétiser " Weibo, notamment en trouvant le moyen d'y associer des revenus publicitaires. Sur ce créneau, il se positionne loin devant ses concurrents chinois. Baidu, le moteur de recherche chinois, qui a lancé en septembre 2010 son propre service de microblogging, a jeté l'éponge : les utilisateurs, qui avaient l'obligation de s'identifier, l'ont boudé.
Weibo, de son côté, garantit l'anonymat. Mais certains des utilisateurs qui fournissent les preuves de leur identité reçoivent alors un statut VIP, ce qui leur donne davantage de crédibilité. On y trouve les stars de la télévision et du cinéma - l'actrice Yao Chen a ainsi 10,8 millions d'abonnés. Mais aussi des commentateurs influents, telle la patronne de presse Hong Huang (3,2 millions de suiveurs), ainsi que des personnalités de la société civile (comme le journaliste d'investigation Wang Keqin).
Scandale
Les contestataires, qui se retrouvent interdits de Weibo, se réfugient sur... Twitter, bloqué en Chine mais accessible grâce au VPN (Virtual Private Network ou réseau privé virtuel). Weibo a l'avantage d'offrir plus d'espace que son homologue américain : les messages comportent jusqu'à 140 caractères chinois, soit l'équivalent de 280 lettres de l'alphabet, contre la moitié pour Twitter.
Depuis sa création, Sina Weibo n'a cessé de s'illustrer dans les événements qui ont fait débat en Chine. Les informations sensibles ont beau être purgées, elles ont le temps de circuler - ne serait-ce que quelques heures - surtout lorsqu'il s'agit de photos. Ce fut le cas, le 14 août, lors de la manifestation monstre de Dalian, qui dénonçait des risques de pollution.
Les plus hardis des microblogueurs prennent soin toutefois d'ouvrir deux comptes pour s'assurer que leur message est bien en ligne - et non effacé par la censure. Weibo est à l'origine, depuis quelques semaines, d'une polémique après qu'une jeune utilisatrice VIP, Guo Meimei, s'est mise à raconter à grand renfort de détails et de photos son existence luxueuse. Or, sur son profil était noté qu'elle dirigeait une société liée à la Croix-Rouge chinoise. Les internautes se sont mis à enquêter, spéculant sur ses relations avec un ponte de l'association. Malgré le scandale dans lequel est toujours empêtrée la Croix-Rouge de Chine, la jeune femme, elle, persiste et signe : elle vient d'annoncer qu'elle allait bientôt sortir une chanson... sur Weibo.
Brice Pedroletti
© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.
samedi 20 août 2011
Le moteur de recherche Baidu affronte l'ire des médias officiels chinois
Pris dans une vague de critiques, le moteur de recherche Baidu a dû faire amende honorable, vendredi 19 août à la télévision chinoise. Wang Zhan, vice-président des ventes de l'entreprise, a présenté des excuses aux "utilisateurs affectés par des informations frauduleuses". Il a notamment promis que Baidu s'efforcerait de mieux filtrer les informations illégales."Nous passons en revue nos ventes et nos procédures d'approbation pour tenter de combler les lacunes dès que possible", a-t-il ajouté dans des commentaires publiés vendredi par la presse.
La chaîne de télévision CCTV s'en était déjà pris dans le passé à Baidu. Elle a de nouveau attaqué en début de semaine cette compagnie qui représente plus des trois-quarts du marché de la recherche sur Internet en Chine, dans une émission qui évoquait des fraudes par des annonceurs de Baidu. Selon la chaîne économique de CCTV, de faux billets d'avion ont été vendus par des annonceurs sur le moteur de recherches.
Le Quotidien du Peuple, porte-parole du Parti communiste au pouvoir, avait lui aussi critiqué Baidu mardi dans un éditorial. Le journal estime que le moteur de recherches pourrait être "abandonné" par les internautes s'il ne se concentrait que sur ses bénéfices à court terme. La télévision d'Etat avait déjà mis en cause Baidu en 2008 pour ses pratiques publicitaires, poussant la compagnie à une importante réorganisation d'une partie de ses opérations.
POSSIBLE MACHINATION ?
Bill Bishop, analyste indépendant installé à Pékin et conseiller pour des start-up Internet, a évoqué plusieurs théories pour expliquer ces critiques. Notamment de possibles machinations montées par des concurrents. "Baidu est réellement en situation de monopole dans la recherche sur Internet, écrit-il sur son blog DigiCha. Il est peu probable que le gouvernement apprécie le pouvoir de Baidu sur le marché, et le reportage de CCTV est peut-être le signe que Baidu va devoir s'attendre à un examen accru et à des réglementations."
La société est l'une des plus grosses valeurs Internet mondiales, avec une capitalisation de 48 milliards de dollars (33,6 milliards d'euros). Le moteur de recherche a des concurrents chinois plus petits que lui et sa domination pourrait irriter ceux qui sont soutenus par des organes étatiques, tels Le Quotidien du Peuple ou l'agence Chine nouvelle, selon des analystes.
Les actions de Baidu ont perdu plus de 14 % de lundi à jeudi sur le Nasdaq, l'indice à dominante technologique de la Bourse de New York.
LEMONDE.FR avec AFP
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jeudi 18 août 2011
OPINION - Le cyberespace ne doit pas devenir un champ de bataille
Pour un romancier, il y a quelque chose d'à la fois troublant et hautement suspicieux quand la réalité semble épouser la fiction. Dans mon livre Babel minute zéro, le pouvoir chinois, dépassé par des manifestants qui s'organisent par Internet, engage une cyber-attaque massive contre les Etats-Unis afin de faire diversion. Les Etats-Unis répliquent. Ce type de risque est-il désormais devenu une réalité ?
Or, le 31 mai, le Pentagone a déclaré qu'une cyber-attaque contre les Etats-Unis peut constituer un acte de guerre. Le 2 juin, des officiers chinois accusent l'Amérique de lancer une guerre sur Internet afin de faire tomber les régimes arabes et " d'autres gouvernements ".
Gmail, la messagerie électronique de Google, redevient un sujet de conflit entre l'Amérique et la Chine. Richard Clarke, ex-conseiller spécial du président pour la cyber-sécurité, accuse la Chine d'un cyber-assaut contre l'Amérique. Entre-temps, Thomas Barnett, ex-professeur à l'US Naval War College, suggère sur le site du Time que, si l'on suit la formule du Pentagone, " un état de guerre existe désormais entre la Chine et les Etats-Unis ".
Deux visions du monde, mais aussi deux crispations profondes, se font face des deux côtés du Pacifique. L'irruption de systèmes d'information qui peuvent devenir les vecteurs d'une contestation politique à la dynamique insaisissable peut donc être perçue comme un danger pour la stabilité de la Chine.
Le parti est d'autant plus fébrile qu'il sait que, malgré tous les efforts déployés pour contrôler Internet, il finit toujours par être surpris. Les sites de microblogging, les " weibo ", réunissent plus de 120 millions d'utilisateurs qui arrivent à déjouer la censure. Lors de la grève de l'usine Honda à Zhongshan, en 2010, les ouvriers et syndicalistes ont réussi à s'organiser sur les réseaux sociaux et vidéo sur mobiles malgré le contrôle des autorités. Voilà qui pourrait donner des idées aux 450 millions d'internautes chinois.
Là-dessus viennent se greffer les éléments plus classiques des environnements prérévolutionnaires : une inflation qui atteint désormais 12 % sur les produits alimentaires; une population de jeunes diplômés qui ne trouvent pas de débouchés; des autorités policières locales qui, comme en Tunisie, finissent par créer de petites émeutes à force d'abus; et enfin un parti qui envisage la transition à la cinquième génération de dirigeants, en 2012, arc-boutés sur le dogme du monopole du parti central. Une situation d'autant plus critique qu'après l'Amérique latine, l'Europe de l'Est et la Russie, l'Asie et le monde arabe, la Chine est l'ultime grande puissance qui refuse la transition démocratique.
De l'autre côté du Pacifique, l'Amérique défend aux côtés de ses partenaires occidentaux la liberté d'expression et l'ensemble des valeurs des démocraties libérales - ce qui se traduit par des initiatives telles que le projet " TOR ", qui permet aux journalistes et blogueurs de communiquer en ligne librement. C'est aussi une autre façon de projeter son influence et d'augmenter son soft power à l'heure de la fin des aventures militaires unilatérales de la période George W. Bush. Il s'agit enfin de défendre les intérêts commerciaux américains, au premier rang desquels ceux de Google, qui souffre de voir la réputation de sa sécurité informatique mise à mal par les cyberintrusions provenant de Chine.
Mais il y a là un malaise plus profond sur l'émergence de la Chine comme superpuissance asiatique. La stratégie chinoise n'est plus lisible, ni par l'Amérique ni par les autres puissances asiatiques. La Chine finit de construire son premier porte-avions, qui devrait porter le nom de l'amiral qui a conquis Taïwan sous la dynastie Qing; elle dévoile son nouveau chasseur furtif au moment où le secrétaire américain à la défense se rend à Pékin; elle envoie des milliers de soldats " réparer les routes " dans le Cachemire pakistanais, en face du grand voisin indien; et agite tellement les passions nationalistes dans la mer de Chine méridionale que le Vietnam en vient à demander l'aide de l'Amérique !
Enfin, dans le cadre de cet affrontement larvé entre ces deux puissances, il y a l'émergence du cyberespace qui n'est plus seulement un lieu d'échange, mais aussi désormais un enjeu militaire.
Stuxnet, le ver informatique qui aurait affecté les systèmes de contrôle de l'usine d'enrichissement d'uranium de Natanz, en Iran, a fait la démonstration du pouvoir de nuisance des cyberarmes. L'essentiel de nos activités est désormais géré dans le cyberespace.
Dès le milieu des années 1990, l'Armée populaire de libération en Chine a essayé de se doter de capacités de cyberattaque, en mettant en avant des notions telles que celle de l'attaque surprise contre l'ensemble des réseaux d'information de l'ennemi. Au même moment, la réflexion de l'US Air Force menée autour du renouveau du bombardement stratégique après 1991 conduit à s'interroger sur la vulnérabilité des systèmes informatiques - et à entrevoir, peut-être, la nécessité d'attaques informatiques préemptives.
Or cette dialectique entre attaque surprise et nécessité de préemption pourrait entraîner une spirale d'anticipations menant vers un conflit armé. Comme le note le Prix Nobel Thomas Schelling, une " technologie militaire qui donne une prime à la précipitation donne une prime à la guerre elle-même ". Ces lignes résonnent avec d'autant plus de force qu'elles ont été écrites en 1966, alors qu'Arpanet, l'ancêtre militaire d'Internet, n'était même pas encore sorti de terre.
Malgré les liens économiques, l'erreur peut survenir qui entraîne le drame que tous avaient voulu éviter. En 1910, Sir Norman Angell publiait La Grande Illusion, où il démontrait que les échanges entre puissances européennes rendaient la guerre futile. Quatre ans plus tard, la première guerre mondiale éclatait. Nous n'en sommes pas encore là. Les chemins d'une coopération plus étroite sont encore possibles, qui éviteraient un emballement. La Chine doit se rendre à ses responsabilités nouvelles. L'Amérique doit poursuivre la création d'un cadre de sécurité collective.
La sécurité du cyberespace doit être un test pour cette coopération, à commencer par l'arrestation de hackers " patriotes ", qui, sous couvert idéologique, peuvent servir d'auxiliaires masqués. Le cyberespace doit devenir ce domaine étanche d'où ne peut jaillir le vieux fantôme qui a hanté l'Europe et le monde, celui du mauvais génie de la guerre. Il ne s'agit pas d'une aspiration. Il s'agit désormais d'une nécessité vitale pour notre sécurité.
Guy-Philippe Goldstein
Ecrivain, auteur de " Babel minute zéro " (Denoël, 2007)
© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.
mardi 16 août 2011
REPORTAGE - Les dissidents chinois mobilisent grâce à Internet - Brice Pedroletti
Le Monde - International, lundi 15 août 2011, p. 4
Ils sont venus par dizaines, armés de téléphones portables, d'appareils photo, virevoltant entre les policiers en uniforme ou en civil. Eux aussi caméra au poing. Le tribunal de banlieue, dans l'est de Pékin, où a eu lieu, vendredi 12 août, le procès censé être public de la militante pékinoise Wang Lihong, 55 ans, arrêtée le 21 mars et accusée " d'incitation à manifester ", ne leur ouvrira pas ses portes. Pas plus qu'aux diplomates étrangers venus faire acte de présence, et prestement installés dans un salon, loin de la foule.
Dehors, dans la chaleur étouffante et la poussière de la route en travaux, des supporters, le bras ceint d'un ruban jaune, scandent le nom de Wang Lihong. Des pétitionnaires fourguent aux journalistes étrangers des photocopies détaillant une injustice ou une extorsion - Wang Lihong était notamment connue pour son aide aux pétitionnaires désargentés de province qui montaient à Pékin.
L'infatigable retraitée était souvent la première à se rendre sur place pour consoler les proches de victimes et écrire des lettres ouvertes aux autorités.
Les militants encadrent de près l'une des seules personnalités qui a réussi à déjouer la surveillance policière : Zhao Lianhai, représentant des parents d'enfants empoisonnés par le lait à la mélamine, qui fut condamné en 2010 puis libéré quelques mois plus tard sur pression de l'opinion publique, raconte s'être levé à 4 heures du matin alors que les deux gardes vivant dans le couloir de son immeuble dormaient. Il a ensuite franchi un mur pour sortir de sa résidence. Et faillit être repris aux abords du tribunal...
Les procès de militants tels que celui de Wang Lihong, donnent lieu en Chine à des rassemblements de soutien auxquelles les réseaux sociaux donnent un écho important. Ces actions, qui ont pour nom weiguan (" regard vigilant "), séduisent une jeunesse de plus en plus lucide sur les mensonges de la propagande. Le procès de Wang Lihong est d'autant plus symbolique que les faits qui lui sont reprochés concernent justement l'action de weiguan organisée lors du procès de trois internautes du Fujian en 2010.
Le retentissement sur Internet fut énorme à l'époque. Les militants, deux femmes et un homme, furent condamnés à un et deux ans de prison pour avoir diffusé sur le Net le témoignage d'une mère qui soupçonnait que sa fille avait été violée et assassinée par des policiers locaux. Le procès en 2009, puis surtout le verdict cinq mois plus tard rassemblèrent plusieurs centaines de militants.
" Nous filmons et mettons en ligne ce qui se passe, c'est permis par la Constitution. On ne peut pas céder là-dessus. Ils ont beau avoir des tanks, à l'âge d'internet, on se bat avec des caméras ", disait Wang Lihong dans le documentaire que lui a consacré la réalisatrice Ai Xiaoming, elle aussi venue filmer vendredi les abords du tribunal.
En tacticienne hors pair - elle est fille d'un haut gradé de la marine - Mme Wang y explique la manière dont les militants se sont munis de caméras dans le Fujian. Puis les DVD imprimés à l'aide de dons d'internautes, les conférences organisées dans des universités. " On est dans une période où des avocats disparaissent avec un sac noir sur la tête. Pourtant, nos images montrent des citoyens non violents et des policiers qui hésitent à les brutaliser. Ça redonne de l'espoir ", poursuit la militante. Elle était prête à " payer le prix " pour son engagement. Des internautes ont déjà déclaré sur les réseaux sociaux chinois qu'ils se rendraient à leur tour à la police si Wang Lihong est condamnée - elle risque jusqu'à trois ans de prison.
Quelques-uns des participants de weiguan de vendredi étonnent par leur jeunesse. " Sam " - son surnom en anglais - a 20 ans, et rentre d'un an d'études à Toronto. C'est la première fois qu'il manifeste ainsi. " J'ai lu ce qu'elle a fait, elle se porte au secours des gens qui ont des problèmes. C'est la moindre des choses de la soutenir ", dit-il.
Les policiers lui ont demandé à son arrivée ce qu'il comptait photographier. " Les arbres, là-bas ! ", leur a-t-il répondu. " Abraham ", 19 ans, part lui dans quelques jours étudier au Texas. Il a participé à des actions d'Ai Weiwei, qu'il veut d'ailleurs tenter de rencontrer avant son départ. Il est déterminé à ne plus revenir en Chine. " On ne peut croire à rien. On nous ment sur tout ! ", dit cet autre représentant d'une jeunesse pourtant privilégiée, mais indignée par la censure et les dénis de droit.
En fin de matinée, le fils de Wang Lihong, 26 ans, le seul à avoir été autorisé à assister au procès, sort du tribunal, vêtu d'un tee-shirt à l'effigie de Chen Guangcheng, le militant aveugle séquestré chez lui que sa mère soutenait. L'un des avocats de Wang Lihong est là aussi. Objectifs et téléphones portables se tendent vers eux.
La foule des manifestants s'anime. Les nouvelles ne sont pas très bonnes. Wang Lihong a été sans cesse interrompue par le juge. L'avocat a stigmatisé la " persécution politique " dont sa cliente est victime. Le verdict tombera dans plusieurs mois. En attendant, messages et photos ont commencé leur migration vers les consciences citoyennes de la Toile chinoise.
Brice Pedroletti
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mardi 9 août 2011
Ai Weiwei brise le silence imposé par Pékin - Céline Zünd
Le Temps - International, mardi 9 août 2011
Libéré sous caution le 22 juin, l'artiste chinois fait son retour sur Internet après un mois de mutisme.
L'artiste Ai Weiwei, libéré sous caution le 22 juin après quatre-vingt-un jours de détention, sort enfin de son silence. Il a fait sa première apparition sur Google?+, un réseau social conçu par la société américaine du même nom. Sur son profil, un autoportrait, torse nu, avec cette phrase: «Voici une preuve de vie.» Une preuve aussi que l'artiste n'a pas perdu son sens de la dérision. «Passionné de pornographie et évadé fiscal suspecté»: c'est ainsi qu'il se décrit, en référence aux charges retenues contre lui par la police, qui affirme avoir relâché l'artiste pour sa «bonne conduite» et parce qu'il aurait confessé ses crimes économiques. En quelques jours, il capte plus de 16 000 internautes sur ce réseau social dont l'accès est limité en Chine.
Quelques jours plus tard, Ai Weiwei fait son retour sur Twitter, où il a rassemblé plus de 95 000 «suiveurs» dans le monde. Il donne d'abord des nouvelles de son poids. «Dîner 10 raviolis, 3 kg regagnés», écrit-il dimanche. Puis il poste une photographie de deux pieds nus sur une balance indiquant 97 kilogrammes. A sa libération, Ai Weiwei était réapparu très amaigri. Dans de nouveaux tweets lundi soir, il évoque sa détention, qu'il qualifie d'«illégale».
L'arrestation de l'artiste en vue sur la scène internationale avait provoqué une vague de protestation, alors que ses oeuvres étaient exposées dans plusieurs musées dans le monde, dont deux en Suisse. Peu après sa libération, Ai Weiwei avait signalé aux journalistes qu'il n'était pas autorisé à parler aux médias. Mais, début août, le quotidien hongkongais Apple daily, interdit sur le continent, publiait des révélations de l'artiste sur ses conditions de détention. «J'ai perdu tout contact avec le monde extérieur et j'ai été plongé dans un monde d'obscurité, raconte-t-il. J'ai eu peur que mon existence ne se fane silencieusement; personne ne savait où je me trouvais, et personne ne l'aurait jamais su. J'étais comme une graine de soja tombée sur le sol, qui aurait roulé jusqu'à une crevasse, dans un coin. Incapable de produire un seul son, je serai oublié à jamais.»
Pendant ses jours de détention, Ai Weiwei a subi 52 interrogatoires par la police. Tous les matins, il était réveillé à 6h30. Il était constamment surveillé dans sa minuscule cellule éclairée vingt-quatre heures sur vingt-quatre, avait raconté un peu plus tôt au Washington Post sa soeur, Hao Ge.
Ai Weiwei pourrait quitter la Chine pour s'installer dans la capitale allemande. L'Université des arts de Berlin (UDK) lui avait proposé un poste de professeur invité avant sa détention, une offre qu'il a acceptée, a indiqué mi-juillet l'institution berlinoise dans un communiqué de presse. Pas sûr toutefois qu'il puisse s'envoler. Ai Weiwei est sous enquête pour une année. Il a l'interdiction de quitter Pékin sans autorisation. Avant d'être arrêté, l'artiste avait déjà évoqué son intention d'ouvrir un studio à Berlin, pour faire de cette ville sa base européenne.
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jeudi 4 août 2011
Les cybercafés chinois contraints à l'espionnage - Julie Desné
Pékin veut les obliger à se doter d'un logiciel permettant de traquer les activités d'un internaute pendant sa connexion.
Nouveau tour de vis sur la Toile chinoise. Pékin veut contraindre les établissements publics offrant une connexion sans fil (Wi-Fi) à se doter d'un logiciel espion. Pour une somme allant de 2 000 à 6 000 euros, à la charge des cafés et restaurants concernés, le service permet de traquer toutes les activités d'un internaute pendant sa connexion. La police peut notamment recevoir des relevés des sites consultés et identifier les lecteurs ou auteurs jugés subversifs. Confrontés à cette obligation d'investir une somme importante, de nombreux établissement préfèrent résilier simplement leur abonnement Wi-Fi. « Nous avons suspendu notre connexion sans fil depuis déjà une semaine. Le logiciel demandé par les autorités est trop cher pour nous », confie une employée d'un café du district de Haidian à Pékin, jointe par téléphone.
D'autres ignorent encore la nouvelle règle mise en place par les censeurs du Parti, comme ce petit café du quartier de Xicheng, toujours dans la capitale. « Je n'ai pas entendu parler de cette réglementation. Pour l'instant nous avons toujours le Wi-Fi », explique le barman. Mais des sanctions pourraient rapidement tomber.
Des intérêts économiques
Selon le quotidien proche du pouvoir China Business News, la violation de cette nouvelle mesure est passible d'une amende de plus de 500 euros, voire d'une fermeture temporaire pouvant atteindre six mois « dans les cas graves ». Sur le très populaire réseau social Weibo, équivalent de Twitter en Chine, le sujet était déjà étroitement contrôlé hier. Une recherche par mot-clé montrait qu'une soixantaine de messages avaient été supprimés par les censeurs, pour n'en laisser que trois encore accessibles. Derrière cette affaire, le China Business News soupçonne des intérêts économiques, notant que la société qui vend les onéreux logiciels, Rainsoft, connaît bien la Sécurité publique, qui veut imposer ces nouvelles règles aux cafés. Les deux entités entretiennent déjà une étroite collaboration dans de nombreuses provinces chinoises.
La police aurait alors juste eu besoin de faire un peu de zèle abondant dans le sens d'un pouvoir très jaloux du contrôle qu'il exerce sur la Toile. Le Parti évoque régulièrement la lutte contre la pornographie, le trafic de drogue ou les paris en ligne, interdits en Chine, pour justifier les nombreuses restrictions imposées sur le réseau chinois. Mais face au succès des microblogs, le gouvernement central craint surtout les admonestations des internautes. D'autant que ces deux dernières semaines ont été éprouvantes pour les dirigeants chinois. La collision meurtrière de deux trains dans la province du Zhejiang, voisine de Shanghaï, a littéralement déchaîné l'opinion publique. Même les médias les plus officiels ont osé des unes critiques à l'égard du pouvoir et de son manque de transparence, tandis que les sites Internet mobilisaient la Toile pour demander des comptes aux autorités.
© 2011 Le Figaro. Tous droits réservés.
Le microblogging explose en Chine - Gabriel Grésillon
Pékin a beau bloquer l'accès à Twitter, cela n'empêche pas le microblogging de faire fureur en Chine. D'après les chiffres que vient de publier le Centre d'information sur l'Internet, ce sont bien les services de minimessages qui ont connu la croissance la plus spectaculaire dans le pays au cours des six premiers mois de 2011. Le nombre d'utilisateurs a bondi de 208 %, passant de 63 millions à 195 millions. Au même moment, le nombre d'internautes atteignait 485 millions, soit une hausse de 6,1 % en un semestre, moins que les 9,4 % constatés il y a un an.
Le microblogging à la chinoise ressemble à s'y méprendre à celui que l'on pratique sur Twitter. A ceci près que les messages considérés comme subversifs s'y font « harmoniser », comme disent les internautes pour parler de censure. Une référence à la doctrine de la « société harmonieuse » chère au président chinois, Hu Jintao.
Le phénomène est suivi de très près par les autorités car Pékin peine à reprendre la main sur cette agora moderne. En témoigne le mal qu'ont eu les autorités à casser la rumeur qui donnait récemment pour mort Jiang Zemin, l'ancien président chinois. Le blocage de tout message faisant référence à ce dernier, plutôt que de calmer les esprits, les a enflammés, au point que la télévision de Hong Kong elle-même a annoncé le décès de l'ancien dirigeant.
De même, c'est de plus en plus souvent sur microblog que naissent les affaires qui secouent l'opinion. La dernière en date a fait le malheur de la jeune Guo Meimei. Celle-ci a mis en ligne des photos d'elle-même devant sa Maserati rutilante. Une voiture de luxe offerte pour ses vingt ans. Problème : sur son profil, il était écrit qu'elle travaillait pour la Croix-Rouge chinoise. L'indignation s'est propagée comme une traînée de poudre. Mais que fait-on de notre argent ? Qui sont ces officines qui se disent caritatives et qui, en réalité, détournent les fonds qu'on leur confie ? Il a fallu que la Croix-Rouge s'empare de l'affaire, démente, puis qu'elle ouvre ses comptes au grand public, et qu'enfin la très riche mais infortunée Guo Meimei se confonde en excuses pour avoir menti sur son métier.
© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.
vendredi 24 juin 2011
ANALYSE - L'Internet sur mesure façonné par la Chine - Arnaud de La Grange
Le Figaro, no. 20806 - Le Figaro, vendredi 24 juin 2011, p. 2
Protégés de la concurrence par la censure, des sites chinois explosent sur un marché national d'un demi-milliard d'internautes. Au point de donner le jour à un Web parallèle, avec ses caractéristiques propres, et ses limites.
Le paradoxe est aussi étonnant que savoureux. Si, par essence, Internet est censé se jouer des frontières, unifier un monde qui n'en demande pas toujours tant, c'est pourtant dans ses espaces virtuels qu'une logique de « blocs » est en passe de se reconstituer. Avec d'un côté une planète « libre », celle de Google et de Facebook. Et de l'autre un monde chinois et « communiste », celui de Baidu et Renren. Entre les deux, un mur, comme il se doit. Ce qu'on appelle, avec un clin d'oeil pour la mythique grande muraille, le « Great Firewall ».
Caricatural, bien sûr, mais pas dénué de fondement. Un Internet aux « caractéristiques chinoises », pour reprendre l'expression consacrée quand Pékin veut parler de sa spécificité politique ou économique, a bel et bien vu le jour. Et la plus grande cyberpopulation au monde - près d'un demi-milliard d'internautes chinois - échange, se rencontre ou commerce sur des sites que le reste de la planète ignore. Des géants du Web sont nés. Renren, le Facebook chinois, a fait une entrée en fanfare le mois dernier à Wall Street. Tout un symbole.
Pour naître et croître, les grands sites Internet chinois ont, à l'évidence, bénéficié de la censure qui a frappé leurs concurrents occidentaux. Qu'ils soient bridés, comme Google, ou purement et simplement bloqués, comme YouTube, Facebook ou Twitter. Le voile noir sur ces derniers sites est tombé au lendemain des sanglantes émeutes dans la région du Xinjiang, à l'ouest du pays, en juillet 2009, afin d'éviter qu'informations et mots d'ordre ne circulent. C'est un peu comme si Pékin voulait créer un vaste Intranet chinois. Il est transparent qu'a été favorisé le développement de champions chinois du Web, bien plus faciles à contrôler. Mais, plutôt que ce coup de pouce très politique, les patrons de ces grands sites de l'Empire préfèrent expliquer que le public chinois est naturellement porté vers des outils plus proches culturellement de lui.
Débuts en Bourse flamboyants
Les histoires des temps pionniers du secteur rappellent celles entendues de l'autre côté du Pacifique. Ainsi, pour Renren et le parcours de son fondateur. Un doctorat américain de l'université du Delaware en poche, Wang Xing revient à Pékin où il tente de lancer une version locale de Friendster. Échec. Deux ans plus tard, il entend parler d'un nouvel outil, Facebook, et décide de le copier. Ou, disons, de s'en inspirer fortement. L'ancien diplômé de la prestigieuse université de Tsinghua vise essentiellement les étudiants, et son premier bébé s'appelle d'ailleurs « Xiaonei », soit « sur le campus », avant d'être rebaptisé « Renren ». La légende raconte que le jeune homme voulait alors contribuer à « bâtir un monde meilleur ». Et qu'il a commencé en 2005 flanqué de deux partenaires, avec 300 000 yuans (environ 30 000 euros), en louant trois petits appartements contigus aux abords de l'université. Là, ils ont passé des semaines entières, reclus, se nourrissant de nouilles instantanées et de lignes de code... En 2006, Wang vend, pour 4 millions de dollars. Il doit se dire qu'il aurait mieux fait d'attendre un peu.
Aujourd'hui, Renren - dont le nom signifie « tout le monde » - est le réseau social le plus populaire en Chine. Il revendique près de 120 millions d'« utilisateurs activés », avec deux millions de nouveaux membres par mois. Une banderole, dans une salle de détente du QG, proclame que « chaque jour, le nombre de personnes rejoignant renren.com pourrait remplir 230 fois la place Tiananmen »... Malgré les avertissements de certains analystes estimant que le groupe baigne dans un certain « flou », ses débuts en Bourse à New York ont été flamboyants. Son PDG, Joseph Chen, diplômé du Massachusetts Institute of Technology (MIT) et de l'université de Stanford, a expliqué que son objectif était de « révolutionner la façon dont les gens en Chine se connectent, communiquent, s'amusent et font leurs achats ». L'autre grand réseau social chinois, Kaixin - qui signifie « heureux » -, a dès l'origine visé une autre cible, les cols blancs. Son patron a d'ailleurs un autre profil. Cheng Binghao était directeur des technologies de Sina, le plus grand portail Internet du pays, quand il a démissionné pour créer Kaixin.
Existe-t-il réellement un « internaute chinois », avide d'outils spécifiques, plus proches culturellement ? Oui et non. « Je ne crois qu'à moitié à cette spécificité Internet chinoise, commente Renaud de Spens, spécialiste de l'Internet chinois. Quand on regarde de près, on voit d'ailleurs qu'il y a très peu de différences. Les interfaces, les fonctionnalités se ressemblent terriblement. Même s'il y a bien sûr des particularités, comme l'accent mis sur les gadgets ou les jeux. » Professeur à l'École normale de Pékin et spécialiste du sujet, Liu Deliang estime, lui, que ces sites sont bien différents, « sur le fond, en voyant toujours les choses, notamment l'information, sous l'angle chinois, et sur la forme, en utilisant des éléments graphiques chinois, comme la couleur rouge ». Certes, Kaixin s'est drapé de carmin, mais Renren affiche, lui, un bleu très « facebookien ». Dans un entretien avec un journal de Canton, Cheng Binghao s'est défendu d'avoir copié Facebook et a expliqué qu'il avait beaucoup innové, afin de coller aux goûts des internautes chinois. Notamment avec le jeu « paroles sincères », inspiré d'un divertissement très populaire chez les jeunes cadres. Ou avec l'application « acheter une maison », répondant à l'aspiration première de la classe moyenne.
La popularité de ces réseaux fait peur à certains. L'Armée populaire de libération (APL) vient ainsi d'interdire les réseaux sociaux à ses 2,3 millions de membres, par peur de la « fuite de secrets ».
« Jeu social » et rencontres en ligne
Si tous ces sites sont à l'évidence des rejetons des grands aînés occidentaux, « ils ont aussi développé des applications parfois supérieures à celles de leurs inspirateurs », constate Renaud de Spens. Weibo, le Twitter chinois, qui rencontre un immense succès, permet d'échanger des photos plus facilement que son grand frère occidental. De la même façon, Renren a une application qui permet de voir qui consulte votre profil. Une fonction utile et plaisante pour certains, mais qui suscite aussi des critiques chez les internautes chinois, dérangés par son côté « mouchard ». Baidu propose une encyclopédie du type Wikipédia, très bien faite. Le Google chinois a aussi fait un tabac avec son moteur de recherche MP3 - donc avec le téléchargement de musiques illégales. Sous le feu des critiques, notamment américaines, il a annoncé qu'il allait lancer ce mois-ci Baidu Ting, un service légal de musique avec un volet réseau social.
Une grande partie de la population chinoise s'accommode de cet Internet en partie coupé du reste du monde. Même si les intellectuels jugent Google supérieur pour leurs recherches. Ou si les étudiants se sentent isolés. Phoebe, 26 ans, qui vient d'étudier deux ans à Philadelphie, a à la fois un profil Renren et un profil Facebook, avec l'obligation de contourner la censure si elle veut consulter ce dernier. « Renren me fait rester dans nos frontières, dit-elle. Facebook me permet de garder le lien avec mes amis de l'étranger. » Ajoutant : « La différence est aussi qu'ici on va beaucoup sur ces réseaux pour jouer. Et pour des rencontres sentimentales. » Le « jeu social » est l'objet d'une véritable folie en Chine. Renren a fait un tabac avec son jeu Happy Farmer, vite imité par son concurrent Kaixin et son Happy Garden. L'affaire est financièrement très juteuse. Le grand fabricant américain de chips Lay's a ainsi utilisé Happy Farmer pour lancer une grande campagne chinoise, qui s'est révélée extrêmement efficace.
Pas un jeune sans son compte QQ
Le dating porte aussi les sites au septième ciel. Le South China Morning Post racontait récemment comment Dong, une jeune enseignante pékinoise de 26 ans, s'était fait « brancher » de manière on ne peut plus directe sur Renren. Par un jeune collégien lui expliquant qu'il n'était « pas mauvais », sachant qu'il parlait là d'une matière peu académique. « Je dis des choses que je suis absolument incapable de dire dans la vie réelle, explique Zhang, un étudiant de 23 ans. Vous savez, on n'est pas encore très à l'aise avec le flirt, ici. » Là encore, les ressorts se retrouvent en Occident. Mais, dans une culture où les verrous sociaux sont encore forts, où le mariage arrangé par les parents est encore très répandu, la bascule est spectaculaire. Le mois dernier, le premier site Internet chinois de rencontres - il revendique une part de marché de 44 % -, Jiayuan.com, s'est aussi lancé en Bourse à New York.
Pas un jeune Chinois ne vit sans son compte QQ, le plus populaire des sites de chat.Si l'engouement est aussi fort pour tous ces sites, « c'est sans doute parce que cette capacité d'expression est nouvelle en Chine et qu'elle est plus compliquée dans d'autres champs de la vie quotidienne, à la différence de l'Occident », avance le professeur Liu Deliang. Peut-être aussi parce que ces réseaux sociaux collent à la culture traditionnelle des guanxi, ce tissu de relations indispensable pour réussir socialement et dans les affaires en Chine.
Les nouveaux empereurs du Web chinois, en tout cas, se portent bien. L'an dernier, Robin Li, le patron de Baidu, 44 ans, a bondi de la 14e à la 2e place du classement des milliardaires chinois, avec une fortune estimée à plus de 7,2 milliards de dollars. Cette dernière aurait plus que doublé depuis les déboires de Google, Baidu dominant désormais 73 % du marché chinois. Mais les sites chinois sauront-ils partir un jour à l'assaut du monde ? La censure qui les a aidés à grandir risque cette fois-ci de les handicaper pour devenir des champions internationaux. Les grands murs, l'histoire l'a souvent montré, isolent autant qu'ils protègent.
Chaque jour, le nombre de personnes rejoignant renren.com pourrait remplir 230 fois la place Tiananmen...
© 2011 Le Figaro. Tous droits réservés.
Protégés de la concurrence par la censure, des sites chinois explosent sur un marché national d'un demi-milliard d'internautes. Au point de donner le jour à un Web parallèle, avec ses caractéristiques propres, et ses limites.
Le paradoxe est aussi étonnant que savoureux. Si, par essence, Internet est censé se jouer des frontières, unifier un monde qui n'en demande pas toujours tant, c'est pourtant dans ses espaces virtuels qu'une logique de « blocs » est en passe de se reconstituer. Avec d'un côté une planète « libre », celle de Google et de Facebook. Et de l'autre un monde chinois et « communiste », celui de Baidu et Renren. Entre les deux, un mur, comme il se doit. Ce qu'on appelle, avec un clin d'oeil pour la mythique grande muraille, le « Great Firewall ».
Caricatural, bien sûr, mais pas dénué de fondement. Un Internet aux « caractéristiques chinoises », pour reprendre l'expression consacrée quand Pékin veut parler de sa spécificité politique ou économique, a bel et bien vu le jour. Et la plus grande cyberpopulation au monde - près d'un demi-milliard d'internautes chinois - échange, se rencontre ou commerce sur des sites que le reste de la planète ignore. Des géants du Web sont nés. Renren, le Facebook chinois, a fait une entrée en fanfare le mois dernier à Wall Street. Tout un symbole.
Pour naître et croître, les grands sites Internet chinois ont, à l'évidence, bénéficié de la censure qui a frappé leurs concurrents occidentaux. Qu'ils soient bridés, comme Google, ou purement et simplement bloqués, comme YouTube, Facebook ou Twitter. Le voile noir sur ces derniers sites est tombé au lendemain des sanglantes émeutes dans la région du Xinjiang, à l'ouest du pays, en juillet 2009, afin d'éviter qu'informations et mots d'ordre ne circulent. C'est un peu comme si Pékin voulait créer un vaste Intranet chinois. Il est transparent qu'a été favorisé le développement de champions chinois du Web, bien plus faciles à contrôler. Mais, plutôt que ce coup de pouce très politique, les patrons de ces grands sites de l'Empire préfèrent expliquer que le public chinois est naturellement porté vers des outils plus proches culturellement de lui.
Débuts en Bourse flamboyants
Les histoires des temps pionniers du secteur rappellent celles entendues de l'autre côté du Pacifique. Ainsi, pour Renren et le parcours de son fondateur. Un doctorat américain de l'université du Delaware en poche, Wang Xing revient à Pékin où il tente de lancer une version locale de Friendster. Échec. Deux ans plus tard, il entend parler d'un nouvel outil, Facebook, et décide de le copier. Ou, disons, de s'en inspirer fortement. L'ancien diplômé de la prestigieuse université de Tsinghua vise essentiellement les étudiants, et son premier bébé s'appelle d'ailleurs « Xiaonei », soit « sur le campus », avant d'être rebaptisé « Renren ». La légende raconte que le jeune homme voulait alors contribuer à « bâtir un monde meilleur ». Et qu'il a commencé en 2005 flanqué de deux partenaires, avec 300 000 yuans (environ 30 000 euros), en louant trois petits appartements contigus aux abords de l'université. Là, ils ont passé des semaines entières, reclus, se nourrissant de nouilles instantanées et de lignes de code... En 2006, Wang vend, pour 4 millions de dollars. Il doit se dire qu'il aurait mieux fait d'attendre un peu.
Aujourd'hui, Renren - dont le nom signifie « tout le monde » - est le réseau social le plus populaire en Chine. Il revendique près de 120 millions d'« utilisateurs activés », avec deux millions de nouveaux membres par mois. Une banderole, dans une salle de détente du QG, proclame que « chaque jour, le nombre de personnes rejoignant renren.com pourrait remplir 230 fois la place Tiananmen »... Malgré les avertissements de certains analystes estimant que le groupe baigne dans un certain « flou », ses débuts en Bourse à New York ont été flamboyants. Son PDG, Joseph Chen, diplômé du Massachusetts Institute of Technology (MIT) et de l'université de Stanford, a expliqué que son objectif était de « révolutionner la façon dont les gens en Chine se connectent, communiquent, s'amusent et font leurs achats ». L'autre grand réseau social chinois, Kaixin - qui signifie « heureux » -, a dès l'origine visé une autre cible, les cols blancs. Son patron a d'ailleurs un autre profil. Cheng Binghao était directeur des technologies de Sina, le plus grand portail Internet du pays, quand il a démissionné pour créer Kaixin.
Existe-t-il réellement un « internaute chinois », avide d'outils spécifiques, plus proches culturellement ? Oui et non. « Je ne crois qu'à moitié à cette spécificité Internet chinoise, commente Renaud de Spens, spécialiste de l'Internet chinois. Quand on regarde de près, on voit d'ailleurs qu'il y a très peu de différences. Les interfaces, les fonctionnalités se ressemblent terriblement. Même s'il y a bien sûr des particularités, comme l'accent mis sur les gadgets ou les jeux. » Professeur à l'École normale de Pékin et spécialiste du sujet, Liu Deliang estime, lui, que ces sites sont bien différents, « sur le fond, en voyant toujours les choses, notamment l'information, sous l'angle chinois, et sur la forme, en utilisant des éléments graphiques chinois, comme la couleur rouge ». Certes, Kaixin s'est drapé de carmin, mais Renren affiche, lui, un bleu très « facebookien ». Dans un entretien avec un journal de Canton, Cheng Binghao s'est défendu d'avoir copié Facebook et a expliqué qu'il avait beaucoup innové, afin de coller aux goûts des internautes chinois. Notamment avec le jeu « paroles sincères », inspiré d'un divertissement très populaire chez les jeunes cadres. Ou avec l'application « acheter une maison », répondant à l'aspiration première de la classe moyenne.
La popularité de ces réseaux fait peur à certains. L'Armée populaire de libération (APL) vient ainsi d'interdire les réseaux sociaux à ses 2,3 millions de membres, par peur de la « fuite de secrets ».
« Jeu social » et rencontres en ligne
Si tous ces sites sont à l'évidence des rejetons des grands aînés occidentaux, « ils ont aussi développé des applications parfois supérieures à celles de leurs inspirateurs », constate Renaud de Spens. Weibo, le Twitter chinois, qui rencontre un immense succès, permet d'échanger des photos plus facilement que son grand frère occidental. De la même façon, Renren a une application qui permet de voir qui consulte votre profil. Une fonction utile et plaisante pour certains, mais qui suscite aussi des critiques chez les internautes chinois, dérangés par son côté « mouchard ». Baidu propose une encyclopédie du type Wikipédia, très bien faite. Le Google chinois a aussi fait un tabac avec son moteur de recherche MP3 - donc avec le téléchargement de musiques illégales. Sous le feu des critiques, notamment américaines, il a annoncé qu'il allait lancer ce mois-ci Baidu Ting, un service légal de musique avec un volet réseau social.
Une grande partie de la population chinoise s'accommode de cet Internet en partie coupé du reste du monde. Même si les intellectuels jugent Google supérieur pour leurs recherches. Ou si les étudiants se sentent isolés. Phoebe, 26 ans, qui vient d'étudier deux ans à Philadelphie, a à la fois un profil Renren et un profil Facebook, avec l'obligation de contourner la censure si elle veut consulter ce dernier. « Renren me fait rester dans nos frontières, dit-elle. Facebook me permet de garder le lien avec mes amis de l'étranger. » Ajoutant : « La différence est aussi qu'ici on va beaucoup sur ces réseaux pour jouer. Et pour des rencontres sentimentales. » Le « jeu social » est l'objet d'une véritable folie en Chine. Renren a fait un tabac avec son jeu Happy Farmer, vite imité par son concurrent Kaixin et son Happy Garden. L'affaire est financièrement très juteuse. Le grand fabricant américain de chips Lay's a ainsi utilisé Happy Farmer pour lancer une grande campagne chinoise, qui s'est révélée extrêmement efficace.
Pas un jeune sans son compte QQ
Le dating porte aussi les sites au septième ciel. Le South China Morning Post racontait récemment comment Dong, une jeune enseignante pékinoise de 26 ans, s'était fait « brancher » de manière on ne peut plus directe sur Renren. Par un jeune collégien lui expliquant qu'il n'était « pas mauvais », sachant qu'il parlait là d'une matière peu académique. « Je dis des choses que je suis absolument incapable de dire dans la vie réelle, explique Zhang, un étudiant de 23 ans. Vous savez, on n'est pas encore très à l'aise avec le flirt, ici. » Là encore, les ressorts se retrouvent en Occident. Mais, dans une culture où les verrous sociaux sont encore forts, où le mariage arrangé par les parents est encore très répandu, la bascule est spectaculaire. Le mois dernier, le premier site Internet chinois de rencontres - il revendique une part de marché de 44 % -, Jiayuan.com, s'est aussi lancé en Bourse à New York.
Pas un jeune Chinois ne vit sans son compte QQ, le plus populaire des sites de chat.Si l'engouement est aussi fort pour tous ces sites, « c'est sans doute parce que cette capacité d'expression est nouvelle en Chine et qu'elle est plus compliquée dans d'autres champs de la vie quotidienne, à la différence de l'Occident », avance le professeur Liu Deliang. Peut-être aussi parce que ces réseaux sociaux collent à la culture traditionnelle des guanxi, ce tissu de relations indispensable pour réussir socialement et dans les affaires en Chine.
Les nouveaux empereurs du Web chinois, en tout cas, se portent bien. L'an dernier, Robin Li, le patron de Baidu, 44 ans, a bondi de la 14e à la 2e place du classement des milliardaires chinois, avec une fortune estimée à plus de 7,2 milliards de dollars. Cette dernière aurait plus que doublé depuis les déboires de Google, Baidu dominant désormais 73 % du marché chinois. Mais les sites chinois sauront-ils partir un jour à l'assaut du monde ? La censure qui les a aidés à grandir risque cette fois-ci de les handicaper pour devenir des champions internationaux. Les grands murs, l'histoire l'a souvent montré, isolent autant qu'ils protègent.
Chaque jour, le nombre de personnes rejoignant renren.com pourrait remplir 230 fois la place Tiananmen...
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mercredi 15 juin 2011
Weibo, clone chinois de Twitter, nouveau défi pour Pékin
Twitter est bloqué en Chine, où le gouvernement préfère les clones chinois, plus facilement contrôlables. Deux ans après son lancement, en 2009, le service Weibo (littéralement, microblog) du portail chinois Sina a fait ses preuves, au point de poser des défis inattendus à la censure. Il regroupe 140 millions d'usagers. Les " sonneurs d'alarme " en ont fait un outil redoutable, diffusant informations et photos (ce que Weibo a permis avant Twitter) chaque fois qu'un événement éclate en Chine. Certes, les mots clés sensibles sont invalidés. Et un message de trop peut attirer des ennuis : un fonctionnaire à la retraite qui s'est moqué de Bo Xilai, le chef du parti de la ville de Chongqing, a été condamné en avril à un an de camp de rééducation.
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lundi 13 juin 2011
Vives tensions en mer de Chine entre Pékin et Hanoï - Bruno Philip
Le Monde - International, mardi 14 juin 2011, p. 6
D'incessantes escarmouches, une cyberguerre par pirates informatiques interposés et des manoeuvres militaires à tirs réels programmées, lundi 13 juin, par la marine vietnamienne : les tensions montent entre Pékin et Hanoï en mer de Chine du Sud, sur fond de course aux ressources énergétiques et halieutiques autour de deux archipels à la souveraineté contestée, les Paracel (Xisha en Chinois) et les Spratly (Nansha en Chinois).
Début juin, un chalutier et deux bateaux de surveillance chinois ont été accusés par le Vietnam d'avoir " intentionnellement " sectionné, pour la seconde fois en un mois, les câbles d'un navire vietnamien d'exploration pétrolière qui se trouvait, selon Hanoï, en zone économique exclusive vietnamienne. La Chine affirme que le navire de PetroVietnam croisait au large des Paracel, un archipel que Pékin contrôle depuis 1974 mais qu'Hanoï revendique. Fin mai, des garde-côtes chinois auraient ouvert le feu sur des chalutiers vietnamiens à proximité de l'île Da Dong contrôlée par les Vietnamiens, dans un autre archipel disputé plus au sud, celui des Spratly.
Le 9 juin, Nguyen Tan Dung, le premier ministre vietnamien, a réaffirmé la " souveraineté maritime incontestable du Vietnam sur les deux archipels " des Paracel et des Spratly. Les manoeuvres navales prévues lundi se tiendront à environ 250 kilomètres des Paracel.
La version anglaise du quotidien chinois Global Times dénonçait, lundi, une " démonstration de force " du Vietnam pour " défier Pékin ". Des pirates informatiques ont attaqué le site du ministère des affaires étrangères vietnamien, y plaçant un drapeau chinois.
Pour la seconde fois en huit jours, des manifestations antichinoises ont eu lieu au Vietnam, dimanche, devant l'ambassade de Chine à Hanoï ainsi que devant le consulat général chinois à Hô Chi Minh-Ville. Les manifestants, une cinquantaine dans la capitale et 250 dans l'ancienne Saïgon, brandissaient des drapeaux vietnamiens. Sur des panneaux, on pouvait lire : " Cessez de violer le territoire vietnamien. " Vêtu d'un T-shirt rouge frappé de l'étoile jaune de la République socialiste du Vietnam, l'un d'entre eux, Quoc Dat, 30 ans, a déclaré : " nous manifestons pour la paix. (...) Si les Chinois nous envahissent, ils perdront. "
Dans un pays où le droit de manifester est sévèrement contrôlé, ces rassemblements sont instrumentalisés par les autorités, la question des relations sino-vietnamiennes étant des plus sensibles. Cela rappelle les protestations chinoises de l'automne 2010, après l'arrestation d'un capitaine de chalutier chinois par les Japonais au large des îles Senkaku, contrôlées par Tokyo mais revendiquées par Pékin. Outre le Vietnam, la Chine est en conflit avec les Philippines, la Malaisie, Brunei et Taïwan sur la question de l'archipel des Spratly. Pékin y contrôle une dizaine d'îlots, Hanoï une vingtaine et chacun des autres pays une poignée.
La Chine, dotée de nouveaux moyens logistiques et militaires pour asseoir ses prétentions, redouble d'agressivité. " Les pays d'Asie du Sud-Est l'acceptent mal, car ils y voient la remise en cause, par la Chine, du consensus de 2002, à Phnom-Penh, qui prévoyait une sorte de code de conduite et un développement commun des ressources. Or la Chine prend sans cesse des décisions unilatérales, explique au Monde, depuis Hongkong, le sinologue Jean-Pierre Cabestan. Le Vietnam et les Philippines ont eux aussi décidé de réagir plus visiblement, certainement encouragés par l'attitude américaine qui, depuis 2010, prône un règlement multilatéral des questions de souveraineté en mer de Chine du Sud, au grand dam des Chinois ."
Brice Pedroletti et Bruno Philip
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vendredi 3 juin 2011
Le candidat, le citoyen et la Toile - Brice Pedroletti
En short, chemise à carreaux et chaussures de sport sans lacets, Xu Chunliu nous rejoint à la cafétéria d'entreprise de Sohu, le géant chinois de l'Internet. Le sol est en carrelage bleu vif, les murs sont vert pomme. Ici règne le " standard Nasdaq ", nous explique le journaliste, âgé de 31 ans. On ne parlera pas de ce qui est branché en Chine, et encore moins de la bourse high-tech américaine où Sohu est coté, mais de... politique. M. Xu fait partie d'une nouvelle génération de citoyens qui ont décidé de se porter candidats aux prochaines élections législatives. Du moins au seul échelon où, en Chine communiste, un suffrage direct est possible pour des candidats indépendants, celui des assemblées populaires de districts, de bourgs et de cantons. En théorie, tout le monde peut se présenter moyennant dix soutiens nominaux. En pratique, les gagnants sont souvent des " parachutés ". Toutes sortes d'obstacles se dressent devant les indépendants - ils étaient près de 100 000 en 2006-2007. Surtout, la presse a ordre de passer sous silence leurs noms et leurs campagnes.
Quelques pionniers ont, par le passé, testé la résistance du système. En 1998, après dix ans de bataille, Yao Lifa, à Qianjiang, dans le Hubei, fut le premier indépendant jamais élu. En 2003, une flopée d'avocats et d'intellectuels se lancèrent dans la course, déterminés à faire appliquer les lois existantes. Certains se feront élire, notamment dans le district de Haidian à Pékin - comme l'avocat Xu Zhiyong, qui achève cette année son second mandat.
Pour la saison électorale à venir - de juillet 2011 à décembre 2012 -, la censure veille. Mais c'est compter sans les services de microblog tel Weibo, le Twitter chinois. Xu Chunliu et une douzaine d'autres internautes, comme lui actifs et, pour certains, très influents sur le Net chinois, ont décidé d'en faire une plate-forme pour relayer leurs " campagnes " et communiquer avec le public. L'outil - offert par Sina, le concurrent de Sohu - " rassemble les gens qui ont le même enthousiasme ", estime M. Xu. Cette nouvelle poussée de la société civile peut sembler vouée d'avance à l'échec. En réalité, malgré le climat répressif, les questions politiques autrefois taboues affleurent dans les débats. Le Nanfang Dushi Bao, le plus libéral des quotidiens chinois, s'est ainsi félicité dans un éditorial de ce courant de " candidats Weibo " qui " font progresser la connaissance des mécanismes de la démocratie " et vont permettre de " s'y entraîner ". Le très conservateur Huangqiu Shibao a rétorqué que les indépendants feraient mieux de " descendre de Weibo pour revenir à la réalité ".
Xu Chunliu a longtemps été journaliste pour la presse écrite. Frustré par la censure, il a rejoint Sohu, où il interviewe des personnalités. Il se présentera dans le district de Dongcheng, à Pékin. Pour lui, la Chine n'est plus monolithique. Les différents groupes d'intérêts ont besoin de faire entendre leur voix. Mais, alors que les plus défavorisés jouent de la menace du chaos et que les puissants disposent de canaux directs avec le pouvoir, la classe " médiane " des " urbains éduqués " est, selon lui, sous-représentée. A son échelon de député de district, il veut s'attaquer à certains problèmes, comme le manque de places de parking ou encore les conflits entre les propriétaires et les gérants d'immeuble.
Les " candidats Weibo " sont emmenés par une personnalité phare, Li Chengpeng, qui se présentera dans un district de la ville de Chengdu. Cet ancien journaliste sportif de 43 ans, auteur d'un roman sur les démolitions forcées qui a fait grand bruit lors de sa publication, en janvier, compte 2,9 millions d'abonnés à son fil de microblog. Il y promet de " superviser le gouvernement ". Au téléphone, il nous explique avoir constitué une équipe de conseillers pour sa campagne. Y figurent le sociologue Yu Jianrong, gourou des questions sociales sur le Net, et le journaliste d'investigation Wang Keqin. Deux avocats l'assistent pour les questions juridiques. Li Chengpeng compte également sur l'aide de deux " amis ", l'écrivain-blogueur star Han Han et le cinéaste Feng Xiaogang, le champion du box-office chinois. Cet aréopage de célébrités pèse lourd à l'ère du média individuel de masse.
La mobilisation des " candidats Weibo " a été déclenchée par la campagne malheureuse de Liu Ping. Cette ouvrière de 47 ans fut mise à la retraite d'une aciérie d'Etat en 2009 avec une pension de misère, après trente et un ans de services. Elle entreprit de pétitionner en haut lieu, en vain. En avril, elle se présente aux élections anticipées, prévues en mai, de son district à Xinyu, dans le Jiangxi. Elle mène alors campagne sur la voie publique, avec affiches électorales. Et sur Weibo. " En pas loin de cinquante ans, je n'ai jamais vu un seul bulletin de vote. J'ai payé mes impôts et rempli mes obligations de bonne citoyenne. Cette fois, je vais me battre pour mes droits de citoyenne ! ", écrit-elle sur son microblog, où celle que certains ont baptisée la Rosa Parks chinoise finira par attirer près de 30 000 abonnés. Mais la police sabote ses efforts. Elle est arrêtée quelques jours avant le scrutin et mise au secret. Les autorités locales la décrivent comme " manipulée par les forces hostiles de l'extérieur ".
C'est l'émoi sur la Toile chinoise. De Pékin, le sociologue Yu Jianrong annonce qu'il se rend aux autorités locales en tant que membre des " forces hostiles intérieures ". Quand, fin mai, un pétitionnaire d'une autre ville du Jiangxi se fait exploser devant les locaux du gouvernement local, des internautes sifflent : " Donnez-nous le vote, sinon, gare aux bombes ! "...
Brice Pedroletti
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Le Pentagone pourrait assimiler les cyberattaques à des " actes de guerre "
Google a annoncé, mercredi 1er juin, que des centaines de comptes de sa messagerie électronique Gmail appartenant à des membres du gouvernement américain, des hauts fonctionnaires, des officiers supérieurs et des journalistes américains, ainsi qu'à des dissidents chinois et des dirigeants politiques asiatiques, ont été piratés.
La société informatique a assuré que cette intrusion de grande ampleur est initialement partie de la ville de Jinan, dans l'est de la Chine. Elle dit avoir " mis un terme " à cette pratique et " protégé les comptes " des victimes, qui ont été informés de cette fraude. En janvier 2010, Google déclarait déjà avoir été victime d'une attaque importante que des diplomates américains - selon le site WikiLeaks - ont attribuée dans des notes transmises à Washington aux autorités chinoises.
L'affaire survient alors que la Maison Blanche finalise la rédaction d'un document intitulé " Stratégie de défense pour les opérations dans le cyberespace " - en résumé Cyber 3.0 - qui constituera sa nouvelle doctrine en ce domaine. Selon le porte-parole du ministère de la défense, le colonel David Lapan, il devrait être présenté dans deux à trois semaines. Le Wall Street Journal, qui a eu accès à un texte préparatoire, indique que seule une version édulcorée (12 pages sur 30) sera rendue publique.
Rétorsion armée
Ce document est d'autant plus attendu que, peu avant la nouvelle affaire Google, de grands conglomérats oeuvrant aux Etats-Unis, tels que Sony et l'avionneur Lockheed Martin, ont aussi été victimes d'attaques contre leurs systèmes informatiques. Le 28 mai, Lockheed, qui fabrique, entre autres, les avions de combat F-16 et F-22 et les missiles Trident de l'armée américaine, a fait état d'une agression " significative et tenace ", bien qu'elle n'ait causé, aux dires de Jay Carney, porte-parole de la Maison Blanche, que des " dégâts minimes ". Cette attaque aurait mis en lumière des faiblesses dans les systèmes de sécurité et d'authentification qui équipent le système central de l'avionneur et qui lui sont fournis par la société RSA, filiale du numéro un mondial du stockage sécurisé d'archives, EMC.
Le document du Pentagone mettrait l'accent sur la notion d'" équivalence " : si une cyberattaque générait une paralysie ou destruction partielle du fonctionnement de l'Etat, de l'économie ou des systèmes civils collectifs (distribution de la nourriture, activités hospitalières, etc.), elle serait considérée comme un " acte de guerre ", cette définition ouvrirait la voie à de possibles mesures de rétorsion de l'ordre de celles prévues en cas d'attaque armée. La nouvelle doctrine insisterait aussi sur la nécessité d'une coopération accrue entre alliés, dans le cadre de l'OTAN, l'efficience d'une stratégie menée à l'échelle d'un seul pays, fût-il les Etats-Unis, ne pouvant qu'être limitée s'agissant d'un cyberconflit. Reste le cas de menaces non étatiques - bien que les stratèges du Pentagone tendent à considérer qu'aucune cybermenace d'envergure ne pourrait être menée sans le soutien d'un Etat.
Sans connaître l'origine de l'attaque, de quelle " rétorsion " armée pourrait-il s'agir ? Plus généralement, les autorités de la défense américaine insistent sur le fait que les moyens de dissuasion et de rétorsion restent " multiples " et que l'usage de la force n'interviendrait " qu'en dernier recours ".
Les cybermenaces n'inquiètent pas que Washington. A Londres s'est tenue cette semaine une conférence internationale sur la sécurité des réseaux organisée par l'Institut européen Est-Ouest. La directrice de la société de logiciels antivirus Lab Zao, Natalya Kaspersky, a estimé qu'environ 70 000 nouveaux " programmes malins " apparaissent sur le Web chaque jour, dont certains peuvent s'avérer d'une puissance insoupçonnée.
Dans tous les débats de ce type, un cas revient de manière récurrente : l'affaire Stuxnet, ce virus espion destructeur attribué aux Israéliens ou à une coopération américano-israélienne, que l'on soupçonne de s'être introduit à l'été 2009 dans le dispositif militaire nucléaire iranien, parvenant à l'endommager.
Que se passerait-il si, demain, des organisations criminelles ou des Etats voyous se rendaient capables à leur tour de causer des dégâts d'une ampleur encore insoupçonnée ? Il n'est " plus exagéré de considérer possible de mettre un Etat à genoux sans tirer un coup de feu ", a déclaré, lors du colloque londonien, le président de British Telecom, Michael Rake. Il a appelé, en conclusion, à la constitution d'une " sorte de traité de non-prolifération cybertechnologique ", sur le modèle de celui existant au plan nucléaire, pour parer aux menaces croissantes de cyberattaque.
Les Américains pourraient trouver un motif d'intérêt accru si un tel projet progressait : le financement des agences publiques luttant contre les cybermenaces devrait en effet être affecté par le plan décennal de réduction des dépenses publiques de l'administration Obama.
Sylvain Cypel
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Des accusations " fabriquées ", selon Pékin - Harold Thibault
Soupçonnée d'être à l'origine de l'attaque contre Google, Jinan, la capitale de la province chinoise du Shandong, abrite un bureau de reconnaissance de l'Armée populaire de libération ainsi qu'une école d'enseignement professionnel que des cocontractants de l'armée américaine avaient déjà accusés, en 2010, d'être en lien avec une première vague de cyberattaques contre le moteur de recherche et d'autres entreprises américaines. Les responsables de l'école avaient démenti ces accusations, qualifiées par le gouvernement chinois de " hautement irresponsables ". Jeudi, le porte-parole du ministère des affaires étrangères chinois, Hong Lei, a qualifié ces nouvelles accusations de " fabrication totale ".
Google était sortie de la réserve qui caractérise traditionnellement les firmes occidentales face à la cybercensure de Pékin en janvier 2010. La société californienne avait menacé de cesser ses opérations en Chine suite à des attaques, notamment contre des militants des droits de l'homme. Après une violente campagne de presse, l'entreprise s'était résolue à renvoyer les requêtes des internautes sur ses services de Hongkong.
Le 21 mars 2011, Google avait de nouveau accusé la Chine de s'attaquer à son service de messagerie. Depuis le début des révolutions arabes, on observe un ralentissement de la connexion à Gmail.
Harold Thibault
PHOTO - China's Ministry of Foreign Affairs spokesman Hong Lei gestures for questions at a press briefing in Beijing on November 30, 2010. China has urged the United States to 'properly handle' issues related to the leaking of secret diplomatic cables through the WikiLeaks website after the leaked cables contained allegations that China turned a blind eye to illicit North Korean missile parts exports and that the top Chinese leadership was behind cyberattacks on US web search giant Google and US targets.
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