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mardi 22 février 2011

Prix des céréales : le climat pèse davantage que la spéculation

Les Echos, no. 20875 - Marchés, mardi, 22 février 2011, p. 25

Selon une étude menée par Offre & Demande Agricole sur le blé entre janvier 2007 et janvier 2011, le lien est très faible entre la variation des fonds spéculatifs et la variation du prix du blé.

« Il y a dix ans, les acteurs de la filière agricole pleuraient parce qu'il n'y avait pas de liquidité sur les marchés à terme. Aujourd'hui, alors que ces derniers se sont financiarisés, les politiques accusent les spéculateurs, qui assurent en partie cette liquidité, d'être responsables de la volatilité des matières premières agricoles », regrette Renaud de Kerpoisson, le président d'Offre & Demande Agricole.

Alors que la polémique fait rage sur le rôle des spéculateurs dans la volatilité des matières premières, la société de conseil en gestion aux agriculteurs a voulu apporter des éclairages sur l'évolution des prix des céréales. Elle a tenté de voir s'il existait un lien entre les positions des fonds spéculatifs (ceux qui sont qualifiés de non commerciaux) et l'évolution des prix. Pour ce faire, elle s'est appuyée sur les données hebdomadaires du régulateur américain, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), entre janvier 2007 et janvier 2011. La période englobe ainsi deux vagues de fortes hausses des prix, en 2008 d'abord, puis dans la seconde moitié de 2010.

Résultat ? Selon Offre & Demande Agricole, si les positions à l'achat des spéculateurs augmentent, il y a 70 % de chance que le prix de la céréale augmente. Mais le lien est faible, car la corrélation n'est que de 42 % entre la variation de la position de ces fonds et celle du prix du blé. En revanche, la société ne voit aucun lien entre les cours de la céréale et les positions des fonds indiciels, ces fonds qui ont investi dans un panier de matières premières agricoles.

« Ce que les non-professionnels ne comprennent pas, c'est que les Russes ont eu du mal à semer en raison des terres très sèches, que les plaines du Kansas, premières zones de production de blé aux Etats-Unis, ont également été victimes de la sécheresse, que la situation est catastrophique en Chine pour les mêmes raisons et que les inondations en Australie ne vont pas permettre aux agriculteurs de produire du blé de première qualité », explique Renaud de Kerpoisson.

Paradoxe

Ce sont donc les aléas climatiques qui, en pesant sur l'offre viennent bouleverser le marché dans un contexte où la demande est de plus en plus forte. « Toutefois, même en admettant que les spéculateurs aient un impact haussier sur le marché, le paradoxe, c'est qu'ils inciteront les agriculteurs à produire davantage pour profiter de ces prix très élevés ; ce qui, à terme, aura un effet négatif sur le prix », ajoute-t-il. Ce serait là le paradoxe de la spéculation.

LAURENCE BOISSEAU

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.

jeudi 17 février 2011

Sécheresse : Pékin inquiet pour sa production de blé

Les Echos, no. 20872 - International, jeudi, 17 février 2011, p. 6

Ces derniers mois, les précipitations ont été quasi inexistantes dans le nord du pays. Les autorités se mobilisent pour tenter de soutenir la production agricole et de limiter les risques inflationnistes.

La sécheresse qui sévit actuellement dans le nord de la Chine risque-t-elle d'avoir de graves répercussions sur la production nationale de blé ? Cette hypothèse, de plus en plus ouvertement avancée, se répercute sur les cours mondiaux, déjà affectés par les inondations sans précédent en Australie et les incendies en Russie au cours de l'été dernier. Hier, un météorologue de la société British Weather Services, Jim Dale, a ajouté à l'inquiétude ambiante, en jugeant qu'il était peut-être « trop tard » pour sauver la production chinoise de blé. Evoquant l'hypothèse de précipitations n'intervenant pas avant le mois de mars, il a estimé que « les dégâts risquent d'être alors déjà faits, si ce n'est pas le cas aujourd'hui ».

En tête des priorités

Dans tout le nord du pays, les précipitations ont en effet été exceptionnellement rares ces derniers mois. Selon l'agence Xinhua, 2,8 millions de personnes seraient actuellement privées d'eau potable. A Pékin, il a fallu attendre le mois de février pour voir les premiers flocons de neige, ce qui ne s'était pas produit depuis six décennies. Les provinces du Hebei, du Shandong, du Shanxi, du Jiangsu ou de l'Anhui, toutes productrices de céréales, sont dans des situations similaires. Et les récentes précipitations ont été si limitées qu'elles ne suffiront pas à résoudre le problème. D'après le ministère de l'Agriculture, environ 36 % des plantations de blé d'hiver seraient en situation de sécheresse.

Le dossier est en tout cas en tête des priorités affichées par les autorités chinoises. Celles-ci sont en effet engagées dans un combat contre l'inflation, dans un pays où les denrées alimentaires représentent un tiers de l'indice des prix. La récente vague de froid dans le Sud, qui a nui aux productions agricoles, complique encore les choses. Le président, Hu Jintao ,et le Premier ministre, Wen Jiabao, ont donc tous deux effectué des tournées dans des zones touchées par la sécheresse. Une enveloppe de 1,4 milliard d'euros a été débloquée. En particulier, une subvention de l'équivalent d'une dizaine de dollars par hectare est proposée aux agriculteurs pour mettre en place des systèmes d'irrigation. Un mécanisme d'incitation à la production de blé est également envisagé, afin d'augmenter les surfaces agricoles consacrées à cette céréale. Il est également probable qu'une partie des stocks, qui représentent environ la moitié d'une année de récoltes, vont être mobilisés. Enfin, la Banque centrale, qui tente actuellement de freiner la propension excessive des banques à octroyer des crédits, a annoncé une exception pour le secteur agricole, promettant, hier, d'encourager les institutions financières à prêter aux agriculteurs.

Gabriel Grésillon

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mardi 1 février 2011

Les prix du blé toujours sous forte pression - Laurence Boisseau

Les Echos, no. 20860 - Marchés, mardi, 1 février 2011, p. 34

Les cours du blé se rapprochent des plus hauts de 2008. Alors que la situation en Egypte inquiète, aléas climatiques, demande incompressible, production limitée et défaut de logistique devraient continuer à tirer les cours vers le haut.

Beaucoup confondent volatilité et tendance haussière. La volatilité est une variation des cours par rapport à une moyenne, un écart type en mathématiques. Elle peut être forte quand les prix sont bas. Preuve en est : le 5 août dernier, la volatilité était au plus haut sur l'année, à près de 45 %. Or, c'est seulement aujourd'hui, avec une volatilité inférieure à 30 %, que les prix du blé sont les plus élevés », rappelle Michel Portier, fondateur d'Agritel, une société spécialisée dans la gestion du risque de prix dans la filière agricole.

Alors que les spéculateurs sont accusés d'être responsables de la hausse des prix des matières premières agricoles, mettre en avant l'impact des facteurs fondamentaux sur la formation des cours est courageux. « La volatilité dans ce secteur est structurelle », plaide Michel Portier, « et il va falloir vivre avec ». D'abord, parce que la demande mondiale est incompressible dès lors qu'il s'agit de biens de première nécessité. Ensuite, parce que produire plus est impossible - toutes les trois secondes, un hectare de terre labourable est perdu pour cause d'urbanisation -à moins d'avoir recours aux biotechnologies. Enfin, parce que les aléas climatiques de plus en plus nombreux pèsent fortement sur les récoltes ou sur le rendement des champs.

Des stocks très mal alloués

Hier, à Paris sur Euronext, le blé meunier cotait 267 euros la tonne, un plus haut depuis le printemps 2008, soutenu par de nombreux achats en provenance d'Afrique du Nord, très préoccupé par l'agitation sociale en Algérie, en Egypte, en Tunisie. Sur les trois premières semaines de janvier, l'Algérie aurait importé déjà près de la moitié de ses achats totaux pour constituer des stocks de réserve. L'Egypte est également le premier importateur mondial de blé. Certains craignent que, pour faire des réserves, le régime de Moubarak augmente encore sa demande. Si le prix du blé reste inférieur au pic de 290 euros, atteint il y a deux ans, il pourrait bien retrouver ces niveaux.

Les stocks sont évalués pour cette année à 172 millions de tonnes - trois mois de consommation -contre 125 millions en 2008. Il n'y a donc pas péril en la demeure, sauf que ces stocks sont très mal alloués. Sur les huit principaux pays exportateurs de blé, cinq (Russie, Ukraine, Kazakhstan, Australie, Canada) ont subi de lourds incidents climatiques qui les placent en difficulté d'exporter. Les Etats-Unis concentrent 60 %des disponibilités et sont, du coup, confrontés à de graves problèmes de logistique avec une forte saturation des ports. « Aujourd'hui, les agriculteurs ont vendu toute leur récolte 2010. Sur 2011, ils auraient déjà engagé entre 30 et 35 % de leur production. Aux Etats-Unis, il va falloir surveiller la sécheresse au Kansas et au Texas, qui pourrait avoir un impact à plus long terme. Idem pour la Chine. Mais sauf à imaginer une crise financière mondiale qui a freiné la consommation en 2008, il y a de fortes chances que les prix du blé continuent leur ascension », commente Michel Portier.

La situation est également très tendue sur le maïs. Les Etats-Unis contribuent pour 45 % de la production mondiale. Un incident climatique sur ce pays pourrait faire grimper les prix d'autant que les stocks ne représentent plus que 5 % de la consommation, un niveau très en deçà de celui constaté en 2008.

LAURENCE BOISSEAU

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mardi 18 janvier 2011

ANALYSE - 2011 Les incertitudes d'un monde en convalescence - Adrien de Tricornot


Le Monde - Economie, mardi, 18 janvier 2011, p. MDE1

L'écart entre les pays émergents et les pays avancés se réduit. L'ampleur de la dette n'a pas fini de faire des ravages dans les économies occidentales La crise a redistribué les facteurs de risque.

« Le Monde Economie » dresse l'état des risques économiques. La croissance des émergents ne les met pas à l'abri de crises financières et sociales

L'année 2011 se présente sous de délicats auspices. La reprise reste incertaine et molle dans les pays développés, et soumise à de forts risques. Les Etats-Unis poursuivent une politique de soutien à l'économie au prix d'un déficit budgétaire qui restera gigantesque, alors que le ressort passé de la croissance - l'endettement massif des ménages - est cassé pour longtemps. La masse de liquidités injectées par la Réserve fédérale américaine (Fed) dans l'économie ne suffit plus à rassurer les créanciers obligataires. Les forces centripètes sont à l'oeuvre dans la zone euro, où les pays les plus fragiles devraient encore souffrir de la récession.

Les capitaux flottants se placent massivement sur les marchés de matières premières, nourrissant une envolée des prix du pétrole, du blé ou du sucre qui frappe les pays pauvres importateurs. Empruntés à bas coût en dollars, ces capitaux spéculatifs vont aussi se placer à des taux d'intérêt plus élevés au Brésil, en Afrique du Sud ou en Turquie, déstabilisant ces pays dont la monnaie s'apprécie, tandis que le yuan chinois, étroitement contrôlé, reste sous-évalué.

Le financement de la croissance des pays émergents pose problème : la Chine a relancé le crédit et expose son système financier à l'explosion des prêts « non performants ». Plus prudents, le Brésil ou la Turquie auraient besoin de plus d'investissements directs, plutôt que des flux volatils qui abondent aujourd'hui...

Les cartes de l'économie mondiale sont rebattues par la crise, qui accentue et révèle des tendances à l'oeuvre depuis plusieurs années, gommant au passage la frontière entre pays émergents et pays développés tant leurs niveaux de risques convergent désormais, selon l'édition 2011 du colloque de Coface « Risque Pays », dont « Le Monde Economie » est partenaire.

« En dix ans, le risque pays a évolué de façon spectaculaire. Le risque des grands pays émergents est désormais mieux noté que celui de certains pays industrialisés : la Chine, l'Inde, le Brésil ou la Pologne, notés A3, dépassent la Grèce et l'Irlande, notés A4, ou le Portugal et l'Espagne, notés A3 avec surveillance négative », témoigne Yves Zlotowski, économiste en chef de Coface. La note de Coface mesure le niveau moyen de risque d'impayé présenté par les entreprises d'un pays.

Traditionnellement, les analystes insistaient sur la composante en devise de la dette des émergents, redoutant une crise de change. Cependant, dit M. Zlotowski, « la distinction entre pays émergents et industrialisés a de moins en moins de sens. La crise souveraine dans la zone euro est un coup de semonce : plus personne n'est à l'abri ».

Pour lui, c'est l'une des « croyances collectives d'avant-crise » qui tombe. L'absence de risque de change a facilité le surendettement de certains pays et a permis que leur déficit courant et leur dette totale - publique et privée - atteignent des niveaux bien supérieurs à ceux qui avaient déclenché naguère la crise russe ou la crise argentine. « Mais il arrive un moment où, même si vous êtes un pays développé et si vous avez l'euro, on ne vous prête plus, quel que soit le taux d'intérêt », analyse-t-il.

« On aurait tort de penser que les crises souveraines ne sont que le résultat d'une équation financière liée à la dette publique, ajoute François David, président de Coface. Dans l'histoire de ce type de crise, c'est le modèle de croissance et la capacité de l'Etat à mobiliser les ressources qui sont sanctionnés. Un chiffre me paraît parlant : en Irlande, modèle porté aux nues par les analystes anglo-saxons ces trente dernières années, les recettes budgétaires sont de dix points inférieures à la moyenne de la zone euro, et elles ont baissé depuis les années 1990 ! »

A l'inverse, l'accent aurait peut-être trop été mis - du point de vue de la prévision des incidents de paiement interentreprises - sur les failles de gouvernance dans les émergents : ils ont montré leur capacité à mener des politiques de relance et se sont bien sortis de la crise, comme la Chine, le Brésil, ou encore la Turquie, qui n'a pas fait appel au Fonds monétaire international (FMI).

Entrées de capitaux

Si le risque des pays émergents s'est atténué, il n'a pas disparu. L'un des enjeux de 2011 devrait être, pour le Brésil, l'Afrique du Sud et la Turquie, le contrôle des entrées de capitaux spéculatifs qui déstabilisent leurs économies en renchérissant leur devise et en pénalisant leurs exportations. L'Afrique du Sud et la Turquie pourraient hésiter à prendre des mesures comparables à la taxation des capitaux entrants adoptée par le Brésil, car elles n'attirent pas assez d'investissements directs et sont sans doute soucieuses de ne pas décourager les investisseurs étrangers.

La Chine, elle, maîtrise les entrées de capitaux en ne permettant que très progressivement la convertibilité de sa devise. « Elle agit selon son intérêt et ne devrait pas réévaluer rapidement le yuan, dont elle contrôle le taux de change, se bornant à reprendre un rythme de hausse annuel de 3 % face au dollar, comme avant la crise », prévoit M. Zlotowski.

Qu'anticiper, dans ce contexte, pour 2011 ? Coface se montre d'un optimisme modéré pour les Etats-Unis, en n'envisageant qu'une hausse de 2,1 % du produit intérieur brut (PIB) américain, notamment à cause des conflits potentiels entre un Congrès républicain et le président démocrate, Barack Obama. Au-delà des mesures de soutien à la croissance en 2011, l'économie américaine se normalise et se désendette, ce qui pèsera durablement sur l'activité.

Les stigmates de la crise ne sont pas effacés dans le tissu économique aux Etats-Unis ni en Allemagne ou en France qui, tous trois notés A2 avec une surveillance positive, n'ont pas retrouvé leur sésame (A1) antérieur. Le Royaume-Uni (A3 avec surveillance positive) et l'Italie (A3) sont dans une situation plus difficile.

Surtout, poursuit M. Zlotowski, d'autres pays de la zone euro s'enfoncent dans un état beaucoup plus préoccupant : « Je doute très fortement que le Portugal [A3, surveillance négative], la Grèce [A4], l'Irlande [A4] ou l'Espagne [A3, surveillance négative] reviennent à leurs niveaux précédant la crise en 2011. Les trois premiers devraient en effet continuer à souffrir de la récession. Un appel à l'aide multilatérale est possible au Portugal. »

Mais le sauvetage financier n'apporte pas de réponse de long terme aux problèmes économiques : « Il est toujours assorti de conditionnalités qui constituent l'élément le plus délicat du sauvetage, comme l'ont toujours illustré les grandes crises souveraines émergentes. Plus on avance dans le temps et plus la capacité des gouvernements à faire passer des politiques d'austérité est faible, car il y a un phénomène de lassitude. » Sur l'ensemble de la zone euro, la croissance ne dépasserait pas globalement 1,4 % en 2011, selon Coface.

Enfin, « last but not least », les risques restent très présents en Europe centrale et orientale, qui renoue faiblement avec la croissance : Coface prévoit 3,5 % en 2011, contre 5 % à 7 % avant la crise. La Roumanie, la Hongrie et les pays baltes doivent aussi se désintoxiquer de la dette, ce qui pèsera durablement sur leur dynamisme. « Une forte volatilité des taux de change est à attendre en Roumanie et en Hongrie, compte tenu de la faible lisibilité des politiques économiques, ce qui sera dangereux compte tenu du poids de l'endettement privé en devise », prévient M. Zlotowski. Plus complexe, plus incertaine, l'analyse des risques ne chômera pas cette année.

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jeudi 11 novembre 2010

Blé, sucre, métaux : la peur de la pénurie enflamme les matières premières

Le Monde - Economie, jeudi, 11 novembre 2010, p. 21

Les prix des matières premières sont repartis vigoureusement à la hausse, derrière l'or en pleine forme qui a battu, mardi 9 novembre, son record de tous les temps, à 1 423 dollars l'once.

A l'exception du cours du gaz naturel américain, que les nouvelles ressources dites " non conventionnelles " rendent abondant, c'est un festival de courbes ascensionnelles, aussi bien pour les prix des produits agricoles (depuis le mois de juin, + 110 % pour le sucre et + 73 % pour le blé européen) que pour les métaux industriels (+ 36 % pour le cuivre) et les métaux précieux (+ 20 % pour l'or).

A la différence des années 2006-2008, ce ne sont plus les investisseurs qui tirent les cours, mais les fondamentaux, car le monde a peur de la pénurie.

C'est patent avec les produits agricoles. " Le point d'inflexion a été la sécheresse et les incendies de l'été autour de la mer Noire et en Russie, explique Lysu Paez-Cortez, économiste matières premières agricoles chez Natixis. Le cours du blé s'est mis à flamber. Le maïs a suivi en raison de la dégradation des semis aux Etats-Unis. Les très belles perspectives du soja en Amérique latine sont assombries par la menace du phénomène météorologique Niña. L'Australie a trop de pluies à l'est et trop de sécheresse à l'ouest. "

Ce sont les inondations au Pakistan et en Chine qui ont sonné l'ascension des prix du coton. Quand la météo fait ainsi vaciller les marchés, c'est que les investisseurs savent que l'équilibre entre l'offre et la demande est précaire.

Ils redoutent que l'offre ne puisse suivre la demande, par exemple parce que la Chine s'est mise à manger plus de viande, ce qui nécessite d'importer toujours plus de céréales et de soja pour nourrir bétail et volailles. Et comme la monnaie dans laquelle sont libellés la plupart des prix des matières premières, le dollar, est orientée à la baisse, ils en profitent pour faire leurs achats à moindre frais. Ce qui fait monter les cours.

Avec les matières premières industrielles, le schéma est un peu différent. Certes, on retrouve l'importance du dollar faible et le poids d'une Chine dont le taux de croissance caracole à plus de 9 % et qui se gave de matières premières pour pouvoir fournir le monde en produits à bas prix.

" La crise avait apaisé la demande, parce que les clients avaient déstocké, déclare Sébastien Lagarde, gérant de fonds chez Axa Investment Managers. Aujourd'hui, tout le monde restocke. " Autre certitude : les matières premières seront de plus en plus coûteuses à exploiter, en raison de la prise de conscience environnementale notamment.

" Jusqu'à la marée noire dans le golfe du Mexique, l'administration américaine était très laxiste en matière d'exploitation pétrolière offshore, explique Sébastien Lagarde. Il est évident qu'elle va mettre en place une législation contraignante. Le débat sur l'épuisement prématuré des nappes phréatiques et des sols chinois participe de la même logique et aura la même conséquence : une hausse des coûts de production. " Les coûts d'extraction du pétrole des bitumes de l'Alberta (Canada) étaient de 25 dollars le baril avant la récession; ils atteignent désormais 75 dollars.

Ce renchérissement est perceptible dans l'augmentation de capital la plus importante de l'histoire de 70 milliards de dollars (50,8 milliards d'euros) lancée par le pétrolier brésilien Petrobras en septembre. En effet, il va lui falloir près de 220 milliards de dollars pour percer la croûte de sel, afin d'exploiter ses beaux gisements de haute mer, à plusieurs milliers de mètres sous la surface de l'océan, sans mettre en péril l'écosystème marin.

" Cette hausse des coûts et des cours a une autre conséquence : la course à l'acquisition d'actifs, ajoute Sébastien Lagarde. BHP Billiton a offert 40 milliards de dollars pour racheter le canadien Potash, dont la potasse est indispensable aux engrais réclamés par les agriculteurs pour faire face à la demande croissante de céréales. De même, ExxonMobil a lancé une OPA - offre publique d'achat - de 40 milliards de dollars sur l'américain XTO, spécialiste du gaz et du pétrole non conventionnels. "

Dans ce contexte d'offre stagnante et de demande à la hausse, la spéculation pèse lourd. Les gestionnaires de fonds ETF (exchange traded funds), qui investissaient sur le marché à terme du pétrole ou de l'or, ont jugé que leurs clients pouvaient être perdants lors des renouvellements de leurs contrats. Ils ont donc décidé d'adosser leurs fonds, devenus ETC (exchange traded commodities), à des biens physiques et non plus à du papier.

Les premières matières premières à prendre le chemin des réserves de ces fonds ont été les métaux précieux (or, platine, argent) qui valent cher pour un faible volume. Désormais, les ETC s'intéressent aux métaux industriels.

Le phénomène n'est plus du tout marginal. " Les ETC détiennent 2 000 tonnes d'or - un peu moins que la production annuelle d'or - , 6,1 millions de tonnes d'aluminium, 50 % des stocks mondiaux de cuivre, 11 % de la demande annuelle d'argent, énumère Franklin Pichard, directeur de Barclays Bourse. Il est évident que cela a une répercussion sur les prix, car leurs achats retirent des volumes du marché. "

Personne ne peut prédire l'évolution des prix des matières premières, car trop de paramètres sont en jeu : la météo, le cours du dollar, la croissance chinoise, les découvertes technologiques, la confiance (ou la défiance) à l'égard des dettes publiques, les taux d'intérêt, etc.

En revanche, le retour de l'inflation, actuellement au plus bas, pourrait se faire par le biais des produits de base et déclencher dans les pays pauvres ce que l'on a appelé, en 2008, des " émeutes de la faim ". Car les boulangers prendront prétexte de la hausse du blé, donc de la farine (4 % de leurs coûts en France), pour vendre le pain plus cher.

Alain Faujas

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