jeudi 18 juin 2015

Epidémie Mers: ruée sur les masques en Asie mais sont-ils efficaces?

Les autorités sud-coréennes luttent contre une épidémie meurtrière de coronavirus Mers et les Sud-Coréens se ruent en masse sur les masques chirurgicaux. Mais bien malin qui peut dire s'ils sont véritablement efficaces contre cet ennemi invisible.


A travers l'Asie, le port du masque chirurgical est chose commune, qu'il s'agisse de se prémunir d'un virus, d'en protéger autrui ou, comme en Chine, d'éviter la pollution.

Certains spécialistes doutent cependant de leur efficacité face au Mers, qui a déjà fait 23 morts en Corée du Sud. L'épidémie est partie d'un patient de retour d'un voyage en Arabie saoudite et dans le Golfe.

Elle a déclenché un afflux de commandes chez Clever, un petit fabricant japonais de masques, ce qu'avait déjà connu cette entreprise en 2002-2003 lors de l'épidémie de SRAS en Chine et à Hong Kong.

"Nous avons reçu plus de 100.000 commandes pour nos masques, dix fois plus qu'à la même époque l'an dernier", affirme à l'AFP le PDG de Clever, Tsuyoshi Nakagawara.

"La moitié d'entre elles proviennent de l'étranger, dont 70% de Corée du Sud, Hong Kong et la Chine continentale représentant le reste", précise-t-il.

Le masque le plus populaire, qui coûte 9.000 yens (72 euros) est composé de plusieurs couches de filtres, capables, selon le fabricant, d'empêcher le passage du pollen, des virus infectieux et des PM2,5, ces particules de pollution si minuscules qu'elles peuvent pénétrer en profondeur dans les poumons.

Au Japon, les masques chirurgicaux sont particulièrement fréquents en hiver, pendant la saison de la grippe, et se portent jusqu'au printemps, à la période du rhume des foins.

En Chine, ils servent surtout à tenter de combattre la pollution.

Mais les scientifiques et les fabricants eux-mêmes soulignent que porter un masque tous les jours n'offre pas nécessairement le niveau de protection que les usagers en attendent.

- Accessoire de savoir-vivre et de mode -

"Le port du masque n'est pas parfait pour éviter au porteur d?attraper un virus", observe Mitsuo Kaku, spécialiste des maladies infectieuses à l'université du Tohoku (nord-est du Japon).

"Cela dit, on peut dire que porter un masque et se laver les mains réduisent la propagation des micro-organismes", s'empresse-t-il d'ajouter.

Le directeur du Centre japonais de contrôle et de prévention des maladies, Norio Ohmagari, souligne que l'usage impropre des masques diminue d'autant leur efficacité.

"En principe, ils ne doivent être utilisés qu'une fois", plaide-t-il, expliquant qu'il faut se laver les mains une fois le masque retiré et jeté. "Les gens ne savent pas s'en servir correctement", déplore M. Ohmagari.

Selon l'agence fédérale américaine pour le contrôle et la prévention des maladies, les masques empêchent les "grosses gouttes de particules" de parvenir jusqu'aux voies respiratoires.

Mais, souligne-t-elle, "ils ne filtrent ni ne bloquent les petites particules qui se trouvent dans l'air et peuvent être transmises par la toux, les éternuements ou certaines procédures médicales".

Au Japon, dont les habitants sont très à cheval sur l'étiquette, le port du masque est une marque de politesse.

D'après une étude de la compagnie pharmaceutique Kobayashi, plus de 70% des Japonais considèrent que porter un masque hygiénique quand on est enrhumé relève tout simplement des bonnes manières.

Mais certains, de caractère asocial, s'en servent comme prétexte pour se dissimuler le visage et éviter toute interaction avec autrui.

Il n'est pas rare de voir dans le métro des jeunes arborant masques, casquettes de baseball, lunettes de soleil et oreillettes, la panoplie parfaite pour éviter de parler à un étranger.

Le mannequin Zawachin, elle, y a recours pour déguiser son "absence de maquillage" lorsqu'elle n'a pas le temps de se préparer. Elle a d'ailleurs lancé sa propre ligne de masques branchés, dont un modèle est parfumé à la framboise.

Généralement blancs, les masques sont aussi disponibles dans toute une gamme de coloris, y compris en noir, de façon à ce que les fashionistas puissent les assortir à leurs vêtements.

Les masques non médicaux ont d'ailleurs un nom au Japon: "date masuku", littéralement les "masques d'apparat".

Tamagawa-Eizai Co, une autre firme pharmaceutique, a lancé en 2013 des concours de beauté de masques en tablant sur le fait qu'ils sont devenus de véritables accessoires de mode, au même titre que les lunettes sans verres correcteurs.

© 2015 AFP - Journal Internet AFP. Tous droits réservés.

5 commentaires:

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