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lundi 7 novembre 2011

Les banques systémiques connaîtront leur surcharge en capital en 2014

Les Echos, no. 21053 - Finance, lundi 7 novembre 2011, p. 30

BNP Paribas, Groupe Crédit Agricole, la Société Générale, BPCE ainsi que Dexia figurent sur la liste provisoire des 29 établissements internationaux dont la faillite pourrait menacer le système financier international, selon le FSB. La liste définitive sera établie en novembre 2014.

Identification des établissements financiers menaçant la stabilité du système financier international, renforcement de la régulation et de la surveillance des marchés financiers, travaux prévus pour mieux surveiller et réguler les activités bancaires de l'ombre, redéfinition du rôle et des moyens du conseil de stabilité financière (FSB)... Au cours de la présidence française du G20, qui s'est achevée vendredi dernier, la régulation et la supervision financières ont été au coeur des préoccupations. Une liste de 29 établissements financiers dits « systémiques », c'est-à-dire menaçant potentiellement la stabilité du système financier mondial, a été publiée. Quatre banques françaises, BPCE, BNP Paribas, Groupe Crédit Agricole et Société Générale, ainsi que le franco-belge Dexia, y côtoient Deutsche Bank, Citigroup, Bank of America ou encore Bank of China.

Revue annuelle

Les établissements systémiques, baptisés « global Sifis » (« systemically important financial institutions »), ont été sélectionnés selon cinq familles de critères que sont la taille du bilan, l'interconnexion avec d'autres banques, la capacité à remplacer un concurrent défaillant, le caractère international ou national, et la complexité de leurs activités.

Pour les encadrer, une liste de mesures a été définie, dont l'application s'étendra jusqu'en 2019. Outre une adaptation des législations nationales encadrant le régime des défauts de paiement, les 29 établissements devront augmenter leurs fonds propres à partir de 2016, afin de renforcer leur capacité à faire face à des pertes éventuelles selon des règles établies par le Comité de Bâle. « Cette liste n'est pas définitive. Elle sera revue tous les ans en novembre », a indiqué Mario Draghi. La première mouture révèle quelques surprises. On y note ainsi l'absence de l'espagnol BBVA ou du japonais Nomura, qui a racheté une partie des activités de Lehman Brothers, mis en faillite en 2008. Quatre banques asiatiques sont sur la liste, mais ce sont surtout des japonaises, et le géant chinois ICBC est par exemple absent. Seules 2 banques allemandes et 4 britanniques sont listées. Les banques américaines sont les plus représentées avec 8 établissements.

Même si elle ne devrait pas énormément varier, la liste définitive sera établie en novembre 2014 et c'est à elle que s'appliquera la surcharge en capital. Au-delà des exigences imposées par les nouvelles normes prudentielles de Bâle III, ces banques devront respecter un ratio de fonds propres durs minimum relevé à 8 % (contre 7 % pour les autres) et jusqu'à 9,5 % pour les plus grosses (et même 10,5 % en cas d'acquisitions supplémentaires significatives).

Le « shadow banking » encadré

Certaines banques ont réagi dès vendredi pour rassurer sur l'impact de ces mesures. « Société Générale a déjà intégré dans son objectif de Bâle III bien supérieur à 9 % en 2013 l'éventualité d'une surcharge en capital supplémentaire liée aux établissements financiers systémiques », a ainsi précisé la banque de la Défense. En octobre, dans la foulée des « stress tests » européens, plusieurs banques en Europe avaient choisi la même démarche.

Enfin, devant la menace que représente le développement de l'activité bancaire de l'ombre (« shadow banking ») dénoncé à de nombreuses reprises par la directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, et les ministres des Finances, Mario Draghi a annoncé l'ouverture de travaux par le conseil. « Il convient de renforcer la surveillance et mettre en place des règles », a-t-il indiqué. Il s'agira de mieux encadrer les relations entre les banques et les entités relevant du « shadow banking », de réformer la régulation des fonds d'investissement sur les marchés monétaires, de mettre en place une réglementation sur la titrisation, les prêts de valeurs mobilières et les opérations de prêts-emprunts de titres.

Richard Hiault, envoyé spécial à Cannes, avec Réjane Reibaud



La liste des 29

Allemagne : Commerzbank, Deutsche Bank Belgique : Dexia Chine : Bank of China Espagne : Santander Etats-Unis : Bank of America, Bank of New York Mellon, Citigroup, Goldman Sachs, JPMorgan Chase, Morgan Stanley, State Street, Wells Fargo France : BPCE, BNP Paribas, Groupe Crédit Agricole, Société Générale Italie : UniCredit Japon : Mitsubishi UFJ FG, Mizuho FG, Sumitomo Mitsui FG Pays-Bas : ING Royaume-Uni : Barclays, HSBC, Lloyds Banking Group, Royal Bank of Scotland Suède : Nordea Suisse : Credit Suisse, UBS

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mardi 4 octobre 2011

Malgré leurs bénéfices records, les banques suscitent des doutes

Le Figaro, no. 20892 - Le Figaro Économie, mardi 4 octobre 2011, p. 24

Les banques chinoises n'en sont plus à un paradoxe près. Alors qu'elles annoncent des bénéfices records, leurs titres ne cessent de plonger sur les marchés boursiers. Plus de 100 milliards de dollars de profits ont été engrangés sur les douze derniers mois par les quatre plus grandes banques de l'indice MSCI financier chinois. Le même indice reculait pourtant de 24 % le mois dernier...

En question, la capacité des banques à faire face au lourd fardeau des dettes des collectivités locales chinoises. En juin dernier, le Bureau national d'audit rendait un rapport inédit, évaluant les dettes des gouvernements locaux à 1 200 milliards d'euros. Des dettes contractées à 80 % auprès des établissements bancaires chinois. Près de 25 % de ces emprunts arrivent à terme à la fin de l'année, selon l'organe officiel. De quoi rendre les investisseurs nerveux en ce début d'automne.

Pour l'homme d'affaires Jim Chanos, qui s'est fait un nom dans la planète financière en prédisant la chute d'Enron, le problème des banques chinoises est si gros qu'il pourrait annuler totalement la croissance de l'empire du Milieu. « Si on suppose que la Chine va émettre des emprunts représentant entre 30 % et 40 % de son produit intérieur brut (PIB) et que la moitié de cette dette sera douteuse, ça représente 15 % à 20 %. Disons que la moitié de celles-ci sont recouvertes. La Chine pourrait avoir à passer en pertes une partie de ces montants et réduire sa croissance de 9 % à zéro », calculait l'investisseur dans une interview accordée à Bloomberg TV la semaine dernière.

Des taux d'intérêt atteignant 70 %

Un sentiment qui reflète en tout cas les inquiétudes de nombreux investisseurs, comme en témoignent les piètres performances des banques locales sur les marchés. Mais les analystes installés en Chine ne partagent pas ce pessimisme. « Je ne pense pas qu'il y ait une bulle. Il s'agit plus d'interrogations à propos de l'avenir. Les investisseurs sont inquiets de la qualité des actifs des banques chinoises », tempère Yi Zhang, spécialiste du secteur pour Moody's à Pékin. « Le gouvernement est responsable des banques et fera tout pour empêcher un problème majeur », estime de son côté un analyste basé à Shanghaï, qui travaille pour le compte d'une grande compagnie de courtage chinoise. Dans l'immédiat, le vrai problème des banques chinoises réside dans l'explosion des prêts informels. En clair, les restrictions imposées par Pékin sur le crédit ont considérablement bénéficié au marché noir. « Nous n'avons aucune idée de l'ampleur réelle du phénomène, aucune donnée crédible n'étant disponible. Mais les banques restent exposées au dernier emprunteur », souligne Yi Zhang. Car une partie de ces fonds prêtés à des taux usuraires vient directement des banques.

Le mois dernier, le Journal des valeurs mobilières de Chine, proche du pouvoir, rapportait que l'équivalent de près de 50 milliards d'euros avaient été retirés sur les deux premières semaines de septembre dans les dépôts des quatre grandes banques d'État : la Bank of China, ICBC (Industrial and Commercial Bank of China), la China Construction Bank, et l'Agricultural Bank of China. La plupart de ces deniers ont été réinjectés, selon le journal, dans le marché noir du crédit, où les taux d'intérêt peuvent atteindre jusqu'à 70 %, alors que les alternatives de placements financiers sont maigres pour les particuliers et les entreprises. Les places boursières sont en recul et les banques rémunèrent l'épargne à des taux inférieurs à celui de l'inflation.

Pour l'instant, la réponse des banques pour sécuriser leur avenir penche pour l'augmentation de capital. ICBC a annoncé son intention de lever 11 milliards de dollars sur les marchés au cours des neuf prochains mois. Reste à savoir si les investisseurs seront prêts à suivre.

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Le désespoir des petits patrons du Zhejiang, pris au piège du marché noir du crédit

Le Figaro, no. 20892 - Le Figaro Économie, mardi 4 octobre 2011, p. 24

À chaque resserrement de crédit, les usuriers de la Chine moderne se frottent les mains. Voisine de Shanghaï, la région du Zhejiang, berceau du secteur privé chinois, est devenue pour eux une zone de prédilection. C'est dans une des grandes villes de cette province, Wenzhou, que le dernier drame du marché noir des prêts est survenu. Deux entrepreneurs se sont donné la mort fin septembre, incapables de rembourser leurs créanciers. Selon Le Quotidien du peuple, qui a révélé l'information, près de 80 dirigeants d'entreprises de Wenzhou ont pris la fuite depuis le début de l'année, pris à la gorge par des prêts à taux usuraires qu'ils ne pouvaient plus honorer. Selon une association d'entrepreneurs locale, un tiers des petites et moyennes entreprises (PME) de la région pourraient déposer le bilan faute de financement. Une proportion qui atteindrait 40 % dans quelques mois. Les mesures prises par le gouvernement pour limiter la masse monétaire en circulation - dont l'abondance est à la source de l'inflation en Chine - pèsent avant tout sur les PME, qui n'ont plus qu'à se tourner vers le marché informel. Credit Suisse estime qu'il pèse plus de 456 milliards d'euros et progresse de 50 % par an.

Julie Desné

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mercredi 28 septembre 2011

En Chine, des épargnants retirent leurs dépôts... pour prêter à leur tour

Les Echos, no. 21026 - Finance, mercredi 28 septembre 2011, p. 27

Rémunérés 3,5 % par un an malgré une inflation de plus de 6 %, les dépôts bancaires peinent à concurrencer le secteur informel. Les inquiétudes sur la santé des banques grandissent.

Certains ménages chinois en ont manifestement assez de perdre de l'argent en épargnant. Au cours des quinze premiers jours de septembre, les quatre principales banques commerciales chinoises ont vu le montant de leurs dépôts fondre de 420 milliards de yuans, soit près de 50 milliards d'euros. Lassés de voir leur argent rapporter seulement 3,5 % par an, alors que l'inflation est supérieure à 6 % sur un an, certains cherchent manifestement des placements plus rémunérateurs.

Les particuliers sont ainsi de plus en plus nombreux à se substituer aux banques pour prêter de l'argent, avec un taux d'intérêt plus élevé, aux entreprises ne pouvant emprunter auprès des grands établissements. La plupart des PME chinoises n'ont en effet pas accès au crédit bancaire. Elles se tournent donc vers des prêteurs informels, particuliers ou même grandes entreprises. Ces derniers empruntent à faible taux auprès des banques avant de reprêter à des taux environ quatre fois supérieurs. Une pratique dont l'ampleur est difficile à évaluer, mais qui semble, à l'évidence, risquée.

Toutefois, comme l'analyse un bon connaisseur des banques chinoises, « cette baisse des dépôts est trop limitée pour représenter un risque systémique ». Elle n'en traduit pas moins l'ardente nécessité de réformer le secteur financier chinois pour l'orienter vers des mécanismes de marché. Aujourd'hui, les taux de dépôts et de prêts sont encore administrés.

Le président d'une grande banque chinoise reconnaissait récemment, en petit comité, que « les écarts de taux ont constitué jusqu'à présent l'essentiel des rémunérations des banques chinoises ». C'est en partie ce différentiel de taux qui a financé la croissance chinoise depuis trois décennies : en rémunérant peu les épargnants, les banques finançaient à bas coûts l'investissement des entreprises. Mais, désormais, note le même président d'une banque chinoise, il va falloir « se jeter à l'eau avant d'avoir appris à nager ». Autrement dit, proposer des taux de marché pour résister à la concurrence du secteur informel.

Exposition à l'immobilier

Un autre défi attend les banques chinoises : les conséquences du serrage de vis monétaire en cours. Pékin veut endiguer la bulle immobilière, et limite fortement la production de crédits dans ce secteur. Les promoteurs voient se fermer progressivement l'accès aux financements des trusts, auquel ils s'étaient accrochés depuis que les banques avaient pour consigne de ne plus leur prêter. Du coup, la situation des promoteurs inquiète. Le scénario qui se dessine est clair. Les promoteurs vont devoir céder une partie de leur stock de logements, y compris en baissant les prix.

En retour, se pose la question de l'exposition des banques au marché immobilier. Quel degré de correction de celui-ci peuvent-elles encaisser ? Pour Ken Peng, économiste chez BNP Paribas, il ne faut pas dramatiser la situation : « les prêts au secteur immobilier ne représentent pas plus de 5 % de leur portefeuille », estime-t-il.Il reste, note l'économiste, que les appartements sont souvent utilisés comme collatéraux adossés à des prêts bancaires. Leur forte dépréciation ne serait donc pas sans conséquence pour les banques chinoises.

Si l'on ajoute à ce tableau les interrogations persistantes sur le montant des créances douteuses accumulées par les gouvernements locaux chinois, la situation des banques chinoises incite à la prudence. D'après l'agence Bloomberg, les cours de Bourse des grandes banques chinoises - rapportés à leurs résultats -n'ont jamais été aussi bas depuis 2004.

Gabriel Grésillon

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.

jeudi 22 septembre 2011

Bank of China s'inquiète du climat bancaire français - Virginie Mangin

La Tribune (France), no. 4813 - Sur les marchés, jeudi 22 septembre 2011, p. 15

La banque chinoise a stoppé plusieurs opérations avec trois banques françaises.

La dégradation de la note des banques françaises la semaine dernière a eu des répercussions jusqu'en Chine. Mardi, Bank of China, une des quatre grandes banques chinoises et important teneur de marché sur les devises en Chine continentale, a interrompu ses contrats à terme sur les changes (forward) et les swaps de changes avec plusieurs banques européennes dont BNP Paribas, le Crédit Agricole, La Société Générale et l'UBS. Il n'est pas sûr, à ce stade, que d'autres banques aient été touchées.

L'information, d'abord publiée dans un journal chinois, a été confirmée à " La Tribune " par une source proche du dossier. L'initiative de Bank of China aurait été isolée et serait intervenue suite à la dégradation des notes du Crédit Agricole et de la Société Générale par l'agence Moody's. La source confirme que les régulateurs -- le CBRC et la Banque centrale -- ne sont en aucun cas derrière l'initiative. Mais selon l'agence Reuters, une autre banque chinoise, non identifiée, aurait aussi indiqué avoir interrompu ses transactions de swap avec plusieurs banques européennes.

En 2008, suite à la faillite de Lehman Brothers, la Banque centrale avait effectivement ordonné l'arrêt du refinancement des banques françaises en Chine ce qui avait largement gêné leurs activités à l'époque.

Pour l'instant l'initiative ne porte que sur certains produits dérivés et sur les contrats à termes. Les lignes de crédit sont utilisées pour financer le besoin des banques étrangères en Chine pour les opérations de changes et pour les swaps de taux d'intérêt.

Aucunes données publiques n'existent sur les volumes que représentent ces transactions, mais selon les analystes, il est peu probable que les opérations des banques soient affectées. La Bank of China n'est qu'un acteur mineur sur les marchés financiers internationaux et les banques françaises n'auront sans doute pas de difficulté à se financer auprès d'autres acteurs en Chine.

Contactées hier par " La Tribune ", aucune des banques concernées n'a souhaité réagir.

(c) 2011 La Tribune. Tous droits réservés.

jeudi 8 septembre 2011

Wenzhou, capitale chinoise du " crédit informel " - Virginie Mangin

La Tribune (France), no. 4803 - Industrie financière, jeudi 8 septembre 2011, p. 16

Cette ville phare de l'industrie légère du sud de la Chine compte désormais 320 entreprises qui pratiquent cette forme de crédit dérégulé. Deux tiers des 200.000 PME locales y ont recours.

Shisheng Cheng fournit à travers son entreprise Sinorich la moitié des équipements de police de la Chine. Sa PME marche bien. Elle connaît des taux de croissance de 20 % par an et emploie 900 salariés. Cependant depuis trois ans ce chef d'entreprise de la ville de Wenzhou développe une tout autre activité : celle de prêter aux PME en difficulté à des taux entre trois et quatre fois supérieurs à ceux des banques commerciales. " Une activité très rentable " selon l'intéressé qui assure que son entreprise appelée " entreprise de garantie de crédit " est totalement légale. Elle est effectivement bien enregistrée avec la municipalité.

Shisheng Cheng a monté cette structure avec 20 autres entreprises et même si pour l'instant elle ne prête que 1,2 million de yuans par an, ce capital va sensiblement augmenter cette année. Administrativement son entreprise de crédit est soumise à très peu de règles. La décision de prêter ou non dépend de son évaluation propre. Il est sans obligation de soumettre l'entreprise ou la personne qui cherche à emprunter à une étude des risques. Il ne prête d'ailleurs qu'à ses connaissances et demande la garantie d'un tiers - habituellement une relation commune des deux parties - si ce n'est pas le cas. Ses seules contraintes légales : il n'a pas le droit de prêter à plus de quatre fois les taux officiels et seulement aux habitants et entreprises inscrits dans la ville. Wenzhou, un des hubs de l'industrie légère du sud de la Chine, compte désormais 320 de ces entreprises de crédit. La plupart ont vu le jour avec la crise financière de 2008-2009. Elles sont venues en aide aux quelque 200.000 PME de la ville, dont la grande majorité, tournée vers l'export, a particulièrement souffert du ralentissement économique général. Depuis, leur situation ne s'est guère améliorée. Le gouvernement, après avoir poussé les banques à prêter jusqu'en 2009, a serré la vis sur le crédit. Depuis janvier, le taux de réserve obligatoire a été augmenté cinq fois pour atteindre 21 %. Résultat : les PME de Wenzhou se voient obligées de recourir au crédit informel pour leur survie. Selon l'association des PME de la ville, deux tiers de ses membres font actuellement appel à cette forme de crédit et souffrent d'un manque de liquidité.

La survie des PME

En 2010, les investissements privés qui ont circulé au sein de Wenzhou ont atteint 800 milliards de yuans dont environ la moitié provient du crédit informel. Cette année, l'association des PME de Wenzhou estime que ce pourcentage augmentera sensiblement. " Une partie des investissements allait vers des secteurs traditionnellement rentables : immobilier, acier, énergie, etc. Mais désormais la réglementation concernant les domaines d'investissement a changé et il est plus facile et rentable d'investir dans le marché du crédit informel ", explique Cai Zhaijun vice-président de l'association. Ce secteur attire de plus en plus d'hommes d'affaires. L'argent vient des profits des entreprises et aussi de revenus rapatriés par les habitants qui ont fait fortune à l'étranger ou dans d'autres parties de la Chine.

Mais ce sont surtout les banques elles-mêmes qui désormais alimentent le marché. Elles préfèrent faire porter le poids d'un possible prêt non-performant à ces entreprises de crédit en leur prêtant à très faible taux. " C'est très simple. Si vous étiez une banque pourquoi prendre le risque de vous faire mal voir par la hiérarchie? Autant adopter la politique du zéro risque, zéro souci ", explique Shisheng Cheng.

C'est bien là l'un des problèmes de ce système loué par beaucoup pour avoir permis la survie de milliers de PME : ces dernières sont désormais complètement exclues du système légal et ne peuvent plus s'adresser qu'à ces sociétés de crédit informel. " Sur le long terme, c'est la mort des PME ", se désole Cai Zhaijun, de l'association, qui estime que le système est devenu victime de son succès et nécessite davantage de réglementation.

(c) 2011 La Tribune. Tous droits réservés.

Société générale Le maillon faible - Benjamin Masse-Stamberger

L'Express, no. 3140 - économie société générale, mercredi 7 septembre 2011, p. 78-81

La tempête sur les marchés financiers place à nouveau la banque de la Défense sous les projecteurs. Après l'affaire Kerviel, Frédéric Oudéa, son patron depuis deux ans, a trop tardé à transformer le groupe. Et péché par optimisme sur la sortie de crise.

Sale été pour la Société générale. Au cours des deux derniers mois, les ennuis n'ont pas cessé de pleuvoir sur les fameuses tours de la Défense, où se situe le siège du groupe. Agités de rumeurs multiples, jusqu'à celle de sa mise en faillite (voir l'encadré), les marchés se sont acharnés sur la banque, entraînant le plongeon du cours, qui a perdu plus de la moitié de sa valeur. Dans un registre beaucoup plus dramatique, on apprenait aussi que deux salariés du groupe s'étaient suicidés au cours de ce mois d'août, décidément pourri. Et septembre ne s'annonce guère meilleur : vendredi 2, le régulateur américain du financement immobilier, la FHFA, annonçait que la "SocGen" figurait parmi les établissements poursuivis pour leur implication dans la crise des subprimes. Coût total pour l'Etat fédéral : 170 milliards de dollars. Au total, 17 banques sont ciblées : 10 américaines et 7 européennes. Mais un seul et unique groupe français : la Société générale.

4 milliards d'euros évaporés

Pour la banque, le cauchemar (re)commence en fait le 3 août. Ce jour-là, elle annonce des résultats trimestriels moins bons que prévu (750 millions d'euros), en baisse de 31 % sur un an. En cause : la dégradation de la conjoncture et la crise de la dette aux Etats-Unis et en Europe. Le PDG, Frédéric Oudéa, en profite pour annoncer que les objectifs de son plan Ambition SG 2015, élaboré un an plus tôt à peine, ne pourront pas être tenus. En particulier, l'objectif de résultat pour 2012, fixé à 6 milliards d'euros, ne sera, selon toutes probabilités, pas atteint. Le jeune président (48 ans) pense que cette annonce est faite dans le bon timing : dans le flot des mauvaises nouvelles, peut-être cette révision passera-t-elle inaperçue ? Pas de chance : la semaine suivante déferle une crise boursière sans précédent depuis la chute de Lehman Brothers, déclenchée par la perte par les Etats-Unis de son triple A. L'armada économique américaine, réputée invincible, est touchée au coeur. Pourtant, ce sont les établissements européens qui se retrouvent dans la tourmente. En France, la banque au logo rouge et noir est la plus violemment frappée : le 10 août, elle abandonne 15 %, après avoir perdu en séance plus de 20 %, soit environ 4 milliards d'euros de capitalisation boursière évaporés. BNP Paribas et Crédit agricole, de leur côté, abandonnent respectivement 9,5 et 11,8 %.

Pourquoi la Société générale a-t-elle été la cible privilégiée des rumeurs et de la spéculation ? "Il y a un effet de réputation, explique Christophe Nijdam, analyste du secteur bancaire à AlphaValue. S'ils doivent arbitrer entre deux grandes banques hexagonales, les gestionnaires d'actifs vont plutôt se délester de la Société générale que de BNP Paribas, qui apparaît comme plus solide, ayant mieux traversé la crise." Le souvenir du scandale Kerviel - du nom du trader qui a fait perdre près de 5 milliards d'euros à la banque - demeure vivace dans tous les esprits. Un épisode que Frédéric Oudéa, qui a succédé au pied levé à Daniel Bouton - il est nommé directeur général en mai 2008, puis PDG un an plus tard -, n'est pas parvenu à faire oublier. Pour certains, les changements impulsés par le jeune premier n'ont pas été suffisants. "Oudéa a davantage changé les modes opératoires au sein du groupe que véritablement transformé le modèle économique", témoigne un haut cadre du groupe. Les efforts ont ainsi beaucoup porté sur la restructuration du fonctionnement interne : réorganisation des ressources humaines, fluidification des rapports sociaux, communication repensée...

Les plus acides jugent même que la transformation la plus fondamentale concerne l'image du patron de la banque lui-même : choisi par Daniel Bouton, Oudéa, parvenu prématurément au sommet après la chute de ce dernier, exigée par l'Elysée, s'est toujours bien gardé de tuer le père... du moins publiquement. Il n'en cultive pas moins, plus subtilement, une personnalité diamétralement opposée à celle de son mentor : là où Bouton posait en "maître du monde" arrogant, donnant du haut de son Olympe bancaire des conseils à la terre entière, Oudéa la joue concentré et modeste. Pas question pour lui de disserter des heures sur la peinture flamande du xvie siècle (sujet qu'il connaît pourtant parfaitement) ou les crises de la dette à travers l'Histoire. Une partition un peu surjouée pour ce brillant élément - ancien élève de Polytechnique et de l'ENA, inspecteur des Finances - par ailleurs parfaitement conscient de sa valeur. Plus rugby que golf, Oudéa veut aussi réhabiliter le collectif. C'est tout l'esprit de la campagne de publicité lancée en mars dernier, qui évite soigneusement de montrer un banquier à l'écran, et énonce que "rien n'est plus beau que l'esprit d'équipe". Oudéa, qui a fait ses armes, entre 1993 et 1995, au ministère du Budget et de la Communication, auprès de Nicolas Sarkozy, s'est révélé plutôt habile pour changer l'image de la banque auprès du grand public.

Les marchés demeurent sceptiques

Pour cela, il a fait régulièrement appel, en plus de sa direction de la communication, à des experts tels que le lobbyiste Jean de Belot, ou encore Seth Goldschlager, associé de Publicis Consultants. Oudéa, qui aurait touché au titre de 2010, selon L'Expansion, plus de 4 millions d'euros de rémunération, a ainsi participé à l'appel à une contribution exceptionnelle pour les plus riches, signé par 16 grands patrons, le 23 août, et paru sur le site du Nouvel Observateur.

Mais, si l'opération reconquête est plutôt bien passée auprès du grand public, les marchés, eux, demeurent sceptiques. Au-delà des postures, beaucoup jugent que le groupe n'a pas fondamentalement été transformé. "Le profil de risque a certes été réduit, mais le poids de la banque d'investissement demeure trop important par rapport à celui de la banque de détail", souligne un analyste. En 2010, elle a ainsi dégagé 45 % des bénéfices, soit 1,75 milliard d'euros : une hausse de 260 % par rapport à 2009. En pointe sur les dérivés actions avant la crise, la banque a gagné beaucoup d'argent, depuis la chute de Lehman Brothers, en prêtant aux Etats européens. "Elle a conservé un profil de risque plus marqué que les autres banques françaises, ajoute Emmanuel Boussard, cofondateur de Boussard et Gavaudan, l'un des plus gros hedge funds européens. Du coup, son cours varie davantage, à la hausse comme à la baisse, que celui de ses concurrents."

Le groupe de la Défense a commis une autre erreur : croire que le plus gros de la crise était passé. C'est ce qui explique, sans doute, que le moteur de la banque d'investissement n'ait pas été davantage bridé. Et aussi que les objectifs du plan Ambition 2015, définis en 2010, se soient révélés trop optimistes. "Comme les autres banques françaises, la Société générale aurait dû profiter de l'accalmie de 2010 pour se recapitaliser", estime aussi Jean-Louis Mullenbach, du cabinet Bellot, Mullenbach et associés. Pour avoir osé rappeler ce besoin de recapitalisation, Christine Lagarde, désormais patronne du Fonds monétaire international, a essuyé un tir de barrage nourri des grandes institutions bancaires françaises et européennes. Accusée, à demi-mot, d'être passée à l'ennemi (américain). Gardien du temple, le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, est même allé jusqu'à évoquer l'hypothèse surréaliste selon laquelle l'ancienne ministre des Finances aurait été "très mal informée par les services du FMI".

Autre souci : la liquidité. Encore patron de la Fédération bancaire française, François Pérol a dû reconnaître, dans une interview aux Echos, "des tensions sur le refinancement en dollars des banques françaises". Là encore, la SocGen, dont la banque d'investissement est particulièrement active aux Etats-Unis, se trouve en première ligne.

Si les scénarios extrêmes - mais loin d'être entièrement improbables - ne se matérialisent pas, la banque devrait cependant pouvoir passer la tempête. "Nous pouvons nous reposer sur quatre piliers : un bon business model, un bilan sain et un niveau de liquidités et de capital satisfaisants", défend Frédéric Oudéa, teint hâlé et allure décontractée, dans son bureau lumineux du 35e étage. Dans le cas contraire, les rumeurs bruissent à nouveau d'une possible OPA sur le groupe d'une banque étrangère, voire du rival historique, BNP Paribas. La SocGen pourrait alors contre-attaquer en se rapprochant du Crédit agricole, avec lequel elle a déjà fusionné ses activités de gestion d'actifs. Un schéma déjà envisagé à plusieurs reprises, au coeur de la crise, au sein des deux banques, mais aussi du côté des pouvoirs publics. Pour l'heure, le groupe et ses salariés ne voient pas si loin. Ils attendent simplement, avec impatience, que cet été calamiteux se termine enfin.



Les 5 rumeurs qui ont plombé l'action

1 Le Daily Mail, dans son édition dominicale du 7 août, annonce que la SocGen "se [trouve] dans un état périlleux" et potentiellement "au bord du désastre", du fait de pertes subies sur la dette grecque. Une rumeur affirmera même, à tort, que les journalistes du Daily Mail se sont inspirés d'une fiction du Monde "Terminus pour l'euro" - pour écrire leur article...

2 Le 10 août, on murmure sur les marchés financiers que le président de la République serait rentré d'urgence de ses vacances au cap Nègre pour venir au secours d'une grande banque française en difficulté.

3 Le 10 août toujours, le bruit circule que l'assureur Groupama aurait vendu une partie de sa participation dans la Société générale.

4 Le 18 août, le Wall Street Journal affirme que la Banque centrale américaine (Fed) aurait mis la pression sur les filiales américaines des banques européennes pour qu'elles renforcent leur coussin de liquidités en dollars. Certains jugent que la SocGen, du fait de l'importance de sa banque d'investissement, pourrait être mise en difficulté par ces mesures.

5 La Banque centrale européenne confirme avoir prêté 500 millions de dollars à un établissement financier du Vieux Continent. Certains pensent qu'il pourrait s'agir de la Société générale, et y voient la confirmation d'éventuels problèmes de liquidités de la banque de la Défense.


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lundi 29 août 2011

Les banques affichent des bénéfices semestriels record... en Chine


La Tribune (France), no. 4795 - Industrie financière, lundi 29 août 2011, p. 12

Les résultats semestriels des cinq plus grandes banques chinoises se sont élevés à 57 milliards de dollars. Supérieurs à ceux des quatorze plus importants établissements américains et européens réunis.

L'industrie bancaire mondiale entre dans une nouvelle ère. Après la cotation et les levées de fonds successives des grands établissements chinois, les opérateurs de marché s'y étaient habitués : les plus grandes banques mondiales par la capitalisation n'étaient plus américaines ou européennes mais chinoises. Désormais, leur suprématie mondiale porte sur leurs résultats. Au cours du premier semestre, les cinq plus grandes banques de l'ex-empire du Milieu - ICBC, AgBank, Construction Bank, Bank of China et Bank of Communications - ont dégagé des bénéfices cumulés de 57 milliards de dollars supérieurs à l'ensemble des résultats des quatorze plus importants établissements américains et européens! De part et d'autre de l'Atlantique, l'été des banques européennes et américaines a été terni par des rumeurs persistantes et, dans certains cas, par la publication de résultats décevants suivis d'annonces de vastes plans de licenciement. Au premier semestre, les résultats des quinze plus grandes banques américaines en termes d'actifs ont chuté de 17 %. Et en Europe, plus de 40.000 suppressions de postes ont été annoncées au mois d'août, dont 30.000 chez HSBC qui va par ailleurs recruter 15.000 personnes dans les pays émergents. Depuis le début de l'année, les banques chinoises sont mieux loties en Bourse que les occidentales. Certes, les restrictions imposées par Pékin au secteur (hausse des taux d'intérêt, contraintes sur le crédit, mesures anti-spéculatives dans l'immobilier...) ont pesé sur leurs cours. Les actions des cinq plus grandes banques chinoises ont en moyenne chuté de 18 % depuis le 1er janvier. Mais celles des plus importantes valeurs bancaires américaines et européennes ont respectivement sombré de 28 % et 36 %, selon Bloomberg.

Les banques chinoises tiennent un discours rassurant sur leur exposition aux collectivités locales. ICBC, la plus grosse d'entre elles, vient de publier un bénéfice net en progression de 29,4 % à 17 milliards de dollars. Sa direction a indiqué que les dettes les plus risquées ne représentaient que 0,25 % de son portefeuille de crédits. Les dettes " non performantes " ne représentent que 1,11 % des emprunts accordés aux collectivités locales par Construction Bank, le coefficient le plus élevé parmi les cinq grandes banques chinoises.

Pékin veille

Les opérateurs de marché sont donc attentifs. Selon Standard & Poor's, 30 % des emprunts accordés à ces collectivités pourrait devenir " non performants ". Et d'après le " Wall Street Journal ", ils s'élevaient à 2,250 milliards de dollars à la fin de 2010. Pékin qui veille a régulièrement relevé les coefficients de réserves obligatoires des banques et leur a demandé d'étoffer leurs fonds propres pour éviter une crise et se conformer aux normes prudentielles internationales. Ces banques ont par ailleurs augmenté leurs provisions et certaines ont suspendu la distribution de dividendes. D'après le cabinet ChinaScope Financial, les établissements chinois cotés ont levé 93 milliards de dollars sur les marchés boursiers et obligataires en près d'un an.

Éric Chalmet

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mercredi 24 août 2011

Banques : Le retour de la peur - Benjamin Masse-Stamberger


L'Express, no. 3138 - économie crise, mercredi 24 août 2011, p. 82-83

Les grands établissements hexagonaux, Société générale en tête, sont malmenés. Mais, en réalité, tout le système bancaire mondial se trouve à nouveau dans la tourmente.

Jusqu'ici, tout va bien. Du moins officiellement. Au siège des grandes banques hexagonales, le ton se veut rassurant. Certes, concède-t-on, les marchés sont volatils, la conjoncture est moins bonne que prévu et la situation politique, dans la zone euro, notamment, compliquée. Mais il ne s'agirait là que d'une période de turbulences passagères. Pas de quoi s'alarmer. En coulisses, pourtant, la réalité est bien différente. Politiques et financiers s'agitent fébrilement. Des réunions informelles s'organisent dans l'urgence. Et, même pour ceux qui sont toujours en vacances, les conference calls se succèdent. "Les banques sont soumises par les marchés à un stress extrême", confiait même, off the record, en fin de semaine dernière, un grand banquier français.

Depuis quinze jours, les établissements tricolores sont dans le collimateur des marchés, agités de rumeurs multiples et variées. La décision de la Banque centrale européenne (BCE), le lundi 8 août, de racheter des titres de dette italiens et espagnols, oblige en effet les spéculateurs à changer leur fusil d'épaule. C'est désormais la France qui constitue leur cible privilégiée. Et la Société générale, qui a publié, le 3 août, des résultats médiocres, fait vite figure de maillon faible.

Comme souvent, les attaques se propagent par le biais de la presse anglo-saxonne. C'est d'abord le Mail on Sunday, version dominicale du Daily Mail, qui fait état, le 7 août, d'un risque de faillite de la banque basée à la Défense. Lors de la séance du 11 août, le cours de la "SocGén" dévisse de plus de 20 %, avant de redresser un peu la barre pour clôturer sur une chute de près de 15 %. Certains font même le lien avec la réunion impromptue organisée par Nicolas Sarkozy, à Paris, la veille : le chef de l'Etat ne serait-il pas revenu du cap Nègre pour assurer le sauvetage de l'établissement en péril ?

Un prêt de 500 millions de dollars alimente les rumeurs

Le long week-end du 15 août calme un peu les esprits. Mais le répit est de courte durée. Le 18 août, c'est le Wall Street Journal qui lance une seconde salve : selon lui, la Fed, la Banque centrale américaine, aurait mis la pression sur les filiales américaines des banques européennes pour qu'elles renforcent leur coussin de liquidités en dollars. L'objectif est d'éviter que la catastrophe du 15 septembre 2008, lorsque Lehman Brothers fit faillite, puisse se reproduire. Seul problème : selon le journal financier américain, l'accès aux ressources en dollars pourrait être difficile pour un certain nombre de banques européennes. Parmi les établissements cités, on retrouve l'italienne Unicredit, l'allemande Deutsche Bank, ou encore... la Société générale, qui, du coup, rechute de plus de 12 % en Bourse. Au total, depuis le 1er juillet, la banque aura vu s'envoler près de la moitié de sa capitalisation. Mais ses consoeurs ne sont guère mieux loties : sur la même période, BNP Paribas a perdu 37 % de sa valeur et le Crédit agricole, 42 %.

Quelles que soient les attaques spéculatives, un constat s'impose : la crise de la dette n'est pas réglée, de nombreuses banques européennes y sont exposées et leur risque augmente avec les perspectives de ralentissement économique. Conséquence : elles pourraient avoir plus de mal à se refinancer sur les marchés. La BCE a ainsi reconnu, le 17 août, avoir accordé un prêt en dollars de 500 millions à une banque européenne. De quoi alimenter la thèse du Wall Street Journal. "En réalité, tous les établissements européens ayant une grosse activité de banque d'investissement sont potentiellement touchés par le problème posé par la Fed", estime un financier.

Il n'en fallait pas plus pour que le spectre de Lehman Brothers revienne hanter les esprits. A l'époque, du fait de la crise de confiance, le système financier s'était effondré comme un château de cartes. Certaines banques asiatiques, échaudées par la crise en Europe, ont aujourd'hui commencé à couper leurs lignes de crédits à des établissements du Vieux Continent.

Pour certains, la situation serait cependant différente de celle de 2008. "Les établissements financiers ont fait beaucoup d'efforts en matière de liquidités, observe un expert. Et les banques centrales surveillent tout cela comme le lait sur le feu." De nouveaux outils existent pour tenter d'encadrer les marchés et parer à d'éventuelles défaillances.

En fait, la plus grande confusion règne. Confusion financière : nul, ou presque, ne peut dire de quoi demain sera fait. Une situation aggravée par le recours massif à des technologies de pointe - high frequency trading, flash trading - qui accélèrent les mouvements et les rendent plus erratiques encore, si cela est possible. Confusion politique, aussi : des deux côtés de l'Atlantique, l'incapacité à parler d'une seule voix et à proposer des pistes crédibles pour sortir de la crise de la dette est patente.

Une seule certitude domine dans ce trouble général : la croissance, en Europe comme aux Etats-Unis, sera bien plus faible que prévu. Et les marchés parient déjà sur le retour de la récession. Pour le commun des mortels, soigneusement tenu à l'écart des conciliabules téléphoniques et des échanges climatisés, cette conséquence-là sera bel et bien visible.



Un été meurtrier

3 août : la Société générale publie des résultats semestriels décevants et revoit à la baisse ses objectifs 2012.

4 août : la BCE décide de procéder à des rachats d'obligations d'Etat.

8 août : les banques européennes mettent à l'abri 145 milliards d'euros à la BCE,un record.

10 août : les banques françaises sont attaquées en Bourse. La Société générale perd 14,7 %, BNP Paribas 9,47 % et le Crédit agricole 11,8 %.

12 août : l'Autorité des marchés financiers ouvre une enquête sur les rumeurs qui ont touché la Société générale.

16 août : Paris et Berlin proposent une taxe sur les transactions financières, mais rejettent l'idée de créer des euro-obligations ou d'augmenter le Fonds européen de stabilité financière.

18 août : les banques européennes de nouveau attaquées en Bourse. Dexia perd 13,8 %, Societé générale 12,3 %, Barclays Bank 11,5 % et Commerzbank 10,4 %.



Société générale : la série noire
B. M.-S.

Décidément, la crise n'aura guère épargné la banque de la Défense. Après l'affaire Kerviel, le scandale des stock-options attribuées à ses dirigeants, le départ de son PDG Daniel Bouton, la voici à nouveau dans la tempête, boursière cette fois. Sans doute la dégradation de son image n'aura-t-elle pas été pour rien dans le fait que les spéculateurs l'ont prise pour cible. Mais les causes sont en réalité multiples. Tout d'abord, une exposition - pourtant bien moindre que celle de ses principaux concurrents - de près de 5,9 milliards d'euros à la dette des pays européens en difficulté. Ensuite, des résultats semestriels très moyens, annoncés le 3 août, qui font pâle figure à côté de ceux de sa rivale, BNP Paribas. Le tout assorti d'une déclaration de Frédéric Oudéa, le patron, admettant que son plan stratégique 2015 serait "désormais difficilement réalisable dans les délais prévus". Certains analystes jugent aussi que le groupe ne dispose pas de suffisamment de fonds propres. L'esprit d'équipe vanté par la banque ne sera pas de trop pour sortir de cette nouvelle tourmente.

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jeudi 4 août 2011

Avec l'agence de notation Dagong, Pékin veut diffuser sa vision financière du monde

Le Monde - Economie, jeudi 4 août 2011, p. 12

Bien plus sévère que ses concurrentes anglo-saxonnes, l'agence de notation financière chinoise Dagong a dégradé, mercredi 3 août, la note de la dette souveraine des Etats-Unis, en écho aux inquiétudes chinoises : elle l'a fait tomber de A+ au simple A; contre AAA pour les agences américaines, même si Standard & Poor's et désormais Moody's ont placé cette note " sous perspective négative ".

Mercredi, l'agence de presse gouvernementale, Chine Nouvelle, a jugé que la levée du plafond d'endettement public américain " ne désamorce pas pour de bon la bombe à retardement de Washington ". Plus diplomate, le gouverneur de la banque centrale de Chine, Zhou Xiaochuan, appelle les Etats-Unis à " garder à l'esprit l'intérêt des autres pays ".

Dagong fait un diagnostic net après l'adoption par le Congrès américain, mardi, du texte évitant à Washington le défaut de paiement : " La croissance de la dette américaine dépasse celle de son économie. " Pour l'agence chinoise, cette posture - bien plus alarmiste que celle de ses soeurs ennemies - est une manière de mettre en avant ses méthodes alternatives, à l'heure où Moody's, Standard & Poor's et Fitch sont critiquées. Surtout si mûrissait l'idée de créer une agence côté européen, pourquoi pas servir de modèle, ou collaborer par la suite.

A écouter le patron de Dagong, Guan Jianzhong, dans son bureau de l'est de Pékin, c'est le système de notation qui, depuis trop longtemps, a la tête à l'envers : " Normalement, c'est celui qui prête qui évalue le risque, mais les Etats-Unis sont les plus endettés de la planète et ont les meilleures notes. Ils ont aussi les agences qui notent tous les Etats. "

Puisque la Chine est devenue le banquier de la planète, avec ses 3 200 milliards de dollars (2 260 milliards d'euros) de réserves de change, et que ses entreprises investissent dans le monde entier, la conclusion s'impose d'elle-même. La responsable de l'activité de notation de dettes souveraines de Dagong, Lu Sinan, reste cependant humble sur l'influence actuelle de l'agence : " Nos rapports n'ont pas encore le pouvoir de changer le marché. "

Dagong a été fondée en 1994 et, parmi les cinq agences de notation exerçant en Chine, elle dispose d'un certain crédit auprès des financiers. Un banquier occidental en Chine explique néanmoins que les investisseurs asiatiques sont relativement peu sensibles au guidage de la notation et culturellement davantage intéressés par l'image de l'entreprise ainsi que par le rendement de sa dette.

Ce n'est que durant l'été 2010 que l'agence s'est lancée sur le fameux marché de l'évaluation de la dette des Etats. Dagong emploie 500 personnes. Mais, avec une vingtaine d'analystes seulement, le bureau chargé de la notation souveraine reste limité. " Nous notions 50 pays en 2010, 67 aujourd'hui, mais, à terme, nous ciblons tous les Etats ", explique Mme Lu.

En ligne de mire, notamment, les pays d'Afrique, " car ils sont importants pour la Chine ". Des institutions financières de Malaisie, de Russie, se sont aussi tournées vers Dagong. D'autres, américaines, " sont curieuses de la méthodologie ".

En dégradant à nouveau la dette américaine, l'agence chinoise poursuit sa distribution de claques, entamée le 11 juillet 2010, lorsqu'elle a publié son premier rapport sur les dettes souveraines. Les Etats-Unis ne partaient alors que de AA, avant de tomber, dès novembre 2010, sur fond d'assouplissement monétaire de la Réserve fédérale (Fed), à un modeste A+. Le Royaume-Uni est tombé au même niveau fin mai.

Chez Dagong, la France est notée AA - et placée en surveillance négative depuis juin. " La dette de la France n'est pas à un niveau inquiétant, rassure He Yi, l'analyste qui suit les finances du pays. Le problème réside dans la faiblesse de la croissance ainsi que dans l'exposition au risque d'autres Etats européens. "

La recette de l'agence de notation conçue en Chine consiste en une pondération inédite des critères d'évaluation. M. Guan explique que Dagong regarde principalement la capacité d'un Etat à contrôler son économie, sa solidité financière et ses réserves de change. La brochure mentionne également " la richesse sociale nouvellement créée ".

De fait, les pays émergents ont la cote auprès d'elle, surtout la Chine. Le dirigisme du Parti communiste, la croissance à 9,5 % et des réserves en augmentation de 1,7 milliard de dollars par jour classent la deuxième économie mondiale parmi les brillants élèves, avec un AA + stable.

Tout dans le discours de Dagong lie sa montée en puissance à celle de la Chine. Elle n'hésite pas à célébrer dans un communiqué le premier anniversaire d'un discours du président Hu Jintao au sommet du G20 de Toronto, en juin 2010, sur la nécessité de réformer le système de notation des finances de la planète. Comme si les deux jouaient dans la même équipe. D'ailleurs, lorsque le régulateur boursier américain lui refuse, en novembre 2010, le statut d'agence de notation officiellement accréditée à Wall Street, arguant de l'impossibilité de la superviser de l'étranger, Dagong dénonce amèrement une " discrimination contre la Chine ".

" Dagong est totalement indépendante de l'Etat au niveau de son actionnariat, rétorque Guan Jianzhong. Il faut cesser de nous suspecter. " Oserait-il, par exemple, contredire le bureau d'audit du gouvernement chinois et écrire que son dernier rapport sous-estime de 375 milliards d'euros la dette accumulée par les autorités locales, comme l'a fait Moody's le 5 juillet ? Le patron de Dagong répond par un nouvel assaut sur ses concurrents : " Moody's n'en sait rien, ils veulent juste déranger la Chine. "

Sa méthodologie inédite, qui, de fait, récompense le dynamisme des pays émergents, reflète une réalité nouvelle, à commencer par le déséquilibre des finances américaines. Mais certains regrettent que Dagong se présente avant tout comme une alternative chinoise. " Ils semblent penser que la séparation entre une agence de notation et un gouvernement est par principe impossible, et donc n'a pas besoin d'être testée, ce qui, au final, doit signifier quelque chose sur leurs propres orientations de notation ", dit un professeur d'une grande université chinoise, sous couvert d'anonymat.

" Les agences de notation américaines n'ont pas eu peur d'attribuer des notes exécrables à des Etats ou des villes des Etats-Unis, bien moins que Dagong, qui, de toute évidence, est largement à la traîne par rapport au marché lorsqu'il s'agit d'évaluer le risque en Chine ", constate-t-il.

Harold Thibault

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Les sociétés chinoises contournent la politique monétaire de Pékin

Le Monde - Economie, jeudi 4 août 2011, p. 13

En juillet, dans les usines chinoises, les commandes sont reparties de plus belle. Signe que, dans l'empire du Milieu, la politique monétaire n'a pas été durcie outre mesure. De fait, Pékin a bel et bien freiné l'activité de prêt, mais cela a amené les entreprises chinoises à emprunter davantage à l'étranger.

Outre les prêts consentis par les banques hongkongaises, les émissions obligataires à l'étranger sont elles aussi en forte hausse. Des pratiques qui entravent les efforts déployés par Pékin pour juguler l'inflation galopante.

En Chine même, les prêts bancaires sont en recul de 51 milliards de dollars (35,9 milliards d'euros), soit 7 %, sur le premier semestre, tandis que le financement obligataire des entreprises n'affiche qu'une légère hausse. Dans le même temps, les émissions obligataires par les entreprises chinoises à Hongkong sont passées en un an d'un niveau quasi nul à 7 milliards de dollars. Et si l'octroi de crédits par les banques de Hongkong continue sur sa lancée, les emprunts à l'étranger devraient croître de 42 milliards de dollars cette année. Au final, les entreprises chinoises devraient donc emprunter en 2011 environ la même somme qu'un an plus tôt.

Or, l'afflux de fonds en provenance de l'étranger ne contribue ni à réduire l'inflation ni à apaiser les tensions sur le marché de l'immobilier. Les prix à la consommation ont progressé de 6,4 % en juin. Les promoteurs immobiliers en manque de fonds se refusent à baisser les prix - et ce en dépit de la chute brutale des ventes -, en partie grâce aux possibilités d'emprunt à l'étranger. Les banques d'Etat elles-mêmes n'hésitent pas à se financer hors des frontières...

Le contrôle du crédit en Chine même contribuera peut-être à rendre les banques chinoises plus sûres, mais les risques se répercutent sur les établissements et sur les investisseurs à l'étranger. Le régulateur hongkongais HKMA a déjà averti ses banques qu'au vu de la tendance actuelle, des pressions sur le crédit et sur les liquidités étaient inévitables.

Marché risqué

Ainsi, selon la HKMA, la moitié à peine des prêts sont collatéralisés par des dépôts bancaires en Chine ou adossés à des garanties fournies par les plus grands établissements du pays.

Le marché obligataire offshore paraît lui aussi risqué pour les investisseurs : selon HSBC, la moitié des obligations libellées en yuan émises à Hongkong en 2011 étaient classées dans la catégorie " junk bonds " (obligations pourries).

Ce type de substitution est caractéristique des économies de marché et témoigne d'une bienveillance accrue de Pékin à l'égard de la libéralisation des marchés. Mais il serait bon d'y voir aussi une invitation à méditer sur l'efficacité des politiques qui, comme la maîtrise de l'inflation, dépendent uniquement de l'autorité centrale.

Wei Gu

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vendredi 17 juin 2011

Les banques chinoises pourraient dépasser les américaines dès 2023


Les Echos, no. 20955 - Finance, vendredi 17 juin 2011, p. 33

Selon une étude mondiale du cabinet PwC, la taille des marchés bancaires de l'E7, qui regroupe la Chine, l'Inde, le Brésil, la Russie, le Mexique, l'Indonésie et la Turquie, devrait supplanter dès 2036 celle des pays du G7.

L'ombre des banques des pays émergents grossit à vue d'oeil. Selon l'étude mondiale du cabinet PwC « Banking in 2050 » publiée hier, la taille des marchés bancaires de l'E7, qui regroupe la Chine, l'Inde, le Brésil, la Russie, le Mexique, l'Indonésie et la Turquie, devrait dépasser dès 2036 celle des pays du G7 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie et Canada). En touchant de plein fouet les banques occidentales, la crise financière a accéléré un processus identifié par PwC en 2007. A l'époque, le cabinet de conseil prévoyait en effet que les banques de l'E7 dépasseraient leurs concurrentes occidentales en 2046, soit dix ans plus tard.

Dans le détail, la Chine devrait dépasser les Etats-Unis pour devenir la première puissance bancaire mondiale par les actifs dès 2023. De son côté, l'Inde dépasserait le Japon en 2035 pour s'imposer à la troisième place tandis que le Brésil devrait coiffer l'Allemagne et le Royaume-Uni d'ici à 2045. Parmi les pays du G7, seuls les Etats-Unis se maintiendraient ainsi dans le trio de tête, entre la Chine et l'Inde. La première puissance mondiale « a une avance importante en termes d'actifs bancaires et certaines banques américaines sont déjà présentes dans des pays de l'E7. Elles profiteront donc de la croissance à venir de ces marchés », souligne Hervé Demoy, associé de PwC.

Les acteurs bancaires occidentaux doivent donc surmonter au plus vite la crise pour conquérir cette nouvelle frontière bancaire. Pour l'heure, ceux-ci ont au contraire réduit leurs ambitions en se concentrant sur la clientèle haut de gamme et les entreprises, qui n'exigent pas un développement de leur réseau. Une seconde étude publiée hier par le cabinet Velhon révèle que les établissements bancaires des pays développés ont ainsi vu leur réseau progresser en moyenne de 2,5 % seulement en 2010 contre 14 % en 2008. Les banques des pays émergents ont dans le même temps creusé l'écart. Quatre banques indiennes figurent parmi les dix acteurs les plus dynamiques en termes d'ouvertures d'agences, aux côtés d'établissements chinois, indonésien, brésiliens, vietnamien et ukrainien. State Bank of India a ouvert plus de 1.000 agences par an depuis 2008. L'offensive des acteurs du G7 se heurte toutefois aux réglementations locales : en Chine comme en Inde, les participations étrangères dans des banques domestiques restent limitées.

Le Nigeria, marché prometteur

Un second défi se profile pour les banques du G7 : la montée en puissance des acteurs émergents va de pair avec le développement de leurs ambitions à l'étranger, en particulier en Afrique, partie du monde la moins bancarisée et chasse gardée des pays du G7. Selon Velhon, le Nigeria, s'il assure un cadre politique et réglementaire favorable, se profile comme le marché de banque de détail le plus prometteur du continent. Anglophone, avec plus de 150 millions d'habitants, une croissance tirée par les exportations de pétrole et une urbanisation importante, le pays a en effet tout pour accueillir les premières passes d'armes entre banques occidentales et acteurs des pays émergents.

NINON RENAUD

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lundi 13 juin 2011

Mise en garde contre l'appétit pour les groupes chinois

Le Monde - Economie, lundi 13 juin 2011, p. 15

Martin Wheatley, qui dirigeait jusqu'au 8 juin la Commission des titres et des options (SFC) d'Hongkong, a comparé l'engouement des investisseurs pour les sociétés chinoises à la bulle Internet de la fin des années 1990. " Tout le monde veut un morceau de la Chine ", c'est " la nouvelle folie Internet ", déclare-t-il, jeudi 9 juin, au Wall Street Journal.

" Il y a donc eu une ruée vers les sociétés chinoises " sans que les investisseurs se posent les questions habituelles sur les fondamentaux de ces groupes.

Les banques et les maisons de courtage s'occupant des introductions à Hongkong doivent s'améliorer pour tenir à distance les entreprises dont le profil financier ne répond pas aux exigences d'une cotation en Bourse, ajoute M. Wheatley.

L'ancien régulateur a travaillé dix-huit ans au London Stock Exchange (LSE) avant de prendre ses fonctions sur la place asiatique en 2005. - (AFP.)

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vendredi 29 avril 2011

Quand le peuple islandais vote contre les banquiers - Robert Wade


Le Monde diplomatique - Mai 2011, p. 1 18 19

Un laboratoire libéral dévasté par la crise

Petite île, grandes questions. Les citoyens doivent-ils payer pour la folie des banquiers ? Existe-t-il encore une institution liée à la souveraineté populaire capable d'opposer sa légitimité à la suprématie de la finance ? Tels étaient les enjeux du référendum organisé le 10 avril 2011 en Islande. Ce jour-là, pour la seconde fois, le gouvernement sondait la population : acceptez-vous de rembourser les dépôts de particuliers britanniques et néerlandais à la banque privée Icesave ? Et, pour la seconde fois, les habitants de l'île ravagée par la crise ouverte en 2008 répondaient " non " - à 60 % des votants, contre 93 % lors de la première consultation, en mars 2010.

L'issue du scrutin prend une coloration particulière au moment où, sous la pression des spéculateurs, de la Commission européenne et du Fonds monétaire international (FMI), les gouvernements du Vieux Continent imposent des politiques d'austérité pour lesquelles ils n'ont pas été élus. La mise en coupe réglée du monde occidental par les institutions financières libérées de toute contrainte inquiète jusqu'aux thuriféraires de la dérégulation. Au lendemain du référendum islandais, l'éditorialiste du très libéral Financial Times s'est félicité de ce qu'il soit " possible de placer les citoyens avant les banques " (13 avril 2011). Une idée qui trouve encore peu d'écho parmi les dirigeants politiques européens.

Si l'Islande fait figure de cas d'école, c'est que ce pays offre un exemple chimiquement pur des dynamiques qui, au cours des années 1990 et 2000, ont permis à des intérêts privés d'édicter des réglementations publiques conduisant au gonflement de la sphère financière, à son désencastrement du reste de l'économie et, finalement, à son implosion.

Juste avant la crise, en 2007, tout va encore pour le mieux : le revenu moyen islandais s'établit au cinquième rang mondial et devance de 60 % celui des Etats-Unis. A l'époque, les restaurants chics de Reykjavík font passer ceux de Londres pour des gargotes. Les articles de luxe inondent les boutiques et d'énormes 4 5 4 encombrent les rues. Un an plus tôt, une étude internationale classait la population de l'île comme la plus heureuse de la planète (1). Une grande partie de sa prospérité repose sur la croissance accélérée de trois banques islandaises. Petites sociétés du secteur public jusqu'en 1998, elles se hissent rapidement parmi les trois cents plus importantes banques du monde, leurs actifs passant de 100 % du produit intérieur brut (PIB) en 2000 à presque 800 % en 2007 - un niveau que seule la Suisse dépasse.

La crise économique éclate à la fin du mois de septembre 2008 : après la faillite de la banque d'investissement Lehman Brothers, les marchés monétaires se grippent (2). Dans l'incapacité de rembourser leurs créanciers, les trois grandes banques islandaises sont nationalisées. Elles accèdent alors à un palmarès moins glorieux : celui, publié par l'agence de notation Moody's, des onze catastrophes financières les plus spectaculaires de l'histoire.

Au début du XXe siècle, après plus de six cents ans de tutelle étrangère, les structures sociales de l'Islande demeurent les plus féodales des pays nordiques. La pêche domine l'économie et génère le gros des entrées de devises étrangères, permettant au commerce de se développer grâce aux importations. Ce qui, en retour, stimule de nouvelles activités : bâtiment, services et industrie légère. Après la seconde guerre mondiale, l'économie entre dans une période de croissance plus soutenue, à la faveur d'une combinaison de facteurs : aide liée au plan Marshall, associée à l'installation d'une base militaire destinée à accueillir l'armée américaine et l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) ; abondance d'un bien d'exportation peu sensible aux fluctuations de revenu des consommateurs, le poisson d'eau froide ; population peu nombreuse, très éduquée et dotée d'un fort sentiment d'appartenance nationale.

A mesure que l'Islande s'enrichit, elle jette les bases d'un Etat-providence inspiré du modèle scandinave, financé par l'impôt. Dans les années 1980, le niveau et la répartition du revenu disponible atteignent la moyenne des pays nordiques. Cependant, le poids de l'Etat demeure plus prononcé en Islande que chez ses voisins européens. Tout comme le clientélisme : l'oligarchie locale borne le paysage tant politique qu'économique.

La société capitaliste moderne de la seconde moitié du XXe siècle s'inscrit dans un lien de filiation directe avec les structures presque féodales du XIXe siècle. Dans les décennies qui suivent la fin de la seconde guerre mondiale, quatorze familles - un groupe connu sous le nom de " Pieuvre " - fournissent l'élite économique et politique du pays. A l'image des chefs de tribu de jadis, elles dominent les importations, les transports, la banque, les assurances, la pêche et l'approvisionnement de la base de l'OTAN.

Cette oligarchie règne également sur le Parti de l'indépendance (PI, droite), qui contrôle les médias. Elle avalise les nominations de hauts fonctionnaires, dans l'administration, la police et l'armée. A l'époque, les partis dominants (PI et Parti du centre [PC], qui recrute en zone rurale) (3) gèrent directement les banques locales publiques : impossible d'obtenir un prêt sans passer par l'apparatchik local. Intimidation, flagornerie et méfiance tissent un réseau de pouvoir imprégné de culture machiste, prompte à ériger la pilosité en vertu universelle.

L'influence d'un journal étudiant


Mais, à la fin des années 1970, une faction néolibérale vient subvertir de l'intérieur l'ordre traditionnel. Elle est emmenée par la " Locomotive ", du nom d'un journal dont s'emparent des étudiants en droit et en commerce. Leur objectif : promouvoir les préceptes du libre-échange et se créer des possibilités de carrière sans attendre la bénédiction de la Pieuvre. Avec la fin de la guerre froide, l'opposition de gauche ne fait plus recette ; la Locomotive prospère. Elle fournira au pays un premier ministre : M. David Oddsson (PI).

Né en 1948 au sein de la classe moyenne, M. Oddsson devient conseiller municipal de Reykjavík pour le PI en 1974, puis maire en 1982. Il mène alors des campagnes de privatisation - dont la vente de la flotte de pêche municipale - au profit de membres de la Locomotive. En 1991, il conduit le PI à la victoire aux élections nationales. Devenu premier ministre, il règne sur le pays pendant près de quatorze ans, et préside à la croissance extraordinaire du secteur financier avant de s'installer aux commandes de la Banque centrale, en 2004. Ne s'éloignant jamais du marigot politique islandais, il se tient à l'écart du reste de la société - pour laquelle il ne conçoit pas la moindre curiosité. Son poulain au sein de la Locomotive, M. Geir Haarde, ministre des finances de 1998 à 2005, succède en 2006 à la tête du gouvernement à M. Halldór Asgrímsson, auquel M. Oddsson avait cédé le pouvoir en 2004.

La libéralisation de l'économie islandaise débute en 1994. L'accession à l'Espace économique européen - la zone de libre-échange des pays de l'Union européenne auxquels se joignent l'Islande, le Liechtenstein et la Norvège - impose la libre circulation des capitaux, des biens, des services et des personnes. Le gouvernement Oddsson se lance dans un programme de vente des actifs de l'Etat et de dérégulation du marché du travail. La privatisation du secteur financier commence en 1998, sous la houlette de M. Oddsson et du leader du PC, partenaire de la coalition alors au pouvoir, M. Asgrímsson : la banque Landsbanki est affectée à des dignitaires du PI, cependant que sa concurrente Kaupthing tombe dans l'escarcelle du PC. Plus tard, une banque privée issue de la fusion de plusieurs petits établissements, Glitnir, s'installe à la troisième place.

L'Islande passe le cap du millénaire emportée par le souffle d'une finance internationale dopée aux crédits bon marché. Sur le plan national, trois éléments s'avèrent déterminants : un engagement politique fort en faveur du secteur ; la fusion des banques d'investissement et des banques commerciales, permettant aux premières de bénéficier des garanties que le gouvernement offrait aux secondes ; et une dette souveraine réduite, qualifiant les établissements pour l'indispensable bonne note de la part des agences de notation internationales. Forts de quoi, les actionnaires majoritaires de Landsbanki, Kaupthing, Glitnir et de leurs diverses filiales renversent la vieille domination de la politique sur la finance.

L'administration Oddsson relâche bientôt la réglementation des prêts hypothécaires garantis par l'Etat, autorisant des emprunts qui atteignent 90 % de la valeur d'un bien. Les banques, tout juste privatisées, se ruent pour proposer des conditions encore plus " généreuses ". L'impôt sur le revenu et la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) baissent, conformément à la stratégie visant à faire de l'Islande un centre financier international béni par la modération fiscale. La dynamique de bulle s'enclenche.

Les nouvelles élites bancaires islandaises, désireuses d'étendre leur emprise sur l'économie du pays, s'en donnent à coeur joie. Se servant de leurs actions comme de garanties, elles s'autorisent à souscrire de lourds emprunts auprès de leurs propres établissements pour procéder au rachat d'actions... de ces mêmes établissements. Résultat : les cours grimpent. La même opération s'étend parfois à d'autres banques. Ainsi, les actionnaires de la banque B empruntent auprès de la banque A pour racheter des actions de leur propre société, avant de rendre l'amabilité à leurs amis de la banque A, qui procèdent de la même façon. Dès lors, les cours en Bourse des deux banques s'envolent, sans rapport avec leur activité réelle.

A ce rythme, la petite île s'ouvre bientôt les portes du club des géants de la finance. La surabondance de crédit permet à la population de célébrer dans l'exubérance la fin des décennies de rationnement du crédit par le tamis des réseaux politiques : enfin, les Islandais se sentent vraiment " indépendants ". Ce qui explique peut-être leur sentiment - à l'époque - d'être la population " la plus heureuse du monde ". Les propriétaires et les dirigeants des banques se rémunèrent de plus en plus généreusement (un véritable rapt interne au sein des établissements). Et plus ils sont riches, plus ils bénéficient du soutien des partis politiques - qu'ils financent. Les jets privés déchirant le ciel de Reykjavík apparaissent alors comme la preuve sonore du succès pour une population qui, depuis le plancher des vaches, hésite entre l'envie et l'admiration. Les inégalités de revenus et de patrimoine se creusent, aggravées par des politiques gouvernementales qui renforcent la charge fiscale de la moitié la plus pauvre de la société. Bref, " les initiatives libérales d'Oddsson sont la plus formidable réussite du monde (4) ", déclare dans les colonnes du Wall Street Journal l'un des plus ardents défenseurs islandais de l'économie de marché.

Au début de l'année 2006, pourtant, l'inquiétude pointe. La presse financière s'interroge sur la stabilité de grandes banques qui commencent à connaître des difficultés pour lever des fonds sur les marchés monétaires. Le déficit courant de l'Islande bondit de 5 % du PIB en 2003 à 20 % en 2006 - l'un des niveaux les plus élevés du monde. La capitalisation boursière atteint, en 2007, cinq fois son niveau de 2001. Landsbanki, Kaupthing et Glitnir opèrent déjà bien au-delà de la capacité de la Banque centrale islandaise à les soutenir en tant que prêteuse de dernier recours. Et ce d'autant plus que leurs dettes sont réelles, et leurs actifs douteux. En février 2006, l'agence Fitch rétrograde la note islandaise de " stable " à " négatif " : c'est la " minicrise ". La couronne chute brusquement, à rebours de la valeur des dettes des banques, qui augmente ; la pérennité des créances libellées en devises étrangères devient bientôt un problème " public " ; le marché des actions s'effondre et les faillites se multiplient. La Danske Bank de Copenhague décrit alors l'Islande comme une " économie geyser " sur le point d'exploser (5).

Les banquiers et les responsables politiques islandais balaient les critiques d'un revers de la main. La Banque centrale souscrit un emprunt afin de doubler ses réserves de devises étrangères, tandis que la chambre de commerce - pilotée par les représentants de Landsbanki, Kaupthing, Glitnir et de leurs diverses filiales - répond par une campagne de communication dans la presse. L'économiste américain Frederic Mishkin perçoit 135 000 dollars pour apposer son nom sur un rapport écrit presque entièrement par un économiste islandais, attestant la stabilité des banques de l'île (6). Richard Portes, issu, lui, de la London Business School, se contente de 58 000 livres pour le même type d'expertise. Fin 2007, Arthur Laffer, théoricien de l'économie de l'offre, rassure : " L'Islande devrait être un modèle pour le monde entier (7). " La valeur des actifs des banques atteint alors environ huit fois le PIB.

Aux élections de mai 2007, l'Alliance sociale-démocrate (ASD) (8) forme un gouvernement de coalition avec le PI, encore dominant. A la consternation de nombre de leurs partisans, les dirigeants de l'ASD oublient leurs promesses préélectorales et manifestent un soutien sans condition à l'expansion du secteur financier.

Bien qu'elles aient survécu à la mini-crise de 2006, Landsbanki, Kaupthing et Glitnir peinent toujours à trouver de l'argent frais pour financer de nouvelles acquisitions et rembourser leurs dettes. Les banques mettent alors au point deux méthodes pour surmonter leurs difficultés. La première : Icesave, une invention de Landsbanki. Il s'agit d'un service sur Internet destiné à attirer des dépôts en offrant des taux d'intérêt plus attractifs que ceux des banques traditionnelles. Fondé au Royaume-Uni en octobre 2006 et aux Pays-Bas dix-huit mois plus tard, Icesave bénéficie très vite des recommandations d'autres sites spécialisés dans la finance en ligne et se trouve bientôt submergé par les dépôts. Des dizaines de millions de livres sterling affluent. Parmi les premiers clients, l'université de Cambridge, la police de Londres ou encore la Commission d'audit du Royaume-Uni, qui gère les finances des gouvernements locaux. Sans compter des centaines de milliers de particuliers (trois cent mille détenteurs d'un compte Icesave rien qu'au Royaume-Uni).

Le fait que les entités Icesave soient établies comme des " agences " - et non comme des " filiales " - signifie qu'elles se placent sous le contrôle des autorités islandaises, plutôt que des pays hôtes. Nul ne s'inquiète cependant du fait que l'agence de régulation islandaise ne compte que quarante-cinq personnes - réceptionniste inclus -, dont la plupart effectuent un stage en vue d'un recrutement au sein de l'une des banques du pays. Nul ne se soucie davantage de ce que le dispositif d'assurance des dépôts de l'Espace économique européen stipule qu'il incomberait à la population islandaise (trois cent vingt mille personnes) de dédommager les déposants étrangers en cas de faillite.

Seconde solution imaginée par les banques pour avoir accès à de nouvelles liquidités sans avoir à justifier d'actifs réels : les " lettres d'amour ". Les " trois grandes " vendent des créances à des banques régionales plus petites qui, à leur tour, les présentent à la Banque centrale pour garantir de nouveaux emprunts... et prêter aux " trois grandes ". Les créances de départ sont vite surnommées " lettres d'amour ", puisqu'elles se résument à de simples promesses. Le dispositif s'internationalise : les " trois grandes " créent des filiales au Luxembourg et déposent leurs courriers du coeur à la Banque centrale européenne (BCE) en échange de liquidités qu'elles renvoient en Islande.

La chute des établissements bancaires islandais survient deux semaines après celle de Lehman Brothers. Le 29 septembre 2008, Glitnir sollicite l'aide du gouverneur de la Banque centrale, M. Oddsson. Se voulant rassurant, celui-ci ordonne à son institution de racheter 75 % des actions de Glitnir, ce qui a comme unique effet d'aggraver l'inquiétude. La note du pays dégringole, cependant que Landsbank et Kaupthing se voient retirer leurs lignes de crédit. Les retraits massifs débutent dans les filiales d'Icesave à l'étranger. Le 7 octobre, M. Oddsson décide d'indexer la couronne à un panier de devises. Mais la monnaie plonge déjà, et les réserves de devises étrangères sont vite épuisées. Sans contrôle des capitaux, l'indexation ne dure que quelques heures. Cela laisse toutefois assez de temps aux proches du pouvoir pour changer leurs couronnes à un taux favorable. Des milliards quittent le pays, avant qu'on ne laisse la couronne flotter - ou, pour mieux dire, couler. Le 8 octobre, le premier ministre britannique, M. Gordon Brown, gèle les actifs de Landsbanki au Royaume-Uni, en s'appuyant sur des lois antiterroristes passées par le New Labour. La Bourse, les obligations bancaires, l'immobilier connaissent le même sort que le revenu moyen des Islandais : ils chutent.

Le gouvernement explose

Le FMI arrive alors à Reykjavík. C'est la première fois depuis son intervention au Royaume-Uni, en 1976, qu'il est appelé au secours d'une économie développée. Il propose un prêt sous conditions de 2,1 milliards de dollars pour stabiliser la couronne. Le FMI soutient par ailleurs les exigences des gouvernements britannique et néerlandais : soumise au dispositif européen de garantie des dépôts, l'Islande doit dédommager Londres et La Haye (qui ont décidé de renflouer eux-mêmes les clients d'Icesave sur leur territoire).

Le peuple, habituellement placide, laisse éclater sa fureur. Les mouvements de protestation visent principalement MM. Haarde et Oddsson, les caciques du PI, ainsi que la ministre des affaires étrangères, Mme Ingibjörg Gísladóttir (ASD). A plusieurs reprises entre octobre 2008 et janvier 2009, le samedi après-midi, dans le froid, des milliers de personnes de tous âges se regroupent sur la place principale de Reykjavík. Les manifestants se donnent le bras pour former une chaîne humaine autour du Parlement, et tapissent le bâtiment de fruits et de yaourts. Ils exigent la démission du gouvernement.

En janvier 2009, la coalition entre l'ASD et le PI se brise. Seul exemple de " virage à gauche " dans un pays touché par la crise financière internationale, un gouvernement d'intérim réunissant sociaux-démocrates et le nouveau et populaire Mouvement gauche-verts (MGV) se constitue alors. Aux élections d'avril 2009, le PI n'occupe plus que seize sièges, malgré un système électoral qui le favorise. C'est son pire résultat depuis sa création en 1929.

La nouvelle coalition se trouve immédiatement sommée de rembourser l'énorme dette d'Icesave aux Britanniques et aux Néerlandais : c'est la condition préalable à l'aide du FMI. Le gouvernement envisage également de soumettre sa candidature pour devenir membre à part entière de l'Union européenne et de la zone euro. Après de longues négociations, en octobre 2009, il présente au Parlement les termes d'un accord possible sur la dette d'Icesave : 5,5 milliards de dollars (environ 3,7 milliards d'euros), soit 50 % du PIB islandais, seraient versés aux Trésors publics britannique et néerlandais entre 2016 et 2023.

Le MGV se déchire. Le ministre de la santé, qui en est issu, quitte son poste, alors que cinq dissidents refusent la consigne de vote du gouvernement. La loi passe en force le 30 décembre 2009, dans un climat de désapprobation générale qui conduit le président Olafur Grímsson à annoncer qu'il ne promulguera pas une loi aussi contraire au sentiment national. Au référendum de mars 2010, 93 % des votants se prononcent contre l'accord Icesave et 2 % pour. Même les dirigeants du Parti social-démocrate et du MGV s'abstiennent. Les sociaux-démocrates retombent à 19 % aux élections municipales de Reykjavík de mai 2010 - qui voient l'arrivée d'un comique à la mairie de Reykjavík. En octobre, les manifestations populaires reprennent ; la coalition concède l'élection d'une Assemblée constituante qui sera finalement invalidée par la Cour suprême.

Le nouveau projet d'accord sur le contentieux Icesave soumis à la population en avril dernier portait sur un montant de 4 milliards de dollars (environ 2,7 milliards d'euros). Après le " non ", le différend opposant Reykjavík à Londres et La Haye pourrait être renvoyé vers la justice.

Le report à 2011 des coupes les plus importantes dans les dépenses publiques a laissé un peu d'air à l'économie. Jusqu'à présent, l'Islande a connu une contraction de son activité moins importante que l'Irlande, l'Estonie et la Lituanie - où la rigueur va bon train. Alors que le chômage s'établissait à 2 % en 2006, il oscille entre 7 à 9 % depuis le début 2009. Mais le taux d'émigration - des Islandais et des autres travailleurs européens présents dans le pays, surtout polonais - atteint son plus haut niveau depuis 1889. Le pouvoir social-démocrate et vert a néanmoins promis l'austérité pour 2011. Les gouvernements locaux ne disposent plus de budget pour les nouveaux projets. Dans les hôpitaux et les écoles, les salaires baissent et l'on commence à licencier. Le gel des saisies immobilières a expiré fin 2010.

La décision du gouvernement de coalition PI-PSD d'octroyer une garantie illimitée des dépôts aux ressortissants islandais, prise à la fin de 2008, illustre la mainmise de l'élite financière sur le pays. Imposer une limite de 5 millions de couronnes - environ 50 000 euros - aurait suffi à protéger 95 % des déposants. Seuls les 5 % les plus riches ont bénéficié de la garantie illimitée, laquelle fait désormais peser de nouvelles contraintes sur les dépenses publiques. On aurait pu croire que la petite taille de l'Islande aurait permis de révéler plus tôt l'aveuglement du gouvernement ; ce fut tout le contraire. Très tôt, M. Oddsson avait entrepris de " privatiser " l'information. L'Institut économique national d'Islande, qui avait une réputation d'indépendance dans ses analyses, a été dissous en 2002, l'administration préférant faire appel... aux départements d'analyse et de recherche des banques elles-mêmes.

Un autre phénomène surprend. Le gonflement de la bulle islandaise s'accompagne, dans un premier temps, de la publication de rapports critiques, notamment au sein de la Banque centrale. Mais en 2007 et 2008, quand la menace devient sérieuse, les documents - y compris ceux du FMI - adoucissent leur ton. Les institutions financières officielles, tout comme les banquiers et les politiques, semblent avoir agi sur la base d'une entente implicite : la situation était devenue si grave qu'il ne fallait surtout pas en parler, sous peine de déclencher une panique bancaire.

En octobre 2010, le Parlement a décidé de poursuivre l'ancien premier ministre Haarde pour avoir failli à ses responsabilités. Le secrétaire des finances permanent Baldur Gudlaugsson (un ex-membre de la Locomotive) a été condamné à deux ans de prison pour délit d'initié - il a vendu ses parts de Landsbanki en septembre 2008, quelques jours seulement après s'être entretenu de la banque avec le ministre des finances britannique Alisdair Darling.

Loin d'avoir à répondre de ses actes, M. Oddsson s'est vu offrir le poste de rédacteur en chef du principal quotidien de Reykjavík, Morgunbladid, d'où il orchestre la couverture de la crise - un peu comme si, a fait remarquer un commentateur, on avait nommé Richard Nixon à la tête du Washington Post pendant le Watergate.

Silla Sigurgeirsdóttir et Robert Wade


Cet article est une version remaniée et actualisée d'une étude parue dans la New Left Review, no 65, Londres, septembre-octobre 2010.
(1) World Database of Happiness, 2006.
(2) Lire " Le krach du libéralisme ", Manière de voir, no 102, décembre 2008 - janvier 2009.
(3) Dans l'opposition, on trouve notamment le Parti social-démocrate et le Parti des gens ordinaires (Common People's Party, plus à gauche).
(4) Hannes Gissurarson, " Miracle on Iceland ", The Wall Street Journal, New York, 29 janvier 2004.
(5) Danske Bank, " Iceland : Geyser crisis ", Copenhague, 2006.
(6) Après la débâcle de septembre 2008, Mishkin modifiera subrepticement le titre de son étude " Stabilité financière en Islande ". Sur son curriculum vitae, le rapport s'intitulera désormais " Instabilité financière en Islande ".
(7) Arthur Laffer, " Overheating is not dangerous ", Morgunbladid, Reykjavík, 17 novembre 2007.
(8) L'Alliance réunit le Parti social-démocrate, la Liste des femmes et une fraction de l'Alliance populaire (issue de la gauche critique à la fois de l'OTAN et du bloc de Varsovie).

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vendredi 25 février 2011

Fourches caudines à la chinoise - Han Huayu

Courrier international, no. 1060 - Les opinions, jeudi, 24 février 2011, p. 13

CONTRÔLE BANCAIRE

Selon une révélation des dossiers WikiLeaks, les autorités de Chine populaire, inquiètes de voir le groupe financier Citigroup prendre un "poids excessif" dans leur pays, ont envoyé en 2007 une quarantaine d'inspecteurs au siège de la Citibank à Shanghai pour y faire des contrôles poussés durant un mois, sous prétexte de vérification des comptes. Le directeur exécutif de la banque pour la zone Chine de l'époque, Richard Stanley, soulignait alors [selon un câble envoyé par le consulat américain à Shanghai] le caractère "extrêmement intrusif" de la procédure. L'affaire n'est pas sans rappeler la décision de se retirer du marché chinois prise le 24 mars 2010 par Google, très mécontent des entraves à la liberté d'expression et des cyberattaques incessantes dont il faisait l'objet en Chine populaire. Sa décision avait à l'époque soulevé une polémique dans tous les milieux, tout en étant accueillie avec ironie par le gouvernement chinois.

Citi et Google, pourtant deux géants mondiaux des secteurs de la finance et de l'informatique, ont donc mordu la poussière quand ils ont voulu s'implanter en Chine, pays le plus peuplé du monde, qui affiche un rythme de croissance stupéfiant et qui vient d'ailleurs d'être couronné deuxième puissance économique mondiale. Google a même été contraint de battre en retraite et doit se contenter d'observer les entreprises chinoises se partager le gâteau de ce marché de centaines de millions d'internautes chinois. Les pressions exercées sur Google par la Chine n'ont rien d'étonnant : Google avait insisté sur son attachement à préserver la liberté d'expression, ce qui était naturellement incompatible avec la "frilosité" des autorités chinoises dans ce domaine.

Selon les révélations de WikiLeaks, ce serait en découvrant de nombreux articles critiques à son encontre après avoir entré son nom sur le moteur de recherche que Li Changchun, membre du Comité permanent du Bureau politique du Parti communiste chinois, se serait mis très en colère et aurait ordonné la remise au pas de Google. Le litige opposant Google à la Chine populaire porte sur la liberté d'expression, tandis que Citigroup est considéré par les autorités comme un monstre de la finance susceptible d'écraser le marché chinois : non seulement il dispose d'une solide puissance financière, mais l'ombre du gouvernement américain se profile derrière le groupe. La Chine, qui cherche par tous les moyens à protéger son secteur financier, redoute bien sûr que, si elle n'intervient pas et si elle laisse le groupe prendre de l'ampleur, Citigroup n'atteigne un jour une taille suffisante pour lui permettre de peser sur le développement économique du pays, voire de contrôler le marché financier.

Par ailleurs, ces dernières années, de nombreuses entreprises étrangères se sont plaintes que l'environnement commercial n'était plus ce qu'il était en Chine, avec un accroissement des contrôles de toutes sortes. Elles se montrent particulièrement agacées par les tentatives de vols de secrets commerciaux qui permettent aux entreprises chinoises d'accélérer leur croissance en reproduisant les recettes à succès des entreprises étrangères. Le plus grand groupe de lobbying commercial travaillant pour l'Union européenne en Chine a critiqué récemment la RPC pour la surveillance "excessive" qu'elle exerce sur son marché, moins ouvert qu'auparavant. Selon une enquête réalisée l'an dernier et citée par la Chambre de commerce de l'Union européenne en Chine, environ un tiers des sondés estiment que le principe d'égalité de traitement face aux contrôles est de moins en moins respecté ces deux dernières années pour les entreprises étrangères installées en Chine. Environ 40 % des personnes interrogées s'attendent à une dégradation de la situation au cours des deux prochaines années, tandis que 22 % pensent qu'aucune amélioration n'est à attendre dans ce domaine.

En conclusion, on peut dire que l'affaire Citigroup n'est que le sommet de l'iceberg des litiges ayant opposé ces dernières années les entreprises étrangères à l'Etat chinois. Elle délivre le message suivant : toute entreprise étrangère souhaitant venir s'installer en Chine doit accepter de suivre les règles du jeu "à la chinoise". Celles qui tenteraient de s'y opposer seront poussées vers la sortie et devront quitter la scène à la manière de Google.

Han Huayu (Wangbao - Want Daily)

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jeudi 17 février 2011

Genève est toujours un paradis - Jean Lalande

Le Point, no. 2005 - Monde, jeudi, 17 février 2011, p. 53,54,55

Banques. Finies les menaces de sanctions du G20. Les affaires reprennent.

Steve Bernard, le directeur de la Fondation Genève Place financière, n'oubliera pas ce funeste vendredi 13 mars 2009. Ce jour-là, le Conseil fédéral (gouvernement suisse), sous la pression du G20, accepte le principe d'échanges de renseignements fiscaux à la demande. Un inspecteur des impôts français ou allemand pourra théoriquement savoir si des contribuables camouflent leurs économies dans des coffres de la Confédération. Le 24 septembre 2009, la veille du sommet du G20 qui se tient à Pittsburgh, Nicolas Sarkozy annonce la mort des paradis fiscaux et la fin du secret bancaire. Un séisme pour la Confédération. Moins de deux ans plus tard, le ciel s'est éclairci et Genève éclate de santé.

« Après l'affaire d'UBS aux Etats-Unis, l'inscription de la Suisse sur la liste grise de l'OCDE, l'érosion du secret bancaire, rétablir la confiance n'allait pas de soi. Deux ans plus tard, nous avons pourtant surmonté la crise. La Suisse conserve sa place de numéro un mondial de la gestion de fortune privée. La majorité des 140 banques installées à Genève affichent des entrées de capitaux. De plus, nous sommes devenus l'une des plus grandes places du négoce de matières premières. Un tiers du pétrole exporté se traite ici, dont 75 % de l'or noir russe », énumère Steve Bernard.

Même l'UBS, longtemps sinistrée, renoue avec les bénéfices et promet de copieux bonus à ses cadres. Son principal concurrent, Credit Suisse, annonce qu'il compte attirer 150 milliards d'euros d'argent frais dans ses coffres d'ici à 2012. Quant aux établissements financiers étrangers, ils réclament leur part du gâteau. La banque américaine JP Morgan recrute 200 gestionnaires de fortune cette année dans la cité de Calvin.« Au secours, nous sommes trop riches ! » plaisantent les banquiers, presque étonnés eux-mêmes par cette pluie d'or qui s'abat sur la ville du bout du lac.

« Personne n'avait imaginé à quel point les fortunes européennes sont en quête de sécurité. Elles ont fui précipitamment la zone euro, craignant que le système bancaire ne s'effondre, pour se réfugier dans la Confédération. Le franc suisse sert toujours de valeur refuge », constate Myret Zaki, rédactrice en chef adjointe du magazine économique Bilan et auteure d'un ouvrage décapant, « Le secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale » (1). Les graves turbulences financières qui ont secoué la Grèce, l'Irlande et le Portugal contribuent largement à cette prospérité genevoise. On estime que chaque jour l'équivalent de 80 milliards de dollars font l'objet d'une transaction entre l'euro et le franc suisse... Ce qui fait dire à un éditorialiste du quotidien Le Temps que, si la Suisse ne possède toujours pas de pétrole,« elle dispose de la matière première la plus recherchée... l'argent ».

Mais cette opulence ne se voit guère dans le quartier des banques, entre la rue de la Corraterie, la place Neuve et le boulevard du Théâtre. Les jeunes loups de la finance se contentent du plat du jour dans les petits bistrots. Quant aux transactions sur le sucre, les céréales ou le minerai de fer portant sur des milliards de dollars, elles se traitent discrètement dans des officines qui, volontairement, ne paient pas de mine. Genève ne frime pas et n'affiche surtout pas sa réussite.

Pourtant, depuis deux ans, la cité de Calvin siphonne Londres de ses hedge funds, ces fameux fonds spéculatifs. Jabre Capital Partners, Essent, Brevan Howard, BlueCrest préfèrent respirer l'air du lac plutôt que celui de la Tamise, attirés par une fiscalité fort peu pénalisante. Une société étrangère réalisant moins de 20 % de son activité en Suisse obtient le statut de « société auxiliaire ». Moins de 20 % de ses bénéfices seront imposés. Et les 20 % restants le sont à moins de 12 % (contre 28 % au Royaume-Uni).

Argent sale. Il n'est donc guère étonnant que les multinationales se bousculent sur un minuscule territoire de 282 kilomètres carrés, coincé entre les départements français de l'Ain et de la Haute-Savoie.« En fait, la lutte contre l'évasion fiscale est surtout un slogan politique. Je constate que l'Union européenne tolère cette fraude de la part des entreprises, préférant parler d'"optimisation fiscale". Il suffit d'installer un petit bureau et une ligne téléphonique dans un pays à la fiscalité "amicale" pour échapper à l'impôt », analyse le procureur genevois Jean-Bernard Schmid. Candidat présenté par la gauche pour prendre la succession de Bernard Bertossa, procureur général de Genève de 1990 à 2002, Schmid a été battu sur le fil par Daniel Zappelli, défendu par les banquiers, les fiduciaires et les avocats d'affaires. Depuis, les affaires touchant la grande criminalité ou le blanchiment d'argent ne font plus la une de l'actualité dans la cité de Calvin.

Peut-on imaginer que cette absence de curiosité de la part du palais de justice favorise l'afflux de capitaux pas forcément très propres ? Fin 2009, Dinara, la seconde fille de Noursoultan Nazarbaïev, le président kazakh, a acquis pour 50 millions d'euros une superbe villa à Anières, dans la banlieue de Genève, alors que son mari, le magnat du pétrole Timur Kulibaïev, est soupçonné d'avoir blanchi 600 millions de dollars dans les banques helvétiques. Une opacité d'autant plus encouragée que Genève vient de supprimer la publication des transactions immobilières dans La Feuille d'avis officielle...

« Contrairement aux opérations bancaires, qui sont soumises à la loi sur le blanchiment, les transactions immobilières y échappent. C'est une lacune du droit suisse. L'achat de maisons peut toujours se faire en cash, sans passer par une banque », constate Ursula Cassani, professeur de droit pénal à l'université de Genève. Yves Bertossa, 36 ans, le fils de l'ancien procureur général, n'a pas rejoint la magistrature pour faire de la figuration. Substitut du procureur, il s'illustre en juillet 2008 en faisant arrêter Hannibal Kadhafi, le fils du Guide libyen, et son épouse, suspectés d'avoir maltraité leurs domestiques dans un palace genevois. Tripoli réagira violemment en gardant en otages pendant plus d'un an deux hommes d'affaires suisses et en retirant ses avoirs de la Confédération. Aujourd'hui procureur, chargé des affaires complexes, Yves Bertossa ne regrette pas du tout son acte.« Il montre qu'en Suisse il existe une vraie séparation des pouvoirs. La justice ne dépend pas du politique. »

Alors que la Suisse alémanique ne manifeste toujours pas beaucoup d'énergie pour traquer l'argent sale, la croisade lancée par Bernard Bertossa n'est pas complètement retombée, près d'une décennie après son départ. Son fils s'en est pris à la mafia albanophone, qui inonde l'Europe d'héroïne, et à une des organisations criminelles de l'ex-URSS, venant de Géorgie, spécialisée dans les cambriolages. Pour beaucoup de Genevois, il ne sera pas dit que leur cité accueille les yeux fermés l'argent sale du monde entier et sert de caisse de retraite pour dictateurs déchus. Micheline Calmy-Rey, ministre des Affaires étrangères et ancienne élue du canton de Genève, n'a pas attendu la demande d'entraide de la justice tunisienne pour bloquer les avoirs de l'ancien président Ben Ali et de son clan.

« Quand je vois le président d'un pays parmi les plus pauvres d'Afrique louer, non pas une chambre, mais cinq étages d'un hôtel 5 étoiles à Genève, je me dis qu'il ne faut peut-être pas attendre sa chute pour se poser des questions sur la provenance de son argent », commente Sandrine Salerno, maire socialiste de Genève. A 39 ans, elle est la quatrième femme à occuper cette fonction. L'élue doit justement rencontrer une personnalité étrangère à l'Intercontinental, un palace à proximité du siège genevois de l'Onu.« Il n'est pas question de remettre en question la place financière, qui possède un savoir-faire indéniable. Mais nous demandons que l'on respecte une certaine éthique. L'année dernière, la ville a adopté le principe de l'investissement socialement responsable, en plaçant 33 millions de francs dans des investissements qui excluent le nucléaire, la vente d'armes, la pornographie », avance cette ancienne coordinatrice du Centre de contact Suisses-immigrés.

Eldorado

Jusqu'où peut-on pousser les principes éthiques, alors que Genève devient l'eldorado des négociants, avec un chiffre d'affaires supérieur à 700 milliards de dollars ? Et que des rapports de police évoquent « l'influence considérable des organisations criminelles » dans le négoce du pétrole russe et un risque de blanchiment « tout aussi considérable »?« Comment contrôler des activités commerciales et financières mondialisées alors que les structures judiciaires, étroitement nationales, restent tenues par des frontières ? » interroge le procureur Jean-Bernard Schmid.

Au siège de la Fondation Genève Place financière, boulevard du Théâtre, on se garde de tout optimisme béat.« Nous ne nous réjouissons pas de la chute de l'euro. D'abord, beaucoup de nos placements financiers sont en euros. Ensuite, la Suisse réalise la majorité de son commerce avec ses voisins. Nous ne pouvons que leur souhaiter une bonne santé économique », rappelle le directeur Steve Bernard. Selon l'Union syndicale suisse, un franc suisse trop fort menace 100 000 emplois, avec la baisse des exportations helvétiques et des nuitées touristiques. Les banquiers suisses iront-ils jusqu'à prier à la cathédrale (protestante) pour que l'Espagne ou l'Italie ne dévissent pas ?


La Genève internationale

- Secteur bancaire : 6e place financière mondiale, Genève compte 140 établissements bancaires dont 65 étrangers et plus de 500 sociétés de trading qui emploient au total 34 000 personnes.

- Organisations internationales : Croix-Rouge, Nations unies (siège européen), Organisation mondiale du commerce, Organisation mondiale de la santé, Bureau international du travail, Agence internationale de l'énergie atomique, etc.


1.« Le secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale » (Editions Favre, 2010).

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